Bonjour, ami lecteurs ! Désolé de la longue absence, ce n'était vraiment pas voulu ! Sans plus attendre, je vous laisse lire ce chapitre, et vous retrouve à la fin de celui-ci histoire de blablater un peu ;)


Chapitre 4 : Des abysses des limbes mon éveil ne m'a pas encore extirpé

Mikail s'impatientait. Les Brigades Spéciales étaient vraisemblablement très mal organisées : il avait fallu attendre une heure à la petite escouade et aux deux prisonniers avant de monter dans la caravane qui les menait tant bien que mal au centre des trois enceintes. Mais, une fois monté, son attente ne s'arrangeait guère. Les chevaux n'appartenaient pas aux gammes hybrides utilisées par les bataillons pour égaler la vitesse d'un titan : en conséquence, le soldat avait le sentiment que le convoi piétinait, là ou le cocher avait pourtant été averti de l'importance de celui-ci et des délais impartis quant à son arrivée. La nuit récemment tombée rendait la visibilité presque nulle, forçant le véhicule à ralentir pour ne pas heurter un quelconque obstacle. Mais pour le Nordique, cela ne changeait rien : en tant que prisonnier, il n'avait pas droit aux maigres sièges qu'utilisaient les Brigades et se trouvait donc cul contre plancher, sans aucune protection contre les rebondissements de son fessier causés par les cahots de la route.

Il tourna les yeux sur sa gauche. Son camarade d'infortune n'avait pas bénéficié d'un traitement de meilleure valeur, mais il ne semblait pour autant pas aussi gêné que son sauveur. Un uniforme des Brigades fourni par un soldat et quelques couvertures couvraient son corps menu, que les officiers avaient tenté tant bien que mal de protéger de la fraîcheur ambiante.

Aux yeux de Mikail, cet enfant était terrifiant. Les seuls mots qu'il avait prononcé étaient ceux qui avaient causé son réveil. C'était sûrement tout ce que les titans lui avaient appris.

Car il était absolument certain que c'était un enfant titan, prêt à dévorer de la chair dès qu'il serait rétabli.

Faisant balader une nouvelle fois son regard dans l'habitacle, il vit que plusieurs membres de son escorte indésirable s'apprêtaient à s'assoupir. Il avait envie de leur parler. " Rien que pour les faire chier", pensa-t-il. " Pour oublier ce que ce gosse est", se retint-il de penser.

Toujours est-il que sa bouche s'entrouvrit dans un sourire hautain, rompant de ce fait la monotonie du voyage.

"- Dites-moi, messieurs les brigadiers, lança-t-il en influant sa voix de manière sarcastique, vous n'êtes pas gênés par la nuit ? À votre place, moi, j'en aurais vraiment peur... On dit que les loups rodent par ici lorsque la lune est haut dans le ciel."

Mission réussie. Tous le regardaient, refrénant une envie assez forte de clouer son grand bec. Un sourire triomphal germa aux plis de ses lèvres, accentuant la haine de ses geôliers provisoires. Il voulut tester leurs limites et poussa le bouchon un peu plus loin.

" -Et puis les loups, ça a de grandes dents. Ça fait encore plus peur que les titans."

Il trouvait ça hilarant. Un rire assuré le secoua de toutes parts, dissimulant un autre légèrement plus nerveux.

Ils étaient sept dans la cabine. Deux menottés, cinq officiers. Dans leur équipement se situait un emplacement spécial pour ranger un bâton volant : il en conclut donc que tous étaient des maîtres de l'air plutôt aguerris. Rien de bien impressionnant par rapport à lui, certes, mais des experts quand même. L'homme qui paraissait être le chef et ayant procédé à l'arrestation se situait côté fenêtre et regardait la nuit étoilée. Il ne se retourna pas un instant pour répondre à la provocation du captif. Mikail était absolument certain de connaître ce rabat joie. Mais son nom, comme ceux de tant d'autres, ne lui revenait pas. De l'autre côté de la fenêtre se trouvaient deux autres hommes qui semblaient avoir un léger mal des transports, et donc étaient particulièrement irritables. Sur les deux restants, un s'était définitivement endormi, et l'autre le regardait avec un regard empli d'une haine intense. Ce fut lui qui rétorqua à son petit jeu.

"- On t'a pas sonné, le suicidaire.

- Moi je disais ça juste pour vous prévenir. Je vous aime bien, vous savez ! Ce serait triste que vous finissiez entre deux mâchoires..."

ll était particulièrement fier de sa réplique. Son sourire s'agrandit plus encore.

"- Ferme-la.

- Mais j'ai rien fait, m'sieur l'officier !

- Tu sais ce qui m'empêche de te frapper depuis tout à l'heure ? Le fait que si j'abuse de toi physiquement, ton procès pourrait être corrompu.

