XIII. Halloween

- Lily, secoue-toi, c'est le grand jour !

- Vous en avez pas marre de me réveiller de façon aussi brutale tout le temps ?

- Jamais ! s'écrièrent ses deux meilleurs amies en chœur d'un ton enjoué.

Lily se leva en grommelant et partit s'habiller rapidement. Elles descendirent dans la salle commune avec une boule dans le ventre.

- Ca me stresse, avoua Lou.

- De quoi ?

- Moi aussi, renchérit Lily.

- Mais de quoi ?

- Alex, tu le fais exprès ? répliqua Lou, agacée. Y'a quoi ce soir ?

- Ben, le bal… Et alors ?

- T'appréhende pas plus que ça ? s'offusqua Lily. En plus, faut qu'on se trouve des cavaliers…

- Pardon ? s'étonna Lou.

- Ben, tu sais bien, faut être à deux pour rentrer, donc faut qu'on se trouve des garçons…

- Lily, tu délire, là ? pouffa Alexia. Ca me paraît évident. On y va avec eux, nan ?

- On leur a demandé officiellement ? répliqua sèchement Lily. Non ! Alors voilà !

- Oh, si ce n'est que ça ! lança Lou alors qu'elles arrivaient dans la Grande Salle. Remus ! appela-t-elle. Hey, Remus !

Assis entre Sirius et James, celui-ci la regarda et sourit.

- Oui ?

- Tu viens avec moi au bal ce soir ?

Il rougit brusquement. Elle sourit, ravie.

- Ben… Ouais, bien sûr…

- Cool.

Elle s'assit en face de lui et lui sourit, radieuse. Alors qu'elle se servait des toast, Alexia et Lily la fixaient, bouche bée, encore debout, tandis que James regardait Lily avec espoir.

- Ca va, trésor ? s'enquit-il en la voyant pétrifiée sur place. Assieds-toi !

Elle prit place en face de lui sans un mot, et Alexia s'assit à son tour. Sirius et James lancèrent en même temps :

- T'es prise pour le bal ?

Alexia, que Sirius ne lâchait pas du regard, rougit et fit « non » d'un signe de tête. Avec un sourire implicite, Sirius pencha la tête sur le côté et battit des cils.

- On y va ensemble, alors.

- Evidemment.

- Yeah !

Elle éclata de rire et le remercia tandis qu'il remplissait son assiette (l'assiette d'Alexia, pas la sienne (aucune raison de le remercier sinon mais je suppose que vous aviez capté le truc)). Lily croisa alors le regard de James et soupira.

- Ecoute, c'est pas que j'ai pas envie d'y aller avec toi mais… je veux pas que tu t'imagine des choses. C'est simplement parce que j'ai personne d'autre. On est d'accord ?

- Personne d'autre ? s'étonna Sirius. Pourtant, ce matin, j'ai entendu un groupe de Serdaigle qui n'arrêtaient pas de parler de toi et… AÏE ! Jamesie, c'est pas très poli de foutre des coups de pieds sous la table aux gens innocents.

- Ah, tu veux parler des Serdaigle qui se sont retrouvés transformés en limaces gluantes violettes en plein milieu du couloir de sortilèges ? fit Remus d'un ton faussement innocent en regardant James, amusé.

Celui-ci le fusilla du regard. Alexia pouffa et Lily sourit.

- James, je veux bien t'accompagner pour le bal, mais je t'interdis formellement de transformer mes rares prétendants en insectes visqueux et rampants !

- Bien sûr ! s'exclama-t-il aussitôt. Je ne le ferai plus ! Quand tu sera dans les parages, ajouta-t-il assez bas pour que seul Sirius l'entende.

Ce dernier gloussa et brandit haut son verre de jus de citrouille.

- Aux filles qui nous aiment parce qu'on est des canons ! beugla-t-il joyeusement, s'attirant au passage des dizaines de regards choqués.

- Aux filles qui nous aiment parce qu'on est des canons ! répétèrent en chœur et en souriant James et Remus, levant à leur tour leurs verres.

- Aux mecs qu'on apprécie parce qu'ils sont des p'tits cons ! répliqua Lou en brandissant son verre, l'air faussement indigné.

- Avouez qu'on est les plus beaux spécimens de cette foutue école ! s'offusqua James alors que Lily et Alexia répétaient le slogan de leur amie d'un ton enjoué.

- Ca ne corrige pas le fait que vous soyez prétentieux et égocentriques, répliqua Lily. Sauf toi, Remus, bien sûr.

Il la remercia d'un signe de tête et continua à manger. James le traita de Judas d'un air indigné. Remus l'ignora et se tourna vers Lily.

- Le bal commencera à quelle heure, précisément ?

- Des tonnes d'affiches seront placardées dans toute l'école pendant la journée, l'informa la rousse en souriant. Ce sera de 20h à 3h du matin – exceptionnellement, mais Dumbledore a insisté pour que ce ne soit pas plus – et on doit obligatoirement venir déguisé et accompagné. Mais vous trois, vous allez venir en avance et vous resterez à la porte de la Grande Salle au début pour s'assurer que ces deux conditions sont bien respectées.

- Et on gagne combien pour faire ça ? s'enquit Sirius.

- Tu es sérieux ? répliqua James en souriant.

- Jamesie, ça doit bien faire dix ans que cette blague puérile sur mon prénom n'est plus d'actualité.

- Et ça doit en faire cinquante que ce surnom est immature. Oh, non, attends voir… Oh ouais, je crois qu'il l'a toujours été.

- Te vexe pas mon poulet, je disais ça pour blaguer.

- Ton humour est définitivement pathétique ! trancha James, boudeur.

- Ouais, c'est ça, presque autant que vos gamineries ! renchérit Remus. Mangez, vous avez un entraînement de Quidditch dans moins d'une heure.

- Pendant ce temps, nous, on ne va absolument rien foutre de toute la journée, je suppose ? tenta Lou avec espoir.

- Erreur, Darling ! répliqua Sirius avec une joie féroce sur le visage. Vous allez finir les dernières… finitions de ce soir ! Donc, tu ne m'as toujours pas répondu ! ajouta-t-il en se tournant vers Lily. Combien tu nous paie pour rester debout le temps en attendant que de joyeux petits couples déguisés en Dracula et Miss Monde de la Magie entrent dans cette pièce ?

- J'ignorais qu'on pouvait se déguiser en Miss Monde de la Magie ! s'exclama James en se tournant brusquement vers Sirius qui le toisait comme si c'était un dégénéré. Tu crois que je porterai bien le diadème, Paddy ? s'enquit-il le plus sérieusement du monde.

- Tous les costumes sont possibles avec un peu d'imagination, répondit Sirius. Sincèrement, je pense que tu devrais te contenter de quelque chose d'un peu plus sobre qu'un immonde travlo à perruque blonde. Enfin moi, je dis ça, je ne dis rien ! ajouta-t-il avec un sourire tandis que Lily s'étouffait de rire avec son jus de citrouille.

- Le ridicule ne tue pas, affirma James avec dignité.

- Evidemment, ton cœur encore battant en est, si je puis dire, la preuve vivante ! répliqua Sirius d'un air dédaigneux. Alors si tu veux te déguiser en Miss Monde sans moi, c'est tout à ton aise ! Je te parie que je trouverai un déguisement dix fois plus ridicule et stupide que le tien !

- Tenu, lança James d'un air de défi.

- Et celui qui perd le pari devra se déguiser en pingouin pour la journée de la reprise, après les vacances d'Halloween.

James parut hésiter mais ne flancha pas. Il haussa les épaules avec un sourire assuré. Remus leva les yeux au ciel en marmonnant « quels gamins ! ». Les filles éclatèrent de rire, sous les regards vexés de James et Sirius. Au bout d'une demi-heure, Alexia lâcha :

- J'ai lu quelque part que ce soir, en plus, c'était la pleine lune. C'est cool, non ? Ca donnera encore plus d'effet à toute la soirée.

Remus sursauta et écarquilla les yeux. Lou se tourna vers lui et croisa son regard. Il parut très surpris, puis brusquement triste. Il lui serait impossible de profiter pleinement de la soirée un soir de pleine lune. Il baissa les yeux, déconfit comme une cerise confite. James et Sirius aussi paraissaient déçus.

- Attends… T'es sûre que c'est pas plutôt demain ? rectifia Lily, étonnée.

- Hein ? Oh, si, p'têt... Dommage, ajouta-t-elle en soupirant. Ca aurait fait vraiment cool. Avec le plafond surtout…

Remus releva aussitôt la tête en souriant. Ses deux amis et Lou en même temps. Alexia et Lily les fixèrent, surprises.

- Qu'est-ce qui vous arrive, à vous ? demanda Lily.

- Rien, rien du tout… Bon, faut qu'on y aille !

- Jamesie à raison, l'entraînement va bientôt commencer ! approuva Sirius. On aimerait arriver un peu en avance pour éviter la foule de fans en furies ! ajouta-t-il avec un clin d'œil pour Alexia qui éclata de rire.

- Je suppose qu'on pourrait venir vous voir, non ? suggéra Lou en souriant.

