Chapitre 03: Le nid

Leur arrivée n'était pas passée inaperçue. Depuis l'aurore, les elfes de maison s'attelaient à la tache dans le manoir afin que le maître trouve son domaine en ordre. Pas qu'ils se laissaient aller à des libertés incongrues en son absence, mais les trois elfes qui servaient le maître de ce manoir, savaient que celui-ci était assez maniaque et n'aimait pas le désordre. De plus, il était souvent fatigué à cette période de l'année ce qui n'arrangeait en rien son caractère. La fin de l'année scolaire était toujours éprouvante pour lui et, depuis des années, le rituel à son retour au manoir n'avait pratiquement jamais changé.

Il arrivait par la cheminée avec ses bagages, prenait un repas copieux et se dirigeait vers le nid pour y dormir jusqu'au lendemain. Là, il les faisait venir afin de leur parler du programme qu'il entendait suivre durant sa présence au manoir. Il les félicitait aussi pour le travail accompli en son absence et leur demandait si tout allait bien. La résidence était ancienne et certaines pièces, parce qu'elles n'étaient pas utilisées, tombaient un peu en décrépitude, mais le maître ne s'était jamais opposé aux suggestions de réparation que les elfes lui avaient recommandé.

Quand le craquement caractéristique d'un déplacement par transplanage retentit, les elfes stoppèrent leurs activités et se regroupèrent dans la cuisine, suivant les consignes du maître en cas d'imprévu. Aucun d'entre eux n'avait vu ou sentit la présence d'étrangers dans le manoir ou ses environs, ce qui ne pouvait signifier qu'une chose : leur maître était de retour dans le nid, seul endroit de la maison où il valait mieux montrer patte blanche avant de s'aventurer, surtout quand le maître s'y trouvait.

Si effectivement il était revenu directement au nid ce qui n'était pas dans ses habitudes, cela ne laissait présager rien de bon.

Les elfes avaient leur propre réseau de communication pour s'échanger les informations importantes du monde sorcier. Tous connaissaient l'identité de Harry Potter. Tous savaient que le puissant mage noir était de retour d'après les dernières rumeurs. Tout comme les sorciers, les elfes de maison craignaient le retour d'une période trouble et redoutaient la guerre. Tous les trois savaient que leur maître était un espion pour le compte de la lumière. Ils n'ignoraient rien non plus de son statut de créature magique car le manoir était le seul endroit où il laissait sa véritable nature reprendre le pas sur son personnage public. Ils craignaient donc que ce changement dans les habitudes de leur maître ne marque le point de départ d'évènements néfastes.

Les elfes se trouvaient donc désemparés et inquiets. Bien entendu, le nid avait été l'une des premières pièces à être nettoyée et remise en état, rien n'y manquait. Mais ce changement dans les habitudes de la maison les contrariait fortement. Ils étaient partagés entre l'ordre de ne pas déranger le propriétaire des lieux quand celui-ci se trouvait dans son nid, et celui de s'assurer que tout allait bien pour lui et qu'il n'avait pas besoin de leur service.

Ils débattirent pendant près d'une heure sur la meilleure conduite à tenir, sans parvenir à se mettre d'accord. Avant que l'un d'entre eux ne se punisse trop fortement pour cette indécision, Twit prit la décision qui lui semblait la plus adaptée. Twit était le plus curieux des trois elfes de maison, peut-être aussi le plus inconscient, ou le plus courageux selon le point de vue que l'on porterait sur sa volonté d'aller aux nouvelles et d'oser franchir la porte du nid.

Les deux autres le suivirent de loin et se figèrent dans le couloir quand il frappa doucement à la porte. N'obtenant aucune réponse, il recommença un peu plus fortement avant d'entrebâiller la porte et y passer sa tête. Il aurait pu apparaître dans un « pop » retentissant à l'intérieur mais les réactions du maître de maison étaient assez douloureuses quand on le prenait par surprise, et cela était encore plus vrai dans le nid.

La pièce était dans le noir complet car les volets et les rideaux avaient été maintenus fermés. Le feu dans la cheminée, bien qu'il ait été préparé, n'était pas allumé. Le maître ne devait revenir qu'en fin de soirée, il aurait été inutile de l'allumer de bonne heure par une si belle journée d'été. Twit prit le temps de s'habituer à l'obscurité de la pièce avant de s'avancer plus en avant. Ses yeux globuleux fixaient l'amoncellement de coussins et de couvertures soyeux et confortables qu'il avait installé là lui-même quelques heures plus tôt. C'était une salle de la taille d'un salon, et pourtant le tas de coussins était le seul mobilier qui l'occupait. Dans le fond de la pièce, les murs étaient, quant à eux, enrichis par une bibliothèque immense et bien garnie.

