Art traditionnel.

Un autre matin, je passais devant la maison de Kabuki tout en tenant mon filet à papillon dans une main lorsqu'un chant étrange venant de l'habitation attira mon attention. Curieux, je m'approche de la bâtisse et risque un œil par le biais de l'une des nombreuses fenêtres et là, je vis Kabuki dans un kimono et agenouillé sur le sol. Pas très loin de ses genoux repose un tapis aux motifs colorés et au centre de celui-ci se situe une théière posée sur un petit gaz.

- Il me fait quoi encore ?

Bien sûr, j'ai veillé à prononcer cette phrase à voix basse tandis que l'habitant soulève le couvercle de la théière afin de remuer son contenu avec une louche en bois. A ce moment, je comprends que Kabuki est en train de procéder à une cérémonie du thé et comme j'aime particulièrement cette boisson, l'envie d'y goûter me traverse l'esprit. Vais-je oser toquer à sa porte afin d'imposer ma présence ? Allez, soyons fous. Aussitôt, je quitte sa fenêtre pour me placer devant l'entrée.

Là, je donne une série de coups contre la porte et j'attends patiemment qu'on vienne m'ouvrir. Lorsque l'issue se fait béante sur le visage de Kabuki, je souris en inventant une excuse bidon sur la raison de ma présence.

- Bonjour Kabuki, j'espère que je ne te dérange pas trop ?

- Non. Que puis-je pour toi ?

- Ben je faisais un tour dans le coin et comme je voulais prendre de tes nouvelles, je me suis dit qu'une petite visite serait une bonne idée.

- Et je dirais même excellente. J'étais en train de me faire du thé, voudrais-tu en boire une tasse en ma compagnie ?

- Avec plaisir.

Et dès que ma réponse parvient aux oreilles du locataire des murs, celui-ci s'écarte du passage pour me laisser entrer dans sa demeure. Dès que j'y suis, je veille à fermer la porte derrière moi et suis mon hôte qui retourne s'installer devant son tapis. Pour ne pas troubler la bonne séance de l'instant présent, je pose mes genoux sur le sol à mon tour et attend tranquillement que Kabuki me serve une tasse de thé. Celui-ci continue de remuer la boisson chaude au sein de sa théière sans m'accorder le moindre regard.

- On peut dire que tu es très concentré lorsque tu fais ton thé.

- Oui car chaque minute de sa réalisation doit être savourée à sa juste valeur et je ne tiens pas à louper le moindre moment de sa conception.

Tu m'en diras tant mon cher Kabuki. Ensuite, l'animal promène sa main gauche autour de lui et ses doigts heurtent une matière froide et dure. A ce moment, je me rends compte que le villageois avait deux tasses en faïence blanche posées près de lui. Se pourrait-il qu'il attendait une visite pendant sa cérémonie ? Je voudrais lui poser la question mais quelque chose me dit que du silence à la place serait beaucoup mieux. Quelques minutes plus tard, nous savourons chacun de notre côté, ce délicieux thé au jasmin que mon ami avait mit plusieurs minutes à préparer.