Le mois de juin se terminait laissant les élèves profiter du temps restant pour préparer leurs valises.

Assise à table dans son éternelle léthargie, Charlotte patientait l'arrivée de ses frères. Elle n'avait même pas entendu celui qui venait s'installer face à elle.

« Charlotte… »

Un ton froid, sombre, comme le venin d'un serpent qui tuait lentement. Elle ouvrait les yeux, pour dévoiler des iris lumineuses et endormies. Son regard était de plus en plus expressif. Son expression faciale ne disait rien, mais tout pouvait se lire dans ce vert déteint par ces années de somnolence. Pourquoi d'ailleurs ? Non pas qu'il s'inquiétait sur le sujet, il était juste piqué d'une curiosité malsaine pour elle. Charlotte ne se confiait pas, lui non plus, mais leurs silences le dérangeait quelques fois.

Elle ne s'attendait pas à ce qu'il lui souhaite de bonnes vacances, ni qu'il lui dise qu'il l'aime et qu'elle lui manquerait. Il l'avait bien prévenue qu'elle ne devrait en aucun cas lui envoyer des lettres. Elle pensait qu'il voulait simplement la regarder. Aucun échange n'aurait pu être aussi symbolique à ses yeux que celui qu'ils avaient en ce moment.

Depuis qu'ils étaient officiellement ensemble, les choses changeaient pour elle. Elle avait rencontré certains des camarades que Tom côtoyait, elle apprenait chaque jour un peu plus de lui, comment il se comportait avec les autres et sa manière d'être avec elle ne lui faisait plus peur. Au contraire, elle se sentait à présent en sécurité.

Ils furent interrompus par la venue de Charles et Aaren, prêts à prendre le train. Ils se séparèrent dans le train, sans rien se dire, sans rien s'avouer.

Les proches des deux tourtereaux disaient souvent que c'était une relation instable et étrange. Qu'il n'y avait pas vraiment d'amour parce que soit-disant "ils devaient se tenir la main, s'embrasser, se coller". Mais il n'en était rien de tout cela. Et d'autres se demandaient comment Tom pouvait être avec une fille comme Charlotte.

Installés dans la cabine, le trio fraternel se laissait aller, pouvoir se reposer durant le chemin. Une tête familière traversait le couloir, croisant son regard avec celui de la Serdaigle. Il l'évitait aussitôt, son cœur tordu de douleur.

Kennel était encore rongé de remords et n'avait pas réussi à s'excuser. Ils s'évitaient de la sorte. Elle ne pouvait pas le pardonner.

Le trajet fut long, mais récupérateur. Charlotte avait réussi à se reposer, ce qui lui était plus agréable pour tenir debout et résister au transplanage. Elle n'y arrivait pas toujours, pourvu que cette fois tout se passe bien.

La mère Lindon attendait déjà sur le quai, prête à les faire transplaner jusqu'au manoir. Elle les embrassait et les emportait jusque leur demeure. Les elfes de maison se chargeaient des valises tandis que les enfants et la mère se posaient dans le salon.

« Comment vont mes enfants ? J'ai reçu vos points, je suis fière de vous ! »

« Moi ça va ! » répondit Aaren, jouant avec ses pieds et relativement joyeux.

« J'ai eu du mal cette année, mais j'avoue ne m'en être pas trop mal sorti. » répondit Charles sur un ton enthousiaste.

La mère des enfants se tournait vers Charlotte, qui avait les yeux baissés, blanche, plus que d'habitude du voyage en transplanant.

« Quant à toi. Je suis tellement fière de ce que tu as accompli. Ton père va être fier. »

Le père va être fier ? Étonnant. Non, Mère disait cela pour l'encourager et avoir de l'espoir, c'était tout. Charlotte le faisait certes pour qu'il la remarque, mais il ne sera aucunement prêt à dire de vive voix qu'il était fier de sa gamine.

« Merci mère. »

Elle les laissait vaquer à leurs occupations, Charlotte la première à se diriger vers sa chambre pour s'y reposer.

Le soir était venu, le repas venait d'être servit lorsque le père Lindon entrait dans la salle à manger et s'installer à table. Un homme grand aux épaules larges. Un homme au masque rude, aux cheveux noirs et une élégante moustache toujours bien taillée. Ses grandes mains fortes se posaient sur la table, agrippant les couverts pour commencer à manger.

« Alors mes fils, cette année aurait été tumultueuse ? »

Sa voix forte ressemblait presque à celle de Charlotte. C'était d'une étrangeté ahurissante. Elle n'aurait pas un côté féminin, quelques années plus tard et elle aurait ressemblé à celle du père.

« À cause du fils Carpenter ? Oh certainement. »

« Charlotte devrait se défendre seule de temps en temps, n'est-ce pas, fille ? »

Elle baisse les yeux, plongeant dans son assiette.

« C'est un véritable dilemme à présent. Le contrat passé entre toi et Kennel est rompu. Que vas-tu faire pour arranger cela ? »

« Oh mais elle a quelqu'un ! Il se nomme Tom Riddle ! »

« Fait-il partie d'une bonne famille ? »

Les enfants muaient dans le silence intégral. Visiblement, le père fut plus irrité, sa voix devenant plus grave.

« Alors ?! »

« Il est à Serpentard, Père. »

L'homme écarquilla les yeux, les transformant en billes d'Émeraude enflammés.

« Comment peux-tu te lier avec un Serpentard ? Je n'ai même jamais entendu parlé de cette famille ! Est-ce pour lui que tu as décidé de lâcher le contrat trat entre toi et le fils Carpenter ?! »

Elle serrait son couvert, son cœur encore une fois transpercé. Son père n'avait aucune considération pour Charlotte, il préférait ses fils plutôt que la frêle petite fille qui était née certes la première, mais avait causé quelques petits soucis étant bébé.

« Kennel-... »

« Ne me dis rien, car tu as gâché tout un lien juste par caprice ! »

« Chéri… »

« Non ! C'est faux ! »

Elle avait tapé du poing sur la table, se relevant à toute vitesse. La colère se lisait sur son visage, les larmes noyaient ses yeux.

« Oses-tu ? »

« Kennel ne me supportait pas ! C'est un garçon sans cœur qui n'a pas hésité à me rabaisser ! Vous ne comprenez rien ! Vous êtes aveugle, persuadé que je n'arriverais jamais à être à votre hauteur ! Tout ce que je fais, c'est pour vous rendre fier, vous prouver que je suis utile ! Mais non ! Rien n'est à votre goût, je ne serais jamais qu'une fille ! »

Les personnes autour de cette table s'étaient rendus silencieux, le plus jeune pleurant en silence. Cette ambiance avait tout gâché. Il avait tout gâché. Elle quittait la table et la pièce pour rejoindre sa chambre, en larmes.

De bonnes vacances… ?