- Eh bien vous voyez, vous aussi vous m'aimez bien. Vous pensez à moi, c'est gentil de votre part.

- Mais tu vois, mon petit abruti, dit-il en se levant et en se rapprochant de lui, l'air, ça laisse pas de traces."

Il marqua une pause.

"- Tu vas tellement souffrir que même tes titans bien-aimés ne voudront plus te bouffer.

- Cours toujours, mon amour ! lança Mikail, accompagné d'un clin d'oeil."

Son adversaire sortait de ses gonds.

"-Oh toi, tu veux crever."

"-Vas-y, fais-moi mal, j'aime ça."

Aussitôt, l'officier se dressa sur ses deux jambes et fit tourner ses deux poignets. C'était une technique assez connue dans le milieu des fils de l'air, qui consistait à faire tourner l'oxygène autour d'une personne afin de créer un appel d'air, vidant ainsi le contenu des poumons de la victime. Celle-ci, piégée dans une sphère de tourbillons, suffoquait lentement.

Mais le point faible de cette technique était justement sa célébrité. Depuis que son utilisation s'était répandue dans les murs, plusieurs parades avaient été trouvées pour contrer ses effets potentiellement mortels, et Mikail les avait toutes apprises au cours de son rigoureux entraînement.

Le tout était de glisser sa tête dans les premiers courants d'air qui formaient le vortex, afin d'être portés par eux pour s'échapper de la sphère. Si la victime était agile, elle pouvait même s'aider de ces courants giratoires pour se donner une certaine force de propulsion et foncer sur l'ennemi qui, ne pouvant se défaire de sa technique commencée au préalable, est obligé de subir.

Sentant les premiers déplacements d'air s'effectuer, il se tenait sur ses talons, prêt à sauter et à répliquer.

"- Arrête."

Le commandant rabat-joie s'était saisi de son poignet droit et le maintenait fermement baissé, interrompant la tentative de maîtrise de son subordonné. Mikail retint une grimace de déception. Il aurait adoré clouer le bec à l'abruti qui se croyait tout permis simplement parce que lui n'avait pas de menottes.

"-Mais... capitaine ! Répondit-il, affligé.

- Tu veux bien arrêter ? Tu ne sais vraiment pas à qui tu as affaire.

-Parce que vous le savez, vous ? Répliqua Mikail.

- J'en étais sûr. Tu m'as complètement oublié, pas vrai ?

- Vu que tu me tutoie, c'est que tu dois me connaître.

- Toujours aussi arrogant, hein ? Ma foi, ça t'as amené bien bas, 'Kail."

"'Kail". Son surnom dans sa promo.

La simple évocation de ce diminutif lui rappela quelques instants de sa formation. Au début, on le surnommait "le Brillant". Mais lui n'aimait pas ça. Alors il en a tapé quelques uns pour que ça change. Il est par la suite devenu "le Monstre". Il n'aimait toujours pas. Alors il en tapé d'autres. Puis certaines filles du régiment devinrent ses admiratrices et tentèrent de lui trouver un sobriquet mignon. "Kail". Ça ne le gênait pas. Ou plutôt, il était persuadé de ne jamais avoir de meilleur surnom. En conséquence, celui-ci était resté.

"-T'étais dans ma promo ?

- Bien sûr, répliqua l'autre en levant les yeux au ciel.

- Attends, laisse-moi deviner... Thomas ?

- Nile.

- Qui ?

- Nile.

- Non, je vois pas.

- T'es vraiment un sombre abruti.

- J'y peux rien si tu m'as pas marqué !"

À vrai dire, Mikail ne se souvenait à peine des dix premiers de la promo, les autres étant trop médiocres pour qu'il s'en rappelle.

"- Tu sais, celui à qui t'as déboîté la jambe dans un exercice au combat rapproché.

- Mais c'est pas vrai, t'es le Boiteux ! Et bien ça alors !"

"Le Boiteux", alias Nile Dok. Un maître de l'air du district de Toyah, soit parmi les plus mauvais qui soient. Pourtant, ce fayot avait réussi à se hisser dans les dix premiers de sa promo grâce à ses notes en stratégie et au maniement tridimensionnel. Pour Mikail, il ne valait rien. L'écart entre eux lors de leur entraînement se résumait à trois ans d'âge et vingt centimètres de différence.

Une fois, lors d'un cours de maîtrise de l'air, il s'était vanté de pouvoir créer de fortes bourrasques avec sa jambe gauche. Mikail n'aimait pas les vantards.

