Bonjour tout le monde, comment allez-vous ? Je vous souhaite en tout cas une bonne année 2017 qui j'espère sera remplie de très belles choses :) Dans ce chapitre 9, les choses commencent à bouger et vous aurez le droit à une séquence NijiAka que j'attendais d'écrire depuis un certain temps déjà !
Réponses aux review :
mystrale9331 : Merci beaucoup et bienvenue à toi sur cette fanfiction ! Je suis contente que l'idée de ce couple t'ait plu et que tu es appréciée la fiction :) J'espère que ce chapitre te plaira tout autant et je te souhaite une bonne lecture !
Merci à vous tous pour continuer à lire cette fiction, l'ajouter dans vos fav/follow et n'hésitez pas à commenter ;) Je vous souhaite à tous une bonne lecture !
Le portrait
Chapitre 9
Finalement convié à dîner chez la famille Nijimura, Akashi avait prit le temps de prévenir son père de son absence avant d'aller rejoindre la mère de Nijimura à la cuisine et de lui proposer son aide. Il n'avait jamais cuisiné de sa vie, ni même tenu un couteau de cuisine dans sa courte vie, mais il ne se voyait clairement pas attendre patiemment d'être servi. Son attitude fit ainsi sourire la génitrice de son ancien manager, qui lui proposa alors d'éplucher les légumes avant de les découper en morceaux.
Akashi avait donc rejoint le plan de travail désigné par cette femme, attrapant l'économe pour commencer sa tâche. Cependant, il eut à peine le temps d'apporter l'outil contre le légume qu'un cri soudain le fit sursauter. Ses yeux clignèrent plusieurs fois tandis qu'il se retourna vers Rin qui venait de crier en le voyant faire. Sans attendre davantage, la jeune fille vint le rejoindre et posa ses mains contre les siennes.
« Il faut faire comme ça. »
D'une voix suave, la jeune fille lui expliqua les mouvements corrects pour couper efficacement les légumes. Akashi se laissa docilement faire, bien que par intermittence son attention déviait sur les mains de Rin qui étaient toujours contre les siennes. Peu de personnes se permettaient de le toucher et surtout de contredire sa manière de faire ; son nom et la réputation de son père le rendaient intouchable, mais aussi effrayant et de la sorte peu de personnes avaient le courage de l'affronter. Seulement, cela ne semblait pas atteindre tout le commun des mortels puisqu'en cet instant Rin continuait de lui montrer comment éplucher des légumes sans se blesser, ses mains chaudes lui faisant pratiquer encore et encore les mêmes gestes avec une délicatesse infinie.
« Tu as compris ? Lui demanda-t-elle par la suite en plongeant son regard, si semblable à celui de Nijimura, dans le sien.
— Oui. Merci. »
Rin lui sourit et ne tarda à resplendir comme la dernière fois, faisant rapidement se détourner Akashi, distrait par l'image d'un Nijimura souriant de la même sorte qui s'insinuait de nouveau dans son esprit. Puis, la jeune fille s'écarta et rejoignit sa mère pour prêter main forte à son tour, agitant négativement sa main lorsque celle-ci chercha à la taquiner. De son côté, Akashi se concentra afin de ne plus faire la moindre erreur et ainsi remercier comme il se devait cette famille pour leur hospitalité. Le coin de ses lèvres ne tarda à s'étirer.
Malheureusement, son excitation fut de courte durée ; son esprit se rappelant du début de la confession de Nijimura concernant sa mère défunte. Ses mains cessèrent alors aussitôt leur activité tandis qu'il se souvenait du visage assombrit par la culpabilité et les remords du brun. C'était la première fois qu'Akashi voyait son ancien manager aussi incertain, aussi abattu et minuscule. Sur ses épaules semblaient peser un poids que personne n'envierait.
Au fur et à mesure qu'il y réfléchissait, Akashi se demanda si le lien que partageaient son père et Nijimura ne concernait finalement pas sa mère. A cette pensée, ses sourcils se froncèrent et il s'interrogea sur la véracité de cette idée. Comment cela pouvait-il être possible ? A l'intérieur de ses souvenirs les plus lointains, Akashi chercha à découvrir par quel moyen Nijimura avait pu croiser la route de sa mère, puisque celle-ci restait toujours dans leur demeure ou dans leur jardin à cause de sa santé fragile. Les fois où les médecins l'autorisaient à passer le portail de leur maison étaient exceptionnellement rares.
Il n'arrivait pas à trouver un sens à tout cela et, pourtant, une petite voix dans sa tête lui rappela l'existence de cette photographie ; ce petit garçon qui se faisait pincer les joues par sa mère afin de le forcer à sourire.
« As-tu fini, Akashi-san ? »
La question de la mère de cette famille le sortit de ses pensées, dirigeant ses yeux sanglants dans ceux attentionnés de cette femme et acquiesça. Cela sembla satisfaire la maîtresse de maison puisqu'elle le remercia et se saisit de son travail pour l'apporter à ses casseroles.
« Vous avez besoin d'aide ? »
Nijimura les rejoignit dans la cuisine après être sorti quelques instants, une odeur de tabac collait désormais à ses vêtements. Un petit rire moqueur s'échappa de la bouche des deux femmes, puis ce fut Rin qui prit la parole.
« C'est souvent une fois le travail fini que les hommes de cette maison proposent leur aide, n'est-ce pas maman ? Se moqua-t-elle joyeusement.
— Oui ! Heureusement qu'Akashi-san était là, il a été bien élevé.
— Sa majesté a participé ? »
La surprise de Nijimura força Akashi à croiser les bras contre son torse, vexé que le brun ait pu le penser incapable d'une chose aussi simple. Il cacha bien sûr le fait que Rin lui était venue en aide. Son attitude sembla toutefois amuser l'adulte puisqu'il fourra rapidement sa main dans ses cheveux sanglants, le félicitant de la sorte.
Puis, il le dépassa et partit s'asseoir autour de la table afin de rester dans la cuisine. Ce n'était pas tous les jours qu'il passait du temps en famille, et puisqu'il avait été décidé qu'il raccompagnerait Akashi chez lui après le repas, autant en profiter.
« J'ai essayé de faire sortir Takeru de sa chambre, mais ça n'a pas fonctionné, avoua-t-il tout en soupirant longuement.
— Tu n'étais pas dehors ? » L'interrogea aussitôt Rin, avec surprise.
Un petit rire embarrassé s'échappa des lèvres de Nijimura, qui détourna son regard pour observer un point invisible dans la pièce. Il se revit en train de lancer quelques cailloux pour que ces derniers atteignent la fenêtre de son petit-frère, qui avait malheureusement continué à l'ignorer malgré le bouquant que son petit manège devait provoquer dans sa chambre. Sachant parfaitement que sa mère n'approuverait pas son attitude, il garda cela bien soigneusement secret et ne répondit pas à la question de sa petite-sœur.