- J'aime pas tellement le Quidditch, moi ! couina Lily, agacée.

- Nous voir faire des cascades impressionnantes dans les airs, t'aime pas ? s'étonna James. L'eau qui coule sur les corps musclés des athlètes dans les douches, l'odeur puissante et masculine des perles de sueur mâle qui dégoulinent avec virilité sur les abdos saillants dans les vestiaires… Renie-tu tout cela ?

Il parlait de tout cela avec un tel délice, un tel air rêveur, une telle étincelle dans le regard que Lily n'osa pas rire et se contenta de hocher la tête.

- On ne te demande pas de monter toi sur un balai mais juste d'admirer et d'adorer, poursuivit-il avec ferveur. C'est le plus beau sport du monde et on a du talent. Ne rate pas ça, ajouta-t-il en tendant un index menaçant vers elle.

Elle fut surprise. Il était presque aussi lunatique qu'un poisson rouge, d'habitude. Ces humeurs changeantes devaient être dues au match qui approchait à grands pas.

- Bon, annonça James en se levant, on y va. A tout à l'heure, sur le terrain !

Sirius le suivit en trottinant, Remus marchant un peu plus loin derrière eux en soupirant devant l'attitude enfantine de Sirius.


oOoOoOoOo


Un peu plus tard, Alexia se faisait brutalement pousser tout en haut des gradins par ses « amies ».

- J'ai le vertige ! protesta-t-elle, la panique perçant dans sa voix. On pourrait pas aller un peu plus bas ?

- La vue est bien meilleure d'ici ! protesta Lou sans cesser de la forcer à s'asseoir. Allez, fais pas ta rabat-joie, Alex !

Avec l'aide de Lily, elles furent enfin assises toutes les trois, face au terrain de Quidditch, applaudissant avec joie tandis que l'équipe de Gryffondor entrait sur le terrain. Très peu de temps après, des petits groupes de filles qui se tenaient par les épaules débarquaient en gloussant d'un air surexcité. Visiblement, elles approuvaient fermement le mini-discours de Sirius sur les plaisirs du Quidditch. Lily regarda avec dégoût deux belles filles brunes de cinquième année qui louchaient sur James qui voletait dans les airs, le Souafle à la main, en se léchant les lèvres et gloussant sans arrêt. Elle détourna le regard de cette vision exaspérante et jeta un rapide coup d'œil sur les joueurs.

Ils avaient changés, depuis l'année dernière. L'attrapeur était un certain Kurt Jordan, un blond au physique avantageux et au sourire ravageur de dix-sept ans, qui en faisait tomber plus d'une. Elle reconnut parmi les poursuiveurs James – sans surprise, puisqu'il la gavait tout le temps avec sa capacité incroyable à balancer le Souafle dans les buts à chaque fois – et deux filles de sixième année qu'elle connaissait vaguement comme étant des sœurs aux cheveux longs châtains qui volaient derrière elles. En batteur, Sirius et un garçon roux plutôt mignon au regard rêveur et au sourire d'ange qui semblait doux et gentil – elle fut très surprise en le voyant frapper un Cognard qui fonçait vers lui avec une force étonnante qui jurait fortement avec son allure. Le gardien était une fille de sixième année aux cheveux d'un noir très sombre et aux yeux bleu électrique pétillants qui souriait en permanence, bougeant de tous les côtés pour défendre ses buts, une lueur de défi dans le regard alors que James fonçait vers elle.

- Les poursuiveuses derrière James, c'est Ninon et Charlotte – tout le monde l'appelle Charlie - Wilson, des filles sympa et marrantes mais qui passent leur temps à délirer et à glousser sur l'autre batteur ! annonça Lou. L'autre batteur, justement, je crois qu'il s'appelle Valentin Newton, d'origine moldue, un peu bizarre sur les bords mais sympa, septième année. La gardienne, là, c'est Cyrielle Crash, un peu spéciale, très agréable à vivre mais très lunatique, un fort caractère de battante, amie avec les sœurs Wilson. Elle a souvent l'air heureuse quand même mais on m'a dit qu'elle avait perdu ses parents dans un accident de voiture quand elle avait quatorze ans. Depuis, elle parle beaucoup moins et elle passe son temps à écouter de la musique, sourire ou traîner avec les Wilson.

- D'où tu sais tout ça, toi ? s'étonna Alexia lorsqu'elle eut fini sa tirade.

- Je me suis renseignée auprès de Remus tout à l'heure, dit simplement Lou en haussant les épaules. Tiens, d'ailleurs, il ne doit pas être loin.

Elles se levèrent et le cherchèrent des yeux. Ce fut Lily qui l'aperçut ; il était assis un peu plus loin, les coudes appuyés négligemment sur le banc supérieur, un sourire las sur le visage. Elles se levèrent et allèrent le voir.

- Ca a l'air de te passionner, fit remarquer Alexia d'un ton ironique.

- Ils me forcent à venir les voir s'entraîner à chaque fois depuis qu'ils font partie de l'équipe, expliqua Remus en souriant. Je commence à m'habituer… et à me lasser.

Elles s'installèrent à côté de lui et regardèrent Cyrielle arrêter un tir de Charlotte d'une puissance surprenante. Plus loin, les groupies ne cessaient d'arriver par dizaines, bavant toujours sur les joueurs, plus particulièrement sur Kurt et Sirius. James le remarqua mais ne parut pas s'en soucier. Il jetait de temps en temps de petits coups d'œil furtifs vers Lily qui lui répondait par un sourire amusé. Et à chaque sourire, il s'emparait du Souafle et le lançait de toutes ses forces. Et presque à chaque fois, la balle passait entre les mains de la gardienne agacée. Les groupies sifflèrent d'admiration et applaudissèrent bruyamment, mais il ne leur accordait pas un regard, trop occupé à saluer Lily qui applaudissait aussi joyeusement. Lou, Alexia et Remus échangèrent un regard amusé que Lily ne vit pas.

A la fin de l'entraînement, ils descendirent des gradins pour aller voir James et Sirius.

- C'était formidable ! affirma Lou en souriant, ses yeux d'un bleu violets pétillants. Vraiment génial !

- Merci, merci ! répondit Sirius en s'inclinant. C'est mon métier, Darling. Je fais ça tout le temps. J'ai un talent fou, je suis inné pour ce sport, et…

Sans le laisser finir, d'un coup de hanche, James le poussa et prit sa place devant les filles en ignorant ses exclamations indignés.

- Ce qu'il a voulut dire, rectifia James en souriant, c'est que j'ai un talent inné pour le Quidditch. Vous avez vu mes feintes, ma rapidité, mon jeu incroyable ? Tous les tirs que j'ai marqué ? Cette petite Crash ne fait pas le poids face à mes dons de poursuiveur, et… Hey ! couina-t-il en se massant le crâne. Cyrielle, je plaisantais !

La brune lui tira la langue et fronça le nez, faisant ressortir ses taches de rousseurs, avant de partir vers les vestiaires, son balai sur l'épaule. Lily pouffa, amusée. James la fixa, souriant.

- Lily, mon ange, serait-ce de la poussière d'étoile qui illumine tes yeux d'émeraude d'un éclat outremer ?

- Oh, pitié Jamesie, tu nous l'a sorti huit fois l'année dernière celle-là ! signala Sirius.

- J'en ai plus tellement en magasin, admit James en baissant les yeux. Mais je n'en pense pas moins, ajouta-t-il en relevant la tête.

- Tu pue la sueur, fit remarquer Lily d'un air faussement dédaigneux. On se revoit dès que t'aura pris une bonne douche.

- Elle a raison, avoua Remus. Toi aussi, Sirius, tu en a besoin.

- Ca ne fait que ressortir mon côté viril et masculin, répliqua celui-ci d'un ton hautain. Mais si ces demoiselles insistent, je ne vais pas plus longtemps troubler leur petit odorat si fragile…

Levant le menton, il tourna les talons et partit avec dignité en direction des vestiaires d'un pas qu'il voulait fier et conquérant. James éclata de rire et le suivit, avec un dernier coup d'œil aux filles – plus particulièrement à Lily.

- Il ne te lâchera donc jamais ? s'enquit Lou en secouant la tête. On dirait qu'il tient vraiment à toi. Ca fait des années qu'il s'accroche, malgré toutes les fois où il s'est fait rembarrer…

- Il est fou amoureux de toi, lâcha simplement Remus sur le ton de l'évidence. Bon, j'ai un devoir de métamorphose à finir, si vous me cherchez, je serais à la bibliothèque…

- Un devoir ? répéta Lou, incrédule. En vacances ?

- Et alors ? répliqua-t-il. Jamais trop tôt pour s'y mettre. Tu devrais suivre mon exemple, au lieu de ne rien faire sauf flâner au soleil pendant toutes tes journées…

Il leur sourit, triomphant, et se dirigea vers le château. Alexia se tourna alors vers Lily et la prit par les épaules.

