Chapitre 02: Metamorphose
Si dans les environs de Poudlard le temps était estival, c'était loin d'être le cas dans la banlieue londonienne où Severus atterrit. Le ciel était couvert, de nombreux nuages sombres s'amoncelant au-dessus des petits pavillons. Le tonnerre retentissait, accompagné par de fortes bourrasques de vent qui faisaient violement voler sa robe de sorcier autour de ses chevilles. Il sentait l'électricité statique qui s'accumulait dans l'air et le maître de potion ne pouvait s'empêcher de frissonner à ce contact. La météo ici n'avait rien de naturelle et cela ne présageait rien de bon. La magie était à l'œuvre dans l'orage qui se préparait à éclater.
Il savait exactement où il venait d'arriver : Privet Drive, le lieu de résidence de Harry Potter. Il aurait dû se douter que le gamin qui, décidemment, ne faisait rien comme personne, allait se mettre dans les ennuis. Et, par la même occasion, lui aussi, enfin eux devrait-il dire maintenant, et cela ne l'enchantait pas. Les siens n'avaient pas traversé les siècles pour se retrouver placés sur le devant de la scène par un gosse livré à lui-même.
Alors que de grosses gouttes de pluie commençaient à tomber, il se mit nerveusement en marche vers la maison du garçon. D'un geste de la main, il s'assura qu'un sort le protégerait des regards curieux des passants et des habitants du quartier. Les rares qui le remarquaient en cette fin de matinée oublieraient vite sa présence et, même si on les interrogeait, aucun d'entre eux ne se souviendrait de l'avoir ne serait-ce qu'aperçu dans la rue.
Sans perdre de temps, il se présenta devant le pavillon portant le numéro 4 et, sans prendre la peine de frapper, il entra pour trouver une maison vide. Severus fronça les sourcils et s'avança dans un couloir qui le conduisit à visiter tout le rez-de-chaussée sans qu'il ne rencontre une seule âme qui vive.
La pulsation sous sa robe de sorcier lui certifiait pourtant que l'adolescent ne devait pas se trouver loin. Avisant un escalier, il monta à l'étage. Où étaient les membres de la famille de Potter ? Bien qu'il s'agisse de la fin de la matinée, Severus trouvait étrange qu'ils aient laissé Harry seul dans la maison. Peut-être s'étaient-ils absentés pour la journée ?
Arrivé sur le palier, il remarqua une pièce verrouillée par de nombreux cadenas et d'où provenait un halo de lumière bleu. D'un geste de la main et d'un sort informulé, il fit tomber les sécurités et ouvrit la porte pour se figer devant le spectacle qui se trouvait devant lui. Le jeune Potter était étendu sur le ventre sur un vieux matelas mité.
Pour tout mobilier, la pièce ne contenait qu'une vieille armoire bancale où s'entassait un tas de chiffons qui avaient dû être des vêtements par le passé, une chaise dont l'assise était rongée par Merlin savait quel insecte et sur laquelle il était impossible de s'asseoir tant elle était trouée. Il y avait aussi une petite table où reposaient les lunettes de l'adolescent et qui ne tenait debout que par miracle.
De là où il était, il pouvait voir la moitié du visage du garçon, si pâle qu'il douta un instant être arrivé à temps pour sauver quoi ou qui que ce soit. Il fit un pas en avant mais fut rapidement repoussé par une vague lumineuse d'un blanc pur qui s'échappait du dos de l'adolescent. Au travers des vêtements usés et déchirés du garçon, il pouvait voir les lignes du glyphe de pouvoir de Harry pulser avec force. Il devina la forme de la rune sur le dos de l'adolescent et sentit un soulagement léger l'envahir. Il avait peut-être une chance de sauver l'enfant s'il pouvait l'approcher. Il pouvait voir que le glyphe magique était apparu récemment sur le dos de Harry mais qu'il était déjà puissant.
La magie s'échappait avec une violence que le professeur de potion n'aurait pas cru possible chez quelqu'un d'aussi jeune. Il serra la mâchoire, se maudissant intérieurement pour sa négligence et son manque de discernement. L'autre avait eu raison. Il l'avait prévenu, et il avait préféré laisser les évènements arriver plutôt que de tenir compte de ses avertissements. Maintenant il était peut-être trop tard… Comment avait-il pu être aussi aveugle !
Severus serra les poings et reprit sa progression. Toute son attention était focalisée sur le garçon, mais son cerveau travaillait à imbriquer les informations qu'il recueillait en observant Harry.
