Hello à vous ! Oui, je poste bien évidemment en avance, que voulez-vous ? Quand on est complètement impatiente et qu'on est incapable d'attendre soi-même de poster, ce sont des choses qui arrivent ! Dans quelques heures, il sera minuit, donc je n'ai aucun remord quant à vous présenter ce premier chapitre ! Je vous souhaite donc une bonne lecture en espérant que cela vous plaise !
Je vous embrasse et à mercredi prochain !
Elle observait son assiette. Malgré qu'elle mangeait, elle restait souvent dans cette position, le visage presque dans les aliments et le regard vide, comme si elle n'observait rien. Involontairement, un coup de coude la réveillait de son rêve et elle se décidait alors de continuer de manger. En même temps, incapable de manger le dessert, soit des sucettes et autres morceaux de gâteau fort appétissants, les bâtonnets sucrés furent glissés dans sa poche. Elle les dégusterait plus tard. Ses longs ongles blancs se faufilèrent dans ses cheveux, qu'elle puisse gratter son cuir chevelu de manière lente, pratiquement endormie. Ses doigts y restèrent coincés un instant, perdus dans les nœuds dans cette chevelure épaisse et noire négligemment bouclée. Sa main libre, fine dévoilant de fortes veines visibles se déplaçait pour secourir l'autre non sans délicatesse. Ses yeux se plissèrent une petite seconde sous l'effet d'une certaine douleur. D'une oreille, elle écoutait le discours long et sans importance du professeur Dippet. Toutes les années c'était pareil. À chaque rentrée de classe. Silencieusement, son souffle exaspéré s'expulsait par le nez. Bientôt, les bancs se vidèrent, les élèves enfin prêts à aller se coucher, les nouveaux de première année dirigés par les préfets. Cependant, elle, elle avait autre chose à faire que de dormir. La bibliothèque était son refuge. C'est dans cette direction qu'elle montait les escaliers, invisible, se faufilant entre les élèves qui faisaient une tête en plus qu'elle.
Il en avait que faire de ces petits nouveaux. Les enfants étaient chétifs, peureux. Il haïssait l'innocence qu'ils portaient dans leur regard et pourtant, il était le préfet des Serpentards. Ce statut lui facilitait les choses, tout le monde le respectait, par peur ou par admiration. Il était craint, respecté et admiré. Il ne demandait rien de plus. Il avait à peine touché son assiette, les yeux de cette teinte orage transperçant faisant le tour de la pièce gigantesque qu'était la Grande Salle. Au travers des deux tables qui les séparaient, autrement dit, celle des Gryffondors et des Pouffsouffles, il l'aperçut. Elle semblait si invisible que personne à la table des bleus et bronzes n'y avaient fait attention. Pourquoi son regard venait-il de tomber sur elle ? Un de ses compères venait sans faire exprès de lui donner un coup de coude et cela ne semblait ne l'avoir saisi que très légèrement. Il ne s'était même pas excusé, il semblait même ne pas avoir fait attention à ce qu'il venait de heurter. Un léger haussement de sourcil de la part du Serpentard se formait sur son visage au teint laiteux et inexpressif. Bientôt, il ferait comme tout le monde, il l'oublierait. De toute façon, à part ses petits pions, il ne s'intéressait pas aux autres. Il pensait plus à sa petite personne, à cette vengeance qui le consumait. Il pouvait être effrayant et inspirait la peur, son air glacial quasi permanent sur le visage. Il avait déjà entamé son ascension, discrètement, silencieusement. Il n'avait pratiquement plus rien d'humain en lui. Il insufflait les ténèbres autour de lui, il n'avait rien à voir d'une personne de confiance. Mais il n'avait rien à voir avec son apparence. Il jouait avec les mots, il charmait tel un serpent ses proies et en général, il obtenait toujours ce qu'il désirait. C'était dangereux de tomber sous son charme. Les filles, il y en avait assez pour lui courir après. Ce n'était pas important pour lui.
Il aidait les petits nouveaux à s'installer, à découvrir l'endroit, puis une fois son travail fait, il partait pour ses rondes tardives. Un bien joli prétexte pour aller à la bibliothèque. Le couvre-feu avait été dépassé, plus personne ne rodait dans les couloirs. Le silence, secoué par moments des crépitements des torches du couloir. Son regard seulement illuminé par ces torches se percevait comme celui d'un serpent, une lueur démente dans le fond de ses iris orage. Mais son regard changeait de perspective, alors qu'un fantôme l'interpella en sortant de la bibliothèque.
« Vous êtes préfet, vous allez m'aider ! S'il vous plaît. »
« Que vous arrive-t-il donc ? »
Un ton froid et calme. Il aurait été presque apaisant si cette voix masculine sûre d'elle ne lui appartenait pas. Cependant, le fantôme n'y prêtait pas grande attention. Allait-il encore devoir s'occuper de petits rebelles qui veulent à tout prix entrer dans la réserve ? Consternant, vraiment.
« J'ai beau lui dire qu'à force de monter sur les étagères pour aller s'y installer, elle finira comme moi, mais elle ne m'écoute pas ! C'est une jeune fille têtue et aussi lointains sont mes souvenirs d'elle ici, elle ne fait que lire sur les étagères. Vous pourriez aller lui demander de descendre, j'ai peur pour elle… »
Il haussait un sourcil. Il y avait quelqu'un dans la bibliothèque et il ne s'en était jamais aperçu ? Une frustration naissait en lui. Et si elle savait tout, qu'elle l'avait déjà vu traîner par ici et qu'elle avait compris ce qu'il faisait toujours là… ? Il devrait régler cette histoire et vite. Avec un sourire qui se voulait rassurant, il répondit au fantôme.
