Disclaimer : One Piece appartient à Eiichiro Oda.
Note de l'auteur : Je pensais avoir terminé ce recueil. Je m'étais (hélas?) trompée. Une autre idée a germé dans ma tête – et peut-être que d'autres se rajouteront, qui sait. Une idée différente, puisqu'il s'agit d'un personnage haï – du moins je crois – par la majeure partie du fandom. Haï pour une raison que vous connaissez tous – la mort d'Ace. Mais… je ne peux m'empêcher d'aimer ce personnage, malgré sa vilenie même les monstres ont des sentiments, vous ne croyez pas ? Même les monstres sont des êtres humains.
Sur ce, bonne lecture.
FLEURS
Akainu
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La fraîcheur ambiante de la pièce ne le faisait ni frémir, ni trembler. Il incarnait les torrents tumultueux, incandescents et rougeoyants d'un volcan en fusion – le froid ne l'effrayait pas.
Du moins, le froid extérieur.
Parce qu'aussi brûlante était sa peau et ses os, son cœur, lui, était glacé.
Gelé. Prêt à se briser au moindre effleurement alors, il l'oublie. Enfin, il essaye de l'oublier.
Sa veste d'Amiral gisait sur son fauteuil, délaissée. Sa chemise, ouverte, voltigeait au rythme des bourrasques venteuses se faufilant par la fenêtre ouverte.
Étrangement, un frisson parcoure son échine, laissant ses yeux se poser sur les parterres de fleurs, dans le jardin bordant son bureau.
Il sera fort comme toi, Sakazuki.
Elles étaient jolies, les fleurs. Des roses et des violettes, à cinq pétales parfaitement agencés. Similaires à celles qu'il arbore le long de son épaule gauche, se poursuivant jusqu'à son large biceps. Il ne comptait plus toutes celles qu'il a ajouté au fur et à mesure des années. Ni celles qu'il ajoutera par la suite, rappels piquants de souvenirs qui commençaient déjà à s'effacer. Trop vieux, trop lointains, trop étouffés par la glace et la chaleur qui menace de la faire éclater en son sein.
Il sera beau comme toi, mon amour.
Akainu soupira, délaissant un instant sa paperasse pour se perdre dans la contemplation d'un ciel d'été entaché par une rigole de nuages.
Pourquoi avait-il froid, déjà… ? Pourquoi, alors que les rayons du soleil réchauffaient quiconque s'en approchait ?
Peut-être parce qu'elle était froide. Mais d'un froid qui ne demandait que ses bras pour y trouver un brin de chaleur flamboyante. Et Sakazuki se souvenait encore de sa peau qui ne quémandait que ses doigts, qui ne voulait que son corps, pressé contre le sien. Étreintes charnelles enfouies sous les draps aux affres florales, ponctués de baisers fougueux, passionnés, amoureux.
Elle était froide, mais ses sourires étaient encore plus chauds que la lave que Sakazuki pouvait créer.
Il t'aimera Sakazuki. Il t'aimera, peut importe ce que tu as pu faire. Peut importe ce que tu feras.
Le chien rouge se mordit la lèvre jusqu'à ce qu'une perle de sang s'en échappe. Sa main moite dans son gant se glissa dans sa tignasse en brosse, tentant d'apaiser un mal être qu'il savait que rien ne pouvait calmer. Et ces mêmes mains, avant, se posaient sur une protubérance ronde, sous un bout de tissu. Ses mains qui étaient encore pures. Inviolées par les préceptes d'une justice implacable. Parce qu'elle n'existait pas encore, cette justice. Parce qu'Akainu n'en avait jamais eu besoin. N'y avait jamais songé.
Maintenant, ses mains sales, il les dissimulait sous du cuir. Pour ne plus rien contaminer.
Pourquoi tu t'inquiètes, mon amour ? Notre fils sera merveilleux, comme son père. Et il aimera les fleurs, comme sa mère.
Et surtout beau, comme sa mère. Parfait, exempt du moindre défaut. Sakazuki laissa glisser son pinceau d'entre ses doigts, laissant l'encre salir sa tenue d'ordinaire impeccable. En parfaite contradiction avec ce qu'elle dissimulait.
Sakazuki… Je… Je t'aime. Je… je suis désolée de ne pas avoir été assez for-
Il se souvenait de l'odeur du sang qui tapissait ses cuisses et son ventre, ouvert. Il se rappelait de ses tripes, posées sur le côté. De la poche percée, de la césarienne à l'anesthésie inefficace, de ses cris, de ses larmes, de son désespoir, de leur désespoir, alors que leur fils mourrait dans ses bras. Avant qu'elle même ne souffle ses derniers mots, ses doigts entrelacés aux siens.
Pourquoi ce salaud avait-il eu le droit à un fils, alors qu'on l'avait privé du sien ? Pourquoi, même dans la tombe, son nom perdurait, alors que le sien disparaîtra lorsque son tour sera venu ? Pourquoi était-il plus méritant que lui ?
Pourquoi la justice ne se dressait-elle pas de son côté ?
Peut-être parce que c'était son rôle, de l'incarner. Peut-être que c'était à lui de se venger.
Justice… Vengeance. Deux faces d'une même pièce qui n'ont toutes les deux plus aucun sens.
Sauf pour Sakazuki.
Parce qu'il était fort. Il était fort pour eux trois et il aura sa vengeance. Sa justice.