Pendant que le repas mijotait sur le feu, tout le monde s'assit autour de la table et la conversation fut principalement animée par Nijimura et Rin qui se tenaient aux dernières nouvelles. Rin l'interrogea ainsi sur ses journées en tant que manager aux côtés d'Akashi, et comme pour se venger de tout à l'heure, Akashi n'hésita pas un seul instant à critiquer les points où le brun avait péché. Sans tarder, la tension monta entre les deux garçons sous le regard amusé de la mère qui avait déjà vu se jouer ce genre de scène lorsqu'elle était venue manger chez son fils aîné.
« De toute façon tu me laissais jamais rien faire, tu prenais toi-même tes rendez-vous avec les journalistes. Comment voulais-tu que je te fasse mes preuves ? S'injuria Nijimura.
— Ça m'étonnerait que tu t'y connaisses en magazines d'art. » Nota Akashi dans une pointe d'humour.
Le brun voulut bien évidemment rétorquer quelque chose, et ainsi prouver au rouquin qu'il était dans l'erreur, mais sa bouche ne fit que s'ouvrir pour ensuite se refermer. Il était vrai qu'en réalité il n'avait pas particulièrement d'affinité avec l'art sous toutes ses formes. Cela aurait donc été compliqué pour lui de distinguer quel magazine jouerait en faveur de son protégé et ainsi croître sa popularité.
Un sourire satisfait s'étira sur le coin des lèvres d'Akashi, après avoir remarqué que Nijimura avait retrouvé sa place.
« N'empêche que ma voiture t'arrangeait bien… Et t'arrange toujours. » Marmonna rapidement le brun.
Bien qu'il ait parfaitement entendu la remarque de Nijimura, l'adolescent feignit l'indifférence et dirigea plutôt son attention vers Rin qui camouflait son ricanement par sa main posée contre sa bouche. Tout comme pour sa mère, la joute verbale de ces deux-là présentait un spectacle sans pareil. Cela faisait longtemps que la jeune fille n'avait pas vu son grand-frère se prendre le bec avec une personne extérieure à la famille.
« Tu avais raison maman, ils sont excellents, confirma-t-elle après que sa mère lui ait rapporté ce fait lors de sa dernière sortie.
— Et encore, je les trouve moins en forme que la dernière fois !
— Arrêtez donc. Vous allez l'effrayer, soupira Nijimura.
— Je ne suis pas effrayé. » Le contredit rapidement Akashi en fronçant ses sourcils.
En effet, l'adolescent ne comprit pas pourquoi le brun prenait soudainement sa défense. Tout en se trompant, en plus. Il ne se doutait absolument pas qu'en réalité le brun cherchait une porte de secours afin d'échapper aux regards curieux de sa mère et sa sœur. Ces dernières en profitèrent alors amplement et rebondirent cette fois-ci en posant des questions au rouquin, en rapport à son mode de vie qui différait du leur.
Akashi raconta alors les allées et venues des professeurs particuliers choisis avec soin par son père, mais aussi de l'éducation stricte qu'il avait reçue dès son plus jeune âge. Lorsqu'il cita le nombre d'instruments qu'il maîtrisait, dont avant tout le violon, les yeux de la mère de Nijimura s'illuminèrent. Akashi se rappela après coup du récit que lui avait offert Nijimura, lui révélant que sa mère avait été une ancienne musicienne de renommée. Son père lui ayant même composé une partition comme demande en mariage. Il voulut alors l'entendre jouer un morceau, mais il se souvint presque instantanément que suite au décès de son mari, elle avait arrêté.
Une passion qui s'était sûrement éteinte suite à la perte d'un être cher.
« Si vous le désirez, un jour je pourrais vous en jouer un morceau. »
Il n'avait rien à perdre en proposant cela, puisqu'après tout cette femme dédiait dorénavant sa vie à l'apprentissage de cet instrument dans le conservatoire où travaillait auparavant son mari. Au fond, elle aimait toujours jouer du violon. Akashi distingua alors un faible sourire se former sur les lèvres de son interlocutrice, qui acquiesça finalement pour accepter sa proposition. A cela, Rin frappa énergiquement ses mains.
« Super ! Donc la prochaine fois on viendra à ton boulot maman, et Akashi-san nous jouera un morceau ! Se réjouit-elle sans même demander l'avis des principaux concernés.
— Hé… Tu t'emballerais pas un peu, toi ? Se moqua Nijimura.
— Mais ça fait une éternité que je n'ai pas entendu une personne jouer du violon ! »
L'excitation de Rin fit sourire tout le monde. La conversation continua à se dérouler avec autant d'entrain qu'auparavant, Akashi et Nijimura recommençant par moment leurs chamailleries pour le plus grand plaisir de Rin, la maîtresse de maison vérifiant de temps à autre que le repas ne soit pas en train de partir en fumée. Ce fut dans l'un de ses instants, se retournant pour repartir se rasseoir, que son regard s'accrocha sur la silhouette assise sur la première marche de l'escalier. Attiré par le bruit et l'animation qui avait l'air de se dérouler en la cuisine, Takeru avait finalement cédé à la curiosité et était descendu de sa chambre.
L'adolescent jura dès qu'il croisa le regard de sa mère, quelques rougeurs venant colorer ses joues après s'être fait prendre la main dans le sac. Il se redressa alors, un de ses bras continuant à entourer son estomac qui le lançait à chaque fois qu'il faisait un pas. Sans plus tarder, il pointa donc le bout de son nez dans la cuisine où toute la famille et Akashi se trouvaient.
« Il est encore là, lui ? Demanda-t-il agressivement, faisant aussitôt froncer les sourcils de l'intéressé.
— Akashi-san jouera bientôt un morceau de violon au conservatoire de maman, l'informa Rin sans même prêter attention à sa remarque.
— Rin… Demande-lui d'abord s'il est disponible. Avec son père, on sait jamais si…
— Comme je suis à cours d'inspiration ces derniers temps, mon père m'a autorisé à sortir puisque Shirogane souhaite que j'expose bientôt de nouvelles œuvres au plus vite. »
De nouveau, Nijimura rumina sur ces dernières nouvelles. Depuis quand Akashi Masaomi se montrait coopératif ? Cet homme ne l'appréciait-il guère au point d'être toujours en désaccord avec lui, de façon intentionnelle ? Plusieurs fois, Nijimura jura tandis qu'Akashi l'observait avec une attention particulière. Tous les deux furent pourtant silencieusement interrompu par l'arrivée du repas au centre de la table, chacun se répartissant les différents assiettes et couverts. L'ambiance conviviale et surtout familiale balaya sans la moindre difficulté les maux de la plupart d'entre eux.