- Ecoute, Lil's… Lou m'a fait penser à quelque chose, en parlant de tous les râteaux que James s'était prit de ta part, et… Non, laisse-moi finir ! ajouta-t-elle précipitamment alors que Lily ouvrait la bouche pour répliquer, furieuse. C'est juste que…

- Fais pas passer ton amour propre devant ton amour simple ! s'exclama Lou en conclusion, poussant Alexia d'un coup de coude pour tenir à son tour Lily par les épaules. Ton moral et ton cœur pourraient en prendre un sacré coup…

Elle commença à secouer la rousse qui écarquilla les yeux.

- Laisse pas passer ta chance ! Tu m'entends ? NE LA LAISSE PAS PASSER POUR UN PEU DE DIGNITE !

Lily s'écarta de l'emprise de son amie dont les yeux brillaient d'un éclat de fureur indigo et qui soufflait comme un buffle. Alexia lui tapota doucement l'épaule en susurrant : « Calme-toi, calme, douuucement, c'est bien… » Puis se tourna vers Lily avec un regard d'excuse.

- Ce qu'elle essaie de te dire, c'est que c'est absolument stupide de rejeter James juste par fierté, peut-être parce que… Enfin, plutôt à cause de sentiments que tu pourrais commencer à éprouver maintenant et que tu ne ressentais pas la première fois qu'il t'a demandé de sortir avec lui. N'ai pas peur de paraître stupide si tu dis « oui » maintenant…

Lily eut un mouvement de recule, mais son air qu'elle tentait de rendre effaré fut trahi par son teint nettement plus rose qu'avant.

- Vous… vous êtes pas bien ! balbutia-t-elle. Qu'est-ce que vous racontez ? C'est quoi, tous ces sous-entendus ?

- PUTAIN LILY, MAIS T'ES FOLLE DE CE MEC, AVOUE-LE ! s'emporta brutalement Lou. TU TOMBE DE PLUS EN PLUS AMOUREUSE DE JOUR EN JOUR ET TON STUPIDE PETIT AMOUR PROPRE REFUSE DE L'ADMETTRE ! CA ME TUE, CA !

Et elle partit vers Poudlard d'un pas rageur. Lily cligna des yeux, se remettant du choc.

- C'est fou ce qu'elle peut être aussi lunatique qu'un Sirius les jours de matchs, parfois ! fit remarquer Alexia avec un sourire compatissant. Bon, je crois que tu as compris le message – qui est d'ailleurs parfaitement clair, c'est dingue comme tout devient limpide avec la bonne volonté de Lou.

Elle secoua la tête, agitant ses longs cheveux blonds.

- Je sais que tu refuse de te l'avouer à toi-même, mais ne refoule pas ainsi les sentiments insistants qui sommeillent dans ton cœur ! conseilla Alexia avec une étrange douceur dans la voix.

Puis, sans laisser à Lily le temps de dire un mot, elle partit à la suite de Lou. Lily ouvrit la bouche et la referma. Puis elle blêmit.

- Je… le… crois… pas ! articula-t-elle à voix basse pour elle-même. Je rêve. Dites-moi que je rêve. Sois j'ai cinq ans, sois je suis une folle bonne pour l'asile. C'est quoi cette façon de me parler ? Elles nagent en plein délire ! Et moi… Je patauge dans l'imbécillité ! C'est pas vrai ! Elles croient quoi ? Que moi je suis amoureuse de lui ? Mais redescendez sur Terre, mes licornes en sucre ! Vous êtes pas bien ! Comment peuvent-elle croire ça ? Entre l'une qui me secoue comme une timbrée et l'autre avec son air de Miss Peace-and-Love de l'année et ses idioties… Je-patauge-dans-limbécillité, conclut Lily en éclatant d'un rire nerveux.

Et, à son tour, elle se dirigea vers le château, direction la Grande Salle. Les préparatifs restants étaient la mise en place de la décoration et la préparation du menu de la soirée. Pour la décoration, elles devaient le faire durant tout l'après-midi et le début de soirée, pendant que la Grande Salle était vide entre le déjeuner et le début du bal. Elle décida donc, en toute logique, de commencer par le menu. Elle trouva une dizaine d'elfes de maison, debout au milieu de la pièce, qui semblaient l'attendre avec impatience, trépignant sur place. Parmi eux, elle reconnut avec un sourire Loren, la petite elfe de maison qui l'avait aidé, elle et James, pour la préparation du bal.

- Salut, tenta Lily d'un ton joyeux. Euh… Si vous voulez bien m'aider…

- Nous sommes la pour ça, Miss. Dites-nous seulement en quoi. Vos désirs sont des ordres…

- Ouais, tes désirs font désordre, mon sucre d'orge ! lança une voix derrière elle.

Elle se retourna. Appuyé d'un air nonchalant contre une des immense porte de la Grande Salle, ses cheveux d'un noir de jais en bataille trempés, un éclat de malice dans ses yeux chocolat, James souriait en la regardant avec admiration.

- Tu es rapide, constata Lily en se détournant de lui pour reporter son attention sur Loren. Donc, j'aurai besoin de vous pour les plats de ce soir. Il me faudrait des plats originaux, quelque chose dans le goût d'Halloween, vous voyez ? Ah, et aussi, ce serait bien si on mettait des sortes de cartes avec le menu pour que les élèves puissent choisir ce qu'ils désirent manger. Ils n'auraient qu'à prononcer à haute voix le plat désiré et… enfin voilà, quoi. Ca ira ?

- Tout à fait, Miss ! répondit Loren en s'inclinant très bas. Ce sera prêt à temps. Quand vous aurez de nouveau besoin de nous, dites simplement mon nom.

Les autres elfes s'inclinèrent à leur tour et Lily se sentit mal à l'aise de les voir tous si… soumis. Si respectueux. Comme si elle et les autres humains étaient des sortes de dieux…

- On pourrai peut-être aller faire un tour dehors, si t'as rien d'autre à faire ! suggéra James. Je veux dire… pour discuter de la préparation, et tout… Enfin…

Lily se rappela alors soudain du discours de ses amies, peu avant. La colère de Lou face à sa « volonté de préserver son amour propre intact » en refusant toujours de sortir avec James. Les recommandations d'Alexia, comme l'ordonnance d'un médicomage. Ces filles ne tournaient pas rond. Elle ne ressentait rien, absolument rien pour James, hormis de peut-être de l'amitié. Par précaution, elle refusa avec un sourire qu'elle voulut aimable. James parut un peu déçu mais reprit très vite contenance.

- Ok… Bon, ben à tout à l'heure alors, on se revoit au déjeuner et… tout le reste de l'après-midi pour… enfin, pour le bal. Salut.

Et il sortit, la laissant seule. Elle se sentit soudain très stupide, plantée au milieu de la pièce. Elle sortit pour rejoindre Remus à la bibliothèque avec la quasi-certitude que Lou et Alexia étaient là-bas aussi. Pendant qu'elle montait l'Escalier, la mine déconfite de James quand elle avait refusé sa demande lui revint à l'esprit. Puis, une pensée. Et si ses amies n'avaient pas tout à fait tort, finalement ?


oOoOoOoOo


Quand vint l'heure du déjeuner, Lily n'avait pas tellement faim. Elle regardait les autres manger avec appétit.

- Qu'est-ch'que t'a ? s'enquit Lou, enfournant une patate dans sa bouche déjà pleine. T'a rien pris ! Tu cheraiis pas malade au moins ?

- Je vais parfaitement bien, merci ! répliqua Lily d'un ton plus sec qu'elle ne l'aurait voulu. Oh, excuse-moi… ! ajouta-t-elle, culpabilisant face au regard vexé de son amie. C'est juste que… c'est stressant, tout ça. On doit finir de tout préparer pour ce soir et tout…

- C'est parfaitement compréhenchiible, approuva Lou en lui tapotant l'épaule d'un air compatissant. Mais c'est pas une raiichon pour te laiicher mourir de faim !

- Laisse-la, trancha Alexia. Elle n'a pas faim, elle n'a pas faim, c'est tout !

Lily lui lança un regard de gratitude et la blonde haussa les épaules. Les garçons, assis avec elles, parlaient sans cesse de Quidditch, de la musique pour la soirée et beaucoup d'autres choses qui paraissaient vagues, lointaines et profondément inintéressantes à Lily. Elle se sentait comme… ailleurs. Enfermée dans une bulle. Sirius lui fit remarquer que cet air rêveur et évasif ne lui était pas habituel. Elle l'entendit à peine, perdue dans ses pensées, et rétorqua qu'elle était parfaitement présente.

- Ah, vraiment ? railla James. Et quelle est la remarque que Sirius vient juste de faire ?

Elle se retint à grand peine de lui balancer à la figure un « Je ne sais pas. Je m'en fou. » et se contenta de secouer la tête d'un air impuissant.

- Que le jeu de Charlie Wilson était beaucoup trop perso !

- J'en ai rien à faire de vos conversations de Quidditch ! répliqua Lily. Et d'abord, c'est qui déjà ce mec ?

- Charlotte Wilson, Lily. C'est une fille. Tu n'écoute vraiment rien.

- Je viens de te dire que je m'en fichais ! cracha Lily un peu plus sèchement qu'elle n'aurait voulu.

James parut sonné. Il se détourna, vexé. Les autres la dévisagèrent d'un air curieux.

