Bonjour !

Alors, comme toujours, je reste humble et vous présente toutes mes excuses. Un jour, vraiment, nous parviendrons à la finir :D

Je remercie toutes les personnes qui ont laissés des commentaires entre temps et m'excuse par ailleurs de ne pas avoir répondu jusqu'ici. Sachez que vos rewiews réchauffent le cœur et que je suis très ravie ! Merci beaucoup !

Je vous souhaite une bonne lecture.


Alphonse et Edward s'étaient installés dans la planque depuis un peu plus d'une vingtaine de minutes. Le cadet claquait des dents en frottant ses épaules tandis que son grand-frère s'évertuait à lui raconter des blagues. Edward se sentait d'humeur à faire oublier tout ce qu'il s'était passé jusqu'alors, tentant vainement de se persuader lui-même que tout allait bien. Il aimait voir le sourire de son frère qui lui remontait incessamment le moral en plus de les réchauffer à force de rigoler. Si Alphonse riait de bon cœur, il finit tout de même par demander :

- Que se passe-t-il, frangin ?

- Quoi ? Pourquoi ?

- T'as l'air...

Le cadet chercha ses mots. Ces derniers temps Edward était une vraie furie, sans cesse en train de provoquer le Colonel Mustang, ou bien dans d'autres circonstances lui faire des choses que Alphonse ignorait. Et il valait mieux que ça reste ainsi. Cependant, il était si habitué à le voir tendu et brutal qu'il avait oublié que ce calme de surface ne pouvait être qu'un masque.

- … Changé, opta Alphonse.

Edward colla son nez à la neige pour chercher à découvrir quelle était cette masse informe et blanche au loin:

- Quoi ? Désolé, j'ai pas entendu. Regarde là-bas !

- Ed... C'est un arbre.

- Tu es sûr ? Regarde, ça s'approche.

- Non, c'est le vent.

L'interpellé soupira avant de rouler sur le dos pour s'allonger. Il leva les jambes pour les tendre contre leur toit de fortune. Les yeux fixes en face de lui, il déglutit :

- J'ai grandi.

- Tu as toujours été plus mature que les gens de ton âge.

- Ouais..., marmonna-t-il en levant sa main d'acier. C'est ce qu'on me disait souvent. Sauf pour un truc dont je n'y connaissais rien. L'amour. Même avec toi, ça n'a jamais été facile si on regarde bien.

- Nous sommes frères, c'est différent.

- ...Ouais, mais... Je ne connais pas d'autre manière de... Si je veux paraître doux, je me sens ridicule. Mais de toute manière c'est là où je voulais en venir. Ces derniers temps, on fait n'importe... Je fais n'importe quoi et je m'en suis rendu compte cette nuit.

Il claqua des doigts :

- Comme ça. Grandir, c'est juste un état d'âme. Ça ne vient pas tout seul ni même si lentement. C'est juste arrivé.

- C'est présomptueux, décida Alphonse en se frottant le menton.

- Non, c'est... Je vais arrêter ça. Tout ça avec lui et...

Un silence de mort traversa la petite cabane de neige. Un goutte tomba sur le front du jeune homme. Il se l'essuya prestement en même temps que le coin de l'œil :

- Je ne suis qu'un crétin. Voilà. Je lui ai sauté à la gorge après avoir gardé ça pour moi pendant des années. Et je m'attendais sûrement à ce que tout change d'un coup. Pourquoi ? Je n'arrive pas à le découvrir.

- Je confirme, railla Alphonse.

Il avait cessé de se frotter les épaules, les mains dans le dos et le regard fixant un horizon imaginaire. Un sourire mystique peignait le coin de ses lèvres et Edward se redressa, suspicieux en prenant garde à surveiller le vrai paysage.

- Tu n'es qu'un crétin, poursuivit-t-il.

Venant d'Alphonse, c'était habituel, aussi Edward ne s'en froissa pas. Il préféra attendre le reste de la phrase avec appréhension. Elle ne tarda pas à venir :

- Nous sommes tous aller le voir pour qu'il cesse de se prendre la tête et tu m'annonces que tu as « grandis ». … Tu sais, quand je suis allé voir Winry la première fois, j'avais tellement peur...

Edward le fixa, bouche-bée. Alphonse fit mine de ne rien voir et continua :

- Je ne lui ai pas montré. Nous avons parlé... Nous nous sommes intéressés l'un à l'autre. Tu revenais sans cesse dans la conversation et je t'avoue que ça m'irritait, dit-il dans un léger rire. Mais... On a découvert qu'on avait plein de points communs. Plein de défauts aussi ! Mais on fait avec… Ça a prit du temps, Ed. Et on s'aime.

Alphonse se tourna enfin vers son grand-frère. Le cadet souriait comme un bien-heureux, les mains entre les cuisses pour se les réchauffer. Edward le dévisageait muettement. Gêné par ces quelques secondes interminables, Alphonse balaya la cabane du regard, les lèvres gonflées.

- Mais c'est génial ! S'exclama Edward.