Il savait que l'adolescent, tout comme lui, tout comme l'autre, n'était pas celui qu'il semblait être. Avec eux, les apparences étaient plus que trompeuses. Ils étaient si peu nombreux que se protéger devenait une seconde nature, qu'éviter de se faire remarquer était tout aussi vital que de respirer. Harry semblait avoir échoué sur bien des points puisqu'il était une des personnalités les plus connues du monde sorcier. Cependant, il existait plus d'une manière de mettre des barrières entre soi et les autres. Severus le savait pertinemment et ce qu'il avait pris pendant des années pour de l'arrogance n'était que le seul moyen dont le jeune garçon avait pu user comme défense.
Le maître de potion était pertinemment au courant que le gamin était loin d'être heureux dans sa famille moldue. Tout le corps enseignant savait qu'ils n'auraient jamais dû autoriser le retour de l'adolescent chez son oncle été après été. Mais aucun d'entre eux n'avait réussi à trouver des arguments suffisants pour convaincre le directeur. L'histoire de la protection de sang, due au sacrifice de sa mère, était un élément qui faisait plus de poids dans la balance. La protection du survivant passait avant toutes autres choses, y comprit le bien-être de celui-ci que l'avis de tous les professeurs réunis. Dumbledore craignait bien trop le retour de Voldemort sur le devant de la scène d'une manière ou d'une autre, qu'il s'assurait de s'y préparer au mieux.
Cependant, Severus ne pouvait s'ôter de l'esprit que quelqu'un connaissait sa situation. Quelqu'un savait qu'Harry n'était pas un sorcier comme les autres et pas seulement parce qu'il avait survécu à un sort mortel alors qu'il n'était âgé que de quelques mois. Non, quelqu'un avait pris soin de le tenir à l'écart du monde sorcier pour éviter que son statut de créature magique ne soit pas découvert.
Le professeur de potion doutait qu'Albus Dumbledore soit innocent de cet état de fait. Il se demandait juste ce que le directeur savait exactement de la véritable nature de son héros. Mais à voir l'état dans lequel se trouvait le garçon, il doutait sérieusement de la véracité de ses hypothèses. Si le vieux directeur avait su, ou même seulement soupçonné, que Harry avait été comme lui et l'autre, il se serait quand même assuré qu'il y ait eu quelqu'un dans son entourage direct qui soutienne l'enfant, qui soit là pour lui. Severus avait eu sa mère et Poppy. L'autre, d'après ce qu'il en avait déduit, avait su trouver dans sa famille ce qui lui était nécessaire. Mais Harry...
Chassant ses interrogations, il continua de s'avancer vers l'adolescent esquivant au mieux les attaques magiques qui heurtaient ses défenses avec une puissance qui en aurait aplati plus d'un. Mais Severus était déterminé à aider l'enfant qu'il reconnaissait comme l'un des siens. Il l'avait promis à l'autre, mais aussi simplement parce qu'il ne voulait pas le perdre. Il parvint finalement à se rapprocher de Harry, suffisamment dans un premier temps pour voir que l'état physique de l'adolescent était presque aussi alarmant que son état magique. Si bien qu'il n'approfondit pas ses recherches pour savoir ce qu'il en était du point de vue psychologique. Cela attendrait, il devait parer au plus pressé.
Il pouvait voir les traces de mauvais traitement et de négligence sur le dos, les jambes et les bras nus du garçon. La saleté qui s'accumulait sur le corps de l'enfant ne cachait en rien les bleus et les plaies qui avaient dû lui être administrés quotidiennement depuis son retour de l'école. Des traînées sombres tachaient ses joues, signe que Harry avait longuement pleuré. Il flottait dans ses vêtements, preuve qu'il ne devait pas être nourri comme le méritait un enfant en pleine croissance. L'état d'épuisement de l'adolescent était plus qu'alarmant. Si Severus n'arrivait pas à l'atteindre rapidement, son état allait finir par devenir irréversible. S'il n'arrivait pas à stabiliser la magie de l'adolescent afin d'éviter qu'elle ne jaillisse si violemment de son corps, celui-ci n'y résisterait pas plus longtemps.
