Bonjour tout le monde, comment allez-vous ? Dans ce chapitre cette fois-ci, on en apprend un peu plus sur Nijimura et sa relation passée avec Haizaki, mais aussi tout pleins d'autres belles choses ;) J'espère que ce chapitre vous plaira et merci de continuer à suivre cette histoire !
Merci aussi à Louna Ashasou pour sa correction ! N'hésitez pas à aller faire un petit tour sur son profil ;)
Réponses aux review :
Anna : Merci pour ton commentaire et bienvenue à toi :D Comme tu peux le voir, voici le chapitre 11 de sorti haha. J'espère qu'il te plaira et je te souhaite une bonne lecture !
amelayy : Coucou ! Merci beaucoup pour ton commentaire il m'a fait énormément plaisir. Je suis contente en tout cas si j'ai commencé à te faire apprécier un autre couple que le AkaKuro, et encore plus si j'ai commencé à te faire apprécier Haizaki mdr. J'espère ne pas te décevoir avec ce chapitre et je te souhaite une bonne lecture, à la prochaine :D
mystrale9331 : Haha t'inquiète je ne compte pas abandonner cette histoire ! C'est l'un de mes petits bébés et je compte bien l'emmener jusqu'au dernier chapitre, ainsi même si les mises à jour sont espacées dans le temps, cette histoire aura bien une fin. Merci beaucoup en tout cas pour suivre cette histoire et je te souhaite une bonne lecture !
Le portrait
Chapitre 11
Quelques heures plus tard, lorsqu'Akashi fit face au miroir de la salle de bain et vit ses yeux rougis, il sut qu'il ne pourrait pas tromper Rin et sa mère. Ses yeux étaient enflés, prouvant qu'il avait bien dû pleurer un certain temps pour obtenir ce résultat. En plus de ça, le tas d'informations qui lui était parvenu ainsi que ses propres larmes avaient engendré un sévère mal de crâne qui cognait avec fureur contre ses tempes. Akashi savait pourtant qu'il pouvait avertir Rin et reporter cette journée à plus tard, mais il avait besoin de prendre l'air, de sortir de sa chambre et de s'éloigner des vidéos de sa mère, mais aussi arrêter de ressasser. Il avait donc demandé au majordome d'appeler un taxi qui le conduirait au conservatoire de la ville.
Il passa ses mains sous l'eau du robinet et les pressa contre son visage en espérant que la fraicheur fasse disparaître les rougeurs. Il revit par la suite son reflet à travers le miroir, semblant lui rire au nez. Akashi l'ignora et retourna à sa chambre pour aller chercher son violon et attendre le taxi. Il devait simplement se concentrer sur autre chose.
La voiture s'arrêta à quelques mètres de lui et l'ouverture automatique des portières lui permit de se glisser à l'intérieur. A peine la portière refermée sur lui que déjà il ouvrait la vitre et inhalait l'air hivernal. La fraicheur du vent était un bon moyen de se changer les idées et il focalisa son attention sur les paysages qui se superposaient avec la vitesse.
Au bout d'un certain temps, il arriva à ce fameux conservatoire où la mère de Nijimura enseignait le violon depuis la fin de sa carrière d'artiste. Il reconnut sans le moindre mal la silhouette de Rin qui patientait devant les portes d'entrée, soufflant sur ses mains afin de les réchauffer tout en regardant autour d'elle. Se savoir attendu fit étirer un maigre sourire sur les lèvres d'Akashi, qui remercia ensuite le taxi tout en lui donnant l'argent nécessaire pour payer sa course.
Tout en tenant l'étui de son violon d'une main, il s'avança pour rejoindre Rin qui le remarqua rapidement. Un large sourire vint illuminer le visage de la jeune fille qui agitait vivement son bras jusqu'à ce qu'il l'ait rejoint.
« Tu te sens prêt ? Il reste quelques minutes avant qu'elle ne finisse son cours, mais on peut attendre au chaud à l'intérieur ! »
Sans même lui laisser le temps de répondre, Rin attrapa sa main libre et le tira dans le conservatoire. Ils traversèrent plusieurs couloirs jusqu'à s'arrêter devant une salle, qui devait être celle occupée par sa mère. A travers les petites vitres menant à la pièce où se déroulait le cours, Akashi pouvait distinguer la silhouette d'un unique élève, tenant un violon sous son menton. Devant lui se tenait la mère de la famille Nijimura, qui faisait les cents pas et s'assurait que la partition soit respectée. Il la voyait hocher son visage en rythme avec les variantes de la mélodie, les bras croisés sous sa poitrine.
Pendant qu'Akashi observait d'un œil attentif cette femme à quelques mètres de lui, Rin, quant à elle, s'intéressait davantage au rouquin. L'intonation de sa voix lors de leur conversation téléphonique ne l'avait pas quitté et elle s'inquiétait toujours pour l'adolescent. Elle aurait bien souhaité pouvoir l'interroger sur les raisons qui avaient pu le faire pleurer, seulement elle ne voulait pas déranger le rouquin en se montrant indiscrète. Alors elle se tut et se contenta de le regarder.
« Ta mère est au courant que nous venons la voir ? » Demanda tout à coup Akashi.
Il se tourna alors dans sa direction, captant son regard qui était déjà tourné dans sa direction. Pendant un instant, ils se regardèrent sans dire quoique ce soit alors que des rougeurs se multipliaient sur les joues de Rin, qui détourna rapidement son attention sur le mur à sa droite et agita nerveusement sa main de bas en haut.
« Bien sûr ! Je lui ai envoyé un message pour la prévenir et elle m'a dit qu'il n'y avait aucun souci, haha. »
Akashi fronça ses sourcils devant la soudaine gêne de la jeune fille, mais il reporta bien vite son attention sur la mère de celle-ci lorsqu'il comprit que le cours était fini. L'élève rangeait ses affaires avant de rejoindre son professeur, sûrement pour lui poser diverses questions. Akashi et Rin attendirent bien évidemment qu'il soit parti pour faire leur entrée et venir saluer cette femme qui leur sourit tendrement.
« Comment vas-tu depuis la dernière fois, Akashi-san ? Demanda-t-elle avec intérêt ; tout comme sa fille plus tôt, elle avait remarqué l'expression déconfite de l'adolescent.
— Je vais bien, merci, répondit-il simplement tout en déposant l'écrin de son violon sur une table lui servant de bureau.
— Tu es parvenu à retrouver un peu d'inspiration pour tes peintures ? »
Les mains d'Akashi se figèrent à cette interrogation. Comment pouvait-il songer à ses peintures dans un moment pareil ? Son père venait de lui dévoiler la relation entre sa mère et Nijimura, entre Nijimura et lui-même. Des vérités dont il ne retrouvait que de vagues souvenirs. Le plus blessant, toutefois, était que malgré toutes ces découvertes et ces nouvelles questions qui avaient germé dans son esprit, il ne pouvait pas voir Nijimura pour les lui poser directement.