Sans même réellement participer à la conversation, Akashi regardait ces personnes en train d'échanger des nouvelles ou parfois quelques insultes, leurs yeux étincelants avec malice. Ces sourires qui couvraient leurs traits lui fit même remonter quelques souvenirs, lorsque sa mère faisait encore partie de ce monde et qu'elle aidait en cuisine. Les domestiques la conviaient à regagner sa chambre ou encore le jardin, mais jamais Shiori ne les avait écouté et participait tout comme eux aux tâches ménagères. La cuisine se remplissait alors de rire et plus que jamais sa mère resplendissait de bonheur. Ce même bonheur qui entourait chacune des personnes ici présentes.
Avec un appétit qui semblait avoir disparu à la suite de sa mère, Akashi redécouvrit des saveurs jusqu'alors oubliées.
Absorbé par l'environnement intime et agréable, il ne remarqua pas le regard appuyé de Nijimura sur sa personne.
A la fin du repas, il fut bientôt l'heure pour lui de rentrer chez son père. Nijimura ne semblait pas vouloir le faire rester davantage chez sa famille, puisque ce fut lui qui avait brusquement interrompu sa conversation avec Rin pour qu'il se prépare à partir. Après avoir rapidement cherché pourquoi le brun semblait subitement en colère, Akashi dut toutefois reporter son attention sur Rin qui avait sorti son téléphone portable et l'agitait joyeusement.
« Pour qu'on se tienne au courant quand tu pourras venir jouer du violon ! »
Elle ponctua sa phrase par un clin d'œil et un large sourire étendu sur son visage. Ils s'échangèrent ainsi leur numéro de téléphone et Akashi regarda d'un œil nouveau l'objet qui se trouvait entre ses mains, son répertoire venant de s'allonger d'un numéro qui ne concernait ni un membre de sa famille ni le travail. Ses yeux sanglants se dirigèrent de nouveau vers ceux de Rin et un véritable sourire vint couvrir ses lèvres.
C'était sûrement la première fois qu'il prenait le numéro d'un autre adolescent et cette réalisation soudaine le remplissait de joie ; au point d'en faire rougir Rin qui ne s'était pas attendue à un tel retour de la part du rouquin.
« Maman… Je crois que Rin est en train de succomber, soupira Takeru en observant la scène à quelques mètres d'eux.
— Et que veux-tu que je te dise ? Elle a aussi bon goût que sa mère ! »
Takeru se tourna prestement vers sa mère, qui ponctua sa réplique par un clin d'œil joueur. L'adolescent ressentit rapidement des frissons désagréables mordre son épiderme, se frottant de suite les épaules tout en s'éloignant au plus vite. Son regard ne se décrocha pourtant pas de sa sœur riant nerveusement aux côtés d'Akashi et un voile sombre recouvrit ses prunelles.
Ce fut lorsqu'il partit rejoindre sa chambre qu'il croisa le chemin de Nijimura, qui semblait faire les cents pas dans l'entrée. Takeru le vit ensuite au téléphone, élevant parfois sa voix et traitant son interlocuteur d'idiot.
« Sois à mon appartement dans un quart d'heure ! »
Sans plus tarder, il raccrocha violemment tandis que son contact continuait de parler. Nijimura jura une énième fois avant de porter son regard acier vers celui de Takeru et aussitôt le garçon détourna les yeux, comptant de nouveau ignorer son grand-frère qui avait préféré oublier sa famille pour fuir comme un lâche. Tout ce qu'avait représenté Nijimura au cours de son enfance, ce grand-frère imbattable que la plupart des garçons du quartier craignaient, Takeru avait été tellement fier de faire partie de sa famille.
Malheureusement, aujourd'hui son idole avait perdu tout son intérêt et ne méritait pas la moindre admiration. Toute la lumière qui jusqu'alors l'englobait avait disparue pour se transformer en un sentiment de mépris et de rejet.
Ainsi, sans que les deux frères ne se soient échangés le moindre mot, Takeru retourna dans sa chambre et Nijimura rangea son téléphone dans la poche de son pantalon. Peu de temps après, Akashi se présenta face à lui et l'intensité de son regard fit comprendre à Nijimura qu'il avait une question qui démangeait ses lèvres. De plus, il connaissait suffisamment sa Majesté pour savoir que celle-ci ne se gênerait aucunement pour satisfaire sa curiosité.
« Ton frère semble avoir hérité du même mauvais caractère que toi. »
Clignant plusieurs fois ses yeux tandis qu'Akashi continua de l'observer avec attention, Nijimura se demanda un instant si son interlocuteur ne se jouait pas de lui. Il osait parler de mauvais caractère alors que lui-même n'était pas des plus faciles à supporter ? Ce n'était pas l'hôpital qui se fichait de la charité, par hasard ? Rapidement, un sourire tremblant couvrit son visage et sans plus attendre il agrippa la nuque de ce petit impertinent pour venir engouffrer son poing dans la chevelure sanguine.
Pris par surprise, Akashi laissa passer un cri de surprise tandis que Nijimura ne le ménagea aucunement.
« Je m'adapte à la personne qui me fait face, gamin ! »
Tant bien que mal, Akashi chercha à se détacher de l'emprise qu'exerçait le brun sur son cuir chevelu. De la sorte, ses mains s'agitèrent de diverses façons en accrochant parfois l'avant-bras de son ancien manager, qui changeait du coup son angle d'attaque et revenait toujours plus à la charge.
A cause de la situation qui n'était guère à son avantage, Akashi ne remarqua qu'après être enfin libre du sourire qui étirait les traits de Nijimura. Le regard illuminé par une lueur malicieuse, Nijimura souffla un bon coup avant de caler ses mains par-dessus ses hanches. Un large sourire éclairait ses traits masculins et toute envie de s'énerver fut retirée à Akashi qui, les yeux agrandis, sentit un étrange sentiment parcourir son corps. Son visage était étonnamment chaud, en particulier ses joues qui s'étaient vu rosir en un instant.
Depuis leur rencontre, c'était la première fois que Nijimura avait une telle expression.
Une sonnerie de téléphone interrompit néanmoins la découverte d'Akashi en faisant agiter la source de son attention pour extraire le portable de son pantalon. Nijimura grimaça en remarquant l'heure ainsi que le nom de l'appelant ; l'heure qu'il avait lui-même donnée avait été dépassée à cause de ses enfantillages avec Akashi. Il avait pensé à ramener l'adolescent chez son père et pouvoir être dans les temps pour ensuite retourner à son appartement, mais visiblement il s'était trompé.