Severus défit les boutons de sa robe puis ceux de sa chemise, mettant à nu le pouvoir de son propre glyphe. Il était différent de celui qui ornait le dos du gamin inconscient mais les deux lumières qui en émanaient, semblaient se répondre et se reconnaître. Il espérait ainsi s'identifier comme une présence apaisante par l'enfant. Pas en tant que son professeur honni de potion mais en tant que frère, comme quelqu'un partageant la même nature que le jeune homme meurtri. Il ne devait pas perdre davantage de temps. Le déploiement de magie qui s'échappait du garçon allait finir par attirer l'attention. La propre libération de son pouvoir n'allait pas passer inaperçu, il devait réussir à s'approcher de l'enfant et à le convaincre de le suivre, de l'accepter comme un ami. Severus craignait vraiment de voir débarquer quelqu'un, au mieux des membres de l'Ordre du Phoenix, au pire des mangemorts, attirés par le déploiement de pouvoir qui devait se sentir au travers des protections imposées par Dumbledore. Il s'en trouvait là dans ses réflexions quand il sentit la présence fugace de l'autre. Celui-ci leur apportait son soutien pour détourner l'attention sur ce qui se passait ici. Severus ne savait pas exactement comment il y parvenait, mais il apprécia de savoir que, pour une fois, quelqu'un protégeait ses arrières. Il se rendait aussi parfaitement compte que cela n'allait pas durer indéfiniment. Il devait faire au plus vite.
Lentement, avec d'infinies précautions, il s'agenouilla au niveau de Harry qui n'avait pas réagi à son approche. Avec lenteur et délicatesse, il se saisit de l'une des mains du garçon et la posa sur sa poitrine à l'emplacement de son glyphe. Les doigts venaient à peine de toucher sa peau froide que le visage de Harry s'anima dans une grimace de douleur.
« Menteur! » lui hurla la voix qu'il avait déjà entendu à l'infirmerie de Poudlard, une voix d'enfant terrorisé et au bord de la crise de nerf. La lumière rouge illumina le glyphe sur le dos de l'adolescent et Severus sentit une douleur dans sa propre poitrine irradier et le paralyser.
Malgré le ton vindicatif de la voix du garçon, Severus fut rassuré quand il sentit que le lien entre leurs deux magies se formait de manière instinctive et autonome. Il put tout de suite en apprécier le côté positif en voyant l'énergie magique de l'adolescent se calmer et cesser de se propulser à l'extérieur du gamin et ainsi commencer à le soigner.
« Non Potter, ce n'est pas ce que vous croyez. Je suis bien décidé à vous apporter mon aide » dit-il à haute voix, espérant ainsi donner plus de poids à ses paroles.
« Vous êtes comme les autres. Vous promettez une chose et en faites une autre ! Les sorciers sont tous des hypocrites et des fourbes. Tout comme les moldus ! »
La situation ne pouvait pas se présenter plus mal. Severus maudit intérieurement tous les responsables de l'état d'esprit destructeur de Harry. Mais il ne pouvait pas se permettre de s'auto-flageller et de laisser parler sa culpabilité tant que Harry ne serait pas en sécurité. Comme si l'adolescent avait suivi le cours de ses pensées, il reprit la parole.
« Si vous ne voulez m'aider que parce que le directeur attend de vous que vous le fassiez, ou bien pour me livrer à Voldemort, vous pouvez aller vous faire pendre ailleurs... » gronda avec colère la voix mentale.
Si Severus fut surpris que l'enfant soit capable de pénétrer ainsi ses barrières d'occlumencie, il n'en montra rien. Le lien établi entre eux permettait de passer n'importe quelle barrière. Il soupira simplement réalisant que le mal qui avait été fait, était plus grand encore que ce qu'il avait imaginé.
« Je suis là pour vous » certifia le professeur en pressant fermement la main qui reposait sur sa poitrine et en fermant les yeux.
Un nouveau soupir de la part du maître de potion qui se rendait compte que si Harry faisait l'amalgame entre les sorciers et la façon dont les moldus qui se trouvaient être de sa seule famille, l'avaient traité, il allait avoir dû mal à le convaincre de le suivre aux côtés de gens dotés de magie. Il ne comprenait pas exactement pourquoi cette association s'effectuait dans le cœur et l'esprit de l'adolescent mais il devait trouver une solution pour le mettre en sécurité et le soigner au plus vite. Même si ses blessures commençaient à guérir d'elles-mêmes sous l'action de leurs deux magies combinées, il ne pouvait pas prendre le risque de s'attarder plus longtemps dans ce pavillon de banlieue.