Un mouvement lent et régulier attira son attention. Une masse sombre et gigantesque se détachait sur tas de coussins. Il s'approcha lentement pour s'assurer que son maître allait bien, quand une tache argentée attira son regard. Si le maître des lieux donnait l'impression de dormir paisiblement, la masse plus petite qui se tenait endormie contre le flan de l'adulte s'agitait douloureusement dans un cauchemar. La lueur argentée qui avait attiré son attention, émanait du glyphe de pouvoir qui s'agitait sur le dos de la créature qui se tenait contre le maître des lieux.

Twit pouvait voir les traces de blessures sur le corps du plus jeune, et il ne put retenir une exclamation de surprise et d'indignation qui fit sursauter ses collègues dans le couloir, mais aussi l'enfant qui lui lança un regard vert étonné et apeuré, bien qu'encore empli de sommeil. Instinctivement, le petit se rapprocha du maître, essayant de disparaître sous l'une de ses énormes pattes. L'adulte grogna doucement sans s'éveiller, attirant le plus jeune contre lui.

« Le tout petit n'a pas à avoir peur de Twit. Twit ne fera jamais de mal au tout petit. Aucun elfe de cette maison, non, jamais aucun elfe ne fera de mal à un tout petit. » déclara précipitamment l'elfe, qui n'avait aucune envie de voir l'adulte se réveiller. Il ne voulait pas que son maître pense qu'il voulait le déranger ou faire quoi que ce soit à l'enfant.

Le regard vert se posa de nouveau sur lui, affichant tout d'abord un profond étonnement, puis de la curiosité et une confiance qui rassura l'elfe. Il ne s'était pas attendu à ce que le tout petit se montre aussi conciliant et de bon caractère. Le maître ne l'avait pas habitué à autant de compréhension, surtout au réveil. Twit sourit et commença à reculer quand l'enfant se mit à bailler à s'en décrocher la mâchoire, découvrant une rangé de crocs pour le moins impressionnants, avant qu'il ne se laisse retomber contre la présence rassurante de l'adulte.

« Le tout petit n'a rien à craindre ici. Twit et les autres vont tout préparer pour que le tout petit se sente bien ici et qu'il soit heureux. »

L'elfe recula rapidement jusqu'à la porte sans quitter des yeux l'étrange tableau que donnaient les deux chimères endormies. Alors qu'il refermait la porte, il crut que ses oreilles lui jouaient des tours quand un étrange bourdonnement lui parvint de l'intérieur de la pièce. Son sourire s'élargit. Le tout petit ronronnait.

Quand Harry ouvrit de nouveau les yeux, il se sentait étrangement bien et reposé. Il ne se souvenait pas d'avoir jamais aussi bien dormi. Il chercha à s'étirer mais rencontra de la résistance et un rire moqueur stoppa son geste. Les évènements de la matinée lui revinrent en mémoire. Une panique sans commune mesure paralysa son esprit. Son corps se tendit avec force, lui donnant l'impression qu'un étau se refermait sur lui, et sa respiration se fit douloureuse et erratique. Il ne contrôlait plus les réactions de ses muscles crispés face aux souvenirs qui envahissaient son esprit.

Totalement figé par la terreur, il ne réagit pratiquement pas quand une main se glissa sur son visage afin de dégager les mèches de cheveux qui masquaient son regard, et de tenter de le rassurer.

Étonné, il se laissa aller sous la vague apaisante que les mouvements lents et réguliers sur sa tête engendraient. Il faisait sombre dans la pièce où il se trouvait, il ne voyait pas qui se trouvait avec lui mais cela ne l'effrayait pas, il se sentait bien et en sécurité, ce qui le troublait plus encore que la qualité de son sommeil.

« Vous n'avez rien à craindre ici, Harry » lui murmura avec assurance une voix qu'il connaissait mais qui lui paraissait différente. Plus calme, plus abordable que dans son souvenir.

Il tourna la tête vers le propriétaire de la main qui continuait de caresser ses cheveux et plongea dans un regard sombre. Dans l'obscurité de la pièce où ils se trouvaient, Harry ne voyait pas grand chose, sans oublier qu'il ne portait pas ses lunettes, mais ce regard, il avait suffisamment appris à l'affronter et à le craindre en cinq ans, pour le reconnaître n'importe où.

Cependant, et curieusement d'après lui, il pouvait y lire plus qu'il ne l'avait jamais fait auparavant. Comme si jusqu'à présent, il s'était tenu devant une porte fermée et hermétique mais dont maintenant il avait trouvé la clé qui lui permettait de voir au de-là. Et ce qu'il pouvait y voir dépassait toutes ses espérances. Il savait, sans aucun doute et à sa plus grande surprise, qu'il pouvait croire ce que lui montraient ses yeux sombres.

