Bonne Lecture !


Roy ouvrit la porte de sa grande demeure et y pénétra sous le soleil déclinant. Il déposa ses clés de voiture dans le plat en verre, à l'entrée puis ôta sa veste et la posa en tas sur le canapé bordeaux dans le salon. il monta directement à sa salle de bain et commença à se déshabiller alors qu'il croisa son propre reflet dans le miroir. Un souffle régulier sortait de ses narines alors qu'il contemplait la marque rouge sur sa joue. La pensée que Edward est eu le réflexe de le frapper avec sa main de chair et non de métal l'effleura. Il s'estima heureux de ne pas avoir reçu un coup métallique.

Il se sentait honteux. Son masque infaillible s'était effrité en mille morceaux et il avait du mal à le recoller. Il n'était plus lui-même. Le grand brun détacha les yeux de son reflet et entra dans la douche une fois complètement dévêtu. Une fine pluie tomba sur le toit de la demeure Mustang et le jour n'était plus. Après sa douche, le Colonel descendit dans sa cuisine, vêtu en tout pour tout d'une serviette autour de la taille. D'un geste rapide, il prit le téléphone à côté du frigo, posé sur petite table et composa un numéro.

Première sonnerie...Deuxième sonnerie... Roy commençait à croire que jamais son ami ne répondrait. Pourtant il en avait vraiment besoin à cet instant. Alors, une voix retentit de l'autre côté du combiné;

"- Allo?

- Jean? C'est Roy, répondit-il, soulagé.

- Ah mon Colonel ! Qu'est-ce que je peux faire pour vous ?

- Ramène toi avec une bouteille, chez moi. "

Puis il raccrocha. Il esquissa un sourire, toujours aussi étonné de cette habitude qu'avait ses amis à l'appeller "Mon Colonel", même en dehors du travail. Il s'apprêta à remonter lorsqu'il entendit des coups contre sa porte d'entrée. Il fronça les sourcils et resta longuement interdit avant de redescendre les quelques marches qu'il avait déjà gravit pour se diriger vers la porte.

*Ça ne peut pas être lui, on est d'accord...*

Il ouvrit la porte et prit soin de ne faire sortir que sa tête. Il croisa d'abord un regard vert-gris, puis un regard doré. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais le propriétaire des yeux de couleur d'automne prit la parole;

"- Bonsoir, mon Colonel. Nous sommes désolés de vous déranger mais ..."

Le jeune homme passa une main derrière sa tête d'un air gêné, esquissant son plus beau sourire;

"- Ed et moi n'avons pas encore payés notre loyer... Et ont c'est fait jeter."

Edward restait derrière son petit frère et observait les dalles au sol qui semblaient tellement captivantes tout d'un coup. Il marmonna quelque chose comme « TU n'as pas payé le loyer ..." Alphonse garda le sourire et donna une tape contre l'épaule de son aîné en marmonnant;

"- Si tu avais appelé Mme Hughes, on en serait pas là... Héhé !"

Roy les observa, amusé puis ouvrit la porte en grand;

"- Je vous en prie, entrez."

Alphonse le remercia chaleureusement, mais Edward passa devant lui en coup de vent et s'enfuit vers le canapé bordeaux. Du moins c'est ce qu'il s'apprêtait à faire lorsqu'il remarqua dans quelle tenue Roy les invitait à rentrer. Il observa son supérieur de la tête aux pieds et réprima de justesse un saignement de nez avant de sourire, narquois;

"- Vous ouvrez comme ça à tout le monde ?"

Le grand brun, dont le souvenir de la gifle ne voulait pas dépeindre, posa sa main contre le nœud de sa serviette et lui répondit sur le même ton;

"- Tu préfères sans peut-être ?"

Mais sans attendre de réponse, il monta dans sa chambre à l'étage pour pouvoir se changer. Ceci étant fait, il redescendit et entendit de nouveau sa porte gémir sous les coups d'un nouvel invité. Roy se douta de qui il pouvait bien s'agir et ouvrit la porte pour accueillir son Sous-Lieutenant qui esquissait un sourire joyeux, une bouteille d'alcool entre les mains;

"- Vin de 1910. Ça vous va?"

