XVII. Océan de guimauve
- J'adore le printemps.
Alexia soupira de contentement et posa doucement sa main contre la vitre tiède, légèrement embuée par sa respiration.
- C'est la saison des amours ! chantonna James, assis sur un fauteuil non loin d'elle, tortillant amoureusement une boucle de cheveux de Lily qui était assise sur ses genoux et ne cessait de l'embrasser toutes les cinq secondes.
- Je hais les couples, soupira Sirius.
Remus poussa Lou contre un mur et l'embrassa tendrement. Sirius les regardait, la jalousie voilant son regard.
- Je ne te comprends pas, Sirinou ! lança James. T'as le choix parmi toutes les filles de ce château et tu te plains d'être seul !
- Elles ne m'intéressent pas, répliqua-t-il en évitant le regard d'Alexia.
- Et si on sortait un peu ? suggéra la blonde en fixant le ciel sans nuages et les adolescents qui jouaient dans le parc ou riaient à l'ombre d'un arbre. Il fait super beau…
- Je suis d'accord, approuva Lou en se détachant légèrement de Remus.
Visiblement, ce n'était pas à la convenance de ce dernier, qui s'empressa de la ramener contre lui.
- Vous en avez jamais marre d'être tout le temps collés comme des sangsues ? grogna Sirius à l'adresse de ses amis.
- Toi, t'es en manque ! fit remarquer James avec sagesse alors que Lily déposait un énième baiser sur ses lèvres.
- Bon, on sors ou pas ? trancha Lily.
- Ouais, approuva Alexia qui semblait soulagée que la conversation s'arrête là.
Elle se sentait complètement exclue depuis que Lou et Remus sortaient ensemble. Enfin, elle avait déjà commencé à réaliser que Lily s'éloignait un peu depuis qu'elle était avec James, mais maintenant que ses deux meilleures amies étaient en couple et elle non, elle était réellement mise de côté. Mais elle ne voulait pas l'avouer. Elle ne voulait pas gâcher leur bonheur. Alors elle s'efforça de sourire et sortit de la salle commune, suivie par les cinq autres. Sirius traînait quelques mètres derrière. Lui aussi devait se sentir mis à l'écart.
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- Remus, lâche ce bouquin !
A la surprise générale et au plus grand plaisir de Lou, il obéit, abandonnant la guerre des trolls contre les géants de 1745 pour sa petite amie. La brune se jeta dans ses bras et le força à s'allonger à côté d'elle pour admirer le ciel.
- C'est vraiment n'importe quoi ! s'offusqua Sirius. Remus qui sort la tête d'un livre de révision à la demande d'une fille ! Je ne te reconnais plus…
Remus l'ignora royalement, ce qui eu le don de faire sourire Lou et d'exaspérer un peu plus Sirius. Alexia le dévisagea, interloquée. C'était vraiment inhabituel comme comportement de sa part. James et Lily n'avaient pas l'air de le remarquer. Ils étaient partis dans une conversation animée.
- Je refuse que tu me fasse monter sur un balai !
- Mais, Princesse…
- Je refuse également que tu m'appelle comme ça !
- J'ai le droit de faire quoi, alors ?
- Je pense qu'on peut aisément dire que tu as parfaitement le droit de la fermer et de m'embrasser.
Elle l'attrapa par sa cravate rouge et or pour l'attirer vers lui. Il ne se plaignit pas et l'enlaça aussitôt, sous le regard noir de Sirius. Il se leva et s'éloigna un peu, laissant les deux couples seuls – ils étaient tellement occupés qu'ils n'avaient même pas dû remarquer son absence. Il grogna à cette pensée. C'était très désagréable d'être mis à l'écart, comme ça. Il marchait, regardant le calmar géant émerger paresseusement à la surface du lac, quand il entendit de légers bruits derrière lui. Il se retourna et sourit.
- Je suis désolée si je te dérange, mais ils m'énervaient ! se justifia Alexia en baissant la tête. On dirait qu'ils sont dans leur bulle, maintenant, leur univers à eux. Leur petit monde tout rose où les nuages sont en sucre tout parsemé de cœurs en chocolat…
Elle se tut un instant puis reprit en levant les yeux vers lui.
