Disclaimer : L'univers de One Piece appartient à Eiichiro Oda.
Note de l'auteur : Bonjour / Bonsoir à vous, chers lecteurs ! Je reviens vers vous pour un sixième ficlet, cette fois-ci sur un personnage que je sais que vous adorez tous-tes. (Et je l'adore moi aussi) J'ai apprécié écrire celui-là et j'espère que vous l'apprécierez aussi. N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé ! Bonne lecture à tous.
BONNET
Trafalgar Law
Le coeur de Law tambourinait à une vitesse affolante dans sa cage thoracique. Il avait perdu son bonnet. D'ordinaire si nonchalant, le Capitaine des Heart Pirates arpentait son submersible de long en large. Il ouvrait à la volée chaque porte et dérangeait l'ordre de chaque pièce avant de passer à la suivante. Ses bottes claquaient sur le sol métallique furieusement. Immergé au fond de l'océan depuis plusieurs jours, la probabilité qu'il puisse avoir perdu son bonnet à l'extérieur avoisinait zéro pour cent. Alors où était-il ?
Laissé sur le pont lorsqu'ils ont quitté la dernière île ? Peu probable. Pourtant, le doute tiraillait douloureusement les tripes du pirate. Abandonnant ses recherches en atteignant les tréfonds les plus sombres du sous-marin, Law se laissa glisser contre le mur jaunâtre du couloir. Froid, si froid. Ses mains tatouées enserrèrent sa tignasse emmêlée alors qu'il ramenait ses genoux contre sa poitrine. Une vaine tentative de se rassurer ; seule la présence du bonnet sur son crâne parvenait à réellement l'apaiser. Si même Sachi ne savait pas où il était dissimulé, personne ne le saurait. Si même Penguin ne l'avait pas vu en rangeant leurs affaires, alors personne ne l'avait. Les doigts de Law se crispèrent autour de ses mèches de suie.
Les souvenirs de Cora-san ne disparaissaient pas. Encrés dans sa chair jusqu'à sa mort, esquissés dans son Jolly Roger et même cousus sur ses vêtements, aucune chance pour qu'ils lui échappent. Ce souvenir-là, au contraire, il l'avait perdu. Et son cœur se serra traitreusement à cette pensée, pique destinée à lui rappeler sa propre bêtise. L'envie de l'ôter de sa poitrine le tiraillait. Peut-être qu'ainsi, sa culpabilité s'apaisera. Avec un peu de chance, tous ses maux disparaîtront en même temps qu'il balancera son palpitant à la mer. Un poids en moins à porter, un organe en moins à surveiller.
Il se souvint de Flevance et de ses bâtiments blancs. Il se remémora la joie, la bonne humeur et les festivals. Il se rappela du saturnisme et de ses ravages. Il revoyait les soldats, protégés par des combinaisons désuètes et des masques à gaz alors qu'ils tiraient dans le tas, autant sur les vieillards que les bonnes sœurs ou les enfants. Il se souvint des corps étendus, dépouillé de toute vitalité de ses parents. Le stigmate de vieilles larmes refoulées revinrent le titiller. Pire que l'horreur, pire que de ramper entre deux cadavres pour se protéger des coups de feu, il y avait la perte de son bonnet.
Hé, grand frère, regarde !
Sans lui, Law se sentait nu. Exposé à des yeux scrutateurs, désireux de débusquer la moindre faiblesse. Il arrachait si facilement les cœurs de ses pairs parce qu'il ne pouvait pas arracher le sien aussi facilement. Il s'accrochait désespérément à ses côtes et à ses poumons, lui coupant la respiration d'un même mouvement.
Regarde, je t'ai fais un bonnet !
Qu'il le perde lors d'une altercation un peu trop musclé ou qu'on lui arrache pour l'essayer, personne ne réchappait à sa fureur vengeresse. Il était prêt à découper quiconque osait s'en moquer de façon irrémédiable. Un simple couvre-chef duveteux affreux à regarder ? Une faute de goût inimaginable ? Un souvenir qu'il chérissait tout autant que ses tatouages.
Tu le porteras toujours, dis ? Dis, dis !
Il l'avait promis et à cet instant, il ne le portait pas. Aujourd'hui, la perte n'en était que plus vivace. Le goût âcre du regret l'assaillit. Même si ses compagnons rayonnaient, ils ne parviendraient jamais à réchauffer son cœur gelé. Law ne bougea pas, malgré les pas qu'il entendait s'approcher graduellement de lui. Il ne moufta pas lorsqu'ils s'arrêtèrent à sa hauteur. Entre ses deux genoux, il remarqua deux pattes poilues engoncées dans une combinaison jaune à l'emblème des Heart Pirates. Bepo.
— Désolé ?
Law ne savait pas s'il s'excusait pour l'avoir dérangé, ou pour l'avoir vu pleurer. En relevant la tête pour prier son second de foutre le camp, ses yeux grisâtres s'agrandirent. Entre les pattes de l'ours, son bonnet. Son précieux, si précieux bonnet. Le poids niché au fond de sa poitrine se changea en plume, s'envolant jusqu'à la surface.
Sans perdre plus de temps, le Chirurgien de la Mort cala son couvre-chef sur sa tête. À nouveau, il se sentait entier. À nouveau, il sentait la petite main gracile de Lamy entre ses mèches noirâtres.
Comme ça, tu auras toujours un bout de moi avec toi.
