Bonjour tout le monde, comment allez-vous ?

Comme d'habitude je suis désolée pour le temps que je peux mettre à publier entre deux chapitres, je ne vais pas sortir encore et encore les mêmes excuses, mais sachez tout de même que cette histoire poursuit doucement son cours dans mon fichier Word. J'ai même quelques chapitres d'avance, donc ça devrait aller, normalement !

Un merci à Louna Ashasou pour sa correction !

Réponses aux review :

mystrale9331 : Merci beaucoup pour ta review :) Je suis contente de savoir que le couple NijiAka te plaise et te change du MibuAka ! Voici en tout cas le chapitre 10 de cette fiction qui j'espère te plaira. Je te souhaite une bonne lecture !

luce1999 : Voici la fameuse suite à cette histoire, j'espère que tu prendras plaisir à la lire :D Merci beaucoup pour ta review et je te souhaite une bonne lecture !

Merci aussi à toutes ces personnes qui continuent à lire cette fiction, mais aussi à la mettre en follow et même en favori ! N'hésitez pas à commenter et je vous souhaite à la prochaine !


Le portrait

Chapitre 10


Cela faisait désormais quelques jours qu'Akashi et Nijimura avaient tenu leur conversation et les jours continuaient de se succéder les uns après les autres sans le moindre changement, comme si cette discussion n'avait rien changé à leur quotidien. Akashi se réveillait et descendait de sa chambre pour prendre son petit-déjeuner, mais il apprenait aussi ses cours avec les différents professeurs employés par son père. Parfois, Shirogane venait voir comment se portait son protégé et demandait si l'inspiration lui était revenue. Seulement, Akashi n'avait envie de rien faire. Il se levait et mangeait par automatisme, mais au fond il ne ressentait l'envie de rien. Ainsi, s'il lui avait été possible de passer la journée au lit il l'aurait volontiers fait.

Sa conversation avec Nijimura ne cessait de lui revenir à l'esprit, tout comme cette voiture continuait inlassablement de s'éloigner de lui et concrétisait cette distance qui le séparerait à jamais du brun. Qu'importe ses efforts et sa détermination, tout semblait l'empêcher de rattraper cette voiture qui poursuivait sa route. Le sentiment d'être laissé de côté, voire même abandonné, laissait à Akashi un goût amer en bouche.

Son état n'échappa pas au regard avisé du majordome de la maison, qui à de nombreuses reprises ne put empêcher un soupir de passer ses lèvres. Bien évidemment, il ne savait pas ce que Nijimura avait pu dire au plus jeune, mais en vue de l'état de son jeune maître les propos n'avaient pas dû être des plus agréables. Depuis, à chaque fois qu'il voyait Akashi, il se tenait devant la fenêtre de sa chambre, à fixer quelque chose que lui seul était capable de voir.

Lorsqu'Akashi Masaomi finit par rentrer de Kyoto, l'état de son fils ne tarda à remonter jusqu'à ses oreilles. Quelques domestiques s'inquiétant pour le jeune homme, qui semblait s'être transformé en véritable fantôme ambulant, furent rapides à lui en toucher deux mots. Cette nouvelle n'enchanta évidemment pas le maître des lieux, qui ne tarda alors à rechercher la silhouette du majordome qui, il le savait, en saurait davantage ; au fil des années cet homme était devenu les yeux et les oreilles de cette maison.

Fort heureusement, il n'eut pas à chercher longtemps avant que l'homme en question vienne lui souhaiter un bon retour et se propose pour monter ses affaires à sa chambre.

« Peux-tu d'abord me dire ce qui est arrivé à mon fils ? Demanda-t-il avec autorité.

— Nijimura-san est venu lui parler en votre absence.

— Depuis quand un étranger est-il autorisé à entrer dans ma demeure en mon absence ? »

Bien que la voix de Masaomi gronda d'agressivité et de représailles, quelques domestiques disparaissant du hall d'entrée pour éviter les retombées, le majordome quant à lui ne se déstabilisa pas. Il resta parfaitement droit, son regard avenant plongé dans celui furieux de Masaomi.

« Vous savez tout autant que moi que depuis cette histoire, Nijimura-san n'est pas étranger à votre famille. »

La voix posée du majordome sembla faire ses effets sur Masaomi qui soupira bruyamment avant de relever ses yeux vers l'endroit où se situait la chambre de son fils. Toute trace d'énervement disparut rapidement de son regard pour laisser place à l'inquiétude, ce que la majordome remarqua avant d'étirer un discret sourire au coin de ses lèvres. Malgré son attitude d'apparence froide et distante, Masaomi restait le père d'Akashi et nul doute qu'il tenait à lui comme la prunelle de ses yeux.