Une fois l'exercice entamé, il se porta volontaire pour s'opposer en tant que cible face à Nile. Pour lui rabaisser son clapet. Le but était de neutraliser sa cible avec la maîtrise, là où la cible se débattrait de toutes ses forces. Nile tenta une approche par le haut avec un coup de pied sauté amplifié par une brève bourrasque, et ce afin que l'adversaire se baisse pour qu'une fois près de la terre, il puisse lui infliger un de ses coups de pied prétendument redoutables. Mikail avait lu clair dans son jeu. Au moment ou les jambes de son adversaire se fléchissaient pour préparer le saut, il souffla une bourrasque déstabilisant l'attaquant. Celui-ci tenta dès lors de se rapprocher au corps à corps pour l'assommer de ses poings. Le grand pubère esquiva son crochet droit et planta sa paume au niveau extérieur de l'épaule tout en posant l'autre main sur son coude, soumettant l'adversaire à sa merci. Pour le faire tomber, il le faucha d'un grand coup de pied dans les genoux.

Tout le monde entendit le craquement provoqué par la dextérité de Mikail. Nile, lui, boita toute l'année, et ne retrouva plus jamais la puissance de sa jambe gauche.

" - Capitaine ? Risqua l'officier au sang chaud.

- Quoi ?

- Qui c'est ?

- Lui ?

- Ouais.

- Un surdoué. Si tu l'avais frappé, il t'aurait arraché la tête."

Un silence lourd emplit la cabine. Le soldat crut d'abord à une blague, mais ravala son sourire devant la mine déconfite de son supérieur. Mikail était lui assez fier d'avoir ruiné l'ambiance. Maintenant qu'ils savaient à qui ils parlaient, ils risquaient surement de ne plus pouvoir en dormir. Il pourrait les enquiquiner en paix et en apprendre un peu plus sur sa situation.

"- Du coup, Nile, comme ça tu travailles dans les brigades ? T'es affilié à quelle escouade ?

- Cinquième escouade des maîtres de l'air.

- Des maîtres de l'air... Les gars, si ce type est votre chef, va sérieusement falloir revoir vos exigences à la hausse.

- Tu respectes vraiment rien, 'Kail. En attendant, le Boiteux, il a mené une expédition du centre au mur Maria en un temps record juste pour tes beaux yeux.

- C'est vrai que quand on y pense, vous êtes allés bien vite. Vous avez mis quoi, trois heures? À vol d'oiseau ? Le temps qu'il me faut pour me barrer plus loin en dehors des murs que vous n'irez jamais.

- Et en plus t'en es fier, sale con ? Répondit le soldat excité. Tu vas te faire exécuter pour t'être allié à tes titans chéris.

- Ferme-là, Rossfelt. Ce gars là ne parle pas aux titans. S'il est allé dehors, c'est juste pour le plaisir d'en tuer, répliqua Nile, aggressivement.

- Pas faux, dit le Nordique en haussant les épaules.

- T'es vraiment un grand malade, reprit le subalterne.

- T'as déjà vu un titan, bizut ?

- Bien sûr que oui.

- Tant mieux, tu dois savoir ce que ça fait de se pisser dessus.

- Je te pisse à la raie.

- Un poète en plus d'un sombre idiot. Tu t'arranges pas, Rossfelt. C'est bien comme ça que tu t'appelles ?

- Enchanté, 'Kail le traitre.

- Je l'aime bien, lui ! Tu les entraîne bien, dis donc, tes hommes !"

Nile appliqua ses paumes sur son visage, montrant à quel point il souhaitait la fin de ce dialogue absurde.

"- Me dis pas que t'as honte, le boiteux. S'il y a bien une chose dont tu dois avoir honte, c'est de tes capacités physiques lamentables. Pas de ça.

- Tu la fermes jamais ? Respecte un peu celui qui va t'emmener sur l'échafaud, s'esclaffa Rossfelt.

- L'échafaud ? Tu peux toujours courir. Jamais tu m'y verras, sur cet échafaud.

- On parie ?

- Si je gagne, tu m'offres un accès permanent aux réserves de bouffe des Brigades.

- De toute façon, je parie pas avec les traîtres.

- Ah ! Celle-là, elle est bonne."

Il marqua une pause.

"-Les traitres à l'humanité, ici, c'est vous.

- Ouais, dans les bataillons vous sortez toujours le même baratin. Mais aller se faire bouffer sur le dos du contribuable, ça, c'est encore plus déshonorant que la traitrise.

- Tu te lances dans les beaux discours, Rossfelt ? Ok, très bien, à mon tour. La liberté est le propre de l'humanité. Planqués derrière vos beaux murs, vous oubliez que ces terres extérieures étaient autrefois à l'homme, et qu'elles le sont toujours. Les titans, c'est de la vermine, bons pour retourner à la terre. Et puis dans les murs, les ressources vont surement manquer un jour. Il faut que nous récupérions nos anciens territoires. Et vous vous chiez dessus dans les brigades alors que vous êtes censés être les meilleurs au combat. Vous abandonnez lâchement l'Humanité.

