Merci à ceux qui m'ont dit que ce chapitre n'était pas mal construit, auparavant... Et oui.


Il y a six ans, Edward n'était qu'un enfant. Malgré tout, bien que soit nombreux les défauts de Roy Mustang, celui-ci avait été d'une générosité sans faille vis-à-vis des frères Elric. Il avait été fasciné par le prodige d'Edward et de la détermination dans son regard. C'est ainsi qu'il en été venu à les aider. Parfois, il lui arrivait de douter sérieusement qu'un jour ils puissent retrouver leurs corps d'origine mais la flamme qui brûlait dans le regard de l'aîné Elric le dissuadait d'être découragé d'avantage. Et enfin... Après six ans d'attente, ils les avaient enfin retrouvés. Quelle joie de pouvoir les voir si heureux.

Il y a un an, Roy s'était alors rendu compte d'une chose... Un jeune homme qu'il regardait souvent de dos. Il éprouvait le besoin de le voir. Un besoin. Il avait envie de le taquiner d'avantage et de lui parler plus souvent. De faire... Sa connaissance ? Car oui, il le connaissait mais pas entièrement. Et puis le jeune homme pouvait à présent vivre sa vie comme il l'entendait. Les choses seraient plus simples. Logiquement...Mais ce ne fut pas le cas. Il n'a jamais su d'où lui venait ce sentiment. Il avait d'abord cru qu'il les maternait trop. Mais à force il avait fini par se rendre à l'évidence...C'est lui... Qu'il regardait... Qu'il regarde...

Edward.

Cette soirée au QG...Lorsque Edward lui avait alors avoué que ce sentiment d'amour était réciproque, il en fut choqué. Abasourdi. Comment réagir ? Et il avait alors compris que c'était une énorme erreur. Il ne pouvait se permettre d'établir une relation avec le blondinet. Pourquoi ? La question lui venait du fond de son cœur. Parce qu'Edward avait vingt ans de moins que lui... Parce que lui, Roy, faisait partie de l'armée et que sa réputation était un bien précieux. Parce que aimer un homme quand on est un militaire, détruit instantanément votre réputation... Et tout le monde sait que l'amour à un prix... Son prix, c'est celui-là. Et il n'était pas encore prêt à le payer.

S'il évite donc Edward, lui aussi cessera bien de l'aimer un jour...

Deux jours qu'ils ne se croisaient plus. Deux jours que les rapports et les missions passaient par Riza Hawkeye. La jeune femme avait bien compris se qui se tramait apparemment. Edward était venu s'excuser un soir d'avoir détruit la fête, mais elle n'en avait pas tenu compte. Alphonse avait expliqué à Riza le pourquoi du comment...

"- Alphonse a toujours un plan d'avance sur moi...râla Edward"

Riza sourit ;

"- Il est prévoyant lui au moins."

Edward souffrait intérieurement et en silence de ne pas voir Roy Mustang. Dans un sens, sa vie avait perdue un peu de valeur. Sans le voir, c'était comme perdre son temps. Mais il ne pouvait pas se permettre de débouler, comme ça dans son bureau sans motif valable. L'évidence ne serait plus à prouver. Alphonse le soutenait en lui conseillant de prendre des jours de congés. Mais Edward persistait.

"- Je le verrais, tôt ou tard, ce connard...

- Ed ! Arrête les grossièretés !

- Mais c'est vrai ! Il le fait exprès !

- Bah... Euh... Oui..."

Edward se tourna vers son petit frère, la mine déconfite.

"- Merci Al... Ça m'aide... répondit-t-il d'un ton ironique"


Le troisième jour.

Insupportable. Tout bonnement insupportable. C'était quoi son problème ? Il était tombé sur un homophobe ou quoi ?! Edward commençait à se poser la question très sérieusement. Aujourd'hui, il alla à la cantine. L'une des premières fois où il mangeait à la caserne et tout ça dans un seul but ; le voir ! D'habitude, il rentrait chez lui pour manger les petits plats que confectionnait Alphonse. Celui-ci avait un don pour la cuisine, mais n'était-ce pas plutôt dû au temps qu'il passait avec Gracia Hughes ? Alphonse aimait beaucoup passer du temps à jouer la baby-sitter d'Elysia depuis deux ans.