« Vraiment ? » demanda d'une voix hésitante l'enfant, toute colère envolée devant la sincérité qu'il sentait émaner de son professeur. L'adulte pouvait même percevoir une pointe de curiosité dans sa question et cela lui permit de trouver comme inciter l'enfant à venir avec lui. Harry ne rejetait visiblement pas la Magie et tout ce que le monde sorcier lui avait apporté. Il semblait juste très confus, perdu.
Il décida donc de lui montrer un des secrets les mieux gardés du monde magique. Car seulement un nombre restreint de sorciers savait que parmi les créatures magiques, il en existait d'aussi puissantes. Severus se demandait juste comment allait réagir le gamin. Peur ? Colère ?
Pour la première fois depuis longtemps, il prit sa forme d'origine. La main de l'adolescent restant en contact de sa peau, il sentit le changement s'opérer. Sa robe et ses vêtements disparaissant dès le début de la métamorphose pour plus de poils et de muscles que ne le laissait supposé la stature de l'humain sous laquelle il se cachait habituellement. Quand Severus ouvrit les yeux, se fut pour plonger dans deux orbes vertes qui le fixaient avec fascination et émerveillement. Dans la petite pièce, Severus se sentait entravé et pas vraiment à sa place. Il occupait tout l'espace libre et ne pouvait plus faire un mouvement. Pas qu'il eut de toute façon souhaité échapper au regard intense que l'enfant posait sur lui, ni à sa petite main tremblante qui caressait sa fourrure.
Harry l'examinait de la tête aux pieds. Enfin, de la gueule à la queue serait plus juste. Severus savait que l'enfant n'avait encore jamais entendu parler de créature magique qui lui ressemblait de près ou de loin. Même si Harry et ses amis étaient des adeptes des visites non autorisées de la réserve de la bibliothèque de l'école, il n'existait que très peu de livres expliquant ce qu'il était réellement.
La probabilité pour que l'adolescent ait mis la main sur un de ces ouvrages sans que son professeur n'en soit conscient, était si faible qu'elle ne pouvait être prise en compte. Le professeur décida de le laisser à ses observations tout en scrutant à son tour les réactions si lisibles dans son esprit grand ouvert ainsi que sur les traits expressifs de son visage. La surprise, l'étonnement et aucune peur.
« Bon sang ! J'aurais jamais cru que Rogue puisse être une créature magique... Enfin, autre chose qu'une chauve-souris... »
Suite à cette réflexion, Severus grimaça mettant en évidence une rangée de crocs acérés qui fascinèrent le gamin. Il avait laissé glisser son regard de ses yeux sombres vers le reste de sa gueule pour descendre petit à petit sur l'entièreté de son corps.
Un corps et une tête de félin d'une stature imposante et d'une taille plus que doublée par rapport à celle d'un lion normal. Un poil ras mais doux de la couleur d'un coucher de soleil flamboyant, sauf au niveau de la crinière qui retombait sur son dos et son torse en mèches soyeuses, se teintant de rouge et de brun sombre. Sur son poitrail, une marque bleue à l'emplacement de son glyphe qui scintillait d'un feu réconfortant et vers lequel se déplaçait la main de l'enfant. Une queue de serpent ondulait derrière lui à un rythme lent et hypnotique.
« Magnifique ! » fut le seul mot que Severus capta dans l'esprit du gamin quand il eut achevé son observation.
Puissance, force, sécurité. Voilà ce que dégageait l'adulte sous cette apparence et cela suffisait simplement à rassurer l'enfant. Son professeur n'était pas un sorcier comme les autres. Son professeur était aussi différent des autres que lui, et pour lui montrer combien il lui faisait confiance, Harry changea à son tour. Le processus de métamorphose lui échappait mais il se sentait si bien sous son autre forme qu'il ne voulait plus lutter, surtout avec l'appui de la sincérité émanant de l'adulte. Harry eut un court flash de ce qu'il s'était passé le matin-même mais préféra refouler au loin ce mauvais souvenir et se concentrer sur le présent.
« Peut-être que lui pourra m'accepter comme je suis. Comme je suis vraiment et pas comme ils voudraient tous que je sois. Je pourrais ne plus être le monstre pour les uns et le survivant pour les autres... Mais juste moi. »
Bien entendu, selon lui, Harry était loin d'avoir la prestance et la puissance de son aîné. A côté de l'adulte, il ressemblait à un chaton, de la taille d'un guépard le chaton, mais à un chaton quand même. Sa fourrure était rouge et striée de zébrures argentées. Il n'avait pas de crinière, hélas. La marque de son glyphe scintillait sur le dessus de son dos, au même rythme que la pulsation sur le poitrail de Severus. Ses blessures toujours présentes le tiraillaient un peu moins que sous son apparence humaine, mais la douleur restait toujours à peine supportable. Raison pour laquelle il pouvait sentir son corps trembler de nervosité et d'épuisement.
