J'ai raté un évènement.
Il est dix heures lorsque je me lève de mon lit. Voici une nouvelle journée qui débute pour les habitants d'Haruville et pour moi-même. Tout en prenant mon bol de café en étant installé autour de la table de la cuisine, je me demande si ce jour sera aussi problématique que celui de la ville. Si c'est le cas, j'aurais encore le droit à une histoire sur le karma de la part de Kabuki. Alors que j'avale les dernières gorgées se trouvant dans mon bol, j'entends qu'on frappe contre la porte d'entrée. Très vite, je pose le récipient sur ma table en bois et tourne ma tête en direction de l'issue.
- Qui cela peut-il être ?
Curieux, je descends de ma chaise pastèque et je vais me poster devant la porte que j'ouvre aussitôt. Là, je vois Antoine qui se tient devant moi, une lettre dans l'une de ses ailes.
- Bonjour Antoine.
- Bonjour Jaysher. Excuse-moi de te déranger mais j'ai une lettre à te remettre.
- Merci.
Alors que l'albatros coiffé d'un chapeau bleu à visière me remet l'enveloppe, je regarde le sac marron qu'il tient en bandoulière et constate que sa tournée ne fait que commencer à cause des nombreuses lettres qui se trouvent dans sa besace. Alors que je promène mon regard sur l'enveloppe que je tiens dans mes mains, je suis surpris de voir qu'Antoine est toujours là. Aussitôt, je lève mes yeux afin de croiser son regard et je constate qu'il semble embêté.
- Un souci monsieur le facteur ?
- Oui et non. Tu ne sais pas si j'ai loupé un évènement ?
- Un évènement ? De quel genre ?
- Ben justement, je ne le sais pas du tout. J'ai beau cherché dans ma tête et j'ai l'impression d'avoir raté un truc mais je ne me souviens pas de quoi.
- Désolé Antoine. Même si j'aimerai t'aider, tu devrais savoir que je suis parmi vous depuis moins d'une semaine. Si tu as loupé quelque chose, ce n'est pas à moi de te le dire mais un autre habitant. D'ailleurs, pourquoi ne pas poser la question à l'un d'entre eux ?
- C'est une très bonne idée. Merci beaucoup Jaysher.
- A ton service.
Rapidement, Antoine déploie ses ailes blanches et prend son envol pour se rendre chez l'un de mes voisins dont la maison se trouve un peu plus loin. Pendant ce temps, je ferme la porte d'entrée et retourne auprès de ma table sur laquelle je dépose la lettre. Cette dernière me venant de ma mère, je ne suis pas trop pressé de l'ouvrir car je sais de suite de quoi elle va me parler. A mon avis, mon père aura encore fait une bourde dans la semaine passée et connaissant celle qui m'a mise au monde, je suis persuadé qu'elle s'est faite une joie de tout me raconter. Il faut croire qu'elle tient absolument à ce que je sache tout ce qui passe à la maison, ce que je trouve adorable par la même occasion.