Edward n'avait pas touché à son plateau repas. Il n'avait pas faim. Il avait soif. Soif de lui... Il entrelaça ses doigts, les coudes contre la table et intérieurement il priait.

*Jésus, ou je ne sais quoi... Si t'es là, prouve-le et ramène moi cette face de bâtard dans la cantine illico presto !*

Les yeux ouverts, il fixait son verre d'eau avec insistance comme s'il attendait que celui-ci bouge ou parle. Soudain quelqu'un vint lui faire de l'ombre. Il releva rapidement la tête et remercia quasiment le bon Dieu mais...

"- Tiens, boss ?! J'pensais pas vous voir ici ! Ça fait un baille qu'on vous voit plus à la cantoch !"

*Dégage...*

"- Oui mais... Alphonse n'est pas à la maison et comme je ne sais pas cuisiner...mentit-il"

Havoc alla s'asseoir en face du blondinet avec un sourire sur les lèvres. Son plateau devant lui, le fumeur commença à manger tout en animant la conversation.

" - Vous savez, c'était pas la peine de v'nir vous excusez. On est tous passer par là un jour ou l'autre... "

Edward ne l'écoutait pas. Il fixait la porte de l'entrée de la cantine tout en mâchouillant les pointes de sa fourchette. Le manche de celle-ci zigzaguait devant son visage alors qu'il commençait à avoir la migraine.

*Pourquoi je suis là, déjà... Il ne viendra pas...*

Il lâcha un soupir puis se leva de sa chaise. Jean Havoc qui parlait toujours en passant des rumeurs qui circulaient sur lui et les tentations mortelles de Riza, cessa immédiatement et regarda le blondinet se lever. Il avait l'air frustré.

" - Vous allez bien ? Demanda-t-il "

Edward leva la tête vers lui puis posa sa fourchette dans son plateau. Il adressa un maigre sourire à Jean;

" - Oui. Mais arrêtez de me vouvoyer... "

Jean ricana nerveusement puis regarda Edward s'éloigner pour reposer son plateau et partir...A peine fut-il hors de son champ de vision que le Colonel alla s'asseoir devant lui. Le beau ténébreux commença à manger tout en affichant un visage calme et détendu, plantant sa fourchette dans son steak saignant à la manière d'un lion affamé. Puis il s'attaqua à boire sagement son verre d'eau qu'il termina d'un trait. Il s'en resservit puis posa un sucre dans son café tiède. Il ne fallait pas avoir l'habitude de s'éterniser lorsqu'on devait s'occuper des dossiers et que Riza Hawkeye avait son arme chargée... Jean l'observa un moment puis aiguisa son plus beau sourire;

" - Z'allez bien, Colonel ? "

Enfin, l'alchimiste de flamme daigna lever les yeux vers son subordonné. Il leva un sourcil et fit grincer sa fourchette contre ses dents;

" - Parfaitement. Et vous, Havoc, ne devriez-vous pas être au travail maintenant ? "

Le fumeur rigola bruyamment et s'adossa à sa chaise;

" - J'voulais boire un petit café avec vous. "

Le Colonel rabaissa son regard sur son assiette;

" - Inutile. Je n'ai pas le temps, j'ai tout un tas de paperasse qui m'attend et je dois accompagner le Général Striker pour vérifier les papiers à la douane.

- Ah oui... Paraît qu'il y a un clandestin dans la ville ? Ça ferait un bon film !