« Si je puis me permettre Akashi-sama, il serait temps de révéler la vérité à votre fils. Je ne sais pas ce qu'a pu lui dire Nijimura-san, mais il a besoin de votre version aussi.

— En quoi cela serait-il utile ? J'ai appris à mon fils à ne pas se soucier du passé et à toujours regarder droit devant lui, contra aussitôt Masaomi.

— Car il est en droit de savoir toute l'histoire. Et vous êtes le mieux placé pour la lui raconter, Akashi-sama. »

Pendant un instant, Masaomi jugea du regard cet homme bien sûr de lui. Ce n'était pas la première fois, ni sûrement la dernière, que ce majordome lui recommandait certaines actions alors qu'il n'était un vulgaire employé ici. Sans la moindre difficulté, Masaomi pourrait le congédier et trouver une autre personne pour le remplacer, peut-être même de plus qualifiées.

Cependant, cette voix de la raison qui venait de temps à autre filtrer avec ses oreilles n'étaient, finalement, pas si désagréable que ça à écouter.

Il finit alors par acquiescer, un faible mouvement, à peine visible, que ne loupa pourtant pas le majordome. Un sourire s'inscrivit alors sur ses lèvres et il se saisit des bagages de son maître pour les monter à sa chambre, se penchant respectueusement vers l'avant pour ensuite monter l'escalier. Toutefois, Masaomi resta un certain temps à observer la porte le séparant de son fils, immobile. Plusieurs fois auparavant il avait pensé à dire à son fils toute la vérité sur les liens qui unissaient Nijimura à leur famille, depuis le jour où le brun était venu postuler au rôle de manager. Il avait compris que Nijimura voyait là une opportunité pour rembourser sa dette envers sa défunte femme et bien que l'avoir de nouveau dans les pattes ne l'ait pas ravi, il avait cédé.

Quelques souvenirs lui revinrent en mémoire et le firent soupirer.

Masaomi se mit ensuite en route, montant l'escalier avant de s'arrêter devant la porte qui le séparait encore de son fils. Il prit plusieurs profondes inspirations avant de toquer, puis entra. Son attention se posa rapidement sur la silhouette d'Akashi qui se tenait devant la fenêtre, dont le regard n'observait cependant pas le jardin sur lequel donnait l'ouverture mais plutôt le papier rectangulaire qui se trouvait entre ses mains.

Silencieusement, il se rapprocha de l'adolescent qui ne fit pas attention à la nouvelle intrusion. A vrai dire, toute son attention était sur ce morceau de papier qui représentait sa mère et cet enfant aux cheveux décolorés. Il avait désormais un nom à mettre sur ce visage légèrement agacé de devoir sourire alors qu'il n'en ressentait pas l'envie ; à moins que ce soit la gêne d'avoir sa mère derrière son dos, pinçant ses joues, qui le faisait réagir de la sorte. Cela ressemblerait davantage à Nijimura.

Nijimura avait connu sa mère. Il semblait même bien s'entendre avec celle-ci à en juger par la photographie.

« Je me disais bien qu'il en manquait une après ton départ. »

Akashi sursauta en entendant la voix grave de son père, rivant ses yeux sanglants dans les siens, absorbés par le visage souriant de Shiori. Pour sa part, il faisait complètement abstraction de la silhouette de Nijimura où de l'étendue verdâtre que représentait le jardin, ne se souciant que du sourire de sa femme et de son air ravi. Du bout des doigts, il attrapa la photographie et la rapprocha, une expression nostalgique s'emparant de son visage.

Il resta quelques instants à regarder avec une attention minutieuse le morceau de papier glacé avant de reporter ses yeux sur son fils.

« Tu as maintenant appris qui était ce garçon, je présume. »

Un silence délicat s'installa dans la chambre du rouquin, qui regarda un instant la photographie entre les mains de son père puis celui-ci.

« Veux-tu savoir comment il a connu ta mère ?

— Que je le sache ou non, la situation ne changera pas, soupira l'adolescent.

— Peut-être bien en effet. »

Masaomi n'était pas du genre à mentir, et encore moins à sa famille. Ainsi malgré la surprise qui s'étendit sur les traits de son fils, il garda la photographie entre ses mains et prit le chemin de la sortie pour retrouver son bureau. Tout d'abord perplexe, Akashi ne sut pas s'il devait suivre son père ou s'il allait lui être possible de récupérer la photographie. C'était le dernier souvenir qui lui restait de Nijimura et malgré tout, Akashi voulait le préserver. Ces moments qu'il avait passé avec le brun, ces souvenirs qui resteraient à jamais gravé dans un coin de son esprit, il voulait les chérir.

Cependant, avant de franchir le seuil de la porte et disparaître dans le couloir, Masaomi s'arrêta un bref instant.