« Je vais m'en occuper. Vous pouvez retourner à vos occupations. »
« Merci, mon garçon ! »
« De rien. »
Le fantôme disparaissait rapidement et le regard du Serpentard auparavant rassurant se transformait. Malsain, frustré, en colère. Il allait s'occuper d'elle, soigneusement. Il s'avançait de la porte, quelques pas suffit, il la franchissait en glissant dans l'entrebâillement. Il observait autour de lui, cette pièce si calme qui sentait le parchemin et le bois. La lumière blanchâtre de la lune envahissait la pièce, mais cela ne lui procurait pas autant de sérénité qu'auparavant. Le regard noir et les mains crispées, il s'avançait le long du chemin central, observant tout au-dessus des étagères. Comment pouvait-on y monter ? Les étagères donnaient simplement l'effet de toucher le plafond, alors comment était-ce possible ? Soit elle devait être petite et elle ne devait pas avoir le vertige, soit elle était tout simplement inconsciente. Les trois.
Il l'aperçut enfin. Les jambes croisées et suspendues dans le vide, ses mains fines aux longs doigts soutenant un livre dix fois trop gros. Il ne voyait d'ailleurs pas son visage, mais il estimait que pour sa taille, elle devait être une troisième ou quatrième année. Pas plus. Il était prêt à la massacrée. Sortir sa baguette et en finir aussi radicalement que possible. Mais il devait garder contrôle de soi, rien n'était certain. Il croisait les bras sur sa poitrine et s'adossait à l'étagère.
« Je ne pensais pas qu'on puisse grimper sur ces étagères… Que fais-tu là, alors que tu devrais être au lit depuis un moment ? »
Aucune réponse. Le silence se fit pesant, et le préfet commençait à manquer cruellement de patience. Un bruit de feuille de livre se froissait, comme si elle venait de tourner la page. C'était bien trop de patience pour lui. Sur un ton qui se voulait plus autoritaire, mais qui laissa transparaître sa perte de patience, il renchérit.
« Si tu ne descends pas immédiatement, je serais dans l'obligation de demander à un professeur de venir te descendre à ma place. »
Sèchement, ces mots ne l'atteignirent pas immédiatement. Pour ensuite entendre un râle.
« Je suppose que c'est Abel Longdorth qui t'a interpellé. Ce fantôme s'inquiète toujours pour un rien. Je ne risque pas de tomber, retourne à ta ronde, préfet. »
Sa voix n'avait absolument rien de… féminin. Elle semblait caverneuse, étrangement froide et sans animosité. Comme quelqu'un d'endormi. Un ton blasé comme il en connaissait peu. Cependant, elle ne s'était pas attardée sur la menace qu'il venait de lui annoncer. C'était d'ailleurs, une fille ou un garçon ? Selon les dires de son uniforme et de ce que le fantôme de la bibliothèque lui disait, mais… sa voix ne concordait absolument pas. Ou quoi que…
« Et je ne descendrai pas d'ici. Même si tu as des droits que je ne possède pas, personne n'est jamais venu me demander de stopper mes actes nocturnes. Et même si ce soir était le cas, je reviendrais et tu ne pourrais pas m'y en empêcher. »
Faible, mais présente, elle semblait bien plus décontractée, ce qui laissait percevoir dans sa voix toujours aussi blasée, une note fluide et cristalline. Mais elle était si légère qu'il fallait être doté d'une ouïe fine et alerte. Honnêtement, il allait perdre ses moyens si elle ne lui obéissait pas. On ne lui faisait pas front, jamais. On se pliait à lui et ses menaces, c'était tout. D'un coup de baguette, le livre s'expulsait des mains de la demoiselle et partait percuter l'étagère d'en face. Menaçant, il levait sa baguette vers elle.
« Descends. Maintenant. »
Elle tournait la tête vers lui, l'observant de ses yeux verts déteints, ses cernes lui dévorant le peu de beauté qu'elle possédait. Elle paraissait peu ''potable'', ses cheveux en batailles, remplis de nœuds qui semblait-il, étaient impossibles à démêler. Elle restait comme ça, à l'observer, un grand bâton de sucette dans la bouche. Voilà, ils étaient sur le point de se défier du regard. Ou pas, ils se défiaient à l'instant même où leurs regards s'étaient croisés. Il pointait toujours sa baguette vers elle et cela n'avait même pas l'air de lui faire peur. Elle soupirait silencieusement, retirant de sa bouche le bâtonnet. Lentement, elle se mouvait et descendait de l'étagère. Mais lui n'allait pas attendre qu'elle descende. À mi-chemin du sol et d'un coup de baguette, il lui faisait perdre l'équilibre et son corps heurtait violemment le sol. Il s'approchait d'elle, lentement comme un serpent sur sa proie. Elle se relevait douloureusement sur ses coudes. Arrivé face à elle, il l'observait, hautain.
« Et la prochaine fois que je te croiserai, ici à cette heure, attends-toi à pire. »
Elle relevait le visage sur lui, une légère pointe de peur dans son regard. Qu'il adorait ça, qu'on le craint, qu'on en pleure de peur. Limite, si elle se pissait dessus, cela le ferait jubiler. Mais cette fille semblait n'avoir aucun point de réalité, sauf la douleur qui venait d'ouvrir à moitié ses yeux presque clos. Difficilement, elle se relevait étouffant un râle de douleur. C'était son dos qui allait en subir les frais. Elle ne s'époussetait même pas la jupe, ni le reste de son uniforme. Elle dépassait le préfet en vitesse et s'enfuit de l'endroit.
Satisfait de sa menace, il reprenait sa route. Mais il avait oublié une chose que le fantôme avait dite : elle était têtue.