- T'es vraiment nul quand il s'agit d'être éloquent. Et puis t'as pensé que tout le monde dans les murs était comme toi ? Je veux dire, tout le monde ici est satisfait de sa vie. Arrête de te cacher derrière des belles paroles, ça prend pas.

- Ça, c'est parce qu'ils ont jamais connu ce qu'il y a derrière les murs.

- C'est sûr que tu t'y connais, toi, là-dessus, 'Kail, reprit Nile dans un calme olympien.

- Ouaip."

Rossfelt tourna le regard vers le jeune enfant, qui restait muet depuis le début du voyage. Il était comme dans un autre monde, et rien de ce qui se disait ne semblait l'atteindre. Ses yeux étaient vides de toute émotion, de tout sentiment, de toute vie. À la lueur des lanternes qui éclairaient l'habitacle, Mikail aurait été incapable d'affirmer la couleur de ceux-ci : néanmoins, il était sur et certain que c'était une couleur claire. Le soldat ne doutait pas une seconde que son inactivité nocturne montrait qu'il était un titan.

De toute évidence, l'individu suscitait l'interrogation de Rossfelt autant que la crainte de Mikail, et le brigadier commençait à se poser des questions sur cette personne louche que le criminel avait emmené avec lui.

"- C'est qui, ce gosse ?

- Je peux pas vous le dire.

- Tu sais que tu vas subir un interrogatoire long de plusieurs jours pendant lesquels on te posera la même question? Épargne-toi des problèmes et réponds, répliqua Nile, lui-même intrigué.

- Si je peux pas vous le dire, c'est que j'en sais foutrement rien !

- Arrête de le couvrir. Il va subir le même sort que toi."

L'enfant entrouvrait imperceptiblement les lèvres. Mikail glissa lentement le long du sol, s'éloignant par pure précaution. Le rescapé devait sentir que l'attention se posait sur lui et ne tarderai pas à réagir.

"- Dis-nous son nom. On a des rapports à remplir.

- J'en sais rien, je vous dis. Demandez-lui."

Nile avait du sentir que quelque chose clochait. Il fixait constamment Mikail, remarquant son subtil changement d'attitude.

"- Tu t'appelles comment, Filston ? Tenta Rossfelt, en s'approchant du corps infantile.

- Recule, Ross, dit un des malades, sortant de son mutisme.

- Non mais sérieux, c'est un gosse à poil et menotté, il va rien faire...

- Fais gaffe à toi.

- Laisse, je sais y faire avec les petits."

Il arbora un sourire aussi radieux que faux. Pendant ce temps, la bouche du concerné était ouverte et tremblait, comme si elle s'apprêtait à parler. Mikail se collait contre la portière, prêt à la forcer si l'enfant faisait une quelconque manigance.

" - Tu sais petit, tu peux nous faire conf..."

Il commença à gémir. Il se recroquevilla en position fœtale. Ses cordes vocales si peu utilisées produisirent des sons inarticulés. Tout l'équipage était désemparé. Le soldat assoupi se réveilla brutalement, et les malades se tirèrent de leur torpeur, inquiétés par le comportement de l'enfant. Ses mouvements l'avaient presque intégralement découvert. Il se balançait maintenant sur ses fesses, d'avant en arrière, oscillant de plus en vite. Les maillons de ses menottes claquaient entre eux, rendant l'atmosphère plus lourde encore.

Il cria.

Fort.

Le cri strident interpella le cocher qui s'arrêta sur le bas côté. Aussitôt, il descendit et ouvrit la portière. Mikail tenta de fuir mais Nile l'immobilisa en une rafale. Dans la panique et l'incompréhension la plus totale, tous étaient devenus méfiants par rapport au jeune homme. Son cri diminua peu à peu et se transforma en plaintes inarticulées.

Si tous n'étaient pas sur de ce qu'il fallait faire pour immobiliser l'enfant, le cocher, lui, avait une idée. Il se hâta de retourner à son siège et revint avec une petite bourse remplie de friandises :

"- Ce sont des friandises pour cheval, mais mes enfants les adorent. Il doit être en manque de sucre, le pauvre ! Ça lui fera du bien."

L'enfant prit la bourse comme un mourant se raccroche à la vie et ne la lâcha pas du reste du voyage.

"- Arnaldssen, il est temps que tu nous racontes qui est ce gosse. Et pourquoi tu es parti en dehors des murs."

Le soldat, profondément déstabilisé, n'hésita pas à acquiescer.

o

" -Chef...

- Qu'est-ce qu'il y a, Rossfelt ?

- Si on fait un rapport, il aura le Dai-Li aux trousses...

- Je sais, je sais."

Le convoi s'était stoppé à un relais à une vingtaine de kilomètres du mur Sina. Là, tout l'équipage prenait une pause bien méritée, tandis que le cocher changeait de chevaux, remplaçant ainsi ceux déjà épuisés par le long et intense trajet. Mikail avait été escorté vers des champs où il se soulageait la vessie. Les soldats malades batifolaient presque, libérés de l'étreinte que causait la route sur leurs intestins.