Roy hocha la tête en souriant puis referma la porte derrière son ami avant de l'inviter à s'asseoir sur le canapé. Celui-ci étant déjà squatté par les deux frères Elric, Jean alla s'asseoir sur un fauteuil près de la cheminée éteinte. Il salua les deux frères et leur demanda ce qu'ils faisaient ici. Naturellement, Alphonse raconta sa version pendant que Roy allait chercher des verres dans sa cuisine.

Il tentait de s'occuper comme il pouvait, tentant d'ignorer Edward. Il avait encore du mal à croire que le blondinet était chez lui... Qui plus est, il n'avait pas la moindre envie de le voir et encore moins envie de croiser son regard qui se faisait à présent très glacial. La soirée se déroula tout de même calmement car Alphonse et Jean racontaient des blagues et des histoires. Ils aiment beaucoup reparler des aventures "Elric" et refaire le monde autour de ces souvenirs. Edward et Roy ne se croisaient pas, ne se parlaient pas. Au bout d'un moment, l'aîné Elric se leva et se dirigea vers la porte fenêtre au fond du salon. D'une main, il écarta le rideau pour regarder dehors. La pluie battait violemment et l'orage grondait pendant que le ciel s'éclaircissait sous l'effet du tonnerre.

*...Je n'ai jamais vraiment aimé l'orage mais ce sera toujours mieux que de rester en face de lui...*

Il ouvrit délicatement la porte-fenêtre et sortit dehors sans un regard derrière lui. Il fit quelques pas dans le jardin de Roy qui, selon lui , était plutôt spacieux. Les mains dans les poches, il contempla les fleurs qui faisaient le tour de la propriété. Ce fut une surprise pour lui car il n'imaginait pas son supérieur jardiner pour entretenir toutes ses plantations. Il y en avait de toutes les couleurs. Mais à cet instant, les couleurs étaient ternes. Il s'arrêta de marcher quand il eut atteint le centre du jardin. L'herbe à ses pieds étaient imbibés d'eau et la terre ressortait boueuse. Edward leva la tête pour sentir sur son front les fines perles de pluie. Il inspira tranquillement.

Roy l'observait de l'intérieur tout en buvant son verre de vin avec modération. Alphonse s'excusa vainement et se proposa pour aller le chercher, mais le grand brun se leva le premier et se cala contre la porte-fenêtre, les bras croisés. Jean Havoc décida d'entamer une nouvelle conversation avec le cadet Elric pour détourner son attention... Le voisin de Roy Mustang avait apparemment trop forcé sur le son de sa radio qui s'entendait de dehors. Une douce musique s'échappait dans l'air, une femme chantait une chanson d'amour. Triste. Et belle. Edward se retourna vers Roy et le regarda un moment. Il le fixait de ses iris dorés. Lorsque le ciel devenait blanc de par le tonnerre, ses iris s'éclaircissaient sous l'effet miroir. Un regard d'autant plus effrayant qu'il n'était pas chaleureux au départ. Roy soupira et d'une voix calme et basse, il dit;

"- Très bien je vais te dire ce qui ne va pas."

Il s'éloigna du pas de la porte-fenêtre et s'approcha du blondinet. Le tonnerre gronda, faisant reflet aux pensées d'Edward. Mais Roy ne bougea pas. Son verre à la main, il confrontait le regard froid du jeune homme. La pluie affaiblissait le son sa voix mais Edward l'entendit pourtant très bien lorsqu'il parla;

"- Je veux gravir les échelons. Je veux monter tout au sommet pour pouvoir servir le peuple et le protéger. C'est mon souhait le plus cher."

De nouveau le tonnerre retentit. Roy continua dans sa pente;

"- Et ... Tu dois penser que je suis égoïste mais ... Ma réputation doit être sans faille pour marcher jusqu'en haut le plus rapidement."

Edward cligna des paupières et ouvrit la bouche. Il semblait sidéré. La musique chantait toujours. La pluie battait toujours. L'orage grondait toujours. Le jeune homme aux cheveux de blé retira ses mains des poches, les poings serrés.