- C'est pathétique ce que je raconte.
- Totalement, approuva Sirius. Mais comment faire autrement sans mentir ?
- Je trouve ça stupide… Je veux dire, ils passent leur temps à se regarder stupidement dans les yeux ou à s'embrasser stupidement et amoureusement tout en se susurrant stupidement des petits mots doux stupides.
- Ouais, tu trouve ça stupide, quoi ! conclut Sirius avec un sourire.
- Toi aussi, ça doit t'énerver, non ? Enfin je sais pas, t'es comme moi. Tes deux meilleurs amis ont soudain réalisé que leur cœur avait trouvé l'âme sœur chez l'autre…
Elle battit des cils avec un sourire faussement niaiseux. Il pouffa.
- Ca me répugne tout ce… rose.
- C'est la vie, soupira Sirius.
- Mais c'est vraiment écœurant ! Enfermés dans leur bulle, leur océan de guimauve…
- Et toi… t'as jamais eu envie de plonger ?
- Plonger ? Dans quoi ?
- L'océan de guimauve…
Il sourit et détourna le regard. C'était stupide pour un Black de rougir pour une fille. Si ça se savait…
- Je ne sais pas, avoua-t-elle.
Il y eut un silence, pendant lequel Sirius se posa une question existentielle et de la plus haute importante. Le beau et séduisant Sirius Black tant admiré, convoité et désiré devait-il rester célibataire et laisser un peu d'espoir à toutes ces groupies folles de son sourire ou devait-il céder aux hurlements déchirants de son cœur et… Oui. Il penchait pour la deuxième solution.
- Plonge avec moi, suggéra-t-il à voix basse.
Elle le fixa et croisa son regard gêné.
- Je… quoi ? bafouilla-t-elle, l'information arrivant difficilement au cerveau.
- Oh, et puis merde ! s'énerva Sirius.
Il posa sa main dans la longue chevelure blonde de la jeune fille pour attirer sa tête vers lui. Elle eut tout juste le temps de sourire avant les lèvres du brun se posent sur les siennes.
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- On se demandait quand ça allait arriver.
James se prit une petite tape sur la tête et lâcha un cri de protestation. Lily éclata de rire.
- Il a raison, approuva Remus avec un sourire. D'abord James et elle, maintenant Lou et moi… On attendait plus que vous.
- Comme si à la fin on allait tous finir casés les uns aux autres ! répliqua Sirius en passant son bras autour du cou d'Alexia.
- Non, pas forcément, mais c'est-à-dire que vous étiez tellement dingues l'un de l'autre que ça allait forcément arriver, non ? expliqua Remus avec sagesse.
Sirius ne répondit pas. Il n'y avait rien à répondre, de toutes façons.
- On est quel jour, déjà ? soupira Lou qui fixait toujours le ciel, allongée.
- Dimanche, lui répondit Lily.
- Argh, s'étrangla la brune. On a cours demain.
- Comme tous les lundis qui n'appartiennent pas aux vacances, fit remarquer Remus avec un sourire.
- Oui mais ce lundi là, je serais déprimée.
- Pourquoi ?
Pour toute réponse, elle désigna le ciel d'un bref signe de tête. Les nuages s'installaient tranquillement.
- Parce qu'il va pleuvoir toute la journée, voilà pourquoi.
- Comment tu peux le savoir ? répliqua Alexia en s'asseyant à côté d'elle.
- Je sais pas. Une intuition. Peut-être ces foutus nuages qui viennent squatter dans mon ciel tout bleu.
Remus s'était replongé dans son livre. Sirius le remarqua, amusé.
- C'est intéressant ?
- Passionnant, répondit-il sans lever les yeux.
- Ca parle de quoi ?
- La connerie des trolls et la brutalité sanglante des géants au VIIIe siècle, répliqua-t-il sèchement.
Il n'aimait pas être perturbé dans sa lecture. Sirius se vexa aussitôt.