Arnaldssen leur avait tout raconté, et personne ne voulait le croire. Mais dans un monde où l'on ne sait rien des titans, aucun d'entre eux ne pouvait s'empêcher de concevoir l'éventualité de la véracité de son récit. Et si... Peut-être que... Après tout, est-ce impossible ?... L'apparition du jeune homme était comme une graine de peur qui s'inséminait dans leurs cerveaux et germait peu à peu.

L'enfant, lui, ne mouftait plus. Il avait toujours une de ces friandises au bec. Il ne les croquait jamais, ne faisant que les sucer pour aspirer toute leur saveur. Les brigadiers avaient pu le recouvrir de ses couvertures en s'armant d'une grande précaution, mais il semblait que la crise était passée.

Nile avait emmené Rossfelt avec lui le temps d'une déambulation rapide afin que le cocher puisse nourrir ses anciens chevaux et amarrer les nouveaux. Ils passaient sur des petits sentiers rocailleux dont ils sentaient le plus gros des aspérités malgré leurs bottes. Leurs couvertures pour la nuit avaient toutes été utilisées pour vêtir le rescapé et, en conséquence, ils avaient froid. Leurs uniformes légers, conçus pour optimiser la manœuvre tridimensionnelle, n'arrangeaient pas la chose ; au final, tous les membres de la cinquième escouade des maigres de l'air grelottaient dans la rosée nocturne. Il était à peu près une heure un quart de la nuit.

"- Dis-moi, Rossfelt, si tu étais membre des hautes autorités, comment tu gérerais ce cas ?

- Je sais pas, chef.

-C'est pas une réponse.

-Je sais. Je réfléchis."

La végétation bruissait délicatement, frissonnant tout autant que les deux hommes. Le bruit de leur pas retentissait et se répétait contre des troncs massifs.

"- Je pense que je le bannirai.

- Développe.

- S'il a tant voulu que ça aller dans le monde extérieur, qu'il y reste. Comme ça, sa punition sera de mourir loin de tous ses proches et de la civilisation, dévoré par les titans et jamais retrouvé.

- Bien vu.

- Merci."

Nile prit une bouffée d'air frais.

"- Mais ce serait impossible.

- Pourquoi ? Répondit le soldat, étonné.

- Le gouvernement a déjà exilé plusieurs dizaines de personnes de ces murs.

- Ah bon ? Rétorqua Rossfelt, stupéfait.

- Oui. C'est mon père qui m'a raconté ça. Apparemment, les maîtres de l'eau du pôle Nord étaient divisés en deux catégories. L'une souhaitait aller à tout prix à l'extérieur des murs, et l'autre voulait les sceller. Fréquemment, la première catégorie s'exfiltrait pour chercher des matériaux, le plus souvent au Nord, toujours à l'encontre de l'opinion de la deuxième catégorie. Au final, la deuxième catégorie dénonça la première, qui fut intégralement exilée pour les motifs que tu viens de citer. Les maîtres de l'eau restant auraient alors compris l'importance du pouvoir politique pour l'accomplissement de leurs objectifs et perpétré un coup d'état, provoquant la grande chasse aux sorcières. Mais ça, tu le sais déjà.

- Votre père n'a pas été arrêté par le Dai-Li ?

- Non, heureusement. Il n'a raconté cette histoire qu'à ses enfants, et ce lorsque nous avions atteint la majorité et que nous pouvions comprendre les risques qu'il encourait.

- Il a dû connaître les derniers maîtres de l'eau alors...

- Sûrement. Il a soigneusement évité de nous en dire plus... Bref, depuis, il y a eu des rapports tenus secrets par le Dai-Li qui faisaient état de traces de communautés extra-muros détruites.

- Comment vous savez ça, chef ?

- Il vaut mieux pas que tu ne le saches.

- Oui, chef. Merci.

- Du coup, depuis, l'état ne veut plus d'exil. Il a peur que cela puisse causer des troubles. Pense à nouveau, Rossfelt."

De derrière un tronc, Mikail avait tout entendu. Il avait réussi à s'échapper rapidement de son escorte, plus par jeu que par crime, et venait d'assister à une révélation qui l'intrigua profondément.

Une partie de ses frères d'armes, peut-être encore en vie derrière les murs... Il avait envie d'y croire. Sincèrement. Mais alors, comment cela ce faisait-il qu'au cours de toutes ses excursions, il n'avait pas vu de traces de ces communautés ? Il avait bien vu de vieux hameaux, certes, mais ceux-ci étaient bien trop anciens pour avoir été habités dans les dernières années. Peut-être vivaient-ils en souterrains. Où peut-être que le monde extérieur était tout simplement trop vaste pour qu'ils se croisent...