« Libre à toi si tu ne veux pas apprendre le fin mot de cette histoire, je ne t'y forcerai pas. Seulement, si tu restes dans ta chambre : le sujet est clos. »

Comprenant par-là qu'il n'y aurait pas de seconde chance, Akashi ne tarda pas à faire son choix. Cette tristesse qu'il avait vue dans le regard de Nijimura, cette photographie qui le reliait d'une façon ou d'une autre à sa mère, ainsi que cette dette que le brun avait soulevée… Il avait envie de savoir. Non en fait, il avait même besoin de savoir. Le comportement de Nijimura ce jour-là avait été étrange et il était clair que le brun ne lui avait pas tout dit.

Ses pas suivirent ainsi ceux de son père, qui ouvrit son bureau avant de venir s'asseoir derrière celui-ci et observer son fils fermer la porte derrière lui. Il se rapprocha ensuite de Masaomi qui le regardait fixement.

« Que veux-tu savoir en premier ?

— Comment ma mère et Nijimura-san se sont-ils rencontrés ? Questionna rapidement Akashi, comme si son père pouvait changer d'avis d'un instant à l'autre.

— Tu es déjà au courant qu'à cause de sa santé fragile, j'avais interdit à Shiori de sortir de la maison. Si elle tenait à profiter du soleil, elle avait le jardin pour ça. Seulement, elle pouvait se montrer très têtue et sortait souvent hors de la maison quand j'avais le dos tourné ou que j'étais en voyage d'affaire. »

Masaomi se souvenait parfaitement des rires de sa femme qui partait en douce, aidée par quelques domestiques dans la confidence, afin de pouvoir prendre de la distance, le laissant la plupart du temps au pied du mur avec pour unique choix de voir le véhicule quitter leur résidence. Avec le recul des années passées et la disparition de sa femme, Masaomi mentirait en dévoilant que ces instants ne se trouvaient pas comique, d'une certaine manière, et un sourire se forma sur le coin de ses lèvres, retirant toute trace d'autorité de son visage.

Sous les yeux d'Akashi se dessina non pas l'homme d'affaire, mais l'homme qui avait aimé une femme.

« Ce jour-là, ta mère a recommencé et est partie en douce alors que je l'avais prié de rester au chaud. Il neigeait et elle avait une vilaine toux depuis plusieurs jours. Mais comme d'habitude, elle n'en a fait qu'à sa tête et elle est sortie malgré mon interdiction. »

Bien entendu, Masaomi n'avait pas tous les détails. Il n'avait que son point de vue et ce qu'il avait pu entendre de la bouche de Shiori ou de celle de ses employés ; en réalité il n'avait pas cherché à en savoir plus puisque il s'était même plutôt évertué à faire déguerpir ce délinquant de malheur de sa demeure que d'apprendre à le connaître.

Il avait vu en Nijimura une menace pour sa famille.

« Savais-tu que Nijimura-san n'a pas toujours été cet adulte responsable ? S'enquit-il tout en marquant une pause dans son histoire.

— Il ne me l'a jamais dit explicitement, mais je l'ai compris par moi-même. »

Un sourire moqueur se dessina sur les lèvres de Masaomi. Il était tout à fait normal que Nijimura ne soit pas fier de son passé et ne s'en vante donc pas.

Masaomi reporta cependant son attention sur la photographie et observa cette fois-ci ce garçon qui se trouvait devant sa femme, les joues rougissantes.

« Nijimura-san était un délinquant qui passait son temps à se bagarrer, parfois sans raison valable. Si ta mère n'était pas tombée sur lui ce jour-là, il serait sans nul doute mort dans cette ruelle. »

Un soupir traversa ses lèvres tandis qu'il se rappelait de sa femme revenant à la maison, demandant l'aide à leur majordome pour sortir ce délinquant mal en point de la voiture et le mettre à l'intérieur. En apercevant cette personne à peine consciente, qui laissait derrière lui des traînées de sang, Masaomi avait voulu appeler une ambulance mais sa femme l'avait aussitôt arrêté. A cause de ses blessures faites à l'arme blanche, la police aurait été mise au courant et cet enfant aurait eu des ennuis.

Masaomi révéla à son fils l'état déplorable dans lequel Nijimura s'était présenté pour la première fois sous ses yeux, faisant s'agrandir les yeux d'Akashi. Il n'avait aucun mal à s'imaginer la scène et des frissons traversèrent son corps. Se dire que sans sa mère, il n'aurait peut-être jamais rencontré Nijimura lui paraissait surréaliste. Il s'était fallu de peu, d'un heureux hasard, pour que sa mère passe par cet endroit et découvre une personne grièvement blessée.

De son côté, Masaomi laissa le temps nécessaire à son fils pour traiter les nouvelles informations. Il le vit ensuite chercher ses mots, sa main venant agripper sa chemise, avant que ses yeux sanglants ne viennent rencontrer les siens.