Il lui sauta dans les bras pour ébouriffer la tignasse d'Alphonse sous les rires de ce dernier :

- Arrête, tu me fais mal.

- Vous êtes ensemble depuis combien de temps ?! Pourquoi tu n'as rien dis ?!

- Moins fort. Chut !

- Depuis combien de temps ?

Alphonse se redressa pour examiner les environs, le menton dans les mains :

- Un petit moment maintenant.

- Pourquoi tu n'as rien dis ?

- … Parce que tu étais malheureux et que je ne voulais pas te faire de peine.

- T'es fou, ça me fait super plaisir ! Comme je vais t-r-o-p la charrier en rentra...

- Ed. Arrête de te prendre la tête. Accepte-le comme il l'est.

Le bec de l'aîné fut cloué au plafond. La radio grésilla entre eux et Alphonse se tourna de nouveau vers lui sans prêter attention à la boite noire :

- On ne s'est jamais porté de jugement l'un envers l'autre et j'ai pas l'intention de commencer. Si tu l'aimes, alors je l'aime aussi. Tu comprends ? Il a des défauts, c'est certain. Mais toi aussi. Vous n'arrêtez pas de vous balader l'un et l'autre alors qu'on a presque deviné avant vous ce qu'il se tramait depuis le départ.

- Avant v... ?

- Arrête de te prendre la tête. Je t'ai vu venir à dix kilomètres ! S'enflamma le cadet. Maintenant qu'il a arrêté de penser et qu'il t'accepte, tu veux le repousser. Tu sais pourquoi ? Parce que tu as peur.

- P... !

- Exactement ! Tu as peur ! Répéta Alphonse en s'emparant de la radio qui crachait encore avec virulence.

Edward serra les poings :

- Je n'ai pas peur ! C'est simple et pourtant personne n'y a fait allusion mais nous sommes des hommes ! Si ça vient à s'ébruiter, il est fichu. Et moi ?

Il leva les yeux au plafond quelques secondes en esquissant une moue boudeuse :

- Bon, au pire ça ne fera que rajouter une ligne à ma réputation déjà bien foireuse... Ce n'est pas bien de grave. Enfin, je te rappelle qu'il y a des personnes qui se font tuer pour moins que ça ! Et il est en pleine ascension ! Il risque déjà son grade mais en plus de ça, il a des tas de gars qui veulent lui pourrir le dos pour l'empêcher de monter ! Si je comprends bien, on a bien de la chance de vous avoir.

- Tu me joues le coup de la morale inversée ?

- Je relativise ! Toutes les preuves sont là. Cette relation ne ferait que nuire et n'apporterait strictement rien de bon.

- … Tu flippes.

Ils entamèrent une joute visuelle tels des enfants. Ils y mettaient la même véhémence que lorsqu'ils étaient dans la même position dans le jardin d'Izumi il y a bien longtemps. Ils perdirent aussitôt cette aura qui portait le nom d'« Adulte » tendit que Edward rajoutait :

- C'est faux.

- C'est vrai.

- Non, c'est faux ! Je ne flippes pas !

- Pourquoi tu fais ça alors ?

- Je viens de te le dire !

- Tu as peur !

- Je ne... Je ne flippe pas ! Je ne suis pas un putain de flippeur !

- Ça n'existe pas !

- Je m'en bas la mèche ! Laisse-moi tranquille avec cette histoire !

- Non ! Tu étais malheureux à cause de ça ! Tu en pleur...

- Al, fais gaffe !

- Tu as peur parce que tu ne sais pas comment tu vas faire pour que ça dure ! Parce que tu ne sais pas si ça durera quand bien même rien n'a vraiment commencé, mais tu es sûr de l'aimer et c'est pour ça que tu ne veux pas le perdre ! Tu préfères te résigner à ne rien faire après tant d'efforts plutôt que d'essuyer l'échec de te faire rejeter pour la personne qu'il va découvrir au plus profond ! Je te connais, Frangin ! Tu as simplement peur qu'il découvre qui tu es !

Ils soupirèrent en chœur alors que le silence revenait en flèche. La radio continuait de cracher dans l'espoir d'avoir de l'attention. Edward la prit avec une timidité nouvelle :

- Équipe Tango... annonça-t-il en lançant un regard blasé à son frère.

- Ce n'est pas trop tôt ! Hurla le Colonel dans le petit combiné. Nous arrivons vers vous !

- Non ! Protesta Edward sous le regard médusé de son petit-frère.

- Je te demande pardon ?!

- Ce serait bien, en effet !

- Quoi ? Enfin, mais tu as bu, FullMetal ?

- Comment je peux te faire confiance?! Hein ?! Comment je peux être sûr que tu ne vas retourner ta veste encore une fois ?! Comment je peux éviter de me faire avoir encore une fois ?!

Riza et Roy n'étaient plus qu'à mi-chemin de la planque et purent d'ors et déjà apercevoir les infimes silhouettes des frères. Le brun fixait le talkie-walkie dans sa main comme si ce dernier venait de lui mordre le pénis ! Autant dire qu'il était plutôt partagé entre la surprise et la douleur. La jeune femme à ses côtés rehaussa son fusil dans ses mains en le dévisageant :

- Et bien ? Vous ne lui répondez pas ?

