Quelle heure est-il ?
Cela fait un moment que j'ai laissé Myrtille à la mairie pour reprendre le cours de ma vie. Marchant en ayant totalement la tête ailleurs suite à ce qui s'est passé dans ce village que je pensais intouchable concernant les actes criminels, je me suis montré un peu surpris quelques minutes plus tard. En effet, mes pas m'ont conduit jusqu'au perchoir et maintenant que j'y suis, autant se prendre quelque chose à boire. Aussitôt, je m'installe sur le premier tabouret et voilà que Robusto s'adresse à moi.
- Bonjour Jaysher, voudrais-tu une tasse de café aujourd'hui ?
- Avec plaisir.
- As-tu un choix en particulier ou tu me laisses faire ?
- Choisis Robusto.
- Très bien.
Peu après, le pigeon pose son chiffon sur sa table de travail ainsi que la tasse qu'il était en train d'essuyer pour en attraper une seconde qui reposait à quelques centimètres plus loin, empilée sur d'autres. Ensuite, il s'empare de la cafetière, verse de la boisson chaude dans le petit récipient en faïence avant de le fait glissé sous mes yeux.
- Voilà. Je te conseille de le boire pendant qu'il est encore chaud.
- Pas de souci.
Je prends la tasse entre mes mains mais rapidement, mon esprit me joue des tours et me refait songer à ce qui s'est passé quelques heures auparavant. Devant mon inaptitude à faire le moindre geste, Robusto s'interroge et cherche à savoir ce qui se passe.
- Tout va bien Jaysher ?
Au son de sa voix, je sors de ma torpeur et décide de lui répondre pour qu'il puisse comprendre l'état dans lequel je suis.
- J'ai retrouvé celle qui a volé les disques de Kéké cet après-midi.
- Celle ?
Je me contente d'hocher positivement de la tête avant de poursuivre.
- C'était Myrtille.
- Myrtille ? Cela m'étonne beaucoup d'elle.
- Et tu n'es pas le seul.
- Pourquoi a-t-elle agit de cette façon ?
- C'était pour développer la réputation de Kéké.
- Je vois… Elle a voulu bien faire et malheureusement, son audace s'est retournée contre sa petite personne. C'est bien triste.
- Oui. Le maire pourrait se montrer clément en lui évitant une sanction exemplaire mais tout va dépendre de ce que Kéké décidera. Après tout, c'est lui la victime dans l'histoire.
- Oui et je t'avoue que ce vol a beaucoup joué sur son moral ces derniers jours.
- Vraiment ?
Robusto acquiesce de la tête avant de reprendre sa tasse et son chiffon pour procéder à l'essuyage.
- Je lui ai passé un petit coup de fil ce matin pour savoir si je pouvais compter sur lui samedi soir et il a décliné mon invitation.
- Kéké déprime ?
- J'en ai bien peur.
Je voudrais faire quelque chose pour l'aider mais j'ignore s'il me reste suffisamment de temps pour agir.
- Dis-moi Robusto, quelle heure est-il ?
L'oiseau tourne sa tête sur sa droite afin de regarder la pendule accrochée au-dessus de la porte de service et replace correctement son visage pour me répondre.
- Dix-huit heures.