« Akashi-san, l'appela doucement Rin en tendant sa main pour attraper la sienne et lui faire comprendre qu'elle était là pour lui.
— Non. C'est pourquoi je suis venu aujourd'hui. »
Il attrapa son violon ainsi que son archet et demanda à la mère de Rin où il pouvait se placer. Il ne remarqua alors pas le geste qu'avait entrepris la jeune fille à son intention, qui lui jeta alors un regard davantage inquiet. Malgré la présence d'Akashi à leurs côtés, Rin le sentait loin d'elles. C'était comme s'il était hors de portée et que quoi qu'elles puissent dire, ou faire, cela ne changerait rien ; il semblait inaccessible.
Puis, sans dire quoi que ce soit, Akashi glissa l'archet contre les cordes de son violon. Une délicate mélodie s'en échappa et commença à remplir la pièce, si faible et pourtant si agréable que Rin préféra arrêter de réfléchir et ferma ses yeux pour en profiter. Quant à sa mère, celle-ci observa d'un œil attentif les doigts d'Akashi se déplacer sur les cordes de son instrument, avec une légèreté et une élégance qui la surprit en vue de son jeune âge. Très peu de ses élèves, qui parfois se trouvaient plus âgés qu'Akashi, n'avait pas son niveau.
Pendant ce temps, Akashi regardait son violon et faisait glisser son archet contre les cordes comme s'il s'agissait de l'extension de son bras ; avec une simplicité et une fluidité témoignant de sa maîtrise au cours de ces années.
La mélodie ne faisait pas partie des plus complexes, seulement elle avait cette particularité de toucher rapidement le cœur de l'auditoire si elle se trouvait bien maîtrisée. D'apparence simpliste, l'enjeu d'une telle partition résidait dans la maitrise du musicien et de son interprétation. Tout le monde pouvait la jouer, mais le son qui ressortirait du violon changerait indéniablement d'une personne à une autre.
Ainsi, bien qu'Akashi semblait vouloir cacher sa tristesse avec une attitude distante, sa façon de jouer laissait à l'inverse entrapercevoir sa détresse. S'en rendait-il lui-même compte ? Cette souffrance qu'apercevait la mère de Nijimura, sa sensibilité pour le violon lui ayant conféré un œil avisé et des oreilles plus à l'écoute, lui étreignit davantage le cœur que la performance de cet adolescent.
Lorsqu'Akashi termina de jouer et se tourna dans leur direction, elle et Rin applaudirent. Sa fille ne tenait pas en place et frappait énergiquement entre ses mains, les yeux remplis d'étoiles. Se trouvant plus dans la retenue, elle quitta son bureau, sur lequel elle s'était appuyée pendant qu'Akashi jouait, et se rapprocha de celui-ci. L'adolescent leva un regard interrogatif dans sa direction tandis qu'elle déposait une main contre son épaule.
« Je suis épatée par ton talent, Akashi-san.
— Merci.
— Mais quelque chose te préoccupe, n'est-ce pas ? Et ne cherche pas à détourner le sujet, cela s'est ressenti dès que tu as commencé à jouer. » Précisa-t-elle en sentant sous sa main le rouquin tressaillir.
Elle avait parlé si bas que Rin n'avait pas pu l'entendre, observant simplement sa mère qui souriait gentiment à Akashi et celui-ci qui la regardait avec surprise. Le fait que ce garçon soit de nouveau sur ses gardes à son contact parut étrange pour la mère de famille, qui avait pu voir le rouquin se détendre au fur et à mesure de leurs échanges. C'était comme s'ils revenaient à ce fameux soir où ils étaient tombés l'un sur l'autre, sur le seuil de l'appartement de Nijimura.
« Rin, j'aurais besoin de ton aide, avoua-t-elle avant de se rapprocher de sa fille.
— Oui ?
— Ma voiture est au sous-sol et j'ai pas mal d'affaires à mettre dans le coffre. Tu veux bien m'aider pendant que je trie quelques papiers ? »
La jeune fille acquiesça et disparut bientôt avec des documents entre les mains, connaissant le chemin jusqu'à la voiture puisque ce n'était pas la première fois qu'elle venait rejoindre sa mère au conservatoire. Elle laissa ainsi Akashi et sa mère, seul à seul.
Peu de temps après le départ de Rin, la mère de famille se dirigea vers son bureau et rangea quelques partitions dans sa mallette pendant qu'Akashi rangeait son violon dans son étui. Du coin de l'œil, il observait cette femme qui, l'air de rien, semblait être passé à autre chose et ne lui portait plus aucun intérêt. Pourtant, c'en était autrement il ne le tarda pas à le réaliser. Le fait étant qu'elle avait remarqué son malaise, mais par égard et par respect, elle ne comptait pas le forcer à se livrer à elle et lui laissait le choix de venir à elle. Cette main qui s'était posée contre son épaule et la chaleur qui s'en était dégagée, tout comme cette voix rassurante et posée, étaient venues à lui et silencieusement lui avaient soufflé qu'il pouvait compter sur cette femme.
Une fois ses affaires rangées, Akashi se tourna dans sa direction et réfléchit. Il avait à quelques mètres de lui la mère de Nijimura qui pouvait détenir des informations sur cette époque. Seulement, comment pouvait-il aborder le sujet ? Il n'arrivait pas à mettre de mots sur les questions qui traversaient son esprit.
« Veux-tu venir manger chez nous ce soir, Akashi-san ? Finit-elle par lui demander après avoir fini avec ses affaires.
— Je ne voudrais pas déranger.
— Nous déranger ? S'amusa-t-elle. Si je te le propose, c'est que tu ne nous déranges absolument pas. J'appellerai Shūzō pour savoir s'il est libre. »
A nouveau, l'idée de se confronter si rapidement au brun fit tressaillir Akashi qui détourna son regard. Sa réaction ne passa pas inaperçue aux yeux de la mère de famille, qui fronça ses sourcils. Son fils aîné serait donc le problème ?
« A moins que cela t'ennuie… » Supposa-t-elle.
Cependant, Akashi n'entendit pas sa voix. Il n'entendait que les reproches de Nijimura, qui voulait le tenir éloigné de sa famille. Les mots blessants de son ancien manager lui firent alors comprendre que ce repas ne serait peut-être pas une bonne idée ; continuer de se rapprocher de ces personnes et passer des moments à leurs côtés, dans cette douce ambiance familiale et conviviale. Ce ne serait définitivement pas bon.