- Lil's… Tu vas bien ? s'inquiéta Remus.

- Je vais parfaitement bien, merci.

Elle se leva brusquement, poussant au passage son assiette vide d'un coup sec. Elle se dirigea vers la sortie et eut juste le temps d'entendre Alexia soupirer que, décidément, aujourd'hui, tout le monde était d'humeur changeante. Ce qui fit enrager Lily de plus belle. Et le pire, c'est qu'elle même ignorait le pourquoi de cet état. Puis, en montant à toute vitesse l'Escalier, elle se souvint de James. Elle se rappela cet air empli de déception, ce voile devant ces yeux quand elle avait refusé sa proposition. Le même regard que la première fois qu'elle l'avait rembarré. La même lueur de tristesse qui la faisait se sentir coupable instantanément. Elle s'effondra contre un mur en plein milieu du troisième étage, la tête enfouie dans ses genoux repliés contre elle, les yeux fermés. Quelques minutes plus tard, elle sursauta en sentant une main se poser doucement sur son épaule.

- Qu'est-ce qui t'arrive, Princesse ? demanda une voix familière étrangement adoucie devant elle.

Elle ne leva pas les yeux. Elle entendit la personne s'asseoir à côté d'elle, contre le mur, et soupirer.

- Alors ? Qu'est-ce qui t'arrive ?

Elle ne répondit pas.

- Pourquoi tu pleure ? insista la voix.

- Je pleure pas ! répliqua-t-elle soudain, la tête toujours baissée.

Il soupira de nouveau.

- Pourquoi tu crie en silence ?

Elle écarquilla les yeux. Voyant d'abord du noir, puis réalisant que c'était le sol, ombragé par ses genoux repliés, qu'elle fixait. Elle leva alors les yeux et regarda à sa droite. Des yeux noisette pétillants la fixaient avec inquiétude. Il semblait attendre. Elle mit un moment à se souvenir que c'était sa réponse qu'il attendait.

- Je sais pas.

- Menteuse.

Cette accusation la surprit. Par le manque de moquerie dans la voix de James. Il était sérieux.

- Tu sais très bien ce qui te met dans cet état.

- Peut-être…

- Raconte-moi, suggéra simplement James.

- C'est pour plein de chose, je crois… Je sais plus très bien…

Il ne répondit rien, se contentant de la regarder.

- Pour un mélange de plusieurs raisons. L'une enclenche l'autre. Ca mélange tout. J'ai les pensées en fusion. C'est le bordel.

Il sourit.

- Je connais ça.

Ces trois simples mots, pour une raison mystérieuse, suffirent à tout déballer. Lily plongea son regard dans le sien et balança tout.

- D'abord, y'a cette histoire de bal ce soir. Ca me stresse légèrement. Ensuite, y'a le fait que j'y vais avec toi. Et le fait que ça fait deux ans que tu prétend m'aimer sincèrement et que je te rembarre. Puis le fait que Alexia et Lou me harcèlent parce que soit disant je tomberai amoureuse de toi. Et ça me ramène au bal. Qui me ramène à Poudlard. Et ça me rappelle que c'est notre dernière année. Putain, je sais pas si tu réalise. Sept ans passés ici. C'est dingue. Comme une partie de ma vie qui est… Je sais pas. Comme une fête super, un moment magnifique, un rêve qui se termine. On va se réveiller. Je vais retrouver une vie moldue. Retourner chez mes parents, faire des études et… et affronter ma sœur. Je t'ai jamais parlé d'elle, je crois. On était les meilleures amies du monde, avant. Petites. On était inséparables, je l'adorais et elle me le rendait. On était heureuses… Et j'ai reçu la lettre. Et elle me hais. Elle dit que je suis un monstre, elle refuse de m'approcher. Je la dégoûte. C'est ma sœur, et je la dégoûte…

Elle ferma les yeux, sa voix se brisa et elle replongea sa tête entre ses genoux. James ne disait rien, il se contentait d'écouter et de la regarder en silence. Son sourire encourageant avait disparu. Elle entendit des grattements et, du coin de l'œil, vit qu'il sortait quelque chose de sa poche. Sa baguette.

- Relève la tête et pousse le rideau de feu qui cache les émeraudes, lança-t-il d'une voix calme.

Elle leva la tête, le dévisagea, un peu surprise, puis replaça les mèches de cheveux roux qui lui retombaient devant le visage derrière ses oreilles. Elle le vit pointer sa baguette vers elle et murmurer quelque chose. Un instant plus tard, elle entendait de la musique résonner fortement dans sa tête. Une musique qui, instantanément, lui fit autant de bien qu'une montagne de chocolat… D'abord de la guitare, dont le son coulait en elle comme un délicieux poison. Puis une voix…

When we were young the future was so bright
The old neighborhood was so alive
And every kid on the whole damn street
Was gonna make it big and not be beat

Elle ferma les yeux pour mieux savourer, un sourire naissant sur ses lèvres. James, à côté d'elle, la regardait d'un air satisfait.

Now the neighborhood's cracked and torn
The kids are grown up but their lives are worn
How can one little street
Swallow so many lives

Chances thrown
Nothing's free
Longing for what used to be
Still it's hard
Hard to see
Fragile lives, shattered dreams

De nouveau, la guitare. Elle soupira de contentement, les paupières toujours closes.

Jamie had a chance, well she really did
Instead she dropped out and had a couple of kids
Mark still lives at home cause he's got no job
He just plays guitar and smokes a lot of pot

Jay committed suicide
Brandon OD'd and died
What the hell is going on
The cruelest dream, reality

Chances thrown
Nothing's free
Longing for what used to be
Still it's hard
Hard to see
Fragile lives, shattered dreams

Elle ouvrit les yeux alors que le refrain se répétait une deuxième fois. Quand la musique s'arrêta dans sa tête, elle se tourna vers James.

- C'est… c'est quoi, ça ?

- De la musique moldue.

Il y eut un silence.

- C'est… c'est wouaw…

- Oui.

- Comment ça s'appelle ?

- The kids aren't alright.

- Et c'est de qui ?

- The Offspring.

- J'ai l'impression d'avoir déjà entendu ça quelque part…

- C'est probable. Tu es d'origine moldue, non ?

- Oui, répondit-elle dans un souffle. Comment… enfin, où as-tu appris ce sort ?

- Sirius, dit-il simplement. Il l'a trouvé dans un bouquin de la bibliothèque – le seul livre qu'il ai jamais ouvert, je crois. Si on pense très fort à une chanson – il faut avoir en tête le titre et le chanteur ou le groupe – et qu'on prononce la formule en désignant sa propre tête – ou celle de quelqu'un d'autre –, la musique résonne. C'est tout.

- Et comment connais-tu cette chanson ?

- Une connaissance moldue qui me l'a fait découvrir. Disons un ami d'enfance, plutôt. Enfin, une amie. Tu t'entendrais très bien avec elle, je crois. Mais peu importe… Ca va mieux ?

- Ouais. Je crois.

- Cool. On se voit tout à l'heure dans la Grande Salle pour la décoration.

Il se leva et, sans rien ajouter, disparut à l'angle d'un mur.


oOoOoOoOo


Lily mit quelques instants à réaliser qu'elle était bêtement assise contre un mur en plein milieu d'un couloir. Elle se leva et reprit son ascension dans l'Escalier, direction la salle commune. Elle monta les marches qui menaient au dortoir des filles et s'affala sur son lit. Bien évidemment, en ce début d'après-midi, le dortoir était parfaitement vide. Elle fixa le plafond éclairé par les rayons de soleil filtrés par les fenêtres. La chanson tournait en boucle dans son esprit, sans qu'elle parvienne à la chasser. Elle aurait aimé pouvoir la projeter dans toute la pièce, entendre résonner avec puissance le son de la guitare et la voix du chanteur… Puis elle sourit. Un sentiment étrange et indescriptible l'envahit, comme une forte envie de sauter par la fenêtre, ou de courir sous la pluie, de crier au monde des choses stupides qui lui encombraient le cœur et l'esprit… Elle réalisa soudain que James ne lui avait pas donné l'incantation pour la musique. Elle hésita un moment, puis se leva et sut parfaitement ce qu'elle devait faire.

Elle dévala les escaliers et sauta les trois dernières marches, atterrissant d'un bond dans la salle commune vide. Elle se dirigea vers le dortoir des garçons et, arrivée devant la porte, elle inspira un grand coup et frappa. Pas de réponse. Elle poussa doucement la porte et entra. Personne. Quatre lits, trois contre un même mur et un autre, isolé, près de la fenêtre entrouverte qui laissait entrer le vent d'automne. Elle sentit une douce chaleur l'envelopper. Elle se dirigea vers le lit le plus isolé et remarqua que des toiles d'araignées pendaient des rideaux du baldaquin. Les draps paraissaient propres mais une couche de poussière les recouvrait, comme si personne n'y avait touché depuis des semaines et des semaines… Elle vit un bout de papier dépasser de sous l'oreiller. C'était une enveloppe, avec deux simples mots dessus : « Pour maman ». L'écriture était ronde, enfantine et légèrement tordue.

