- Dites, Lieutenant, est-ce que je peux vous poser une question ?

- Je t'en prie, Alphonse.

Le jeune homme se redressa correctement, le dos en vrac depuis qu'il était assis là. Visiblement, on venait de lui taxer sa place au chaud mais comme il était d'humeur bienveillante et curieuse, il profita de l'occasion :

- Le Colonel... Il a eut un geste vraiment très brusque envers Edward. Je parle de... De la fois où il l'a attrapé par la gorge. Je sais que mon frère n'est pas... Qu'il n'est pas tendre non plus... Mais...

- Tu t'inquiètes. C'est normal.

Riza prit soin de vérifier les alentours, le regard plongé dans la lunette de son sniper. Elle sembla songeuse quelque temps, mais ne bougeait pas d'un cil. Alphonse pensa ne pas recevoir davantage de réponse à cette question muette, pourtant la voix de la militaire s'éleva au bout d'un moment :

- C'est rare. Mais ça arrive. On peut appeler ça comme on veut. Mais ça surgit quand on s'y attend le moins et surtout quand on n'y est mal préparé. Çà faisait sans doute parti d'une de ces deux situations.

Loin de bien comprendre, Alphonse fixait le sol comme s'il allait en recevoir une réponse plus explicite. Il commençait à découvrir que le sujet s'approfondissait. Il n'était pas certain que ce soit de la guerre dont ils parlaient. Mais ... À bout de théories, il finit par lâcher :

- Ishval ?

- Ça en fait partie. Mais un caractère explosif ne se construit pas uniquement sur un champ de bataille. Pas pour le genre de querelles qu'ils ont tous les deux. Toutes ces années ont contribué. Le Colonel s'évertue à poursuivre une voie de justice et ce chemin se présente sous biens des aspects. Il faut avoir un sang-froid irréprochable et se montrer implacable. Il arrive que l'élastique lâche une fois trop tiré.

Une accumulation de tensions en tout genre et dès que le fil se brise, tout partait. Alphonse comprenait ça, mais son inquiétude ne s'en contenta pas :

- Est-ce que ça va se reproduire ? Demanda-t-il.

- Je l'ignore.

Elle se tourna vers lui et esquissa un sourire contrit. Le jeune homme n'était pas satisfait. Elle tenta pour le réconforter :

- Edward ne se laisserait pas faire. Il est fort.

- Oui, mais... Non, pas tant que ça.

Elle haussa un sourcil avant de reprendre l'observation. Il rajouta doucement :

- Pas tant que ça. Il faut que je lui dise, sinon il ne comprendrait pas.

- A-t-il reparlé de cet incident ?

- Non... Mais...

- De quoi as-tu peur, Alphonse ?

- Simplement qu'ils se fassent du mal sans le vouloir.

Un sourire résigné se balança sur les lèvres de la blonde alors qu'elle répliqua doucement :

- Le lot d'un couple tout ce qu'il y a de plus normal, en somme.

- Est-ce que ça vous arrive ?

Elle plissa les yeux tendit qu'Alphonse l'observait avec l'attention vorace de découvrir une vérité de sa part. Il en avait des choses à apprendre, tout comme son grand-frère, mais il était vrai qu'Alphonse était loin d'être une personne comme les autres. Faire du mal à Winry sans le vouloir ? Il n'était pas de ce bord-là. Si elle souffrait, il saurait forcément pourquoi, car le jeune homme était bien trop consciencieux.

- Pardon, ça ne me concerne pas, capitula-t-il.

- Ça arrive, répondit-elle. Car tout le monde est différent. On ne ressent pas tous les mêmes choses de la même manière. Des quiproquos sont si vites arrivés.

- Je vois...

- Winry a de la chance.

Surpris, Alphonse resta silencieux et hagard. Riza lui adressa un doux regard avant de redevenir aussi sérieuse qu'à ses débuts.


Pendant ce temps, dans la cabane...


Après une partie de boules de neige, rien ne valait un bon moment au coin du feu.

- Alphonse va me haïr, souffla Edward en retirant ses bottes, sa veste ainsi que sa chemise imbibée d'eau gelée.

Roy se contenta de sourire. Il avait déjà achevé de s'effeuiller et il ne lui restait plus que le pantalon d'uniforme à retirer. Il s'essuya le visage avec sa chemise presque déchirée par les soins d'Edward la dernière fois qu'ils s'étaient retrouvés seuls dans une pièce. Sans plus de cérémonie, il se laissa tomber sur le canapé, tête la première. Il frissonna sous le contact désagréable du tissu frais avant d'étouffer un soupir à l'intérieur du rembourrage. Edward apparut, les coudes contre le dossier tout en baissant le regard sur le brun :

- Toi aussi, il va te haïr. Tu viens de lui piquer sa place.

- L'avantage du grade, répliqua le canapé.

- Il n'est même pas sous tes ordres !

- Alors pourquoi cette discussion ?