« Je vais devoir décliner votre invitation pour ce soir. Je suis beaucoup sorti ces derniers temps et mon père verra cela d'un mauvais œil. »
Sa réponse était un moyen de fuir, il en avait tout à fait conscience et se fichait bien si cette femme allait le croire ou non. Nijimura le lui avait dit clairement : il ne devait pas profiter de la gentillesse de cette famille pour combler la perte de sa mère. Finalement, il décida de se pencher vers l'avant et ainsi saluer cette femme avant de regagner l'extérieur et prendre un taxi pour rentrer chez lui.
Peu de temps après sa sortie, Rin réapparut et observa d'un œil inquiet sa mère qui regardait encore l'endroit par lequel Akashi était sorti. Elle aurait au moins voulu savoir ce que son fils aîné avait bien pu dire, ou faire, pour mettre l'adolescent dans un état pareil. Sa curiosité ayant été piquée à vif, elle se promit d'en toucher deux mots avec son aîné.
De la sorte, après avoir raccompagné Rin à la maison et avoir préparé le repas pour tout le monde, elle reprit la route pour rejoindre l'appartement de Nijimura. L'expression d'Akashi ne voulait pas quitter son esprit et avait su réveiller son instinct maternel ; ce petit qui avait perdu bien trop tôt sa mère, qui se trouvait nuit et jour enfermé dans sa maison bien trop grande, elle ne pouvait pas passer à côté de sa détresse. Inconsciemment, elle contracta ses poings alors qu'elle faisait désormais face à la porte de son fils.
Des rires lui arrivaient aux oreilles et elle arqua un sourcil. L'idée de savoir son fils en train de s'amuser gaiment, sans se douter de quoi que ce soit, l'agaçait prodigieusement.
Ainsi, elle toqua fermement. Les rires cessèrent et sans plus attendre, le visage de Nijimura se présenta à elle.
« Maman ?! »
Toutefois, sans lui laisser le temps de dire quoi que ce soit, elle força le passage et retira ses chaussures à l'entrée. Elle balaya par la suite l'appartement du regard et tomba sans plus attendre sur Haizaki qui se releva au même instant du canapé, le visage livide.
« Oh. Shōgo-kun, ça faisait longtemps. »
Se tournant vers son fils qui se passait une main dans les cheveux, elle le dévisagea sans outre mesure. Ses relations avec le délinquant n'avaient jamais été des plus agréables et Haizaki avait toujours été intimidé par cette femme qui, malgré sa carrure fragile, détenait une force de caractère qui faisait se plier le plus téméraire des hommes. En un simple coup d'œil, Haizaki savait où était sa place et souhaitait juste disparaître.
Ainsi, il ne tarda pas à se diriger dans l'entrée pour récupérer ses chaussures. Il ouvrit alors la bouche pour saluer Nijimura, mais le regard assassin de la mère la lui fit refermer aussi vite. Il referma la porte derrière lui, l'air semblant lui avoir manqué.
Nijimura retourna dans le salon et demanda à sa mère si celle-ci désirait boire quelque chose. Le dos tourné dans sa direction, Nijimura pouvait ainsi échapper au regard furieux de sa mère et gagner un peu de sursis.
« Je ne savais pas que vous aviez repris contact, entama-t-elle sans la moindre fioriture.
— Il est un habitué du bar de Kuroko. Depuis toujours. »
Cette précision de la part de Nijimura fit se pincer ses lèvres, les renvoyant à une toute autre époque où son fils se battait pour un rien et que son mari était encore de ce monde. La première fois que Nijimura lui avait présenté Haizaki, elle n'avait rien contre lui. Il s'agissait là d'un ami du brun, qui au fur et à mesure s'était révélé être bien plus que ça. En soit, cela ne la dérangeait pas ; du moment que son fils se protégeait et faisait attention, il pouvait aimer qui il voulait. Elle n'était pas si étroite d'esprit que Nijimura l'avait pensé, puisque ce dernier s'était longtemps caché avant qu'elle ne les surprenne un soir en rentrant plus tôt que prévu à la maison.
Une situation cocasse qui l'avait longtemps amusée et qui lui avait permis de beaucoup taquiner son fils à l'époque. Seulement, ce qu'elle n'avait jamais apprécié à propos d'Haizaki était le simple fait que ce garçon traînait son fils, la chair de ses entrailles, vers le fond. Toutes ces batailles, ces petits vols à l'arraché, c'était Haizaki qui lançait ces idées.
Et en pleine crise d'adolescence et en conflit avec son paternel, Nijimura n'avait pas su y résister. Ce qui l'avait encore plus éloigné de sa famille, de son père qui déclarait les premiers symptômes de sa maladie qui, quelques années plus tard, l'eut conduit à la mort.
Au fond, la mère de famille savait qu'Haizaki n'était pas un mauvais garçon. Elle transposait simplement toute sa colère et sa frustration sur lui, afin de trouver un mouton noir. Elle en était parfaitement consciente, et bien que cette situation était injuste, elle ne pouvait se résoudre à faire autrement. Cela était au-dessus de ses forces.
Surtout après avoir appris que Nijimura avait failli perdre la vie à cause de lui.
« Enfin, je ne suis pas venue pour ça… Je veux qu'on parle d'Akashi-san, se ressaisit-elle rapidement.
— Au point de te faire venir chez moi au lieu de m'appeler ? Se moqua Nijimura en s'asseyant sur son canapé.
— Je ne veux pas te voir te défiler. »
Nijimura releva ensuite ses yeux pour s'apercevoir que sa mère l'avait rejoint et se tenait maintenant en face de lui, debout et les bras croisés contre sa poitrine. De toute évidence, elle était remontée contre lui.
« Aujourd'hui avec Rin, ils sont venus à la fin de mes cours pour qu'Akashi-san me joue un morceau de violon.
— C'est bien, non ? Il est bon à ça.
— Shūzō, arrête avec cette nonchalance ! »
Entendre sa mère hausser le ton lui fit contracter sa mâchoire et rentrer sa tête entre ses épaules, détournant ensuite son regard avant de soupirer longuement. Il n'aimait pas se prendre la tête avec les membres de sa famille et en avait assez de les entendre se disputer, leurs voix se superposant les unes par-dessus les autres afin de découvrir qui pourrait parler le plus fort. Plus que quiconque, il en avait eu son lot et n'était décidément pas partant pour un autre tour.
De ce fait, il capitula et se tourna une nouvelle fois en direction de sa mère. Son changement d'attitude ne passa pas inaperçu aux yeux de sa génitrice qui soupira afin de se calmer et reprendre plus sereinement.
« Akashi-san n'était vraiment pas dans son assiette. Il était évident qu'avant de nous rejoindre, il a dû pleurer.