Timidement, Lily ouvrit l'enveloppe et en sortit une photo. Quatre garçons de douze ans, alignés, se tenant par les épaules, souriants. En arrière plan, un lac magnifique et un soleil rayonnant dans le ciel. Tout à droite, un gamin châtain clair aux yeux ambrés, couleur de miel, avec un air bien trop grave pour un enfant de son âge. A côté de lui, un peu plus grand, les cheveux d'un noir profond en bataille, des lunettes sur le nez, Lily reconnut James. Il tenait par l'épaule Sirius, les cheveux sombres, les yeux pétillants et un sourire malicieux. Et enfin, tout à gauche, petit et grassouillet, ce qui semblait être une demi-douzaine de cookies à la main, Peter. Au dos de la photo était écrit « Je me suis fait des amis, je suis content ici. Tu vois, finalement, on m'accepte. J'ai beaucoup de chance d'être avec eux, ce sont les garçons les plus connus de l'école. J'ai mis du temps à m'intégrer mais ça va mieux. Ne t'inquiète pas, je ne pleure plus tous les soirs en regardant les étoiles. Tu me manques quand même. Je t'aime, maman. Peter. »

Lily replaça la photo dans l'enveloppe qu'elle retourna délicatement, comme s'il s'était agit d'un précieux trésor. Quelques mots griffonnés rapidement : « James, s'il vous plaît, placez cette enveloppe sous l'oreiller qui fut celui de mon fils lors des six dernières années. Il aimait tellement cette école… Je suis persuadée qu'il ne vous oublie pas, même après sa mort. Je vous suis reconnaissante d'avance. Mrs Pettigrew. »

- Qu'est-ce que tu regarde ? lança une voix derrière elle qui la fit sursauter.

- Hein ? couina-t-elle en se retournant. Oh, Remus ! Oh, non, rien, rien du tout…

Elle replaça rapidement et discrètement l'enveloppe sous l'oreiller avant de s'avancer vers son ami.

- Oh, rien, je voulais voir comment c'était ici… Mais, vous n'êtes que tous les trois ? Avec Alexia et Lou, on partage le dortoir avec deux autres filles…

- On a eu aussi des garçons qui partageaient le dortoir avec nous mais tu connais Sirius et James : ils ont horreur de cohabiter avec d'autres. Peter et moi étions les seuls qu'ils acceptaient alors, très vite, ils ont forcés les autres à dormir ailleurs… Le lit là, derrière toi, c'était celui de Peter. Le mien c'est celui de gauche, contre le mur. Au milieu, c'est Sirius et à droite, y'a James. Je sais pas s'ils apprécieraient de voir qu'une fille a pénétré leur sanctuaire… Bon, je te laisse visiter, si ça t'amuse. Si tu me cherche, je serais en bas…

Lily acquiesça d'un signe de tête avec un sourire de remerciement. Remus sortit et ferma la porte derrière lui. Elle attendit de l'entendre descendre l'escalier avant de foncer vers les trois autres lit. Des dizaines de photos étaient collées au mur, représentant les Maraudeurs à travers les années de leur scolarité. Sur l'une d'elle on voyait Sirius exhibant fièrement une bombabouse avant de la jeter sur la porte du bureau de Rusard et se cacher dans un coin en entendant des jurons furieux, rejoignant un James explosé de rire, un Peter admiratif et un Remus exaspéré. Les autres représentaient généralement les garçons en train de faire des blagues plus puériles et immatures les unes que les autres, mais hilarantes malgré tout. Lily esquissa un sourire et, prise d'une idée soudaine, se baissa pour voir sous les lits. Elle ne fut pas déçue. Un entrepôt de secrets, de trésors… Elle hésita. C'était très impoli de pénétrer ainsi dans la vie des garçons, de visiter leur univers et tout ce qu'ils avaient à cacher sans leur permission. Mais la curiosité l'emporta. Elle décida de limiter les dégâts de son intrusion à trois choses. Elle extirpa alors ce qui lui tombait sous la main en premier : un vieux livre à la reliure de cuir usagé, un chien en peluche et une grosse boîte de fer rouillée. S'époussetant les mains pour enlever la poussière, elle choisit de commencer par le livre.

Le titre indiquait « Les sorts les plus inconnus de la magie la plus puissante ». Sur la première page, dans un coin, était écrit à l'encre écarlate : « Premier livre offert à mon fils pour ses six ans, de la part de John Lupin ». Le coin d'une photo dépassait du milieu de l'épais ouvrage. Lily la prit et put voir un enfant souriant de toutes ses dents devant l'unique cadeau pour son anniversaire qui semblait le plus cher trésor au monde. Derrière lui, ses parents souriaient aussi, se tenant la main. Un homme aux cheveux châtains clair en épis et une très belle femme aux yeux couleur de miel… Lily sourit, attendrie, et prit le chien en peluche. Il était noir et poussiéreux. Il avait une fermeture éclair au ventre. Elle l'ouvrit. Un bout de parchemin qu'elle déplia. Une écriture féminine, fine et penchée : « Pour les deux ans de mon deuxième fils, pour l'étincelle dans ses yeux et la malice de son sourire. » Lily n'eut aucun mal à deviner à qui appartenait le chien ; en particulier parce qu'elle savait que James était fils unique et que Sirius adorait les chiens. Enfin, elle prit la lourde boîte rouillée entre ses mains, caressant du bout des doigts la poussière sur l'inscription gravée « Secrets défense » dont l'or s'écaillait considérablement. Avec l'impression de violer un tombeau, elle ouvrit la boîte.

Ce qu'elle vit lui coupa le souffle.

Des trésors entassés, trois vies réunies dans cette boîte, quelques photos, des vieilles lettres, des objets d'apparence sans valeur… Elle prit délicatement un poulet en caoutchouc à moitié défoncé qui reposait sur une photo où elle vit une fille de treize aux cheveux châtain gifler fortement Sirius. Au dos de la photo : « La première gifle de Sirius. Troisième année. Cause : avoir tenté d'offrir ce poulet en cadeau d'anniversaire à Cassandra Toran. Elle avait semblé vexé. Rem', Peter et moi, ça nous a pourtant bien fait marrer. » Lily sourit de nouveau et reposa le poulet et la photo. Elle admira ainsi ces souvenirs d'enfants, puis d'adolescents renfermés dans cette boîte sans voire défiler le temps. Elle sursauta en entendant des exclamations dans la salle commune au moment où elle reposait un flacon rempli d'une substance visqueuse et marronâtre flanqué d'une étiquette : « Echantillon de la première bombabouse. L'honneur revint au bureau de ce bon vieux Slug pour le remercier d'avoir oublié de nous convier à sa fête de Noël. Première année. »

- LILY, OÙ EST-TU ? beuglait Lou. T'AS OUBLIE QU'ON AVAIT UN BAL A FINIR DE PREPARER OU QUOI ?

Elle reposa vite le couvercle rouillé, puis replaça tout sous les lits, comme une gamine prise en faute. Elle était complètement perdue dans ses pensées, plongée dans des souvenirs qui n'étaient pas siens. Elle se releva, ouvrit la porte et dévala les escaliers à toute vitesse avant de se rétamer face contre terre aux pieds de Sirius.

- Qu'est-ce que tu foutais là-haut ? interrogea-t-il d'un ton suspicieux et plutôt sec.

- Je…, balbutia-t-elle. Rien, rien du tout…

- C'est moi, l'interrompit Remus. Je lui avait demandé d'aller chercher un livre à la bibliothèque et de le laisser sur mon lit. Depuis vos conneries de la semaine dernière avec Mrs Pince, j'ai plus le droit d'y aller…

Sirius changea aussitôt d'expression.

- D'solé Mumus…

- Bon, on y va ? trancha Alexia. Je crois qu'on a perdu assez de temps comme ça.

- Tu as parfaitement raison, approuva Lou. On bouge d'ici…


oOoOoOoOo


Arrivés dans la Grande Salle, ils se retrouvèrent face à une centaine d'elfes qui gambadaient partout avec excitation. Quand ils les virent, ils accoururent aussitôt et se plantèrent face à eux avant de s'incliner.

- Bien, lâcha James. On va faire vite et organisé. Divisez-vous en trois groupes.

Aussitôt, les elfes se dispersèrent pour former trois groupes distincts.

- Vous, vous allez avec Alexia et Sirius, vous vous occuperez des tables – disposition, décoration – et de l'estrade qui remplacera la table des professeurs. Vous, avec Lou et Remus, pour la musique. Et vous, vous venez avec Lily et moi, pour la décoration de la pièce.

Il se tourna vers Alexia, Sirius, Remus et Lou.

- Quand vous avez fini, vous venez nous aider pour finir la décoration. Ca va ?

- Ok, répondirent-ils tous en chœur.