- Quoi ? Prononça-t-il à demi-mot, estomaqué.

Elle lui lança un regard insistant. Les environs étaient clean et elle commençait a en avoir par-dessus le canon de toutes ces histoires.

- Répondez-lui, ordonna-t-elle presque.

Roy hésita avant d'appuyer sur le bouton. La colère remonta aussitôt quand il s'adressa à son subalterne préposé au contrat indéterminé dans son lit :

- Qu'est-ce que tu veux que je fasse de plus pour te convaincre ?!

- Je n'en sais rien ! Lui gueula le talkie-walkie. Innove !

Il pouvait entendre la voix d'Alphonse en fond qui suppliait la discrétion. Roy s'échauffa, faisant presque fondre la neige l'entourant et cassa une grande partie de la distance qui lui restait à parcourir.

- Je vais rentrer là-dedans et te botter le derrière ! Ça te va comme proposition, ça ?!

- Tu rentreras pas là-dedans, crois-moi !

- Tu vas rester camper là combien de temps ? Tu gèleras le premier, andouille !

- ...Et si tu repars, je te transmute pour faire un nouveau repaire !

- Mais bon sang que veux-tu que je te dise à la fin ?!

Riza dont les oreilles saignaient à côté le fixa avec lassitude. Elle inclina la tête et d'un regard insistant lui murmura :

- N'est-ce pas évident ?

Roy pinça les lèvres avant de tapoter rageusement le talkie-walkie. Doucement, il reporta sa bouche contre la boite :

- Je te le dirais tout à l'heure, Edward. Nous en parlerons après les tours de garde.

Il y eut du remue-ménage dans la petite plante et des bras qui virevoltaient à l'intérieur. Alphonse tentait vainement de calmer la boule de nerf qui s'échauffait à l'intérieur. Le talkie-walkie beugla :

- Tu te fous de ma gueule ?! Si t'es pas plus convainquant que ça, tu peux poser ton cul là où t'es !

À bouts de nerfs, Roy sentit l'objet entre ses doigts émettre une plainte tant il le serrait. Il inspira doucement avant de demander à Riza :

- Vous me plomberiez la tête si je dérapais juste quelques secondes ?

- Oui, Colonel. Vous n'avez pas le choix.

- … Pas le choix.

Il se rapprocha de la planque et ils n'étaient plus qu'à quelques mètres, bien capables de se voir et de s'entendre. Son choix, il l'avait fait. C'était récent, mais il en avait vraiment envie. Où était le mal ? Il bomba le torse avant de lever les bras. Une buée magistrale s'échappa de sa bouche alors qu'il criait :

- Je t'aime ! C'est la vérité ! J'aime Edward Elric, ce chieur de première !

Le vent et les flocons lui répondirent doucement avant qu'une boule glaciale lui soit envoyé à la figure. Une tête blonde émergea de la planque en formant une deuxième boule de neige :

- Sale menteur ! Lui balança-t-il avant d'envoyer sa seconde munition.

Edward courut vers sa cible et lui plongea dessus pour le faire chuter dans la poudreuse. Ils s'écrasèrent dans une giclée de poussière blanche. Riza s'écarta aussitôt dans un calme assourdissant et rentra dans la petite planque. Elle y retrouva Alphonse qui regardait la scène avec un drôle de zigzague sur les lèvres.

- Désolé... Dit-il par mécanisme.

- Aucun problème. Jean est à la fenêtre et j'avais vérifié les parages puisque vous ne répondiez pas. Aucun ennemi en vue.

- Si vous le dites, répondit-il en fixant Edward.

Ce dernier s'acharnait à faire disparaître Roy sous une couche de neige épaisse. Mais le FlameAlchemist ne se laissa pas faire si posément. Il se redressa d'un bloc, assis dans la neige et se secoua farouchement, faisant voler cette pluie de flocon qui le cachait. Edward arborait un sourire immense en face de lui. Un sourire presque candide. Il grimaça, interrogatif.

- Je te crois, souffla Edward.

- T'as plutôt intérêt. Je dis toujours la vérité.

- … Ouais...

- Tu vas perdre.

- La vérité ?

- Un constat ! Gronda Roy en lui balançant à son tour une boule immense mais pas totalement formée à la figure.

Elle lui explosa au visage en se déversant dans ses vêtements. Edward se releva d'un bond, imité par Roy. Ils se toisèrent un moment avant que ne revienne le début des hostilités. Combien de temps coururent-ils en retombant bien souvent dans cette neige abondante ? Malgré les cris et les regards de fureur, ils ne partageaient rien de plus qu'un peu plus de chaleur. Sous les regards bienveillants d'Alphonse et Riza, ils finirent par regagner la cabane.

- ... Hé ! Protesta Alphonse.

- Hé oui, soupira Riza. Il a réussi à s'épargner le travail, encore une fois.