— A ce point ? Demanda-t-il, les yeux agrandis.
— Oui. C'est pour ça que j'ai besoin de savoir Shūzō… lui as-tu dit quelque chose ? »
Mal à l'aise, il se passa nerveusement sa nuque. Seulement pouvait-il vraiment croire que ses propos aient produit un tel chamboulement auprès d'Akashi ? Ce garçon qui l'avait toujours regardé de haut et qui n'hésitait pas à le martyriser autant sur le plan physique que moral, serait en ce moment triste ? Il ferma les yeux et essaya de se calmer, de retenir ce sentiment de culpabilité de grandir encore plus en lui. Seulement, il se souvint alors de Rin qui avait cherché à joindre Akashi et qui avait eu l'impression de l'entendre pleurer à l'autre bout du fil. Peut-être avait-elle eu raison finalement.
Nijimura sentit sa gorge se nouer tandis qu'il essayait positiver. Comment sa Majesté pouvait-elle se montrer sensible à ses paroles alors qu'en temps normal elle se trouvait si inébranlable ?
« C'est bien toi le responsable alors, soupira soudainement sa mère en constatant que son silence était bien trop long pour être anodin.
— Je ne pensais pas qu'il réagirait de la sorte… Il va toujours dans les extrêmes, se plaignit Nijimura.
— Et je peux savoir ce que tu as pu lui dire ?
— Ça ne va pas te plaire, marmonna-t-il.
— Au point où j'en suis, je ne pense pas que ça change grand-chose, crois-moi. »
Il grimaça rapidement avant de lui raconter la dernière fois où il avait secouru Takeru, devant faire face à un ancien adversaire qui l'avait alors menacé en rappelant l'existence de Shinichi. Un prénom qui fit autant frémir sa mère que lui ce jour-là. De toute évidence, elle ne l'avait pas oublié. Nijimura la vit alors contracter ses poings et pester quelques injures avant de lui diriger un regard dédaigneux.
« Tout recommence une nouvelle fois, Shūzō. Est-ce que tu t'en rends compte au moins ? Lui lança-t-elle en colère.
— Mais que veux-tu que j'y fasse !? J'ai déjà demandé à Haizaki de suivre Rin et Takeru pour leur éviter de tomber sur…
— C'est justement Shōgo-kun le problème, Shūzō ! »
La voix rugissante de sa mère lui ferma aussitôt le clapet, clignant plusieurs fois les yeux en la voyant reprendre son souffle et essuyer la larme qui s'était entretemps échappée de son œil.
« C'est de la faute de Shōgo-kun si tu as failli mourir ! Si tu n'avais pas voulu lui venir en aide et le sortir des griffes de son frère, jamais rien de tout cela ne serait arrivé ! »
Haizaki Shinichi était le grand-frère de son ami et pendant que tous les deux s'amusaient à affronter quelques personnes ou de voler quelques broutilles, Shinichi, lui, touchait à des choses beaucoup plus dangereuses. Provenant d'une mère qui avait pris les voiles pour suivre son amant bien plus riche et influant et d'un père qui s'était tué à la tâche pour faire vivre sa famille éclatée, les frères Haizaki avaient comme n'importe qui des bagages qui pesaient sur leurs épaules. Ces mêmes poids qui pouvaient changer littéralement une personne du jour au lendemain, la transformant dans le pire des cas en une personne injuste et cruelle.
Toutes les épreuves qu'ils avaient dû endurer, tous ces faux sourires que leur père avait offerts afin de ne pas les inquiéter alors qu'il traînait son corps fatigué à un énième travail, Shinichi avait fini par perdre pied. Sa plus grande peur était de tourner comme son paternel ; un homme faible qui acceptait de lécher les bottes à n'importe qui afin de pouvoir conserver ses petits boulots, courbant l'échine à la moindre réprimande, pour au final ne récolter qu'un maigre salaire. Un stupide optimiste qui croyait dur comme fer à un lendemain ensoleillé, que ses efforts seront un jour ou l'autre récompensés.
Devenir faible, manipulable et surtout remplaçable, étaient devenus sa hantise.
Ainsi, lorsque leur père rendit son dernier souffle, épuisé et usé par la vie, Shinichi n'avait eu d'autres choix que de prendre en charge ce qui restait de leur famille. Jamais personne ne se trouverait au-dessus de lui et ne lui donnerait des ordres.
« Tu sais aussi bien que moi qu'Haizaki subit juste l'influence de son frère ! Cria-t-il à son tour.
— Il faut que tu comprennes une bonne fois pour toute qu'on ne peut pas venir en aide à tout le monde, Shūzō.
— Alors je devrais l'abandonner ? » Proposa-t-il avec ironie.
Ses yeux s'assombrirent au fur et à mesure que la conversation poursuivait son chemin ; soulevant bien trop de souvenirs douloureux, d'injustices et de frustration née de son incapacité à changer le cours des choses, pour que ce soit sain pour eux. Cette époque de leur vie, normalement révolue, revenait à la charge comme une plaie béante qui n'avait pas tout à fait eu le temps de se refermer. Cette blessure n'avait fait que s'infecter avant d'éclater au grand jour.
Son père malade avait déjà mis un pied dans la tombe/de l'autre côté et qu'importe leurs efforts et leurs prières, rien n'aurait su changer cette fatalité. Cette colère qui l'avait envahi au fur et à mesure que les jours se succédaient dans une normalité des plus abjectes, comme si le temps n'était pas compté et qu'il ne risquait pas de perdre quoi que ce soit. Nijimura en avait eu assez ; il avait ressenti le besoin de crier, de fuir cette réalité.
Il ferma les yeux tandis qu'il se souvenait de ce jour où il était entré dans un squat qu'utilisait Shinichi pour ses affaires, renversant tout sur son passage et frappant les hommes qui se dressait sur son chemin. A vrai dire, il ne savait pas vraiment ce qu'il avait cherché à faire ce jour-là. Voulait-il vraiment aider Haizaki à s'éloigner de son frère pour ne plus subir sa mauvaise influence ? Ou ne voulait-il pas simplement prendre une raclée et abréger ses souffrances ? Il en avait assez de souffrir et de voir les autres souffrir autour de lui, de devoir se montrer fort alors que dans sa chambre il tremblait et pleurait sans la moindre contenance.
« Shūzō… Je sais que tu ne cherches qu'à protéger ton entourage, mais pense à toi. Tu es tout aussi important que n'importe lequel d'entre nous. »
Une main chaude vint se poser par-dessus son épaule et lui fit relever ses yeux humides vers sa mère qui le fixait avec intensité. Un maigre sourire vint faire tressauter le coin de ses lèvres, avant qu'il ne vienne serrer la main de sa mère dans la sienne.