Ils se mirent aussitôt au travail. Plus le temps passait, plus ça prenait forme. Et quelle forme… Au bout de quelques heures, c'était incroyablement magnifique. Quand on rentrait dans la Grande Salle, on remarquait tout de suite la grande estrade à la place de l'habituelle table des profs, et les projecteurs colorés au plafond, ainsi que les rideaux noirs parsemés de toiles d'araignées avec de véritables araignées en question qui se baladaient sur les rideaux ouverts. Dans un coin de l'estrade, des platines, et devant, Lou discutait joyeusement avec Remus. Ensuite, on voyait tout de suite Sirius et Alexia qui serpentaient entre une centaine de tables rondes avec nappe noire et sur chaque, plusieurs assiettes d'or, jetant des sorts ici où là pour faire apparaître un verre de cristal ou une citrouille évidée. Puis on remarquait enfin Lily et James, parfaitement coordonnés, leurs baguettes pointées vers le plafond au faux ciel orageux zébré d'éclairs pour faire apparaître des bougies aux lueurs inquiétantes. Des chauves-souris vivantes traversaient la pièce, rasant le plafond, poussant des cris aigus. Des elfes trottinaient un peu partout, leur portant secours quand ils en avaient besoin. Le travail avançait bien, et tous étaient ravi. Quand l'après-midi toucha à sa fin, Dumbledore fit irruption dans la Grande Salle. Il observa rapidement la décoration et parut très satisfait.

- Eh bien, mes enfants, tout cela est très réjouissant ! conclut-il. Vous avez fait du bon travail. Je n'ai pas eu tort de vous confier ça à vous. Je suppose que c'est bientôt fini ?

- Quasiment, acquiesça Lily en souriant.

Cinq minutes plus tard, ils étaient tous dans la salle commune.

- Vous voulez faire un tour dans le parc en attendant l'heure ? proposa Sirius en regardant par la fenêtre le soleil qui se couchait lentement. Il fait encore bon à cette heure-ci…

- Quoi ? s'étonna Lou. Mais… faut qu'on aille se préparer !

- C'est dans deux heures ! s'offusqua James.

- QUOI ? répéta la brune en écarquillant les yeux. Mais je croyais qu'il nous restait plus de temps que ça ! Bon, on se voit tout à l'heure ! Oubliez pas que vous devez servir de gardes à l'entrée de la salle ! Rendez-vous à 19h30 ici.

Et elle fonça dans le dortoir, suivie aussitôt d'Alexia et Lily, sous les yeux surpris des garçons.

- Bon… On fait une partie d'échec ? suggéra James.

Sirius hocha la tête et ils s'assirent tranquillement près du feu.


oOoOoOoOo


- Tout le monde à la douche ! hurla Lou, comme un cri de guerre.

- Preeeem's ! cria Lily en guise de réponse.

- Gamiines ! brailla Alexia. Je passe en deuxième.

- Je vois ! clama Lou. Judas ! Je vais rassembler tout le matériel d'attaque. Alex, sors l'Arme Secrète Ultime, je crois qu'on va en avoir besoin finalement. Lily, tu fonce dans cette salle de bain et tu n'en ressors pas avant de puer la pêche à trois kilomètres à la ronde.

Tandis que la rousse se ruait vers la salle de bain, Alexia sortait de sous son lit une valise noire avec un énorme autocollant qui indiquait clairement noir sur blanc : « A.S.U ».

- T'as déjà remarqué qu'à l'envers, ça faisait U.S.A ? observa Lou en toisant la valise.

Alexia haussa un sourcil sans l'ombre d'un sourire.

- L'heure n'est plus à la rigolade, ma cocotte ! répliqua-t-elle froidement. Passons aux choses sérieuses…

Elle ouvrit d'un coup sec et théâtral la valise, dévoilant ainsi… une quantité impressionnante de maquillage. Lou applaudit en sautillait sur place comme une petite fille devant une énorme barbe à papa.

- Parfaiiiiiit ! Tout simplement subliiime !

- Tu as les déguisements ?

- Yep.

Lou exhiba fièrement un tas de vêtements sur son lit. Eparpillé, ça donnait une longue robe noire, une plus courte d'un violet tendre, des bas en résille, un haut noir sans manches, une mini-jupe écossaise, des bas rayés noirs et gris, des mitaines assorties et une cravate en plastique avec une tête de monstre dessus – Lily avait finalement laissé tombé l'idée de la sorcière moldue typique et opté pour le style collégienne décalée. Enfin, pour compléter le tout, Alexia posa sur le lit des bombes colorées pour les cheveux.

- Et le meilleure pour la fin…, annonça Lou sans cacher son excitation.

Elle sortit de sous son lit trois paires de chaussures.

- TADAAAAAM ! déclara-t-elle fièrement. Celles noires à talons hauts c'est pour toi, les bottes montantes c'est pour moi et les converses écossaise c'est pour aller avec la jupe de Lily. C'est cool hein ?

- Je crois rêver, souffla Alexia pour toute réponse.

Au bout d'un moment, Lily sortit enfin de la salle de bain, une serviette autour de la poitrine et une autre enveloppant ses cheveux.

- Louloute, envoie mes fringues, steup' ! lança-t-elle en sautillant sur place. Dépêêêche ! Je gèle !

Lou soupira et lui envoya valser à la figure le haut noir, la mini-jupe et les bas. Lily retourna dans la salle de bain et en ressortit cinq minutes plus tard, habillée, frictionnant ses cheveux foncés par l'eau avec force.

- Alex, à ton tour.

Pendant qu'Alexia fonçait dans la salle de bain, Lily mit la cravate effrayante autour de son cou.

- T'en dis quoi ? demanda-t-elle à Lou.

- Fantastique ! clama la brune en souriant. Manque plus que les mitaines, les chaussures et… le maquillage !

Lily sourit à son tour.

Environ une heure plus tard, elles se bousculaient devant le miroir de la salle de bain, armées de mascara, d'eye-liner ou de peinture verdâtre pour la peau suivant la situation.

- Maiiiiiis-euh ! Lou, tu prends toute la place !

- Alexia a raison ! renchérit Lily, coincée entre ses deux amies. Si c'est comme ça, autant le faire chacune son tour !

- On aura pas le temps !

- Bon, alors t'arrête de pousser ! conclut Alexia d'un ton boudeur. Et au fait, c'est toi qui sent comme ça ? T'aurais pas un peu abusé sur le shampooing à la framboise, par hasard ?

Pour toute réponse, Lou lui tira la langue.

Encore une demi-heure et elles enfilaient leurs chaussures, habillées, maquillées et surexcitées. Les mains de Lily tremblait alors qu'elle nouait les lacets de ses converses. Du coin de l'œil, elle aperçut Lou qui remontait sans arrêt ses bas résille, se plaignant que le violet de sa robe n'allait pas avec le vert de son visage. Alexia se recoiffait toutes les cinq secondes. Enfin, Lily se redressa et retourna dans la salle de bain pour s'admirer une dernière fois dans le miroir. Ses cheveux roux retombaient avec élégance sur ses épaules dénudées. Ses yeux d'un vert étincelant étaient joliment soulignés par une légère trace de crayon et sa peau était encore plus pâle que d'habitude, ce qui faisait ressortir ses taches de rousseur. Elle défroissa sa jupe et se dit que finalement et en toute modestie, elle était vraiment belle.

- Prêtes ? souffla Lou en rejetant sa longue chevelure sombre en arrière.

Son maquillage de Miss Frankenstein était assez spécial sur elle. Du faux sang coulait sur ses tempes où étaient faussement planté une vis. Son teint était verdâtre et ses yeux brillaient, assortis à sa robe. Elle semblait tendue. Elle se tourna vers Alexia qui ajustait ses dents de vampires sanglantes, le teint blême, très belle dans sa robe sombre qui frôlait le sol. Puis Lily se dirigea vers la porte et l'ouvrit, lâchant à ses amies en se tournant vers elles :

- C'est parti…


oOoOoOoOo


- Wouaouh ! siffla James quand elles descendirent dans la salle commune.

- Canoooooons ! s'écria Sirius en les voyant arriver.

- Vous êtes ravissantes, les filles ! conclut Remus avec un sourire.

Elles rougirent.

- A croire que vous n'êtes pas habitués ! grogna Lou, faussement vexée.

Ils éclatèrent de rire. Elle s'accrocha au bras de Remus et lança :

- Bon, on y va à cette soirée ?

Sirius attrapa Alexia par le poignet et l'accrocha à son bras en hochant la tête. Lily se tourna alors vers James, qui lui sourit, ravi.

- On dirait que tu es pour moi, chérie…

- Plus pour longtemps si tu m'affuble de ce stupide surnom, répliqua-t-elle en lui prenant le bras.

Son sourire s'élargit. Ils sortirent de la pièce et descendirent dans la Grande Salle, toujours aussi bien décorée mais encore vide. Sirius se plaça à côté d'une des portes et James, à l'autre. Remus prit sur la table la plus proche de l'entrée une feuille où étaient griffonnés des noms.

- Bon, ça, c'est la liste des élèves à partir de la quatrième année ! l'informa Lily. Vous vérifiez bien que chacun en fait partie ou est accompagné par un des noms sur la liste. D'accord ?

- Ca m'a l'air facile, acquiesça Remus.