Il grogna en voyant un sourire goguenard naître sur la joue de Roy. Il la gifla doucement dans la suite pendant que son supérieur se redressait en protestant. Mais Edward n'était déjà plus là, occupé à disparaître aux côtés de Jean. En se rapprochant de la fenêtre, il fut mordu par le froid de dehors qui imbibait les vitres. Le Sous-Lieutenant le gratifia d'un mince sourire avant de reposer son attention au loin :

- Alors ? Tout va pour le mieux, Boss ?

- Ça reste à voir, répondit-il en buvant un café qui passait par là.

Breda passa derrière lui et lui donna une bonne claque dans le dos. Il recracha aussitôt son dû en se retournant comme un lion. Le rouquin dont la prestance n'avait pas d'égale tant qu'aucun chien n'était dans les parages annonça joyeusement :

- Enfin nous pourrons être un peu tranquilles dans cette cabane !

Les trois militaires conversèrent un petit moment encore en cherchant quelle pourrait être la vengeance d'Alphonse quand ce dernier rentrera de la garde. Mais Edward tombait presque de sommeil. Il finit par prendre congé et repassa devant le canapé qui était vide de tout beau brun presque dénudé. Il le chercha dans les chambres, mais elles étaient vides. Edward ouvrit la dernière porte du sous-sol et surprit une image plutôt aguichante.

La pièce qui servait de « salle de bain » n'était rien d'autre qu'un sauna improvisé par les soins de l'alchimiste de flamme. De l'eau et quelques braises et le tour était joué. Roy se tenait contre le mur, les yeux clos et totalement nu. Les mains croisées derrière la tête, il frissonna en sentant le froid s'immiscer d'entre la porte ouverte.

- Qui que vous soyez, partez ou rentrez mais ne restez pas en plein milieu à ne rien faire ! Gronda-t-il.

- Bien, chef.

Roy qui reconnut la voix d'Edward, leva un œil en même temps qu'un sourcil. Venait-il d'obtempérer sans râler avec une forme de tranquillité insoupçonnée ? Le blondinet rentra dans la pièce en rougissant dans la seconde à cause de la vapeur chaude.

- Alors il suffit d'être nu pour t'entendre dire ces mots-là ? Taquina Mustang en refermant les yeux.

Edward s'approcha, un sourire aux lèvres. Il colla son menton entre les clavicules du brun et leva les yeux sur son visage :

- On fait la paix ?

- Ah, je vois… Tu as une idée pour me convaincre ? J'aime la politique, méfie-toi.

- Des idées, j'en ai des tas, mais… Mais elles me paraissent étrangement infaisables. Je n'ai jamais fait ça.

- Tu as déchiré ma chemise comme un tigre en cage.

- Parce que c'est facile à faire, mais le reste...

- Nous sommes nus... Ou presque te concernant. Je ne vois pas ce qui te rend mal à l'aise.

- Des gars, j'en ai vu pleins à poil ! Douches communes dans le QG, t'as oublié ? Si tu penses me faire rougir avec ton hélicoptère, t'es mal barré. Ou même me mettre mal à l'aise...

Il baissa les yeux entre eux avant de les remonter avec une pointe d'arrogance :

- C'est pas si corpulent que je l'avais cru.

- Ah ? Parce que tu t'es deja fais à cette idée. Intéréssant...

Edward grogna de plus belle :

- Non, je viens de te le dire !

Roy esquissa un sourire malicieux, les yeux reluisant d'idées concupiscentes. Il souffla sur les mèches blondes de son vis-à-vis tout en lui répondant :

- Je sais comment faire pour t'ouvrir à cette idée.

- Comment ?

C'était pourtant simple. La provocation. Edward était un livre d'alchimie destructrice à lui tout seul. Il suffisait de mettre les bons ingrédients et de remuer bien fort. Si on lui lançait un défi avec suffisamment d'aplomb, il ne pouvait s'empêcher de le relever. Roy retira ses mains de sa tête et les glissa dans le cou du jeune homme avec une légère teinte de brutalité.

- Tu veux de la corpulence ?

Edward haussa un sourcil, la mâchoire serrée. Une chose était en train de gonfler entre eux tout autant que l'excitation palpable du grand brun. Comme l'avait pensé Roy, Edward esquissa un sourire ravageur tout en rapprochant sa bouche de la sienne. Il avait dévissé un boulon qui renfermait cette boule d'excitation.

- Fais gaffe parce que...

Les mains d'Edward commençaient une lente chute entre les cuisses de son supérieur et leurs lèvres étaient à deux doigts de se toucher. Son index de chair se stoppa net dans sa découverte quand une voix rauque retentit de l'autre côté de la porte :

- Le QG est attaqué ! C'est notre moment, Colonel !

Ils restèrent paralysés dans cette position durant des secondes interminables. Ils se regardèrent avec une frustration de plus en plus palpable.

- Je... Je vais les anéantir! Gronda Mustang.

Tout son sang était ailleurs que dans sa tête et il était prêt à faire un feu d'enfer pour cette érection esseulée ! Edward recula, presque satisfait :

- Tel est pris qui croyait prendre, sifflota-t-il en marchant à reculons jusqu'à la porte.

- Ne t'inquiètes pas. Ton tour viendra.

Son supérieur avait dit cela avec tant d'aplomb dans la voix que Edward sentit presque l'acte dans la pensée. Ce combat allait être sauvage.