« Mais tu as blessé Akashi-san en voulant le protéger. Je pense que si tu veux qu'il comprenne tes intentions, tu dois lui dire la vérité.
— Je ne sais pas… Il doit très certainement m'en vouloir.
— Oh oui, sûrement. Cependant, tu ne sauras pas avant d'aller le voir. »
Sa mère lui étira un sourire confiant. Il savait qu'elle avait parfaitement raison, mais il détourna toutefois son regard pour observer un point invisible dans son salon. Il ne savait pas quel accueil pourrait lui réserver Akashi.
« Enfin tu as raison… Kuroko m'a aussi fait la réflexion hier.
— Alors tu vois ! Ecoute la voix de la sagesse pour une fois et va le voir pour t'excuser. »
Une lueur joueuse s'alluma dans les yeux de Nijimura, mais il tut la voix qui l'incitait à se moquer de sa mère. Au lieu de ça, il s'avachit dans son canapé et lui proposa de s'asseoir à ses côtés avant d'allumer la télévision. Ne pouvant refuser l'invitation de son fils aîné qui lui proposait clairement de passer du temps ensemble, la mère de famille prit ainsi place et glissa les couvertures sur ses jambes.
« Mais Akashi avait l'air si mal que ça ? Reprit cependant Nijimura, sa voix traduisant son inquiétude.
— Oui… Ça me faisait de la peine de le voir souffrir sans rien pouvoir faire.
— Ce qui m'étonne c'est que, normalement, il ne laisse pas ses émotions filtrer.
— Tu sous-estime ta mère ? »
Un coup se logea entre ses côtes et le fit grimacer, attrapant ainsi le poignet à sa mère qui lui jeta un regard amusé. La tempête que représentait leur conversation se trouvait déjà loin, les laissant maintenant profiter de la présence de l'autre. Toutefois, Nijimura n'était pas vraiment convaincu. Il connaissait Akashi depuis des années et l'avait vu dans ses pires états suite au décès de sa mère, ce n'était définitivement pas quelques mots qui le feraient montrer à d'autres personnes qu'il ne va pas bien.
Akashi était une personne fière, après tout.
-x-x-x-
Nijimura compta sur son congé pour rendre visite à Akashi et voir par lui-même l'état de l'adolescent. Il avait au préalable réfléchi à son discours pour présenter ses excuses et expliquer une bonne fois pour toute au rouquin pourquoi il ne pouvait plus le côtoyer, du moins pour les prochains jours. Au cours de la dispute, il avait fait exprès d'employer des mots violents, mais il n'avait pas pensé que le rouquin réagirait autant. Cependant, n'était-ce pas normal ? Qui aimerait se faire rejeter de cette façon ? Il était un idiot. Sa culpabilité grandissante ne cessait de lui faire rejouer la scène, de lui faire voir Akashi qui tentait de se sauver la face et paraître insensible, et lui qui continuait toujours d'en rajouter.
Son corps ne voulait donc pas se lever de son canapé, comme écrasé par ses mauvais choix à l'égard du rouquin. Cela faisait plusieurs minutes que Nijimura regardait dans le vide et cherchait à se redresser pour ensuite se mettre en chemin, cependant rien n'y faisait. Plus qu'une histoire de volonté, il ne trouvait simplement pas le courage nécessaire.
Et s'il avait vraiment blessé Akashi ? Rien n'assurait que l'adolescent souhaite le revoir et encore moins entretenir une conversation avec lui.
Dans un râle sonore, Nijimura plongea sa tête entre ses mains et s'ébouriffa les cheveux. Diverses injures traversèrent ses lèvres tandis qu'il se redressa et vérifia une énième fois l'heure. Cela allait bientôt faire une heure qu'il était coincé dans son propre dilemme. Il était beau l'adulte responsable, anciennement terreur de son quartier et tête brulé qui n'hésitait pourtant jamais avant de foncer tête baissée dans une bagarre.
« Et puis merde ! »
Se saisissant de son téléphone pour envoyer un message à Akashi, il finit par soupirer devant son attitude déplorable. Son manque de courage le désespérait lui-même et il observa en biais son portable dans l'espoir d'une réponse rapide. Par précaution, il venait de demander à Akashi s'il pouvait passer rapidement chez lui afin de pouvoir discuter. Cela lui éviterait de devoir faire face à une porte ou encore de devoir supporter le regard méprisant de Masaomi.
Nijimura sursauta lorsque son téléphone vibra entre ses mains. Ce fut avec une précaution presque comique qu'il ouvrit la réponse d'Akashi, le cœur battant à folle allure.
De: Akashi Seijūrō
A: Nijimura Shūzō
Fais ce que tu veux. De toute façon tu as toujours fonctionné de la sorte.
Pourquoi demander maintenant ?
Une grimace déforma les traits de son visage alors qu'il lisait la réponse du rouquin. De toute évidence, Akashi lui en voulait ; ce n'était pas qu'il ne s'en serait pas douté en vue de leur dernier échange, mais cela n'allait pas arranger son affaire. Il passa vivement une main dans ses cheveux, se demandant s'il devait répondre quelque chose ou simplement prendre ses affaires et aller une bonne fois pour toute confronter le rouquin.
Dans un élan de courage, il finit tout de même par se lever du canapé. Cela ne servirait à rien de se prendre inutilement la tête avec des détails, Akashi avait raison. Il verrait bien comment la situation se présentera en y faisant face.
Après être monté dans sa voiture et avoir roulé jusqu'à la demeure de la famille Akashi, Nijimura resta quelques secondes à l'intérieur de son véhicule à observer la façade de la résidence. Il inspira longuement et referma la portière derrière lui avant de se présenter devant la porte et toquer quelques coups. Le majordome vint l'accueillir et un sourire se glissa sur le coin de ses lèvres lorsque ses yeux tombèrent sur le visage de Nijimura, qui subitement mal à l'aise partit regarder ailleurs.
« Je me demandais quand vous reviendriez, Nijimura-san, confia l'homme d'une voix légèrement moqueuse.
— J'ai tardé, hein ? Lança-t-il dans une vaine tentative de dérision.
— En effet. »
L'honnêteté de ce vieil homme lui rappela Kuroko, qui jamais ne passait par quatre chemins pour faire entendre sa manière de pensée. Nijimura préférait nettement ce genre de personnes puisqu'il était ainsi plus facile de discuter avec elles. De la sorte, Nijimura ne se fit pas trop de soucis au sujet d'Akashi puisque celui-ci était de la même trempe que son collègue ou que ce majordome qui se décala afin de lui permettre d'entrer. Il lui indiqua par la suite qu'Akashi l'attendait dans sa chambre.