Mais maintenant qu'il y pensait, il avait trouvé un objet étrange en dehors de ces murs. Le livre d'histoire qu'il avait ramassé dans la même expédition. Pourquoi un livre sur l'histoire des murs se trouverait en dehors de ceux-ci et, qui plus est, au Nord ? Personne ne partait au Nord. Pas même les bataillons. Il n'y avait rien là-bas, à part peut-être la terre natale des Nordiques.

Le gosse faisait-il lui-même partie de cette communauté ? Peut-être qu'ils avaient trouvé le moyen de se cacher dans des titans. Non, c'était complètement absurde : personne ne pourrait faire ça.

Aussi, qui était ce mystérieux Dai-Li ?

En une journée, tout son monde était remis en question.

Il décida d'arrêter de se triturer les méninges. Il devait à tout prix éviter de comparaître au tribunal et parler au Major Smith et au Caporal Zoe. Pour cela, il devrait convaincre le Boiteux de le laisser partir.

Il s'éloigna des deux silhouettes masculines et alla dans l'animalerie où le cocher finissait de changer ses chevaux. Là, il vit sur deux perchoirs des faucons qui avaient été dressés pour transporter le courrier. Malheureusement, Mikail n'avait pas de quoi écrire, et dû se détourner d'une solution qui eût été fort pratique. Il chercha encore, mais ne trouva rien qui puisse lui permettre de s'échapper ou bien de contacter les bataillons.

Il aurait bien pris un bâton volant pour s'enfuir, mais depuis qu'il envisageait la possibilité que le jeune homme soit un maître exilé, il ne pouvait se résoudre à l'abandonner.

Il n'avait pas le choix. S'il ne pouvait pas s'enfuir cette fois-ci, il le pourrait sûrement plus tard. Tout n'était qu'une question de patience. Il retourna à la voiture où il retrouva le soldat auquel il avait faussé compagnie qui s'apprêtait à lancer des recherches pour le retrouver. Rapidement, tout le monde les rejoint et, une fois réinstallés dans le convoi et Mikail menotté à la portière, ils s'en allèrent toujours plus au Sud vers les districts Royaux de la capitale.

Le voyage,qui n'était plus très long, se déroula sans anicroches, tant et si bien que presque tous s'endormirent en un éclair.

Ils arrivèrent au final aux portes du mur Sina et du cercle supérieur ainsi que des quartiers royaux dans le plus grand calme. La garde de nuit n'était pas très présente, et Mikail se dit que n'importe qui pourrait très bien immigrer clandestinement dans Sina. La voiture attendit que la lourde porte se soulève et pénétra dans l'enceinte.

Les deux seuls éveillés étaient Nile et Mikail.

"-Arnaldssen.

- Oui ?

- Si je te livre aux autorités et que je fais mon rapport, je te mène à une mort certaine.

- J'avais compris.

- Donc on va faire autrement.

- Continue.

- Dans Sina, il y a une base pour les bataillons. Tu y iras avec mon bâton volant.

- Comme ça vous serez tous emprisonnés pour complicité. J'aime bien.

- On aura qu'à dire qu'on s'est tous endormis sauf moi, et que tu m'as assommé pour t'enfuir. Au pire, on nous enverra dans un stage de formation. Mais ça ne devrait pas arriver.

- Pourquoi ?

- Dans cette base est actuellement en transit l'escouade du caporal Livaï. Il t'amènera à Erwin. S'il ne t'as pas plumé avant. Si tu arrives au plus vite à contacter Erwin, il pourra t'éviter un procès et me sera redevable. Et pour se racheter, il s'arrangera pour que l'on ne comparaisse pas.

- Pas mal. Et pour le gosse ?

- Pareil.

- Pardon ?"

C'était impossible. Il ne pourrait pas porter une charge comme ça sur un de leurs frêles bâtons.

"- Tu vas me dire que tu ne l'avais pas senti ? En tant que maître de l'air, il peut sûrement voler lui aussi.

- Certes..."

Un maître de l'eau. Un maître de l'air. C'était impossible. Il ne pouvait pas être les deux, à moins d'avoir suivi la même formation que Mikail. Et encore, à son âge, le soldat était incapable de voler. Mais Nile étant un vrai maître de l'air, il pouvait sentir que l'enfant en était un lui aussi, tout comme Mikail avait pu détecter, certes après que les sens affutés de Gretche le lui aient rappelé, qu'il était un maître de l'eau. Aussi invraisemblable que cela puisse être, cet enfant devait être un maître de l'air et un maître de l'eau.

Il était encore trop jeune. Il s'écraserait en moins de deux si on lui donnait un bâton volant.

Mais Nile semblait avoir pleinement confiance en ses capacités.