« Vous avez donc pris soin de Nijimura-san ? Demanda ensuite Akashi.

— Oui. Ta mère ne m'en a pas laissé le choix, à vrai dire. J'ai mis ça sur le dos de ses nouveaux caprices, marmonna-t-il.

— Mais ?

— Ta mère avait simplement besoin de compagnie… Avant que la maladie ne se déclare et l'affaiblisse, elle était une personne qui tenait difficilement en place et était toujours très entourée. Mais bon nombre de ses amis lui ont tourné le dos en apprenant son état et elle s'est retrouvée rapidement seule. »

Akashi ne voulut pas imaginer à quel point sa mère avait pu souffrir de cette situation, ainsi abandonnée par ce qu'elle avait appelé des amis. Son cœur se contracta néanmoins en songeant de nouveau à sa conversation avec Nijimura. Ce sentiment d'être laissé de côté lui revint en pleine figure et il abaissa son visage, ses cheveux camouflant son expression. Il n'avait pas envie de se montrer faible face à son père.

Puis, Masaomi continua son histoire. Relatant les jours qui ont précédé l'arrivée de Nijimura dans leur famille ainsi que son rétablissement. Il avait fait venir un médecin qui avait donc pris soin du brun, malgré les réticences de ce dernier.

« A vrai dire, les premiers jours passés dans notre maison, Nijimura-san ne se laissait pas approcher. Ta mère était la seule qu'il acceptait sans s'agiter et rouvrir ses plaies. »

Une fois, Masaomi avait suivi du regard le médecin qui voulait simplement refaire les bandages et jeter ceux imprégnés de sang. Malheureusement, Nijimura refusait catégoriquement qu'un inconnu ne l'approche. Il s'était agité dans tous les sens, avait même balancé différentes affaires qui avaient éclaté en mille morceaux lors de leur rencontre bruyante avec le sol. Quelques domestiques avaient alors tenté de le maîtriser, mais malgré leur nombre plus important, Nijimura parvenait toujours à avoir le dessus.

Masaomi avait alors voulu intervenir, étant déjà bien gentil de laisser ce délinquant se faire soigner chez lui, il était toutefois hors de question qu'il détruise tout sur son passage. Seulement, Shiori l'avait alors retenu et avait tenté de calmer cet enfant terrorisé. D'une voix calme et posée, elle avait su le calmer et l'adoucir.

« Comme c'était dangereux pour lui de refaire surface dans le quartier, Shiori a alors décidé de l'héberger le temps qu'il reprenne des forces et que toutes ses plaies aient disparu. Nijimura-san est donc resté moins d'une année chez nous.

— Presque un an ? Reformula aussitôt Akashi, les yeux agrandis.

— En effet. Comme elle et Nijimura-san s'entendaient bien, ils passaient leur temps dans le jardin. Elle n'a plus cherché à aller dehors après ça.

— Pourquoi je ne m'en rappelle pas ? »

Masaomi entendit parfaitement la tristesse dans la voix de son fils et ses yeux retombèrent une énième fois sur le portrait de sa femme, morte trop tôt. Du bout de ses doigts, il effleura ses cheveux ainsi que le bas de son visage, une lueur attristée inscrite dans ses yeux.

« La perte de ta mère a été un grand choc pour tout le monde, d'autant plus pour toi et moi. J'ai refusé la réalité et me suis caché derrière mon travail… »

Pendant un certain temps, Masaomi resta silencieux. Il se souvenait de cette période de sa vie comme si celle-ci remontait à hier ; la plaie que représentait la perte de sa femme n'était toujours pas refermée, et cela malgré toutes ces années écoulées. A cette époque, Akashi n'avait que huit ans, regardait le monde autour de lui avec des yeux remplis d'admiration et se trouvait toujours dans à proximité de sa mère en tenant la plupart du temps sa jupe entre ses petites mains.

L'adulte porta son attention vers son fils, qui avait bien sûr grandi mais qui gardait toujours certains traits à Shiori.

« A vrai dire, je ne voulais même pas rentrer à la maison car ça voulait dire te voir… tu ressembles beaucoup à ta mère, Seijūrō. Et c'était un supplice pour moi que de te regarder. »

Toute son attention tournée vers cette photographie, Masaomi se souvint de cette époque où il avait été lâche et n'avait pu être capable de jouer son rôle de père. Cela avait été au-dessus de ses forces ; non pas qu'il regrettait l'existence d'Akashi, loin de là, mais il n'était pas prêt. La perte de son amour avait brisé quelque chose en lui et il ne pouvait être capable de positiver, d'essayer de réconforter son fils et lui mentir en disant que les choses s'arrangeraient avec le temps.