Nijimura gravit par la suite les escaliers jusqu'à se trouver dans le couloir menant à la pièce désirée, sentant son cœur s'accélérer à chaque pas qui le rapprochait un peu plus du rouquin. Il essayait d'imaginer l'expression que lui offrira Akashi lorsque ses yeux tomberont sur lui. Ce regard fier, parfois même hautain selon les circonstances, était quelque chose qui avait toujours déstabilisé Nijimura ; que ce soit le père ou le fils, il sentait l'écart de statut entre leurs deux familles.
La peur de décevoir, de ne pas être à la hauteur, s'emparait alors de lui et l'effrayait.
Au final, n'avait-il pas caché son passé à Akashi pour que celui-ci ne le regarde pas d'une autre façon ? Voir la déception s'emparer de ces iris sanglants était sûrement quelque chose qui l'horrifiait.
Sa main vint pourtant toquer contre la porte menant à la chambre d'Akashi, dont la voix ne tarda à parvenir à ses oreilles pour lui autoriser l'entrée. Il se saisit alors de la poignée et son regard s'accrocha presque immédiatement à la silhouette d'Akashi qui rangeait au même instant son violon dans son étui. Pour l'instant l'adolescent lui tournait le dos, de sorte que Nijimura ne put voir son expression et ainsi voir son état émotionnel et constater si sa mère avait vu juste ou non.
« Normalement quand je joue du violon, ça a l'effet curatif de me calmer. Malheureusement depuis ta dernière visite, cela m'a été retiré. »
Nijimura entendit les verrous de l'étui se fermer dans un tintement sec, le faisant contracter sa mâchoire tout en détournant le regard. Il ne vit donc pas Akashi se retourner pour lui faire face, ne remarquant que la seconde d'après le regard sombre que l'adolescent riva sur lui. Un frisson parcourut son épiderme et le démangea.
« Pourquoi es-tu venu me voir aujourd'hui ? Si c'est pour me parler de ma dernière sortie avec ta sœur et…
— Je suis venu m'excuser. » L'interrompit-il rapidement.
Il s'abaissa aussitôt afin de montrer respectueusement ses plus plates excuses à Akashi qui fronça les sourcils. Le rouquin demeura toutefois silencieux, son silence incitant Nijimura à poursuivre.
« Ce n'est pas à moi de te dire avec qui et avec qui tu ne dois pas parler. Mes mots cette fois-là étaient pour te tenir éloigné de moi et que tu me détestes.
— Pourquoi je devrais te détester ? » Demanda froidement Akashi.
Tout en se redressant, Nijimura partit regarder ailleurs. Il avait prévu de se montrer honnête à l'égard du plus jeune et de tout lui avouer, mais les mots avaient tout de même du mal à sortir. Il ne savait pas par où commencer ni comment former ses phrases pour qu'elles soient cohérentes.
Face au mal que semblait se donner Nijimura, et réalisant qu'il n'y avait pas de multiples autres raisons pour que le brun soit de lui-même venu à lui, Akashi soupira discrètement.
« Mon père m'a tout dit. »
Son aveu fit l'effet d'une bombe pour l'adulte, qui se redressa aussitôt et agrandit les yeux. Tous ses sens se trouvaient en éveil et pourtant sa conscience était partie loin, très loin, de cette chambre. Aucune pensée ne filtrait dans son esprit, remplacée par un vide immense qui le laissa pantois.
« T'as tout dit ? Comment ça ? Parvint-il néanmoins à formuler après quelques secondes.
— Ta rencontre avec ma mère, mais aussi qu'est-ce que tu faisais avant et… »
Intérieurement, Nijimura bénissait et haïssait à la fois Masaomi. Quelque part, il lui facilitait grandement la tâche, mais de l'autre désormais il avait peur. L'arrêt soudain d'Akashi était un réel supplice pour son cœur qui avait décidé de faire les montagnes russes aujourd'hui.
Pendant ce temps, Akashi dévia son regard pour observer en biais son ordinateur et les piles de CD empilés les uns sur les autres. Ces vidéos enregistrées par sa mère qui les représentaient lui et Nijimura, bien plus jeune, tournaient encore dans son esprit. Il les avait suffisamment vues et revues pour les connaître par cœur et tout se rappeler en fermant simplement les yeux. Quelques souvenirs lui étaient revenus en plus de ça ; se souvenant de toutes ces fois où Nijimura était parvenu à calmer ses sanglots nocturnes, lorsque la douleur l'empêchait de se rendormir et qu'il commençait à faire des crises d'angoisse.
De par sa simple présence, Nijimura arrivait à le rassurer.
Il n'était pas seul et quelqu'un était là pour sécher ses larmes.
Mais aujourd'hui, cela prenait une tournure blessante.
« J'ai une question importante à te poser, Nijimura-san.
— Si je peux y répondre je le ferais, prévint-il bien que mal à l'aise et incertain.
— Qu'est-ce que je suis à tes yeux ? Est-ce que je suis Akashi Seijūrō ou le fils d'Akashi Shiori ? »
Toute cette gentillesse qu'il avait reçu de la part de Nijimura lorsque ce dernier était adolescent, mais aussi encore actuellement avec le brun devenu adulte qui avait décidé de devenir son manager, ou encore cette fois-là où il l'avait fait sortir de sa maison pour visiter Tokyo. Toutes ces petites attentions accumulées qui l'avait changé irrémédiablement, lui redonnant goût à la chaleur humaine. Pour tout cela, il n'avait pas envie de découvrir qu'en réalité Nijimura s'était senti obligé de le traiter de la sorte vis-à-vis de sa mère.
Il n'avait pas envie de voir tout s'écrouler ; que cette gentillesse masquait en réalité des intentions tout autres.
A cet instant, Nijimura réalisa de quoi sa mère lui avait parlé. Cette tristesse qui se trouvait présente dans les orbes vermeils lui serra le cœur et il sentit une boule se former dans sa gorge. Il comprenait le sens caché derrière la question d'Akashi, mais il était incapable de dire quoi que ce soit. L'état émotionnel dans lequel se trouvait Akashi, qui tant bien que mal gardait sa dignité atypique, lui retirait toute capacité à communiquer.
Le silence continua de surplomber les deux garçons et Akashi finit par soupirer tout en étirant un léger rictus moqueur. Sa tête se pencha légèrement vers l'avant et quelques mèches rouges s'agitèrent de droites à gauches. Au fond, il n'était même pas surpris. Son cerveau avait simplement refusé de faire face à la réalité et avait en vain essayé de le préserver en lui faisant espérer que peut-être, dans une infime chance, Nijimura avait agi de la sorte par lui-même et non par redevance.