Severus n'avait pas prononcé un mot depuis qu'il avait changé de forme, pour se concentrer sur les réactions du garçon, et il en avait été satisfait. Encore plus quand il lui avait montré qu'il était capable de se transformer. Sa remarque sur le fait de pouvoir être lui-même l'avait fait tiquer mais il n'était pas encore temps pour les questions. Il fallait tout d'abord rassurer et conduire l'enfant en lieu sûr. Il était aussi satisfait que l'union de leurs magies se soit déroulée aussi positivement et sans heurt. Preuve que l'enfant l'acceptait et lui faisait entièrement confiance.
Harry attendait patiemment un geste de la part de l'adulte et ne fut pas déçu quand une langue râpeuse lui lécha le museau, puis finit par le lécher et le renifler sous toutes les coutures en le bousculant du bout du museau sans la moindre trace de violence. Il se demanda ce qui lui valait un tel traitement mais se laissa faire, appréciant même le soulagement que lui apporta ce nettoyage en règle. La douleur refluait sous l'action de l'étrange massage.
Severus voulait s'assurer que Harry pouvait être transporté. Il fut satisfait quand il comprit que la magie du garçon circulait à nouveau normalement dans son corps.
Et puis, après que l'adolescent eut été soigneusement passé au peigne fin, sans qu'il ait le temps de s'y opposer, il sentit l'énorme gueule se refermer sur la peau de sa nuque. Son cerveau lui communiqua l'image rassurante d'une chatte transportant ainsi ses petits et, sans en comprendre l'origine, il sentit un sentiment de joie et de bonheur l'étreindre. Il entendit le bruit caractéristique d'un sorcier transplanant, ainsi qu'une étrange sensation au niveau de son estomac.
Le voyage fut rapide. Le vertige du au déplacement magique lui donnant la nausée mais comme il n'avait rien mangé, il n'eut qu'un haut-le-cœur qui lui valut, à peine déposé sur un amoncellement confortable de coussins, une nouvelle séance de léchage.
« Dormez, Harry, vous en avez besoin » lui ordonna Severus en le poussant du museau au milieu des coussins et couvertures. « C'est votre priorité pour le moment, nous soignerons le restant de vos blessures plus tard. Votre magie a besoin de se stabiliser et le sommeil est le seul remède efficace. »
«Vous allez me laisser tout seul ? » s'inquiéta Harry en relevant, prêt à se redresser sur ses pattes, même si sa tête lui paraissait affreusement lourde et que ses paupières se fermaient d'elles-mêmes.
«Non, Harry, je vais rester là et dormir moi aussi. Lutter pour vous approcher a été particulièrement épuisant » répondit Severus en s'allongeant tout contre le plus jeune et en posant sa tête sur un des nombreux coussins.
« Je suis désolé » s'excusa l'adolescent en se couchant à son tour contre le flanc de l'adulte.
« Il n'y a pas de quoi, Harry. A notre réveil, nous aurons énormément de sujets de discussion mais pour le moment dormir est ce qui nous fera le plus de bien. »
Il y eut un bref instant de silence avant que le plus jeune ne prenne la parole dans un murmure. « Professeur ? »
« Oui, Harry ? » soupira d'épuisement Severus tout en maudissant la curiosité des griffondors.
« Je voudrais juste savoir, quelle créature magique sommes-nous ? Je ne savais même pas que j'avais du sang... »
«Si je vous réponds, me promettez-vous de dormir aussi longtemps que cela vous sera nécessaire ? » demanda Severus, afin de s'assurer que le plus jeune ne se lancerait pas dans une discussion qui mériterait qu'ils y consacrent toute leur attention.
Harry hocha la tête de façon à lutter pour garder les yeux ouverts, autant que pour montrer son accord.
« Même si une fois que je vous l'aurai dit, encore plus de questions vous trotteront dans le cerveau ? » Le ton sarcastique n'échappa pas à Harry mais il assura qu'il se contiendrait. Severus n'aurait pas parié une seule noise là-dessus, mais voyant qu'il n'aurait pas la paix avant de le lui avoir répondu, il finit par abdiquer. « Des chimères, Harry. Voilà ce que nous sommes. »
A suivre...