Mikail le soutiendrait avec un peu de maîtrise. Mais cela déstabiliserait encore une fois son vol et, avec la fatigue qui le gagnait, il n'était pas sur de pouvoir lui assurer un vol sécurisé tout du long. Et s'il tombait, cela lui serait fatal.

"-Arnaldssen. Si tu veux partir, c'est maintenant. Avant que je change d'avis."

Nile s'approcha et défit ses menottes. Mikail s'empara de deux bâtons et en posa un devant l'enfant immobile. Pour plus de réalisme, il proposa d'assommer le capitaine. Celui-ci refusa, mais Mikail ne lui laissait pas le choix. Il le tapa du bout de son bâton, presque en souvenir du bon vieux temps. Il reprit le bâton qu'il avait posé à terre et, à tout hasard, le tendit à son compagnon.

Celui-ci le prit et se leva. Mikail en fut intensément surpris et se retint de partir avant lui. L'enfant, laissant tomber ses couvertures et toujours aussi nu, prit les devants et, doublant Mikail sur le pas de la portière, déploya instinctivement le bâton et sauta, volant à ras de terre.

Mikail était ahuri. Ce gosse volait, et il volait bien. Bien mieux que Nile. Et en volant près du sol, il restait furtif. Comme Mikail l'avait appris.

Cet enfant était définitivement plein de surprises.

Mikail reprit les devants, les conduisant à la base, située à l'Est de leur position actuelle.

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Les lumières étaient presque toutes éteintes dans la base. Les draps pendaient aux fenêtres, preuve du passage du caporal-chef. Mikail se souvenait vaguement des visages des sous-fifres de Livaï, mais savait que parmi eux il y avait une femme et trois hommes. C'était la femme qui était de garde lorsqu'il arriva. Voyant le corps nu de l'enfant, elle sauta du toit d'où elle se tenait et, plantant ses câbles près d'une fenêtre, attrapa dans sa descente un drap qu'elle s'empressa d'enrouler autour du bambin. Elle connaissait vraisemblablement la réputation du soldat, vu que pas un instant elle ne sépara sa main gauche de ses fourreaux.

Il lui demanda son nom et elle lui répondit qu'elle s'appelait Petra.

Mikail se souvint que c'était elle qui était tombée sous le charme du caporal, charme qui était vraiment difficile à trouver. Mikail le surnommait au début le Nain et chercha rapidement à le provoquer pour lui montrer sa supériorité physique, mais il s'avéra très vite que leurs aptitudes au combat étaient égales. La recrue taciturne ne possédant pas le caractère du blond, celui-ci commençait déjà à monter dans les échelons des bataillons et devint très vite son supérieur hiérarchique non direct, se rangeant dans la catégorie des rares personnes que Mikail respectait.

Petra s'en alla d'abord réveiller un de ses collègues afin qu'il prenne la relève, puis elle prépara un lit pour l'enfant que Mikail dut border, celui-ci s'étant endormi aussitôt que son échine entra en contact avec le matelas. Ensuite, elle le mena dans les étages supérieurs de la base où se trouvait la chambre de Livaï pour que lui et Mikaïl puissent s'entretenir et discuter, comme l'avait demandé le soldat à la jeune femme sans plus donner de détails.

Il poussa la porte qui grinça sur ses gonds, et pénétra dans la pièce faiblement éclairée à la lanterne, dans laquelle Livaï prenait un thé noir, comme à l'accoutumée. Ses petits yeux perçants regardaient par la fenêtre, et il ne se retint pas de marquer à quel point ça le gênait d'être dérangé.

Mikail n'en avait cure et s'excusa rapidement par pure formalité, tirant au passage la chaise de bureau sur laquelle il s'assit, coudes contre les genoux, mains sur le cou. Livaï croisa les jambes et commença à lui adresser la parole alors que Petra venait à peine de quitter la chambre.

Ils conversèrent une heure, pendant laquelle Livaï ne se retint pas de réprimander "cette grosse merde puante que tu es" et Mikaïl se retint de lui sauter au cou. Au final, il fut décidé que tous partiraient le lendemain avec l'escouade de Livaï pour le sud du mur Rose, dans la base où se trouvaient les nouvelles recrues pour s'entraîner, celle-là même ou logeait Erwin, parti en quête de fonds pour financer ses expéditions. N'ayant été promu chef que très récemment, celui-ci avait un mal fou à soulever des financements pour la deuxième expédition qu'il souhaitait mener vers une forêt d'arbres géants, afin de pouvoir créer une base extra-muros tout en étant à l'abri des titans au sommet des conifères géants.

Mikail retourna dans la chambre de l'enfant et vit qu'un lit voisin avait été préparé, sûrement à son attention. Il se vautra dedans, épuisé par sa trop longue journée. Il jeta un rapide coup d'œil à ses côtés pour inspecter l'état de l'enfant et ne voyant rien de suspect, il s'endormit, porté par un courant d'air doux et léger.

o

"- Petra ?