« J'arrive. Attends-moi et ne pense même pas à rentrer chez toi.
— Hé ! Tu me prends pour quoi au juste !? Si t'es pas là dans cinq minutes, je me casse, assura Haizaki.
— J'ai tes bières préférées dans mon frigo. Patiente un peu, je pars. »
Et sans attendre une quelconque réponse de la part de son interlocuteur, Nijimura raccrocha brusquement et se dirigea vers la sortie de la maison familiale. Il salua d'un bref mouvement du bras sa mère ainsi que sa petite-sœur et invita Akashi à le suivre au plus vite. Tout en fronçant ses sourcils, l'adolescent suivit du regard le dos du brun qui referma au même instant la porte derrière lui. Il ne se fit toutefois pas prier, saluant à son tour Rin et sa mère tout en les remerciant pour leur hospitalité, et se retrouva ainsi rapidement à l'extérieur.
Nijimura se trouvait déjà à l'intérieur de sa voiture et lui fit signe de monter. La voiture ne tarda pas à s'éloigner de la maison pour rejoindre celle d'Akashi, qui n'avait pas décroché un mot depuis un certain temps et continuait à observer, sans la moindre discrétion, le profil de l'adulte. Dans un coin de sa mémoire avait été soigneusement sauvegardée l'expression enjouée de son ancien manager. Cela avait été comme un mirage, n'ayant malheureusement duré qu'un lapse de secondes comparable à un battement de cils. A présent, le visage de Nijimura s'était refermé et ses sourcils se retrouvaient de nouveau froncés, comme toujours.
Un bref instant qui avait pourtant réussi à lui faire oublier l'affront de Nijimura et ses techniques de torture.
Chamboulé par différentes pensées qui le traversaient, mais aussi ces émotions jusqu'alors méconnues qui assaillaient son corps, Akashi ne se rappellera que plus tard de sa conversation avec Nijimura, dans la chambre de ce dernier. Il fut ainsi ramené chez son père sans avoir même échangé quelques mots avec le brun, bien trop concentré à se dépêcher pour rejoindre au plus vite Haizaki dont la patience n'était pas l'un des points forts.
Repartant de la demeure des Akashi, Nijimura regarda un instant dans son rétroviseur la silhouette du rouquin restée à l'endroit où il l'avait déposé. Tout comme lui, l'adolescent regardait dans sa direction jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'un point dans le décor, sa voiture ayant pris suffisamment de distance pour qu'il ne soit plus visible. A cet instant, Nijimura poussa un long soupir pendant que l'une de ses mains vint s'engouffrer dans ses cheveux coupés courts.
Cette même main qu'il détailla avec une attention particulière après coup. Quelques minutes auparavant, il empoignait Akashi et lui ébouriffait ses cheveux avec vigueur. Un juron remplit bientôt le véhicule filant à toute allure, sa main ne tardant pas à se refermer autour du volant.
-x-x-x-
Nijimura finit enfin par garer sa voiture et se diriger vers son appartement. Une fois les quelques marches gravies, son regard accrocha à la silhouette qui se tenait à côté de sa porte. Haizaki avait finalement patienté, les mains enfoncées dans les poches de son manteau dans lequel il avait enfoui son visage, afin de se protéger du froid. Un rictus moqueur s'étira sur le coin des lèvres de Nijimura, qui s'avança vers son ami afin d'abréger ses souffrances et le faire rentrer à l'intérieur de son appartement pour qu'il puisse se réchauffer.
Seulement, à peine Haizaki entendit des pas venir à lui, et remarqua Nijimura que sa voix remplit aussitôt le couloir.
« La prochaine fois que tu me donneras un horaire, crois-moi que j'arriverais en retard ! Tu sais combien de temps j'ai attendu du coup ? Et c'est pas comme s'il caillait, bien sûr que non ! En fait tu voulais que je choppe la crève ? J'te jure que si demain je suis…
— Mais tu vas te la fermer, oui !? »
Nijimura attrapa le visage de son ami, ses doigts venant remonter ses joues et tordre sa bouche dans une grimace tous sauf gracieuse et encore moins attirante. Un éclair de panique traversa le regard d'Haizaki, qui entama un pas en arrière au cas où Nijimura amorçait le moindre coup, échappant de la sorte à l'emprise du brun qui ouvrit au même instant sa porte.
Tout en se massant le bas de son visage, devenu douloureux, Haizaki marmonna différentes injures avant de se jeter à l'intérieur de l'appartement et se diriger sans plus attendre sur le canapé. Il retrouva ainsi les quelques couvertures entreposées dessus et s'emmitoufla à l'intérieur, enroulé au possible. Son attitude amusa Nijimura qui s'était entretemps dirigé vers la cuisine, pensant préparer des boissons chaudes avant d'attaquer le sujet principal qui l'avait fait appeler son ami.
Peu de temps après, Nijimura revint avec deux cafés et en tendit un à Haizaki qui s'en empara rapidement. Bien sûr, il n'eut aucun remerciement de la part du délinquant, mais à vrai dire ce n'était pas comme s'il en attendait vraiment. De sorte qu'il ne releva pas le manque de politesse et s'assit à côté de son ami, qui continua à se réchauffer petit à petit.
« T'es à ce point frileux ? Se moqua-t-il en voyant la façon dont Haizaki avait revêtu la couverture.
— Ta gueule. C'est de ta faute d'abord.
— Oui, oui. Je suis désolé. »
Sa main libre vint se poser par-dessus la chevelure d'Haizaki, continuant de boire son café comme si de rien n'était tandis que le corps du délinquant se raidit par ce simple contact. Du coin de l'œil, Haizaki observa le profil de son ancien acolyte et se pinça les lèvres. Un sentiment étrange s'emparait de son cœur lorsqu'il faisait face au brun, mélangeant différentes émotions pour un rendu des plus confus.
Haine, respect, attirance, Haizaki aurait préféré pouvoir être capable d'évacuer tout cela par un cri. Tout extérioriser sans prendre en considération les conséquences futures, simplement crier et tout faire disparaître. Malheureusement, une telle chose lui était impossible et pour cause : il avait peur. Il craignait de voir une nouvelle fois Nijimura disparaître de son champ de vision et de se retrouver à nouveau seul, laissé derrière dans cette obscurité où il ne ressentait même pas le froid.
C'était vide. Dans cette solitude qu'il avait pu goûter malgré lui, avant le retour de Nijimura, il s'était retrouvé vidé. Le peu qui lui avait été cher, pour lequel il comptait et se sentait utile, avait disparu du jour au lendemain sans la moindre explication. Pendant un instant, il se remémora tous ces hôpitaux où il avait été pour s'assurer que son ami n'y avait pas mis les pieds et cette peur qui lui avait arraché l'estomac de le retrouver à la morgue.