« Je ne sais pas si tu te souviens, mais ma mère filmait parfois des scènes du quotidien. Mon père m'a passé les enregistrements pour que je les visionne mais je pense que tu peux les avoir toi aussi.
— Akashi, l'appela Nijimura.
— Il y en a même quelques-unes où il n'y a que toi et ma mère. Je crois que ça peut t'intéresser. »
Se dirigeant vers son bureau pour trier les CD et prêter ceux indiqués plus tôt à Nijimura, Akashi lui tourna ainsi le dos. Il remarqua alors le tremblement nerveux de ses mains alors qu'il chercha à se saisir de la jaquette au-dessus de la pile, contractant dès lors son poing pour tenter de se calmer. Tout en se servant des dates pour distinguer les CD entre eux, de son côté Nijimura pinça ses lèvres.
Il entendait Akashi lui décrire certaines vidéos, ainsi que les passages qu'il avait appréciés, mais sa voix ne lui parvenait pas. Sa tête était remplie de ses propres injures. Il était un imbécile. Pourquoi être venu ici si au final c'était pour repartir et laisser Akashi dans un état encore plus déplorable qu'avant sa venue ? Il contracta ses poings et jura à voix basse, en colère contre lui-même.
« Tiens. »
De nouveau en face de lui, Akashi lui tendit quelques CD. L'adolescent ne préféra pas essayer de comprendre l'expression crispée de son ancien manager et regarda plutôt ses mains qui détenaient les jaquettes, ses tremblements ayant cessés. Il se félicita intérieurement pour sa maîtrise ; douce façade qui se brisera sûrement dès que Nijimura aura quitté les lieux.
« C'est stupide… »
Akashi arqua un sourcil tandis que Nijimura tint dès à présent son front en main et rigola à moitié.
« Oui, tu étais pour moi le fils de Shiori, mais c'est normal non ? Je débarquais dans une famille que je ne connaissais pas et ta mère est celle qui m'a sauvé. Tout s'était écroulé et elle est apparue. Tu crois que c'était facile ?
— Je t'ai juste demandé de répondre par oui ou par non. Je n'ai pas besoin des détails, merci, assena Akashi.
— Tu écoutes ton père mais ma version te passe au-dessus de la tête ? »
Un regard remplit de colère fut adressé à Nijimura qui soupira longuement afin d'essayer de se calmer. Ce n'était pas en s'énervant contre Akashi que les choses allaient s'améliorer et de plus sa Majesté pouvait se montrer assez têtu pour appeler les domestiques et le forcer à quitter les lieux.
« Tu me laisses terminer donc ?
— Ma patience a des limites, avertit l'adolescent qui s'impatientait.
— Alors sache que lorsque ta mère m'a présenté à toi, oui tu étais le fils d'Akashi Shiori. Cet enfant qu'elle chérissait plus que tout et qu'elle voulait protéger de la sévérité de son mari. Et puis quand tu me voyais à cette époque, tu te cachais derrière elle ou tu me fusillais du regard car je te piquais ta maman. Alors pour apprendre à te connaître et découvrir qui tu étais, on repassera. »
Akashi ne put que croire Nijimura, quelques scènes filmées par Shiori avaient révélé qu'il fuyait même parfois le brun. De toute évidence, l'avoir vu recouvert de bandages avait dû l'effrayer et il s'était tenu à distance par mesure de sécurité. Son regard s'abaissa alors sur les CD qu'il tenait toujours et ses traits se radoucirent, permettant à Nijimura de comprendre que le rouquin se détendait enfin.
« Mais à la mort de ta mère, tout a changé. Que ce soit pour toi ou pour moi, tout a réellement changé. J'avais quitté mon père mourant pour arriver chez une autre famille, où cette fois c'est ta mère qui était malade… A son enterrement, quand je t'ai vu retenir tes larmes tant bien que mal car ton père t'avait interdit de pleurer en public, j'avais envie de le frapper. Crois-moi. »
Une injure traversa ses lèvres tandis qu'il se rappelait de ce triste événement comme s'il était encore récent. Il revoyait clairement Masaomi tenir fermement la main de son fils qui tressautait alors qu'il tentait de retenir ses sanglots. A chaque fois qu'une larme menaçait de couler, Masaomi le rappelait à l'ordre d'une voix sévère. Puis, lorsque les proches de Shiori et sa famille quittèrent les lieux au fur et à mesure de la file, alors que Masaomi était retourné à son travail et avait laissé son fils devant le portrait de sa mère orné de toutes ces fleurs, Nijimura n'avait pas attendu pour venir le rejoindre.
« Tu étais resté planté là, le regard dans le vague. Alors je t'ai dit que maintenant qu'il n'y avait plus personne, tu pouvais pleurer. Tu n'étais plus l'héritier du groupe Akashi, mais simplement Akashi Seijūrō, l'enfant qui a perdu sa mère. Mais tu n'as pas pleuré. »
Délicatement, Nijimura posa sa main contre les cheveux de l'adolescent qui pour une fois se laissa faire, ses yeux ne quittant pas le visage de l'adulte qui lui faisait face.
« T'étais déjà un sacré numéro même à huit ans, se moqua-t-il joyeusement.
— Qu'est-ce que j'ai fait ? Interrogea Akashi, curieux.
— Tu m'as regardé pendant de longues minutes pour me dire que maintenant que ta mère n'était plus là, c'était à ton tour de t'occuper de moi. »
Penchant sa tête sur le côté tout en essayant de se souvenir de cet instant, Akashi se sentit être tiré pour atterrir contre le brun. Il tenta alors tant bien que mal de lever les yeux et voir le visage du brun, mais sans succès : la main de Nijimura dans ses cheveux maintenait sa tête en place.
« Tu venais de perdre ta mère et devais donc être plus misérable que moi, mais pourtant tu es celui qui m'a tendu la main. Je sais pas si à cette époque tu avais compris ma situation, mais… Tu m'as fait chialer, putain… Enfin remarque, t'as fini par craquer toi aussi et tu as enfin pleuré en me voyant le faire, haha. »
Tout en serrant Akashi contre lui, Nijimura profita de cette étreinte afin de remercier ce petit bout d'homme qui lui avait été d'une grande aide à cet instant. A la mort de Shiori, il s'était de nouveau senti tout perdre et ne plus avoir pied sur quoi que ce soit. Tout s'écroulait encore une fois et il allait se retrouver seul. Pourtant, un petit garçon lui avait proposé son aide alors que l'ordre des choses aurait voulu que ce soit l'inverse.
Pleurant à chaudes larmes tous les deux ce jour-là, ils s'étaient soutenus mutuellement.