- Bien sûr, quand c'est mademoiselle qui t'interrompt, ça va, mais quand c'est moi, c'est la fin du monde, le chaos, les hamsters enragés qui font équipe avec les lamas pour détruire toute forme de vie humaine sur terre ! Les sorciers s'entretuent, les autruches se suicident en s'étouffant avec la tête dans le sable, les poules se cognent contre les vitres transparentes ! Bravo ! Mais vraiment, merci, ça fait toujours plaisir !
- Sirius, tu nages en plein délire.
- Mais bien sûr, c'est moi qui délire ! s'écria-t-il dans un gloussement hystérique. Mais bravo, Mumus ! Bravo ! Eh bien si je te dérange, je te laisse aux bons soins de mademoiselle !
Il s'éloignait à grands pas vers le château, Alexia courant à sa poursuite, lui criant de s'arrêter. Remus posa calmement son livre et se rallongea à côté de Lou. James était assis, adossé contre un arbre, et Lily était allongée avec la tête posée sur ses genoux. Il caressait distraitement ses longs cheveux flamboyants en chantonnant à mi-voix. La rousse avait les yeux fermés et souriait.
- Il est vraiment susceptible, fit remarquer Lou en fronçant les sourcils.
- Toujours quand il y a un orage qui s'annonce, répliqua Remus d'un ton neutre.
Il n'aimait pas se disputer avec Sirius, même pour une raison aussi puérile.
Lou hocha la tête et sourit.
- Bah, il va revenir, non ? Tu parie combien que ce soir, vous êtes tranquillement en train de faire je ne sais quelle connerie à celui que vous appelez Servilus ?
- Je hais ce surnom, lança Lily d'un ton tranchant sans ouvrir les yeux.
- Je t'approuve, répondit Lou avec vigueur. C'est pourri. Je préfère Sevii'. C'est mignon, non ?
- Pas mal, approuva Lily.
- Le Graisseux n'est pas fait pour être « pas mal », Princesse ! répliqua James, outré. Il est fait pour avoir des cheveux sales et huileux, un nez énorme aussi tordu que son cerveau – s'il existe, cela reste encore un mystère – et aussi chiant que la Dragoncelle. C'est ça, la vraie personnalité du Graisseux !
Lily soupira. Cette conversation ne menait nulle part, sauf aux éclats de rire de Lou et Remus.
Ils restèrent tous les quatre ainsi pendant un moment, James caressant toujours les cheveux de Lily et Remus et Lou admirant le ciel qui se couvrait petit à petit. Soudain, Lou laissa échapper une exclamation indignée.
- Hey ! Pas fou, non ?
- Quoi ? s'étonna Remus. EH !
Une goutte venait de tomber sur sa joue, le faisant sursauter.
- Qu'est-ce qui vous prend ?
- Je savais bien que ça allait venir, soupira Lou. Allez, debout les sangsues, on rentre.
- Quoi ? se renfrogna James. Mais pourquoi ? On est bien ici, non ?
- Si vous tenez vraiment à être trempés, y'a un type qui a inventé un truc génial, ça s'appelle les douches…
- Très drôle, ironisa Lily. J'aime pas la pluie.
- Moi je l'aime, mais par la fenêtre, pas en live ! répliqua Lou. Allez, on bouge.
Ils se levèrent à contre-cœur, se tenant par la taille ou par la main, sous les regards attendris ou envieux de quelques élèves qui traînaient encore dans le parc. Ils croisèrent dans un couloir Sirius et Alexia, tassés contre un mur, s'embrassant passionément. Après avoir mit quelques minutes à les décoller, le reste de l'après-midi était déjà tout tracé : salle commune, échecs, discussions, excursion dans les couloirs, fous rires et peut-être une soirée au coin du feu tous les six à rester jusqu'à pas d'heure dans la salle commune qui se vide petit à petit en parlant de tout et de n'importe quoi, en s'embrassant et en riant. Comme n'importe quels adolescents à Poudlard, c'est-à-dire pendant les plus belles années de leur vie.