Il avait donc fui ; loin de cette maison où l'odeur de sa femme restait encore imprégnée et où un tas de souvenirs s'étaient accumulés.

« Je sais seulement que celui qui s'est occupé de toi à ce moment, ce fut Nijimura-san. Il est celui qui est resté à tes côtés et a essuyé tes larmes en même temps que les siennes. »

Masaomi avait bien sûr honte de son attitude, mais à présent il ne pouvait qu'assumer ses erreurs et ses mauvais choix, et vivre avec ces derniers. Toutefois, malgré cela, il se souvenait parfaitement de son interaction animée et virulente avec Nijimura, un jour où il était revenu à la maison pour chercher des dossiers manquants pour l'un de ses projets. Il avait voulu faire vite et n'être que de passage, mais le hasard avait voulu que son chemin croise celui de Nijimura qui ramenait Akashi, âgé de huit ans, dans sa chambre au même moment.

Ses yeux se voilèrent de culpabilité tandis qu'il se rappela à quel point son fils semblait heureux de le revoir, mais dont il avait été incapable de soutenir le regard plus de quelques secondes. Akashi avait pourtant couru dans sa direction, les yeux animés d'une joie immense comme si aucun malheur ne s'était abattu sur leur famille.

Il l'avait alors ignoré et l'avait dépassé sans même lui adresser un regard, dossier en main, et avait commencé à descendre l'escalier avant de se faire attraper par Nijimura.

Akashi a besoin de son père ! Arrêtez de fuir et tenez votre rôle correctement !

Nijimura n'était qu'un adolescent, pas plus vieux qu'Akashi à ce jour, et pourtant il avait été plus mature que lui.

Il a besoin de vous !

Masaomi sentit son cœur se contracter à ce souvenir. Il se rappela sans la moindre difficulté cette joie qui s'était transformée en de grosses larmes sur le visage de son fils, qui tentait tant bien que mal de les retenir en s'accrochant de toutes ses forces au bas de son pull. Seulement, il avait préféré l'ignorer et partir rapidement. Il n'avait pu supporter la vision de son fils en larme, mais aussi cette ressemblance quasi insoutenable avec sa mère.

Les injures de Nijimura avaient alors fusé contre son dos, mais pas un seul instant il ne s'était retourné ou n'avait regretté son geste ce jour-là.

Relevant ses yeux vers son fils, Masaomi voulut s'excuser. Malheureusement, aucun mot ne put sortir de sa bouche et il abaissa rapidement son regard. Il était conscient d'avoir blessé Akashi à cette époque, de l'avoir laissé se débrouiller avec le deuil sans le soutien de son père. Un étranger avait mieux su tenir ce rôle que lui-même ; tout comme Nijimura avait parfaitement su être le mari adéquat lorsque Shiori avait dû être hospitalisée. Masaomi n'avait pas eu la force de voir sa chère et tendre à deux doigts de la mort.

« Je pense que c'est normal que tu ne t'en souviennes pas… Tout ça fut un véritable choc pour tout le monde et ta mémoire a sûrement voulu te protéger. Pour que tu puisses te relever et vivre ta vie sans ce poids terrible sur les épaules. »

La douleur, la culpabilité, et les remords étaient en effet des poids qui alourdissaient les épaules de Masaomi. Il n'avait pas été là ni pour sa femme ni pour son fils ; passant son temps à fuir la cruelle réalité de la vie. En soit, il jalousait même son propre fils : être capable d'oublier toute cette souffrance, comme par magie, et pouvoir apprécier de nouveau le monde qui les entourait.

Pouvoir être heureux une nouvelle fois…

Dans un soupir chargé d'émotion, Masaomi finit tout de même par se redresser et partit en direction de l'armoire qui jonchait le mur à sa droite. Il prit toutefois le temps de sortir une petite clé d'un tiroir de son bureau avant de l'insérer dans la serrure de l'armoire. Toute l'attention d'Akashi se retrouva alors obnubilée par le contenu du meuble et de la silhouette de son père qui, pour la première fois, lui paraissait humain. Il était un homme qui avait perdu l'amour de sa vie, qui avait fui ses responsabilités et qui se trouvait à ce jour remplis de remords.

Masaomi se tourna ensuite vers son fils, qui n'avait pas bougé d'un cil depuis son entrée dans la pièce. Un sourire nostalgique, à peine visible, étiré le coin de ses lèvres.

« Ta mère adorait filmer tes prouesses et gardait les enregistrements comme la prunelle de ses yeux. Si tu le souhaites, tu peux te servir dans cette armoire.

— Ces vidéos… souffla le rouquin tout en se rapprochant de son père, hésitant.