"- Je rêve ... susurra-t-il"

Il s'approcha de Roy, ses bottes mouillées qui éclaboussaient chacun de ses pas à cause du sol boueux. Tout en s'avançant, il parla d'une voix glaciale;

"- Parce que si je pense que vous êtes égoïste, c'est peut-être faux? »

Il s'arrêta devant le colonel, à deux centimètres de lui. Il se redressait pour avoir un peu plus d'allure. Son regard clair et doré dévisageait le grand brun.

"- Comme quoi on ne choisit pas sur qui on jette son dévolu ... C'est bien dommage ... Puisque si j'avais eu le choix, jamais je ne serais tombé amoureux de vous."

Edward exprimait du dégoût en analysant le grand brun devant lui de la tête aux pieds comme s'il était en putréfaction. Roy n'aima pas du tout cette manière d'être observé. Ses doigts blanchissaient contre son verre. Edward continua pourtant d'une voix tout aussi mauvaise;

"- Vous êtes l'homme le plus maladroit que j'ai jamais connu. Impuissant. Un homme qui se la joue avec ses allures de...de... ! Vos plaisanteries me font tout aussi pitié que vous.. Et dire que ça fait quatre ans que j'en pince pour vous. Je me dégoûte moi-même ... "

Le tonnerre retentit et cette fois-ci ce fut les prunelles onyx de l'homme ténébreux qui s'éclaircissaient. Edward avait le cœur serré mais il voulait lui faire mal. Tout comme il souffrait. Roy se baissa un peu pour se rapprocher d'Edward. D'une voix basse mais assurée, il répondit;

"- Je te conseille de changer de ton. Tu ne sais pas de quoi tu parles."

Edward ricana amèrement et c'est presque dans un murmure qu'il répliqua;

"- Et toi, Roy Mustang, tu sais de quoi tu parles ? Tu as peur que je bousille ta réputation ... c'est ça?"

La musique douce s'arrêta brutalement. Peut-être que le voisin commençait à se poser des questions vis-à-vis des voix qui s'élevaient. Le silence se fit dans cette ambiance plus que pesante. Roy tremblait de colère. Edward continua de parler;

"- Juste une question..."

Il approcha sa bouche de l'oreille de son supérieur et murmura;

"- Toutes les femmes avec qui tu sors depuis que je te connais ... Elles brisent pas ta réputation quand tu les baises, j'espère?"

Roy sentit son masque lâcher de nouveau. Avec Edward, ça devenait une habitude... Sans pouvoir le rattraper, il se vit lever le bras très haut et et asséner sa main dans la figure du jeune homme. Edward perdit l'équilibre en arrière et tomba. Roy se surpris à regretter aussitôt son geste mais n'en laissa rien paraître. Au lieu de ça, il dit;

"- Si tu avais été saoul, j'aurais peut-être pardonné ce que tu viens de dire, mais là s'en ai trop."

Lentement Edward releva la tête vers l'homme qui venait de le frapper. Une marque rouge sur sa joue était visible. Son regard mauvais se posa sur lui. Il le fixa longuement ainsi jusqu'à ce que Roy décide de se retourner et de rentrer à l'intérieur.

Le calme revenu, Edward secoua les bras puis se releva tout en époussetant ses vêtements immaculés de boue. Sa veste lui collait dans le dos et son pantalon était trempé. Il n'entendait plus que le son de la pluie et sentit un regard sur lui. Le voisin le fixait, estomaqué et ne se sentait pas plus changé quand Edward le remarqua.

"- T'a un problème ?! crachat-il"

Le voisin se cacha dans sa haie sans un mot bien que l'expression de son visage démontrait qu'il en avait une furieuse envie. Edward sentit un goût métallique inonder sa bouche et il porta ses doigts à ses lèvres qu'il fixa par la suite. Ils étaient imprégnés d'un liquide rouge. Il saignait. Surpris, il reposa son doigt contre sa lèvre pour revérifier mais la tache pourpre qui colorait l'empreinte de son index ne mentait pas.

*L'enfoiré me l'aura bien rendue...*

Il soupira en fermant les yeux. Il était temps d'apaiser sa colère, mais pas son chagrin qui se nourissait de sa peine de jour en jour.

*Je ne me reconnais pas. Je me sens jaloux. J'ai mal...*


Cette scène, beaucoup d'entre vous me diront qu'elle est violente. Elle l'est mais... A la suite ! =D