Disclaimer : One Piece appartient à Eiichiro Oda.
Note de l'auteur : Encore un autre ! Et je suis loin d'avoir terminé. D'autres personnages m'ont soufflé leurs possessions les plus précieuses à l'oreille et n'attendent plus que j'écrive dessus. (haha) Aujourd'hui, il s'agit sûrement d'un des Grands Corsaires que vous appréciez le plus. Et sans plus tarder, je vous souhaite bonne lecture !
CROIX
Dracule Mihawk
.
.
.
Perché à la fenêtre de la pluie haute tour de son manoir à Lugubra, Mihawk jouait nonchalamment avec la croix suspendue à son cou. Elle dissimulait une minuscule lame qui, entre des mains expertes, fauchait des vies avec autant d'aisance que la plus longue des épées. Entre les siennes, le couteau était mortel.
Sa croix avait repoussé Roronoa Zoro. D'ailleurs il l'entendait se battre contre des humandrills, perdu dans la forêt aux arbres morts.
Mais Mihawk l'oubliait déjà, ne se souciant guère des déboires de son auto-proclamé rival et élève. Il l'oubliait déjà, perdu dans la contemplation du fourreau et de la garde de la lame. Elle était d'une simplicité déconcertante ; de l'or ciselé qui luisait sous l'éclat argenté de la lune.
Mihawk dégagea précautionneusement la lame du fourreau. Il y fit glisser son pouce pour juger son tranchant. Il perça sa peau et un mince filet de sang se perdit dans les plis de sa chemise.
En vingt-cinq ans, il ne l'avait pas poli une seule fois : des coups de chiffons suffisait à la faire reluire. Elle lui avait juré que le couteau ne s'émousserait jamais et elle avait encore raison.
Tu as des yeux magnifiques.
Aujourd'hui encore, ces mots le surprenait. On lui disait qu'il avait des yeux de faucon. Des yeux effrayants, des yeux de prédateur perfides aux serres affûtées et au bec acéré. Des yeux de bête qui empalait leurs victimes et s'amusait de leurs gesticulations désespérées. Des yeux perçants qui sondaient les âmes et volaient les secrets.
Mais surtout des yeux d'adolescents, encore innocents. Encore purs, encore émerveillés par ce que le monde avait à lui offrir. Ou presque.
Comment tu t'appelles ?
Dracule Mihawk, avait-il murmuré, la gorge noué. Intimidé par son aisance et sa facilité à s'adresser à de parfaits étrangers. Mais surtout surpris de sa longue chevelure blonde éclatante de vitalité il crut y voir de l'or. Et l'iris de son œil, d'un bleu océanique enchanteur qui ne souffrait d'aucune tempête lui coupait la langue. Elle était sublime, chimérique. Et elle s'appelait Mina.
Mihawk était terne et vêtu de noir et elle était son double, joviale et vêtue de blanc.
Mais elle lui avait tendu la main, à cet adolescent que tous rejetaient, que tous considéraient comme une toux tenace et irritante. Elle lui avait souri et elle lui avait offert ce couteau dissimulée sous une croix en plus de l'épée qui lui cinglait le dos.
Des vestiges familiaux. Prends-en soin.
Il s'en était servi, Mihawk – et il s'en servait encore. Il avisa du coin de l'œil son épée démesurée, reposant contre son lit à baldaquin. Puis, il suspendit à nouveau la croix à son cou, posant l'or gelé contre sa peau brûlante, dissimulée sous sa chemise.
Elle disait que ça lui donnait de l'allure, de s'habiller en baron. De choisir des cimetières lugubres et abandonnés pour s'entraîner – elle l'avait toujours accompagné, chassant l'ombre de sa lumière.
Elle avait même réussi à étouffer la noirceur de son âme. À adoucir le macabre Dracule Mihawk.
On est les meilleurs amis du monde, dis ?
Mihawk avisa la lune éternelle suspendue au-dessus de Lugubra. Cette île lui aurait autant plus qu'elle plaisait à la gamine aux boucles roses. Elle aurait aimé le manoir et les robes vieillottes, les recoins tapissés d'araignées, les caveaux aux portes rouillées et les tours aux pierres branlantes… Elle aurait chassé le lugubre pour le remplacer par la lumière.
Et il n'aurait pas bronché.
Tu n'oublieras pas d'être heureux, dis ?
La constitution fragile de Mina ne lui permettait pas de sortir aussi souvent qu'elle l'aimerait – pourtant, ce ne fut pas ses escapades constantes qui l'achevèrent.
Ce fut ses propres parents. Ils la dédaignaient pour ses fréquentations suspicieuses. Sortir la nuit avec un jeune homme lugubre, quelle idée ! Et pour faire quoi, à part ternir sa réputation et celles de ses parents, notables respectés de l'île ? Et pour faire quoi, à part se faire déposséder de sa virginité, qu'un véritable baron souhaitait acheter une petite fortune ?
Ils n'étaient qu'amis. Et Mihawk n'aurait jamais osé la salir.
Vingt-trois ans plus tôt, Mihawk assassina les parents de Mina, usant pour la première fois ses cadeaux pour faucher des vies. Il s'occupa ensuite du baron et l'empala à l'entrée de son propre domaine. Menace silencieuse à tous ceux qui oseraient salir l'image de la perfection faite femme. La marine plaça une prise sur sa tête. L'affiche de Dracule Mihawk, l'assassin des nobliaux, faisait déjà le tour du monde - mais personne ne savait pourquoi il avait vraiment fait ça.
Tu n'oublieras pas que je suis toujours là.
Mihawk étreignit la croix si fort que son pourtour s'inscrivit dans sa peau. Il n'oubliera jamais Mina.
Et lorsque Zoro sera prêt, peut-être le rejoindra-t-elle dans l'autre monde.