Se laissant tomber doucement, son épaule rencontra celle de Nijimura qui fit pivoter son visage de sorte à essayer de voir le sien.
« La ferme. Ça ira plus vite pour me réchauffer, enchaîna Haizaki en resserrant les pans de la couverture autour de lui.
— Je n'ai rien dit, s'amusa aussitôt Nijimura.
— Tais-toi quand même. »
Reposant sa tasse vide, il se cala un peu mieux sur le canapé et contre Nijimura qui fit glisser sa main de la chevelure de son ami jusqu'à son épaule. Haizaki profita simplement de la chaleur humaine que diffusait Nijimura, fermant ses yeux pour ensuite se détendre au fur et à mesure des secondes qui défilaient. Son visage perdit ainsi rapidement toute trace d'agressivité, paraissant étrangement calme et enfantin pour n'importe quelle personne qui aurait croisé sa route plus tôt dans la journée.
« Enfin tu comptes me dire quand le pourquoi tu m'as fait venir ? Ou bien tu voulais à ce point que je dorme avec toi ? Ricana par la suite Haizaki en gardant néanmoins ses yeux clos et son épaule contre celle du brun.
— Dans tes rêves, t'es même pas un oreiller confortable, précisa Nijimura.
— Tu peux parler avec tes pieds froids, connard. »
Cet échange de taquineries et d'insultes les amusa tous les deux, Nijimura posant à son tour sa tasse sur la table avant de prendre un peu plus ses aises sur son canapé. Il laissa ensuite sa tête basculer vers l'arrière et observa son plafond pour chercher ses mots. La menace de cet homme lui revenait en mémoire et Nijimura était tout à fait conscient que dorénavant les choses allaient se corser. Il se demandait même comment cela se faisait que ça ait duré si longtemps, cette tranquillité qu'il n'avait jusqu'alors jamais eu hormis en présence de Shiori puisque ses antécédents de délinquant l'avaient parfois amené à côtoyer les mauvaises personnes.
Fréquenter Haizaki n'était pas non plus l'idée du siècle, lorsque les personnes connaissaient qui étaient son frère.
Nijimura ne craignait pas ces anciens adversaires si ces derniers venaient chercher leur revanche, il saurait les accueillir. Sa peur était toute autre et concernait en partie Haizaki, son regard se déportant ainsi du plafond pour observer le profil de son ami qui se baignait dans la chaleur apportée par les couvertures. Sa respiration calme démontrait la confiance qu'il lui portait.
Cette confiance, mais aussi cette relation, qu'ils avaient entretenue et qui n'avait pas spécialement plu à une certaine personne.
Il inspira longuement avant de finalement prendre la parole, ses mots se confondant avec l'air qui s'échappait de sa bouche. Tel un souffle hivernal qui attaquait la chaire, invisible mais bel et bien existant.
« Shinichi va bientôt apprendre qu'il n'a pas réussi à avoir ma peau. »
A travers sa main posée contre l'épaule d'Haizaki, Nijimura n'eut aucun mal à ressentir le tressaillement qui avait parcouru le corps de son ami. Lentement, Haizaki se décolla de lui et plongea son regard agrandi dans le sien.
« C'est pour ça que j'ai besoin de toi, confia-t-il d'une voix basse.
— Car tu crois qu'il va m'écouter ? Cria Haizaki, qui quitta le canapé, brisant définitivement le confort fragile pour se diriger vers la sortie de l'appartement.
— Je ne te demande pas d'aller lui parler !
— Tu sais aussi bien que moi qu'il m'écoutera jamais. J'suis rien pour lui. »
Haizaki était en train de mettre ses chaussures lorsque Nijimura se dressa entre lui et sa porte. Cela ne sembla pas déranger pour autant son ami qui se redressa, enfonçant son épaule contre la sienne afin de pouvoir quitter cet endroit et ne plus y remettre les pieds de sitôt. Malheureusement, Nijimura empoigna avec force son bras pour ensuite le coller contre le mur. Etant plus grand que lui, Nijimura n'eut aucun mal à le surplomber et se montrait intimidant aux yeux d'Haizaki.
Au fond, même sans ça, Nijimura pouvait se montrer inquiétant par ses yeux aciers qui semblaient parfois capable de scier en deux une personne. Il avait cette prestance et cette autorité qui faisaient de lui une personne redoutable sans même avoir besoin de recourir à la force. De plus, ce n'était pas comme s'il était en reste : plusieurs fois Haizaki s'était vu prendre des raclées et être incapable de prendre sa revanche. Les cours de karaté que Nijimura avait suivis durant son enfance n'avait assurément pas servi à rien.
« Je sais me protéger tout seul, Haizaki. Ce n'est pas moi dont je veux que tu assures la sécurité.
— Mais tu me prends pour qui, bordel !? J'ai jamais rien protégé de toute ma fichue existence !
— Je n'ai personne à qui le demander, il n'y a que toi. Et c'est car je te fais suffisamment confiance pour savoir que tu y arriveras, ok ? »
Devant l'intensité dans le regard du brun, Haizaki ne put que détourner son regard tout en pestant. Ce n'était pas juste de tirer une expression pareille et de lui dire ces mots, comme un idiot son cœur avait eu un loupé. Il avait l'impression que malgré l'agressivité présente dans la voix de son interlocuteur, celui-ci était en train de le supplier de lui venir en aide. A travers tous ces mots et ces hurlements, Haizaki parvenait à entrapercevoir la panique qui avait élu domicile dans le regard de Nijimura.
Et il n'y avait qu'une raison pour qu'une telle lueur existe dans ces yeux normalement si assurés.
« Tu sais qu'il ne se déplace jamais seul, rappela Haizaki.
— Oui, je sais. »
Un rire amer le prit et il gigota un instant son visage, légèrement baissé pour échapper au regard du brun.
« Tu cherches donc à m'envoyer en première ligne pour les retarder et permettre à ta famille de s'enfuir, c'est ça ?
— Oui. »
Cela ne servirait à rien de cacher la vérité à Haizaki, ainsi Nijimura ne passait pas par quatre chemins pour lui faire comprendre ce qu'il attendait de lui. A cause de son travail, il ne pourrait protéger tout le temps Rin et Takeru, qui seront les premières cibles de Shinichi afin de le faire venir à lui. Il avait donc pensé qu'Haizaki pourrait les accompagner, même de loin, lorsque ces derniers iront à l'école mais aussi quand ils rentreront à la maison. De plus, ce ne serait pas une bonne idée que d'arrêter de travailler et de s'occuper lui-même de la protection de sa famille ; cela ne faciliterait que trop les choses à Shinichi que de les avoir tous au même endroit, au même instant.