- Et si y'en a un qui essaie de passer quand même ? s'enquit Sirius. On le vire dehors à grands renforts de coup de pied dans le…

- Non ! coupa Lou. Vous lui faites gentiment comprendre qu'il doit…

- …dégager s'il tient à ne pas avoir des problèmes pour s'asseoir dans les cinquante prochaines années, acheva James en souriant. Oui, on sait…

Lily soupira et se tortilla nerveusement une mèche rebelle qui lui retombait devant le visage. James le remarqua.

- Stressée, Princesse ?

- Si tu tiens à m'aider, arrête déjà de m'appeler « Princesse ». On se voit tout à l'heure, dès que tout le monde est entré ! ajouta-t-elle en s'éloignant vers l'estrade.


oOoOoOoOo


- Hum, hum ! toussota Dumbledore pour s'éclaircir la voix. Vous êtes tous réunis ici ce soir pour fêter ensemble cette merveilleuse fête qu'est Halloween ! Je suis ravi de vous annoncer que cette petite soirée durera jusqu'à trois heures du matin – pas plus, pour ne pas réduire vos malheureux cerveaux à de la bouillie informe quand le jour se lèvera. A ce propos, les élèves de sixième et septième année uniquement auront le droit de boire des boissons alcoolisées comme du Whisky Pur Feu ou autres délices interdits. Les cartes posées faces à vous sont des sortes de menus magiques ; passez votre commande à voix haute et distincte et votre assiette se remplira. De même pour vos verres. L'estrade sur laquelle je me trouve est ici pour permettre diverses possibilités : n'importe lequel d'entre vous peut venir ici à tout moment pour faire n'importe quoi, tant que ça reste légal. Vous pouvez aussi demander à Mr Black ici présent – il désigna Sirius qui se trouvait dans le fond, assis avec les cinq autres d'un signe de tête – de passer une chanson que vous désirez entendre à n'importe quel moment de la soirée. Pour le principal – danser –, les tables seront enlevées, donc si vous avez besoin d'un quelconque rafraîchissement ou en-cas, une sorte de petit bar sera ouvert, tenu par Miss Evans. Je crois avoir tout dit. Des questions ? Non ? Parfait. Alors, bon appétit et… amusez-vous bien !

Sur ces bonnes paroles, il descendit de l'estrade d'un bond joyeux et alla s'asseoir à une table, rejoignant quelques professeurs qui le dévisageaient, incrédules. Il y eut un bref silence, puis les conversations prirent et des noms de plats s'élevèrent, suivit de nourriture qui se matérialisait dans les assiettes d'or sous les regards ravis des élèves.

- Poulet au curry, clama Sirius en souriant. J'adore la magie ! ajouta-t-il lorsque une odeur monta de son assiette à ses narines frémissantes.

Chacun commanda le plat désiré avec un sourire satisfait, et ils commencèrent à manger.

- Je vais être obligée d'aller me re-maquiller après manger, maugréa Lou en désignant son rouge à lèvres vert foncé.

Alexia haussa les épaules en ôtant temporairement ses fausses dents pointues et sanglantes sur la table. Lily réalisa soudain avec un choc brutal qu'elle n'avait pas vraiment regardé les garçons depuis le début de la soirée et observa leurs déguisements – elle se demanda soudain comment elle avait fait pour ne pas remarquer avant. Sirius portait une robe rose bonbon qui avait dû appartenir à une fille de huit ans – sûrement s'était-il aidé d'un sort d'agrandissement. Sur sa tête, une sorte de serre-tête avec des oreilles de lapin de la même couleur que sa robe. Il était en train d'enlever des fausse dents affreusement longues de sa bouche. James, lui, portait une sorte de justaucorps bleu nuit ridicule parsemé d'étoiles dorées, et des chaussons de danse assortis au justaucorps. Remus, lui, était tout simplement déguisé en hamburger géant.

- Oh-mon-dieu ! lâcha Lily dans un souffle, trop choquée pour parler plus fort. Comment… comment est-ce que vous êtes habillés ?

- Ben, tu leur avait dit de se déguiser, non ? fit remarquer Lou en haussant les sourcils.

- Ca vous choque pas plus que ça ? s'offusqua Lily.

- Ben non, répondit Alexia en secouant la tête. Tu te souviens pas de leur pari ? Le plus ridicule possible. Je trouve qu'ils ont plutôt bien réussi, ajouta-t-elle railleusement.

Sirius et James lui tirèrent la langue dans un bel ensemble.

- Mais… et Remus ? couina Lily. C'est quoi cet accoutrement stupide ?

- C'est un hamburger et ce n'est pas stupide ! rétorqua le concerné, vexé. C'est eux qui m'ont forcé ! ajouta-t-il en pointant un doigt accusateur vers ceux qu'il croyait « ses amis » et qui étaient maintenant partis dans un fou rire qui ressemblait plutôt à des gloussements de dindes.

- Et… vous comptez rester comme ça toute la soirée ?

- Oh, non, bien sûr ! s'exclama Sirius, outré. On va se changer dans environ une heure. C'était juste pour délirer, se marrer un p'tit coup… Faut être vêtu d'une toute autre façon pour danser avec ces filles qui n'attendent rien d'autre de moi qu'un sourire qui les fera rêver d'envie toute leur existence !

Comme pour prouver ce qu'il avançait, il fit un sourire colgate éclatant à Lily qui le dévisagea d'un air faussement méprisant.

- Mais bien sûr…, soupira Lily en levant les yeux pour admirer le magnifique ciel étoilé et orageux.

Quelques minutes plus tard, ils avaient fini de manger. Les tables se volatilisèrent peu à peu et ils se retrouvèrent tous debout, plantés ridiculement au milieu de la salle, comme des dizaines et des dizaines de créatures étonnantes à cause de leurs déguisement. Les bougies qui flottaient dans les airs s'éteignirent brusquement, provoquant immédiatement des « Hoooooo ! » dans la pièce. Les spots de l'estrade s'allumèrent. Sirius s'arrangea avec James pour alterner aux platines toutes les demi-heures, puis il monta sur l'estrade et lança un 'Sonorus' pour accentuer fortement sa voix.

- Mesdemoiselles, messieurs… mesdames ! ajouta-t-il avec un clin d'œil appuyé aux professeurs féminins dont les joues prirent une jolie teinte rosée. Vous êtes tous ravis d'être là ce soir face au magnifique et sublimissime Sirius Black qui vous le rend bien. Fermez la bouche, mes chéries, vous bavez – et c'est tout à votre honneur ! Mais place à la fête. On dit qu'Halloween est principalement la fête des morts, mais aussi de la peur et des trucs d'horreur. Y'a des gens qui s'amusent à sonner aux portes pour demander des bonbons. D'autres se racontent des histoires à glacer le sang dans la pénombre pour s'amuser. Moi, j'ai une autre idée pour s'éclater, ce soir… Pour commencer, une de mes chansons préférées… By the way, des Red Hot Chili Peppers…

Les premières notes retentirent. Des sifflements et des exclamations les accueillirent, et tout le monde commença à se dandiner sur la musique.

Standing in line
To see the show tonight
And there's a light on
Heavy glow


By the I tried to say
I'd be there waiting for
Dani the girl
Is singing songs to me
Beneath the marquee

Overload

Lily adressa un sourire à ses amis et se dirigea vers un coin de la salle. Elle sortit sa baguette, la musique résonnant dans sa tête, et fit apparaître une grande table. Encore un coup de baguette et une nappe dorée surgit dessus, suivit d'une centaine de verres d'or et de dizaines de bouteilles de Whisky Pur Feu, Bièraubeurres et autres – tout cela étant envoyé par les elfes depuis les cuisines à sa demande. Aussitôt, quelques élèves se ruèrent vers elle et commandèrent quelque chose à boire. Elle leur servit en souriant, replaçant de temps à autre une mèche qui lui retombait devant les yeux, ses mitaines rayées glissant sur le verre des bouteilles. Elle jetait de temps à autre un coup d'œil aux gens qui dansaient et chercha James, Lou, Remus et Alexia des yeux. Ils réapparurent quelques minutes plus tard, les filles remaquillées, les garçons troqués pour une chemise d'un blanc immaculé pour James et d'une chemise noire et simple pour Remus. Tous deux avaient un jean, tout ce qu'il y a de plus normal, ce qui contrastait fortement avec leur tenue précédente.


oOoOoOoOo


- Ca t'étouffe pas, toi, Princesse, toute cette chaleur et tout ce bruit ? susurra une voix à l'oreille de Lily, la faisant brusquement sursauter.

- Je… si, un peu…

- On sors ?

- Quoi ?

- Dehors. Tu veux qu'on aille prendre l'air ? En amis, je veux dire… Puisqu'on ne sera jamais rien de plus…

Il baissa les yeux. Elle haussa un sourcil. Le bal était déjà bien avancé et battait son plein, la musique pulsait avec puissance et tout le monde dansait. De temps en temps, quelqu'un venait prendre un verre, mais pas souvent. Quelques couples s'étaient retirés dans un coin pour s'embrasser tranquillement. Le directeur était parti dans une danse endiablée avec Mc Gonagall, qui semblait complètement pompette – elle était venue réclamer une douzaine de verres de Whisky Pur Feu à Lily, les trois dernières fois d'une démarche titubante.