« Bien sûr je serais éternellement redevable envers ta mère, car elle m'a sauvé la vie et m'a fait comprendre que je devais renouer avec mon père avant de le voir partir. Je pensais devoir m'acquitter d'une dette en prenant soin de la prunelle de ses yeux, c'est-à-dire toi, Akashi. Et je le pensais encore jusqu'à il y a pas longtemps.
— Qu'est-ce qui t'as fait changer d'avis ?
— Ton père… en partie… Il m'a fait réaliser que si Shiori m'avait sauvé et traité avec autant de gentillesse, ce n'était pas pour que je lui sois redevable. »
Ce jour-là où Masaomi s'était montré honnête à son égard, lui avouant l'avoir jalousé durant une certaine période et lui rappelant que jamais sa femme ne ferait quelque chose pour obtenir son dû, il avait senti une page se tourner. Les larmes lui étaient alors venues et il n'avait pu les contenir, mais celles-ci se trouvaient libératrices au bout du compte.
« C'est sûrement à ce moment que tu es devenu réellement Akashi Seijūrō. Ou plutôt sa Majesté Akashi qui prend ma voiture pour un taxi gratuit. Content ? »
Nijimura se détacha d'Akashi et se recula d'un pas, observant d'un œil attentif les rougeurs qui s'étaient installés sur le visage de l'adolescent qui avait détourné le regard. Un large sourire vint alors couvrir ses traits et un rire l'emporta. Ce gamin pouvait vraiment se montrer adorable par moment.
« Mais alors pourquoi tu voulais que je te déteste ? »
Le visage d'Akashi redevint sérieux et toute trace de gêne avait bien vite disparu, faisant presque penser à un mirage. Le sourire de Nijimura diminua alors et il vint rapidement se gratter la nuque, de nouveau nerveux.
« Tu restes tout de même le fils de Shiori et je ne peux pas te mettre en danger à cause de mes conneries du passé, avoua-t-il enfin. Bien que je ne faisais partie d'aucun gang, ce n'est pas le cas d'Haizaki que tu as pu rencontrer.
— Et ? Poursuivit Akashi en voyant le brun marquer un temps d'arrêt.
— J'essaie d'aider Haizaki à sortir des griffes de son frère, mais ce dernier n'est pas du même avis. »
Nijimura s'agita un instant et marcha quelques foulées avant de se repositionner face à Akashi et de le regarder sérieusement.
« C'est pour ça que je ne veux pas que tu t'approches de moi et que tu te retrouves dans une situation compliquée. Ou qu'il t'arrive quelque chose et que je ne sois pas prêt de toi pour te protéger.
— Si je comprends bien, tu penses qu'il pourrait en avoir après moi ? Supposa rapidement Akashi.
— Akashi, sérieux… ton père a une bonne position et une petite fortune qui ferait loucher n'importe qui. Tu penses sérieusement que t'es pas une proie quelconque ?
— Je te pensais plus intelligent, Nijimura-san. »
La réplique d'Akashi lui cloua le bec un long instant, essayant de comprendre réellement ses paroles et ce qu'elles sous entendaient. Seulement, oui il avait bien compris. Akashi le traitait d'idiot et ses yeux soudainement rieurs lui apportèrent une expression qu'il n'avait jusqu'alors jamais vue.
« Si je me faisais kidnapper par cet homme, comme cela semble avoir été ton raisonnement, tu saurais aussitôt que ça provient de lui. Et penses-tu sincèrement que mon père n'agirait pas de son côté ? Je ne pense pas que ce genre de personne apprécie avoir l'attention des médias et de la police sur eux, n'est-ce pas ? »
L'explication logique et claire de l'adolescent fit s'ouvrir et se fermer la bouche de Nijimura, qui chercha tant bien que mal quelque chose à répondre. Il s'était tellement focalisé sur Akashi qu'il avait complètement oublié le reste, comprenant donc Masaomi qui ferait tout pour récupérer son fils et son unique héritier, mais aussi la police et les médias. Pas un seul instant il n'avait songé à ces organismes et en effet, il n'avait pas été intelligent sur ce coup. En réalité, il s'était laissé prendre par la panique et avait réfléchi sous le mauvais angle.
Son expression devait assurément valoir son pesant d'or puisque Akashi ne put complètement étouffer son rire moqueur.
« Oui, bon… j'étais venu pour m'excuser et c'est chose faite.
— Es-tu en train de te débiner ? Se moqua Akashi.
— La ferme ! C'était qui celui qui voulait à tout prix savoir comment je le voyais, hein ? Renchérit-il afin d'essayer de regagner la face.
— C'est moi et je reconnais être content de la réponse. »
Akashi sourit à Nijimura qui cligna plusieurs fois des yeux, ayant cette fois-ci le droit au véritable sourire de l'adolescent. Cette douceur qui s'en dégageait retira toute trace d'énervement et le calma définitivement, se mettant alors à sourire lui-même. C'était sûrement la première fois qu'avec Akashi ils se trouvaient sur la même longueur d'onde, où tous secrets avaient disparu. Nijimura se sentit beaucoup plus léger que lorsqu'il ne parvenait pas à se lever de son canapé ; toute sa culpabilité s'était volatilisée à la vue de ce sourire radieux et définitivement communicatif.
« Enfin je vais pas m'éterniser plus longtemps, souffla-t-il tout en engouffrant une nouvelle fois sa main dans les cheveux du rouquin avant de le saluer.
— Je pourrais donc revenir au bar de Kuroko-san ? Demanda cependant Akashi.
— Tu perds pas le nord toi… Enfin fais comme tu veux. T'es pareil que moi là-dessus : t'en fais qu'à ta tête.
— Et les CD ? Tu peux les visionner aussi, l'arrêta une nouvelle fois Akashi en avançant les jaquettes qu'il détenait toujours entre ses mains.
— Pas besoin de ces CD pour me rappeler comment tu t'accrochais à moi ! »
Dans un rire moqueur face aux rougeurs qui s'étalaient sur le visage de l'adolescent, qui ne pouvait malheureusement démentir ce fait, Nijimura le décoiffa avec plus de vigueur avant de prendre le chemin de la sortie. Après qu'il ait refermé la porte derrière lui, Akashi apporta l'une de ses mains contre ses cheveux et sourit de plus belle. Une douce chaleur l'envahissait et il se sentait enfin serein, toute sa nervosité et son anxiété avaient disparu pour être remplacées par un état de béatitude peu commune pour lui.
Ce doux sentiment qui s'était déjà installé inconsciemment, avec discrétion et finesse, mais qui aujourd'hui plus qu'un autre jour se fit ressentir. Grâce à cette conversation qui avait renoué Akashi et Nijimura, le cœur de l'adolescent put de nouveau battre sans ressentir l'étau qui l'avait jusqu'alors étouffé.