Si jamais cette personne désirait l'affronter de nouveau, autant être seul et s'éloigner de toutes personnes chères. Bien évidemment, il ne demandait pas à Haizaki de protéger sa famille indéfiniment, il comptait agir de son côté aussi. Il avait simplement besoin de l'aide de son ami pour quelque temps.
Cependant, l'idée ne plaisait toujours pas à Haizaki. Il ne continuait pas à rester aux côtés de Nijimura pour lui servir d'appât et commençait même à en avoir assez de cette situation incertaine qui régnait entre eux depuis des années. Coucher ensemble était certes agréable, mais Haizaki désirait plus et il savait parfaitement que le brun en était conscient. Du moins Nijimura l'était, mais il se voilait la face ou préférait simplement faire comme si de rien n'était et ne garder que les bons côtés de cette relation.
Mais Haizaki voulait plus. Toujours plus.
« Et tu voudrais pas que je m'occupe de ton petit protégé aussi !? Ironisa bientôt Haizaki, tout en lançant un regard noir à Nijimura qui fronça ses sourcils.
— Tu parles d'Akashi ?
— Car tu m'en caches un autre ? » Se moqua son ami.
Haizaki lui révéla ensuite l'avoir rencontré dans le bar de Kuroko, étant apparu peu de temps après son départ pour rejoindre Takeru. Il était venu le voir mais malheureusement les circonstances les avaient fait simplement se croiser, mais Akashi avait pourtant pris la décision de bousculer un peu le destin et de patienter aux côtés de Rin pour s'assurer de le voir. Toutefois, Haizaki cacha les pics lancés au garnement. Nijimura n'avait pas besoin de connaitre ce genre de détails.
« Akashi est en sécurité chez lui. Du moment qu'il ne sort pas, il ne craint rien.
— Pourtant, c'est qui qui a quitté sa jolie maison pour venir dans un bar ?
— Akashi n'aura bientôt plus aucune raison de sortir. » Souffla-t-il avant de se reculer et relâcher Haizaki.
En effet, Nijimura comptait bien revoir Akashi une dernière fois pour répondre à sa fameuse question. Tout comme Rin et Takeru, il comptait protéger Akashi de Shinichi et pour cela l'adolescent devait rester à l'intérieur de sa maison. De toute façon, depuis qu'il avait cessé d'être son manager cela ne servait plus à rien de rester en contact. Sa mère lui avait demandé de prendre soin de son fils et s'assurer qu'il grandisse convenablement, mais Nijimura ne se faisait pas de soucis là-dessus.
Akashi avait un avenir assuré qui lui tendait les bras et rien ni personne ne devait déranger cela. De sorte que lui-même devait dès à présent s'effacer de son existence.
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Le lendemain de sa sortie, Akashi avait sorti l'écrin contenant son violon pour le poser contre son bureau. L'instrument était exposé sous son regard carmin, mais l'adolescent se trouvait en retrait et se contentait de le regarder. Depuis son plus jeune âge, son père lui avait fait apprendre diverses choses allant des leçons d'éducations pour le maintien et se rendre gracieux en toute circonstance, à l'apprentissage de plusieurs instruments de musiques. Son père voulait qu'il soit capable de maîtriser tout et n'importe quoi, que cela soit un animal fougueux et imprévisible à un instrument qui ne produirait pas forcément un joli son malgré son application à la tâche. Un Akashi se devait d'être irréprochable, mais au fond de toute cette éducation, toutes ces leçons n'avaient pas pour but le partage.
Toutes ces mélodies qu'il apprenait sur le bout de ses doigts afin de jouer correctement du violon, mais aussi du piano, ce n'était nullement pour en faire profiter son entourage au cours d'un repas ou bien d'une fête conviviale. Cela ne concernait que des capacités qu'un Akashi se devait de maîtriser. Jusqu'à présent, seule sa mère et Nijimura avaient été son unique public. A son inverse, la mère de Nijimura avait joué pour son propre plaisir et pour que les autres puissent profiter des mélodies que produisait joliment son violon. Ces musiques avaient su la toucher et, à force d'entraînement et d'acharnement afin de pouvoir être capable de les jouer, elle désirait pouvoir les partager et toucher à son tour ces personnes qui étaient venues l'écouter.
Akashi avait toujours joué pour lui seul. Il avait commencé le violon sans réel attrait pour l'instrument en question, simplement car c'était là un ordre de son père.
Il ferma ses yeux et soupira tandis qu'il se rappela de Rin qui lui demandait son numéro de téléphone et un sourire se forma sur le coin de ses lèvres. Il avait l'impression de se faire des amis de son âge pour la première fois et l'idée le ravissait.
Son attention quitta bientôt l'écrin de son violon pour détailler d'un œil nouveau sa chambre, bien plus grande que celle dans laquelle Nijimura l'avait emmené chez sa mère. Sa chambre à elle seule devait assurément faire la même superficie que la cuisine de la famille Nijimura et de nouveau son estomac fit des siennes.
Tout en apportant sa main contre son ventre, Akashi serra sa chemise. Depuis que Nijimura l'avait ramené chez lui et était parti, quelque chose s'était insinué en lui. Sa venue chez la famille de Nijimura, sa rencontre avec Rin et Takeru, l'attitude de Rin à son égard, mais aussi celle de son ancien manager et de ce sourire qu'il avait finalement entraperçu. Akashi voulait revivre ces moments, pouvoir goûter une nouvelle fois à cette tendresse et ce bien-être qu'il avait ressenti durant ce repas.
La gentillesse de la mère de Nijimura, sans bien sûr oublier celle de Rin, avait su le toucher. Sans même s'en rendre compte, un sourire vint courir sur le coin de ses lèvres pour venir éclairer son visage. Ce petit retroussement de lèvres qui se volatilisa rapidement lorsqu'une personne vint toquer à sa porte de chambre, le tirant de ses rêveries pour permettre au nouveau venu d'entrer.
« Bonjour, Akashi-sama. Nijimura-san vous attend dans le jardin, le prévint le majordome.
— Nijimura-san ? Répéta-t-il malgré tout, les sourcils froncés.
— Oui. Il aimerait discuter avec vous. »
Une nouvelle fois, Akashi sentit son ventre se contracter douloureusement. L'adulte n'avait pas fait tout ce chemin pour parler oisivement et il avait été si difficile à voir ces derniers jours que sa venue soudaine n'augurait rien de bon. Leur conversation de la veille, interrompue par l'arrivée de sa mère, allait pouvoir toucher à sa fin et Akashi sentit les frissons parcourir son corps. Même si le désir d'avoir le fin mot de l'histoire l'emportait sur la peur de savoir toute la vérité, Akashi mentirait en révélant qu'il ne redoutait pas un peu la fameuse conversation à ce sujet.