— Oui. Elles t'aideront peut-être à te souvenir de la venue de Nijimura-san dans notre famille. »

Du bout des doigts, comme s'il avait peur que tout parte en poussière s'il avait le malheur de les toucher directement, Akashi effleura les protections qui couvraient les CD rangés chronologiquement ; la première datant de sa naissance puisque la date de son anniversaire y figurait. De nouveaux souvenirs de sa mère étaient à sa portée, nouant davantage sa gorge.

Akashi se tourna cependant en direction de son père et hésita un instant avant de formuler sa question.

« Je peux… vraiment ? »

Masaomi lui répondit simplement en hochant de la tête, s'éloignant par la suite pour quitter son bureau et retourner dans sa chambre. Il avait terminé de raconter sa version de l'histoire et le reste sera assurément conter par ces vidéos, si son fils comptait les regarder jusqu'à la dernière.

En chemin pour retrouver à sa chambre, il croisa le majordome dans le couloir. Ce dernier inclina respectueusement ses épaules, bien que tout sourire ait disparu, le remerciant de la sorte d'avoir eu le courage de tout dévoiler à son fils. Néanmoins, Masaomi n'y prêta pas réelle attention et se mura plutôt dans le silence. Le bruit d'une porte que l'on referme le faisant disparaître pour regagner un peu de sérénité.

Resté dans le bureau de son père, Akashi n'osait toujours pas se saisir d'une de ces vidéos. Voulait-il réellement revoir sa mère, entendre le son de sa voix et la voir si heureuse ? Cela n'allait-il pas être plus douloureux encore ? Désormais, grâce à son père, il comprenait mieux ce que Nijimura sous-entendait derrière cette dette. Sa mère lui ayant sauvé la vie, il s'était senti redevable. Toutefois, bien qu'il se força à se souvenir, Akashi ne se rappelait pas de ce garçon aux cheveux décolorés qui était le Nijimura délinquant ; ces vidéos pourraient justement le lui rappeler.

La gorge chargée d'émotions qui l'empêchaient de respirer correctement, Akashi expira un bon coup, comme pour percer l'abcès qui s'y était logé. Il avait besoin de savoir. Si un jour il désirait revoir Nijimura, ou si jamais ils devaient tomber l'un sur l'autre par le plus grand des hasards, ce serait en parfaite connaissance de cause. Akashi ne pouvait plus rester dans l'ignorance plus longtemps.

Ainsi, il attrapa quelques boitiers en fonction des dates écrites sur la tranche au marqueur. Il reconnut sans la moindre difficulté l'écriture délicate de sa mère, sentant alors son cœur faire de nouveau des siennes et son ventre se contracter douloureusement.

Son reflet se joua dans la transparence des jaquettes de CD, mais Akashi n'y fit pourtant pas attention et se remémora plutôt le doux sourire réconfortant de sa mère. Il se savait à deux doigts d'en connaître davantage sur Nijimura et ainsi réduire cette distance qui le séparait du brun. A son rythme, doucement, mais sûrement.

-x-x-x-

La nuit était tombée sur Tokyo et Nijimura aida Kuroko à nettoyer le bar avant la fermeture. Appuyé contre le balai, Nijimura observa l'extérieur où une averse trempait les routes et pressait les passants à regagner leur foyer. Son humeur semblait se calquer à la perfection avec le temps maussade et un soupir traversa ses lèvres. Il n'arrivait pas à oublier l'expression emplie de détresse d'Akashi alors qu'il mettait les voiles. Cette détresse qu'il ne connaissait que trop bien et qui l'avait toujours rendu faible et qui ravivait en lui le besoin de protéger ce garçon, de l'écarter de toute souffrance inutile.

Cette même souffrance qu'il avait lui même causée en voulant l'éloigner de lui.

Un nouveau soupir traversa ses lèvres, mais il fut bientôt attaqué par un chiffon qui s'abattit sans la moindre vergogne contre son dos. Par surprise, il relâcha son balai qui retentit contre le sol avant de se retourner et fusiller du regard Kuroko. Seulement, celui-ci ne lui laissa pas le temps d'en placer une et enchaîna rapidement.

« J'en ai assez. Tu n'as pas cessé de soupirer toute la journée, Nijimura-san, gronda le bleuté en le foudroyant du regard.

— Excuse-moi…

— Ce ne sont pas des excuses que je veux. Qu'est-ce qui t'arrive ?

— Rien d'important. »

Toutefois, Kuroko avait déjà perdu patience. Sa main attrapa donc l'extrémité de son chiffon et il plissa ses yeux, laissant présager à son interlocuteur qu'il pourrait recommencer son ancienne attaque sans le moindre scrupule. Un frisson désagréable mordit instantanément l'épiderme de Nijimura, qui eut un mouvement de recul.