- Qu'est-ce qu'il y a, Erd ?"

Une fois qu'elle eut fini d'escorter le grand blond menaçant, elle retourna sur le toit, reprendre la garde qu'elle avait laissé à son camarade. Ils avaient rapidement parlé, évoquant les deux nouveaux arrivants, quand le jeune Erd fut intrigué.

"- Ils sont arrivés ici comment, tu dis ?

- Par bâtons volants.

- Tu en es sûre ?

- Oui. Je les ai vus, c'était une partie de l'équipement des brigades aériennes.

- Il y a un problème, alors.

- Quoi donc ?

- Il y a un maître du feu dans ce bâtiment."


Bref, me revoilà ! J'espère que vous avez apprécié ce chapitre, auquel cas, je vous prierai de laisser une rewiew !

Parlons de mon absence. Vous n'êtes pas sans savoir que nous étions en période de grandes vacances, et donc, inévitablement, j'ai dû m'enfuir loin du wifi pendant un mois, et j'en suis sincèrement désolé. Et là, vous vous dites : "mais pendant ces trois mois, t'as sûrement dû prendre de l'avance sur la rédaction de ta fic !". Et là, je vous dis non. Tout d'abord, je n'ai pas eu accès à un ordinateur et de quoi écrire pendant les 15 premiers jours d'Août. Ensuite, pendant les quinze jours restants, j'ai eu beaucoup de projets sur lesquels j'ai dû m'atteler : du dessin, des recherches, une autre fic, une vie sociale, un article de journal... Bref, je n'ai absolument pas pris d'avance sur Modern Tales. Et je suis incapable de vous confirmer quelle sera la fréquence de publication des prochains chapitres lors de la période scolaire. En effet, mon rythme actuel était :"j'écris tout en deux trois jours et je me relis pendant 2-3 semaines". Et bien maintenant je ne sais pas du tout si je pourrais faire ça.

Parlons maintenant de ce chapitre en lui-même. Je trouve qu'il présente beaucoup d'interactions entre persos. Et ça me contrarie, parce que d'habitude, je mets beaucoup plus d'introspection que je n'en ais mis ici. Et j'aimais bien, moi, faire de l'introspection ! En conséquence, je trouve ce chapitre assez vide et peu développé. Et pourtant, il fait 5K+ mots. Alors j'ai dû m'arrêter là. Pour Nile, je me suis dit que je partais un peu dans du OOC, mais pour être honnête, je pense que sa personnalité pourrait être changée par sa maîtrise de l'air. Ensuite, pour Rossfelt, vu que c'est un perso que je ne compte pas faire revenir dans l'intrigue, je le développe un peu ici pour que vous puissiez mieux comprendre ses réactions : Ce serait un enfant adopté dont le père était un maître de l'eau; S'en rendant compte, il l'aurait dénoncé, mais aurait vu Les agissements du Dai-Li lors de l'arrestation de celui-ci et de son exécution. En conséquence, il fut choqué et chercha à gagner de l'autorité pour mieux gérer les situations administratives et politiques que le gouvernement actuel. Nile, s'en rendant compte lorsqu'il accède aux brigades spéciales, le prend sous son aile et l'aide à développer ses qualités de leader puis de politicien, tout en se préparant à lui léguer sa place de chef d'escouade, se sachant près à accéder au commandement des brigades spéciales. Enfin, à propos de la théorie de l'exil, c'est juste un truc qui m'est venu comme ça, en deux secondes ^^' mais elle m'a permis d'expliquer pas mal d'éléments de mon intrigue, donc j'en suis content ! Mais ne vous attendez pas à ce qu'elle soit plus développée ici, encore une fois, c'est juste un truc que j'ai mis en vrac dans ma fic parce que je ne savais plus comment je pourrais déboucher sur la fin que je voulais. J'espère aussi que vous appréciez le cliffhanger, et, si vous ne le comprenez pas, sachez que je compte faire de Erd un maître du feu.

Puis finissons par le futur de cette fic. Comme dit précédemment, je ne sais pas quand le livre 1 finira. Une chose est sûre : Je sais exactement comment je veux le finir et, pour m'y amener, il me faudra encore à peu près 8 chapitres, voire plus. Après ça, je m'affairerai à écrire une traduction en anglais, puis je publierai en attendant une autre fic, des OS en recueil, dont le nom serait Pensées citadines, nocturnes et nihilistes. Bref, je ne vous en dis pas plus, mais sachez que le livre 2 mettra encore un bon bout de temps à arriver !

Voilà, sur ce blabla que je sentais nécessaire, je vous laisse ! Si ce chapitre vous a plu, n'hésitez pas à reviewer, et allez lire mes autres fics si mon écriture vous intéresse ! Sur, ce salut !

ShinyZancrow.