« Dois-je lui dire de repasser ? Demanda gentiment le majordome en voyant l'adolescent se murer dans le silence.
— Non… Tu peux le faire monter, autorisa-t-il enfin.
— Nijimura-san préférait que vous le retrouviez dehors, Akashi-sama. »
Se demandant à quoi pouvait bien jouer le brun, Akashi acquiesça cependant. Il se mit alors en route pour quitter sa chambre et rejoindre son ancien manager, mais ses pas se firent mal assurés. Il déglutit alors et contracta ses poings comme pour se donner du courage, mais sa nervosité l'emporta ; s'arrêtant avant même d'avoir pu franchir le seuil de sa porte.
Le majordome décida alors de l'encourager. Le vieil homme avait compris, par le visage grave de Nijimura, que ce dernier s'était résolu à tout raconter au plus jeune. De plus, par hasard ou par chance, Akashi Masaomi avait dû quitter les lieux pour se rendre à Kyoto pour une réunion importante. C'était le moment où jamais pour ces deux-là de discuter sans craindre d'être dérangé.
Il déposa ainsi sa main contre le dos de son jeune maître, l'encourageant à faire un pas de plus. Sur son visage avait élu domicile un petit sourire, ce qui rendit une expression bienveillante qui ne fut pas de refus pour cette occasion. Un simple contact suffisant pour remettre d'aplomb Akashi, inspirant et expirant une dernière fois avant de se retrouver dans l'escalier qu'il descendit afin de rejoindre Nijimura qui patientait dans le jardin.
Aux portes de sa demeure, deux domestiques lui tendirent de quoi se vêtir ainsi qu'une écharpe afin qu'il n'attrape pas froid. Une fois couvert, Akashi contourna la maison pour se retrouver dans l'arrière-cour que chérissait auparavant sa mère, qui appréciait y prendre le thé et prendre des bains de soleil. Son regard ne tarda à observer la table qui autrefois accueillait sa mère et quelques amies, ou bien quand arrivait le printemps et qu'il s'était décidé à peindre sa mère sans savoir à cette époque le succès que remporterait ce tableau. Etrangement, bien que cela faisait des années que sa mère les avait quittés, Akashi se souvenait de chaque moment passé à ses côtés comme si ces derniers dataient de la veille ; les sourires qu'elle lui avait adressé, ses bras l'attrapant par la taille avant que ses cheveux ne viennent lui caresser le visage par leur douceur.
Tous ces instants formidables qui pourtant lui avaient été retiré injustement par la maladie.
Perdu dans ses pensées, Akashi ne sentit tout d'abord pas la présence qui se rapprochait de lui et encore moins cette main s'engouffrer dans sa chevelure. Il ne le remarqua que lorsque la force de cette personne ne le fasse basculer vers l'avant, sa poigne contre le sommet de son crâne l'y obligeant. La chamaillerie de Nijimura dura quelques secondes, suffisamment en tout cas pour que l'adolescent cherche à s'extraire de son emprise et lui lance quelques regards noirs, qui le firent plus sourire qu'autre chose toutefois.
« Fais pas cette tête, on dirait que tu pleurais, se moqua Nijimura avant de se décaler et de le relâcher.
— Je ne pleure jamais. » Contra rapidement Akashi en se recoiffant rapidement.
Un sourire moqueur s'étira néanmoins sur les lèvres de Nijimura, dont le regard bifurqua pour observer à son tour la table qui se trouvait derrière Akashi. Tout comme le rouquin, il partageait les mêmes souvenirs que lui en compagnie de Shiori, buvant quelque fois le thé que leur apportait les domestiques et profitant des rayons du Soleil malgré la fraicheur du printemps.
« De quoi voulais-tu me parler alors ? » Enchaîna ensuite Akashi, mettant sa nervosité de côté pour poser directement la question fatidique.
Les yeux de son ancien manager se tournèrent dans sa direction et Akashi fronça ses sourcils en remarquant l'étincelle de tristesse qui s'écoulait de ce regard habituellement si assuré. Il vit ensuite Nijimura apporter sa main contre sa nuque, se la grattant nerveusement tout en balançant son poids d'un pied à l'autre. Visiblement, l'adulte ne se trouvait pas à l'aise d'être interrogé de la sorte, mais après tout il était bien connu qu'un Akashi ne passait jamais par quatre chemins.
« Je suis venu pour que tu me promettes de ne plus chercher à me revoir, moi ou ma famille, précisa ensuite Nijimura.
— Pardon ? Demanda cependant Akashi qui tombait des nues.
— Nous n'avons plus rien à faire ensemble. Tu as un nouveau manager, qui semble même beaucoup plus compétent que moi d'ailleurs !
— Ce n'est pas ce que je veux savoir. Pourquoi aujourd'hui ? »
La voix d'Akashi était descendue de quelques octaves et se montrait orageuse, n'appréciant pas véritablement le fait d'être pris au dépourvu. De plus, si cela était une plaisanterie de la part du brun, ce n'était définitivement pas drôle. Pourquoi ce revirement de situation ? Il avait beau relater à toutes vitesses les derniers événements, il n'avait rien commis de néfaste pour être ainsi écarté de la vie de Nijimura, mais aussi celle de sa famille. Le problème venait donc directement et seulement de la personne qui lui tenait face en cet instant.
Ainsi, lorsque le sourire que Nijimura lui avait offert la veille lui revint en mémoire, il sentit de nouveau son estomac se tordre. Akashi attrapa donc son manteau, essayant tant bien que mal de garder son calme.
« C'est pas la première fois que j'essaie de t'éloigner de moi, mais tu ne semblais rien comprendre. Tu ne te souviens pas quand tu as fugué de chez toi pour venir à mon appartement ? Si ma mère n'avait pas été là, je t'aurais ramené immédiatement chez ton père. »
Les mots agressifs de Nijimura ne laissèrent évidemment pas Akashi insensible, sa main continuant de se cramponner à son manteau tandis que les souvenirs de cette fameuse nuit lui remonter en mémoire.
— Si je suis parti de chez moi, c'est car je voulais te voir, Nijimura-san.
— Alors ton attitude est encore plus stupide que je ne le pensais.
Face au silence du rouquin qui relatait cet événement encore et encore, repensant à la voix polaire que le brun lui avait adressée, Nijimura décida de poursuivre et ne pas laisser le temps à Akashi de répliquer quoique ce soit. Après tout, c'était pour son bien. Le fils de Shiori n'avait rien à faire avec un délinquant tel que lui. Pourquoi cette relation étrange ne finissait-elle que maintenant, d'ailleurs ? Cette dernière avait duré bien trop longtemps.