Enerver Kuroko n'était pas franchement une bonne idée, pouvant se révéler bien plus terrifiant que le commun des mortels malgré sa petite taille et son apparence frêle. Nijimura vint nerveusement fourrer sa main dans ses cheveux, mal à l'aise.

« J'ai blessé Akashi et je commence à regretter… content ? Ponctua-t-il en relevant ses yeux dans ceux de Kuroko.

— Non. Tu es un idiot, soupira son ami.

— Pardon !?

— Je ne veux pas savoir pourquoi tu t'es montré blessant à l'égard d'Akashi-san, mais de toute évidence tu le regrettes à présent. Est-ce que ça en valait la peine ?

— C'est pour son bien…

— Car un fils de riche n'a rien à faire avec un délinquant tel que toi ? »

Le fait que Kuroko ait tapé dans le mile si rapidement perturba Nijimura, qui bégaya plusieurs fois avant d'agiter sa tête sur les côtés et tenter de se ressaisir. Il remarqua alors le regard que lui jeta son collègue, un mélange de colère et de lassitude.

« Nijimura-san, soupira-t-il. Tu es le premier qui veut que les autres ne te voient plus comme le délinquant que tu as été, mais tu es aussi le premier à faire une fixation là-dessus.

— Mais je…

— Alors laisse-moi te dire ça une bonne fois pour toute : oui tu as commis des erreurs, comme tout le monde dans ce bas monde, mais nous avons tous fait des erreurs et pourtant nous continuons à vivre et être heureux. Alors cesse de t'enfermer dans ce passé et décide toi enfin à passer à autre chose. »

Nijimura cligna plusieurs fois ses yeux tandis que Kuroko gardait ce calme olympien qui le caractérisait. Ses mots n'étaient pas blessants, ils servaient simplement à lui faire réaliser que tout cela était derrière lui et qu'il devait se bouger. Il avait stagné trop longtemps désormais pour rester au point de départ.

« Maintenant, il me semble que tu as des excuses à formuler à quelqu'un, conclut Kuroko.

— Désolé ?

— Pas à moi, idiot. »

Kuroko menaça une nouvelle fois Nijimura de son torchon, agacé par l'attitude du brun qui savait parfaitement de qui il parlait. Il repartit alors rapidement à ses affaires, espérant que son discours ait servi au moins à quelque chose. Son regard s'attarda néanmoins une dernière fois sur Nijimura, qui était reparti regarder l'extérieur et semblait réfléchir à de nouvelles perspectives.

Au moins c'était ça de gagné.

-x-x-x-

Le lendemain, Akashi fut réveillé par la sonnerie de son téléphone. Rapidement, il passa une main sur son visage et ramena quelques-unes de ses mèches vers l'arrière tandis que son autre main chercha à tâtons son téléphone. A cause du visionnage des vidéos de sa mère, il n'avait pas vu l'heure défiler et s'était couché plus tard qu'à ses habitudes. Il sentit même son corps réticent à exercer le moindre mouvement tandis qu'il mit enfin la main sur l'appareil qui l'avait délogé de son sommeil, fronçant ensuite ses sourcils lorsqu'il vit le nom de la personne qui cherchait à le joindre.

Apportant son portable contre son oreille, il fut tout d'abord étonné par sa propre voix. De toute évidence, celle-ci se trouvait encore enrouée de la veille.

« Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda-t-il en se laissant retomber contre son matelas.

— Oh excuse-moi, je te dérange ? S'excusa rapidement Rin.

— Non… »

La courte réponse du rouquin ne rassura toutefois pas la jeune fille, qui ne tarda pourtant pas à dire la raison de son appel. Akashi lui prêtait de son temps et elle s'en voudrait davantage d'abuser de sa gentillesse en laissant le silence combler leur communication.

« Je voulais savoir si ça t'intéressait toujours de jouer du violon au conservatoire de ma mère. Elle termine tôt aujourd'hui alors je me suis dit que ce serait une bonne occasion de lui rendre visite ! »

Akashi repensa à cette soirée où il avait mangé chez les Nijimura ainsi que sa conversation à ce sujet. Son esprit lui rappela aussi la fourberie de Nijimura qui l'avait alors attrapé sous son bras, afin de pouvoir lui écraser son poing contre son crâne et emmêler ses cheveux. Ce sourire qu'il avait ensuite pu recevoir avant de le voir disparaître à l'intérieur de cette voiture qui le séparait à présent du brun.

Cet adulte qui avait partagé une année de son enfance, qui avait été là à la place de son père lors du décès de sa mère… et qui était finalement revenu bien des années après. Akashi tourna alors son attention sur l'ordinateur qui trônait au bout de son lit ; la fatigue avait eu raison de lui et il s'était assoupi sans s'en rendre compte : laissant la vidéo qui l'avait le plus intéressé jouer en boucle. La voix de sa mère remplissait faiblement sa chambre, se trouvant derrière la caméra et donc invisible à ses yeux.

