Disclaimer : L'univers de One Piece appartient à Eiichiro Oda.
Note de l'auteur : Je ne sais pas si vous l'attendiez ou non (j'espère que oui), mais voici le second ficlet de ce recueil. Pour ceux qui ne lisent pas les scans, vous risquez d'être d'y trouver des spoilers. Ne me dites pas que je ne vous ai pas prévenu. Je me suis éclatée à écrire celui-là. (autant parce que c'était compliqué que parce que j'adore m'intéresser à la psychologie de ce flamant rose si cher à mon cœur) Il m'a été inspiré par un fanart débusqué sur Tumblr il y a quelque temps que je n'arrive plus à retrouver... Malheureusement. Enfin, c'est pas comme si c'était le plus important ; bonne lecture à tous.
LUNETTES
Donquixote Doflamingo
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C'était la Fin.
Celle avec un F majuscule, celle qui achevait l'histoire de Doflamingo avec la sécheresse et la rapidité de trois petites lettres que l'on aligne à la fin d'un récit un peu trop sanglant et déjanté.
Affalé dans la poussière, l'ancien Dragon Céleste, l'ancien Grand Corsaire, l'ancien Courtier de l'Ombre, l'ancien Roi de Dressrosa étira ses lèvres dans un sourire torve, dépouillé de toute humanité. Les bras étendus à droite et à gauche jusqu'au bout des doigts comme un crucifié que l'on soulève dans le vide, Doflamingo se retint d'éclater de rire devant sa déchéance.
Avant, la Marine lui léchait les pieds. Les Dragons Célestes aussi, tout tremblant que le mioche qu'ils avaient refusé de reprendre ne dissémine aux quatre vents leurs secrets les plus retorses. Quelle ironie de ne plus avoir personne avec qui les partager, songea-t-il alors que son regard se glissait sur sa droite. Ses lunettes gisaient là, à ses côtés. Trop loin pour que ses doigts parviennent à les saisir. Trop brisées pour qu'elles puissent dissimuler quoi que ce soit de ses yeux. Ou plutôt, de son œil.
Son sourire s'agrandit à cette pensée.
Instinctivement, ses doigts s'agitèrent, grattèrent la terre dans une tentative désespérée de les récupérer coûte que coûte, soucieux de dissimuler sa laideur à celui qui l'avait vaincu. Pourtant, déjà, il se désintéressait de son sort ; le mioche ne le gratifia pas d'une œillard curieux, s'en allant comme s'il n'existait pas. Comme si ce qu'il dissimulait sous ses lunettes à l'armature rose ne l'intéressait pas.
Fadaises ! Tout le monde veut le savoir !
Son poing se serra, nichant au creux de sa paume une motte terre rougit par le sang et rendue moite par les vers qui s'en repaissaient. Son œil gauche s'ouvrit difficilement sous sa colère naissante. Plus de vingt ans que ses cils restaient serrés les uns contre les autres, que ses paupières collaient à la cicatrice de sa pupille blanche et vitreuse.
Son sourire s'agrandit encore. Son esprit, lui, hurlait.
Regardez-moi ! Regardez-moi ! Regardez mes yeux ! Regardez...
...La souffrance dissimulée dans cet être monstrueux. Le petit garçon pleurnichard qui s'éveillait dans cet œil morne, désormais grand ouvert. Mais incapable de voir. Piégé par ses propres démons, enferrés dans sa propre bêtise et marqué par celle du peuple depuis plus de vingt ans.
Le passé le rattrapait. Et la douleur l'accompagnait, balançant sa massue en plein cœur de l'estomac du pirate. Son souffle se coupa sans raison extérieure apparente alors que du sang perla entre ses doigts. Ses ongles meurtrissaient sa paume terreuse, ouvrait la chair comme on lui avait entaillé l'œil des années plus tôt. En rétribution d'une faute que que lui-même n'avait même pas commise. Doflamingo, un monstre ? Et celui qui lui a fait perdre son statut des plus enviables ? Et ceux qui ont crucifié sa famille, tué sa mère et dépouillé un petit garçon d'une dizaine d'années de l'une de ses orbes azurées ? Qu'étaient-ils ? Des saints ? Des anges ? Que nenni. Des monstres.
Pire que lui.
Parce que sans eux, le monde n'aurait jamais connu le Fléau, celui qui porte le nom de Doquixote Doflamingo et qui arbore, même dans la folie, son éternel sourire moqueur.
Son oeil d'océan n'eut pas le temps de se poser sur la vieille femme qui s'approchait que déjà, ses lunettes brisées retrouvaient leur place.
— Je t'ai regardé, mon garçon, souffla Tsuru en lui caressant la joue.