- Au boulot, Havoc ! "

Le fumeur se leva en faisant un signe de la main. Signe de la paix. Puis il s'éloigna. En cette fin de journée, Edward rentra chez lui, déçu. Cette fois il n'en pouvait plus. Il souffrait déjà suffisamment d'aimer Roy Mustang, mais à présent il souffrait en plus du fait que celui-ci l'évitait. C'était évident et ça se voyait beaucoup trop. Il avait entendu dire par Riza Hawkeye que l'alchimiste de flamme demandait et redemandait sans arrêt du travail. Ce n'était pas normal. Pourquoi un feignant comme lui irait demander de travailler encore plus ?! Il veut surtout pouvoir rester scotché à son bureau le plus longtemps possible pour ne pas à avoir affaire à lui... Cet imbécile croit surement que ça va être aussi facile. Edward se promit alors que ce serait la dernière fois que ça se passera comme ça. Demain, il ira dans le bureau du Colonel et exigera des explications ! Demain...

En attendant, il salua furtivement Alphonse et lui déclara qu'il n'avait pas faim. Sacrilège !

" - Comment ça tu n'as pas faim ? Demanda le cadet Elric

- Parfaitement, je n'ai pas faim... Je n'ai pas faim et je vais me coucher ! "

Alphonse lui envoya une cuillère en bois dans la figure;

" - Tu viens là ! Tu t'assois et tu manges ! Et je ne me répéterais pas ! Tu n'es plus un enfant quand même ! "

Edward se frotta la tête et regarda son frère d'un air effarouché. Quand son jeune frère se mettait en colère, il ne fallait pas insister... Il soupira et alla s'asseoir selon les ordres d'Alphonse et attendit patiemment que celui-ci le serve. Lorsqu'ils furent tout deux à table, il leva son regard doré en direction du grand blond;

" - T'es en colère, aujourd'hui ? "

Alphonse soupira et mordit dans sa tranche de pain;

" - Non mais tu m'exaspères... Tu ne vas quand même pas te rendre malade parce que tu aimes le Colonel ! C'est désespérant à quel point tu es devenu égoïste... "

Un silence s'interposa entre les deux frères. Edward cessa de s'acharner sur sa ratatouille et fixa son frère;

" - Explique toi ! "

Alphonse leva son regard sur lui et soupira. Il mâchouilla lentement son pain puis il leva les yeux aux ciel;

" - Avant... Tu étais fort, quoi qu'il arrive... Tu te relevais toujours ! Toi et moi, ont savaient comment s'y prendre. On se battait pour nos amis, on se battait pour nous... Et à chaque fois ont a sut résoudre nos problèmes. "

Il ne mangeait plus. Il continua;

" - Regarde maintenant... On ne se parle plus beaucoup... On ne se connait plus vraiment... Et tout ça en combien de temps ? Deux ans. Puis... "

Il leva les yeux vers Edward. Il le fixa longuement. Longuement...

" - Regarde toi. Tu..."

Edward inspira difficilement.

" - Et bien quoi ? Demanda-t-il "

Alphonse se leva et prit les assiettes pour les mettre dans le lavabo. Évitant le regard de son frère, il commença à faire la vaisselle.

" - Tu fais tout pour le dissimuler, mais je t'entends pleurer. Tu as changé..."

La conversation s'arrêta là. Edward s'était levé brusquement faisant tomber sa chaise. Il avait alors disparu dans sa chambre et il n'avait pas dormit de la fait que son petit-frère soit au courant de ça, le rendait malade. S'il y avait bien une personne devant qui il ne voulait pas se démonter, c'était lui. Alphonse se sentait soulagé d'avoir enfin pu dire ce qu'il avait sur le cœur et dans un sens il espérait ainsi retrouver Edward Elric. Le vrai. L'unique. Celui qui sourit. Celui qui cri pour rien. Celui qui se soucie des autres. Mais certainement pas celui qui pleure. La vie les avaient tous les deux changés. Ils ne se comportaient plus de la même manière. A présent ils avaient tout le temps de se consacrer un peu à leurs problèmes personnels chacun de leurs côtés. Mais Edward ne supportait plus rien... Ni la colère, ni la tristesse, ni la joie... Il s'était dévoué corps et âme à Roy Mustang.

" - Demain, j'irais le voir... J'irais régler ça... Et après tout sera comme avant...murmura Edward contre son oreiller "

Il ferma les yeux et remonta sa couverture jusqu'à ses oreilles.

" - Je suis désolé, Alphonse... "