Elle n'arrêtait pas de rire, préparant une petite farce qui l'enchantait.

« Akashi-san ? L'appela Rin, de peur de l'avoir perdu.

— Pas de problème. Pourras-tu m'envoyer l'adresse et l'heure à laquelle elle terminera ?

— Euh… j'avais pensé qu'on aurait pu se retrouver au bar où travaille mon frère et y aller tous ensemble. » Hésita Rin.

Akashi sentit son cœur se serrer à l'idée de recroiser aussi vite le chemin de Nijimura, son attention ne dérivant pas une seule seconde de la scène qui se jouait à quelques centimètres de lui à travers son ordinateur. Sa mère poussait au même instant la porte menant à sa chambre, essayant tant bien que mal de contenir son rire, et dévoiler ainsi à la caméra la silhouette de deux enfants dont l'un s'était endormi blotti contre le plus âgé.

Seijūrō semble aussi t'avoir adopté, Nijimura-san.

Pris en flagrant délit, Akashi put voir le jeune Nijimura retirer prestement sa main des cheveux qu'il caressait jusqu'alors. Son visage avait viré à l'écrevisse et il avait alors tenté de s'éloigner du petit garçon avant que Shiori ne le rassure en venant s'asseoir sur un coin du lit.

Il est adorable hein… Ce fut le plus beau cadeau que la vie ait pu m'offrir. Et même si je dois partir plus tôt que prévu, je ne regrette absolument rien.

Akashi put ainsi voir la main de sa mère apparaître devant la caméra, venant ainsi caresser du bout de ses doigts sa joue. Un geste tendre, remplit de délicatesse et traduisant tout l'amour qu'elle lui portait. Lors de son premier visionnage, Akashi n'avait pas pu retenir ses larmes. Malgré les paroles de sa mère, et bien qu'il ne pouvait voir l'expression de son visage, il avait tout de même saisi toute la tristesse qui avait élu domicile dans sa voix. Il était évident qu'elle aurait souhaité plus de temps à ses côtés, pouvoir continuer à le border et lui caresser la joue comme elle le faisait à l'instant, mais la vie en avait fait autrement.

« Akashi-san… Est-ce que tout va bien ? S'inquiéta Rin.

— Oui… Je suis occupé alors je vais devoir raccrocher. Envoie-moi l'adresse et l'heure à laquelle tu veux qu'on se rejoigne au conservatoire, s'il te plaît. »

Bien que la voix de Rin monta jusqu'à ses oreilles, Akashi raccrocha. Son téléphone tomba par la suite contre sa couverture et il essuya les larmes qui coulaient encore de ses yeux. Il comprenait désormais pourquoi son père parlait de sa chance pour avoir tout oublié, sa mémoire ayant préféré le protéger en lui retirant ces souvenirs douloureux. L'injustice de leur situation lui revenait de plein fouet ; lui faisant une nouvelle fois réaliser que malgré toutes leurs prières silencieuses, et leurs espoirs d'un miracle, d'un geste de Dieu, sa mère lui avait été tout de même retirée. Une personne innocente, qui n'avait jamais fait de mal à qui que ce soit, et qui malgré ses paroles souhaitaient plus que tout rester auprès de sa famille et de son fils, souriant tant bien que mal tout en avouant le contraire.

Shiori avait été forcée d'accepter la réalité, préférant profiter de ces derniers moments avec le sourire.

Akashi ne parvint pas à contenir ses sanglots, sa poitrine semblait pouvoir être capable de se déchirer à n'importe quel instant. Ainsi, bien qu'il se saisisse de sa chemise avec véhémence, rien ne changea et il eut comme l'impression douloureuse de suffoquer.

Pendant ce temps, Rin abaissa son regard sur son téléphone. Elle avait terminé les cours depuis quelques minutes et avait donc rejoint le bar de son frère, et pensait proposer à Akashi de la rejoindre au plus vite, mais celui-ci s'était révélé étrange. Sa voix sonnait douloureuse. Face à son mutisme et son expression livide, Nijimura se rapprocha d'elle et tenta de la ramener sur terre en agitant sa main devant ses yeux.

« Un problème ? S'enquit-il.

— Je crois… qu'Akashi-san était en train de pleurer…

— Akashi, pleurer ? T'as dû rêver ! »

Nijimura força un rire qui fit aussitôt soupirer Kuroko à côté de lui. Cependant, Rin était déjà ailleurs et continua d'observer son téléphone comme si ce dernier allait lui souffler une réponse. La voix de l'adolescent lui avait serré le cœur et elle craignait que son frère ne se trompe. Elle fit tout de même ce que lui avait demandé Akashi, lui envoyant alors un message lui fournissant les indications nécessaires.