- J'imagine qu'on a le droit, non ? répondit Lily en défroissant sa jupe écossaise.

- Je n'en ai absolument aucune idée, répliqua James avec un sourire en lui tendant une main.

Elle sourit à son tour et la prit. Il l'entraîna dehors. Elle sortit dans le parc en tournant sur elle même, les bras tendus, la tête levée, souriant au ciel sombre et étoilé. James la regardait, amusé, un peu derrière, avec un sourire attendri. Au bout d'un moment, elle s'effondra dans l'herbe sombre, allongée sur le dos, les bras derrière la nuque, sans un regard pour les fenêtres allumées derrière elle qui donnaient sur la Grande Salle où la fête continuait. James s'allongea doucement à côté d'elle. Il la fixait. Et elle fixait le ciel.

- Il est beau, ce soir ! fit-elle remarquer dans un murmure. Couleur douce et sombre. Les étoiles brillent plus fort que d'habitude. La Lune aussi. Cette nuit est splendide…

- Oui, elle est vraiment magnifique ! approuva James sur le même ton.

Mais ce n'était pas le ciel qu'il regardait. Elle s'en rendit compte. Et la musique, derrière eux, changea. La guitare au début fit sursauter puis sourire Lily, qui se tourna vers James pour lui sourire et croisa son regard.

- Le reflet des étoiles dans tes yeux, chuchota-t-il. La même étincelle…

When we were young the future was so bright
The old neighborhood was so alive
And every kid on the whole damn street
Was gonna make it big and not be beat

Ils restèrent ainsi quelques instants, à se fixer mutuellement d'un regard gêné. James tenta d'approcher son visage du sien. Elle se recula, mal à l'aise.

- Non…

- Mais pourquoi ?

- Il faut pas… c'est pas bien…

James se détourna. Elle prit une voix suppliante.

- Pas maintenant… Alors qu'on vient à peine d'être amis… Ne casse pas tout, s'il te plaît…

- Mais je veux…

- Je sais que tu veux plus ! Mais c'est plus que je peux t'en donner !

- Mais toi aussi, tu veux plus, non ? Plus qu'une simple amitié…

- James…

- Réponds ! s'écria-t-il en la dévisageant, furieux. Dis moi juste oui ou non ! Un simple mot et… soit je te fous la paix pour le restant de tes jours et on reste vaguement amis… soit on s'arrange avec tout le reste et…

Elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Non. Son maquillage allait couler. Son masque de dignité, tomber. Sa fierté, s'écrouler. Ne fais pas passer ton amour propre devant ton amour simple. Non…

« Non ! lui hurla sa conscience. Dis-lui non, un simple non… Ce n'est pas possible, ça ne peut pas marcher entre vous… Deux Gryffondors aussi têtus et bornés l'un que l'autre, un brun et une rouquine, yeux d'émeraude et yeux chocolat, immaturité et maturité, sérieux et gamineries… Jamais… Il n'est pas pour toi, tu n'es pas pour lui, alors dis-lui non, merde ! Allez, Lily… »

- Oui.

Un ange passa. Lentement. Trottinant à son rythme, sans se presser. Un silence gêné.

- Pa… Pardon ? balbutia James.

Visiblement, il s'attendant à se faire une fois de plus envoyer balader.

- Oui, moi aussi j'aimerais bien plus.

- Tu veux dire… tu accepte ? Tu accepte de sortir avec moi ?

Elle hésita.

- J'ai pas dit qu'on allait vivre plus. J'ai dit que j'aimerais plus. Mais c'est pas possible…

- Quoi ? Mais pourquoi ?

- Qu'est-ce qu'ils vont penser de moi, tous ? Hein ? Refuser pendant des années de sortir avec toi et j'accepte d'un coup ? C'est stupide, ça n'a aucun sens !

- Tu me dis que tu désire aussi sortir avec moi et tu te préoccupe du regard des autres ? lâcha James à mi-voix, les yeux grands ouverts.

- Je…

Elle rougit et se sentit idiote. Il avait parfaitement raison. Elle détourna la tête vers le ciel. James la regardait toujours, incrédule. Puis, soudain, il lança :

- Je t'aime.

- Tu m'as déjà dit ça des centaines de fois, répliqua Lily sans le regarder. Qu'est-ce que tu crois ? Que je vais me jeter à ton cou et t'embrasser amoureusement, comme dans les films bien sucrés parfumés à la guimauve, tant et si bien qu'ils en deviennent écœurants ?

- Dans ce genre de film, si la fille se jette au cou du garçon, c'est parce qu'elle aussi est amoureuse.

Elle battit des cils pour s'empêcher de pleurer, fixant une étoile qui brillait bien plus fort que les autres, juste au-dessus d'elle.

- Qu'est-ce que tu sous-entends ?

- C'est pas un sous-entendu. C'est une question indirectement posée.

- Pose-la directement, alors.

- Tu sais, cette fois, j'étais sincère.

- Les autres fois, non ?

- Si. Toujours. Enfin, c'est ce que je croyais. Je n'en étais pas très sûr. Je savais pas exactement la définition de ce sentiment. Mais maintenant, j'en suis persuadé.

- Pose ta question, répliqua Lily sans parvenir à cacher un tremblement dans sa voix.

Il soupira et la fixa. Ou plutôt, l'admira. Chaque parcelle de son visage, sa peau pâle, ses yeux étincelants, ses lèvres roses, son nez fin, ses taches de rousseur, ses cheveux de feu…

- Est-ce que tu m'aimes ? lâcha-t-il enfin, timidement.

- Je ne sais pas.

- Tu veux savoir comment en être sûre ?

- J'avoue que j'aimerai bien, oui.

- C'est facile. Regarde-moi.

Elle obéit.

- Qu'est-ce que tu ressens ? demanda-t-il en plongeant son regard dans le sien.

- Les entrailles qui se tortillent. Le cœur qui s'accélère. L'envie de te sauter dessus et t'embrasser.

- C'est tout ?

- Je crois qu'en effet, c'est tout.

- C'est pareil pour moi.

- Alors soit tu ne m'aimes pas vraiment et moi non plus, soit tu es vraiment amoureux de moi et…

- …et c'est le plus beau jour de ma vie, acheva James à sa place. J'y crois pas. Enfin, le plus beau soir, plutôt ! rectifia-t-il en souriant avec un regard pour le ciel.

Il y eut un silence, où l'on entendait plus que la musique qui défilait derrière. Lily se redressa pour s'asseoir. James l'imita. Ils se contemplèrent quelques instants, puis elle se jeta sur lui. Il laissa échapper une exclamation de surprise et ils roulèrent dans l'herbe sombre en riant, l'un sur l'autre. Quand ils s'arrêtèrent enfin, essoufflés, Lily sourit et se pencha vers lui pour poser ses lèvres sur les siennes.

La musique derrière eux. La lumière qui s'échappait des fenêtres de la Grande Salle. Leurs amis qui dansaient, dedans. Leurs yeux qui se fermaient doucement pour mieux profiter. Les couleurs qui dansaient sous leurs paupières. Les milliers de papillons dans leurs ventres qui s'échappaient brusquement. L'atmosphère fraîche de la nuit. Le souffle léger et agréable du vent. Les milliers d'étoiles scintillantes au-dessus d'eux. La Lune qui brillait d'un éclat magique. Leurs langues qui s'entrelaçaient.

Comme dans un rêve.


oOoOoOoOo


- Allez, Paddy, sois pas timide ! s'exclama James, assis à une table dans la salle de métamorphose à côté de Lily qu'il tenait par la main. J'te jure, t'es canon comme ça !

Lou, Alexia et Lily gloussèrent en chœur. A l'extérieur de la salle, de l'autre côté de la porte, un grognement vexé se fit entendre. La porte en question s'ouvrit, laissant apparaître Remus qui tirait par la main ce qui ressemblait fort à un ridicule pingouin. C'était en fait un Sirius à la mine boudeuse.

- J'ai l'air surtout très con, ouais ! cracha-t-il d'un ton venimeux. Stupide pari !

Le professeur Mc Gonagall le toisa d'un air qu'elle voulut dédaigneux mais qui se transforma en une grimace. Elle avait un mal de tête affreux, depuis ce matin. Sûrement dut à hier soir – pas dans ses habitudes de boire autant.

- Mr Black, veuillez gagner votre place en silence, malgré cet accoutrement ridicule ! ordonna-t-elle sèchement.

La salle se fondit en un grand éclat de rire devant la mine dépitée de Sirius qui partit s'asseoir avec ce qui lui restait de dignité seul, au fond de la pièce. James serra un peu plus fort la main de Lily et, après avoir tiré la langue à son meilleur ami, il se pencha vers elle pour l'embrasser, sous les regards attendris de leurs amis – hormis Sirius, qui boudait toujours.

- Un peu de tenue dans mon cours, s'il vous plaît ! couina Mc Gonagall.

Ils se décollèrent l'un de l'autre, le sourire aux lèvres. A partir de ce matin du premier novembre, James put affirmer officiellement que sa fête préférée était désormais Halloween.