« C'est pourquoi je viens te le dire en personne et de façon explicite : ne remets jamais les pieds à mon appartement ou chez ma mère. Ne profite pas de leur gentillesse pour combler la perte de ta mère. Il ne s'agit pas de ta famille. »
Les mots qu'employaient Nijimura étaient réfléchis, choisis avec soin afin de dégouter Akashi et l'obliger à s'éloigner de lui. Cela ne lui plaisait pas de faire mal gratuitement, mais Akashi n'avait plus rien à faire à ses côtés. Ce ne serait qu'en le détestant qu'Akashi cesserait de lui courir après.
Avant de partir, Nijimura se pencha respectueusement vers l'avant et la main d'Akashi se décrocha de son manteau, s'approchant doucement du brun, ne désirant pas le voir partir et le garder ainsi à ses côtés. Malheureusement, il avait été trop lent, Nijimura avait eu le temps de se redresser et de contourner sa main, qui resta en suspens. Akashi eut un moment d'absence, la scène s'étant jouée au ralenti sous ses yeux désormais écarquillés. Ce fut à peine si ces doigts purent ne serait-ce que l'effleurer, ne voyant désormais que le dos du brun commencer à s'éloigner de lui. Son cœur lui faisait mal. Il avait envie de crier pour le retenir, pour continuer à le voir et lui parler, mais il se retint, sa main en l'air venant simplement longer de nouveau son corps.
Nijimura n'avait plus rien à faire dans cet endroit et compta définitivement tourner cette page qui le rattachait encore à Shiori. Ce fut sans compter sur l'imprévisibilité de sa Majesté, dont la voix naturellement forte et distincte arriva à ses oreilles sans même qu'Akashi n'ait eu le besoin de crier.
« Alors pourquoi avoir été aussi gentil avec moi ? Que ce soit les fois dernières ou encore aujourd'hui, tu as toujours été gentil.
— Car pour toi je suis gentil en ce moment ? Ironisa Nijimura sans même se retourner, n'ayant qu'une hâte : partir loin.
— Je suis certain que tu ne me dis pas tout. Jamais le Nijimura-san que je connais ne sortirait de telles méchancetés sans raison. »
Certes, il ne connaissait pas intégralement la personne qu'était Nijimura Shūzō mais une chose était certaine : pendant leurs querelles, jamais le brun ne s'était montré grossier ou cruel. Derrière ses regards furieux ou ses insultes se cachaient toujours une attitude protectrice et chaleureuse.
Toutefois, de son côté, la résistance que démontrait en cet instant précis le rouquin agaça plus que n'étonna Nijimura ; qui ne pensait pas que cet enfant le percerait si vite à jour. Il aurait au moins souhaité pouvoir le temps de remonter dans sa voiture et disparaître une bonne fois pour toute.
Nijimura contracta dès lors ses poings et se mordit les lèvres. Pourquoi Akashi ne pouvait-il pas, juste pour une fois, se taire et accepter la situation ?
« Je dois avoir des raisons pour ne plus vouloir te voir ? Se moqua-t-il en se retournant cette fois-ci et remarquer que le rouquin n'avait pas bougé d'un centimètre.
— La logique humaine le souhaiterait en effet. »
Nijimura remarqua alors la tentative de l'adolescent pour que cette conversation devienne une de leurs petites querelles étrangement appréciées par sa mère ainsi que Rin. Son cœur se contracta rapidement. Bien qu'Akashi usait de son détachement habituel, mais son regard se montrait hésitant et inquiet. Ces yeux sanglants habituellement si fiers avaient dû mal à soutenir son regard.
Il était en train de faire du mal à cet enfant qui avait toujours vécu reclus sur lui-même, éloigné de la société, et qui s'était finalement ouvert à lui. Il bafouait la confiance qu'Akashi lui avait accordée et Nijimura eut subitement des difficultés pour respirer, comme si un poids écrasait subitement sa cage thoracique.
Pourtant, il décida d'ignorer cette douleur et agita sa tête sur les côtés ; se détournant une nouvelle fois du garçon.
« Je n'ai plus de raison pour rester à tes côtés…
— Comment ça ? »
Le visage souriant de Shiori apparut derrière les paupières de Nijimura, mais il préféra l'ignorer et ferma brusquement ses yeux et se ressaisir. Rien de bon n'arriverait à Akashi s'il restait indéfiniment à ses côtés, et puis de toute façon l'adolescent vivait très bien jusqu'à ce qu'il fasse sa connaissance. Sa mère défunte n'avait donc aucun souci à se faire sur l'avenir de son fils, qui vivra assurément sans problème d'argent.
« Ta mère m'avait demandé de prendre soin de toi, mais maintenant que je ne suis plus ton manager, ma tâche ici est terminée. J'ai fini par rembourser ma dette, entièrement. »
Sans plus attendre, Nijimura se pencha de nouveau vers l'avant et se remit en marche pour quitter les lieux. Il ne voulait pas qu'Akashi parvienne à surenchérir quelque chose et le retienne davantage dans ces lieux, où il avait passé le plus clair de son temps avec Shiori qui étincelait autant que le Soleil par son bonheur et sa joie de vivre. Le fait d'utiliser son souvenir afin de mettre de la distance entre lui et son fils lui déchirait le cœur, mais Nijimura essaya de se relativiser en pensant au bien fait que cela procura à Akashi de ne plus avoir à croiser sa route. Tant que l'adolescent restera entre ces murs, rien de mal ne pourrait lui arriver.
Toutefois, laissé derrière, Akashi commença à rattacher toutes les pièces du puzzle. L'attitude de Nijimura lors de leurs premières entrevues, l'évolution de leur relation et la gentillesse dont le brun lui avait témoigné, sans oublier les paroles mystérieuses du majordome à l'intention de son ancien manager… Les yeux du rouquin s'agrandirent tandis qu'il repensa à cette photographie représentant sa mère et cet enfant qui ne lui rappelait rien. Il chercha aussitôt la silhouette de Nijimura à travers le jardin sans malheureusement la discerner.
Ce fut par le bruit d'une voiture que l'on démarre que son cœur manqua un battement. Il ne put qu'entendre le portail se refermer après que la voiture de Nijimura l'ait dépassé et essayer de comprendre ce qui venait de se dérouler sous ses yeux. Akashi eut comme l'impression que le sol se dérobait sous ses pieds au fur et à mesure qu'il comprenait que c'était là sa dernière conversation avec le brun, ne laissant derrière lui qu'un sentiment amer d'un adieu silencieux.