« Professeur ? » le son de sa voix le surprit, et il réalisa qu'il avait repris forme humaine durant son sommeil.

« Hum » fut la seule réponse de l'homme qui, il le sentait aux coussins s'affaissant autour de lui, se redressait derrière lui pour se mettre debout. Le professeur Rogue avait lui aussi apparemment retrouvé son apparence humaine.

« Allez-vous m'expliquer maintenant, s'il vous plaît monsieur ? »

Harry avait décidé d'être le plus poli possible. Après tout, il se souvenait parfaitement que son maître de potion s'était changé en une créature, certes magnifique, mais imposante avec de grands crocs, et il n'avait aucune envie de le mettre de mauvaise humeur. Tout du moins, pas tant qu'il n'aurait pas eu certaines réponses. L'homme était venu le chercher chez son oncle et sa tante alors qu'il était à deux doigts de... Il secoua la tête, chassant les conclusions qui s'imposaient à son esprit pendant qu'il repensait ce qui lui était arrivée le matin-même. Il ne put empêcher un frisson de terreur le parcourir.

« Bien entendu Harry, même si je suis certain que mes réponses ne vous apporteront pas grand chose de positif » finit pour répondre l'adulte en soupirant.

« Je sais que sans vous, ça aurait pu être bien pire, mais vous m'avez enlevé, en quelque sorte... » commença Harry, espérant pourvoir arracher à son professeur un maximum d'informations avant que celui-ci ne retrouve son attitude habituelle face à lui.

Dans la pénombre, il ne remarqua pas le sourire qui s'épanouit sur les lèvres de Rogue, mais il perçut l'amusement dans ses paroles. « Enlevé ? Permettez-moi de croire que je vous ai plutôt sauvé. »

Harry rougit, légèrement honteux. Effectivement, Rogue l'avait très certainement sorti d'un mauvais pas, et il devait lui en être reconnaissant au lieu de l'accuser de quoi que ce soit.

« Vous avez raison, mais ma disparition un peu cavalière de Privet Drive ne va pas passer inaperçue. Toutes mes affaires sont restées là-bas et le professeur Dumbledore, Sirius, Remus et les autres vont... »

« Du calme, Harry. Chaque chose en son temps. Pour le moment, votre disparition n'inquiétera personne car je n'étais pas seul à venir à votre secours et que mon partenaire dans cette affaire est parfaitement conscient que nous avons besoin de temps pour vous exposer la situation. Ce qui serait particulièrement compromis si quelqu'un apprenait que vous avez activé votre héritage magique » expliqua calmement le professeur, lui tendant la main pour l'aider à se relever.

Harry accepta l'aide et se laissa guider vers l'entrée de la pièce. Il aurait bien aimé rester dans ce lieu où il se sentait en sécurité, mais il n'osa pas en faire part à l'adulte. Il ne voulait pas prendre le risque de le contrarier avant d'en savoir plus sur ce qui lui était arrivé.

Il réalisa que depuis que Rogue était venu le chercher, il ne l'avait jamais appelé autrement que par son prénom. C'était étrange, peut-être un peu déstabilisant, mais en même temps, il ne pouvait s'empêcher de trouver cela normal. Il sentait, sans trop savoir comment, que Rogue ne lui voulait aucun mal, et que toute l'animosité et la rancœur qui avaient empoisonné leur relation jusqu'à présent s'étaient évaporées comme par enchantement. Comme si tous les deux avaient franchi un pas, dépassé ce mur invisible qui les avait empêchés de se voir réellement.

A ce sujet, il était mal à l'aise. Il ne voulait pas que son professeur le prenne pour un hypocrite qui retournait sa veste en fonction du sens du vent. Cependant, l'évolution dans leur relation lui semblait naturelle, et il pouvait sentir que cela était dû à son nouvel état de créature magique.

« Il va falloir que vous répondiez aussi à certaines questions, Harry. Cela me permettra de mieux comprendre comment nous en sommes arrivés là... » continua Rogue en ouvrant la porte. Il était amusé par les réflexions du garçon et ses inquiétudes. « Même si je le voulais, je ne pourrais plus vous mentir ou vous cacher la moindre information. Vous en avez conscience, n'est-ce pas ? »

Un court instant, la lumière du couloir lui fit fermer les yeux de douleur, ce qui ne l'empêcha pas d'hocher la tête avant de reprendre timidement. « Oui professeur. C'est un peu confus mais il me semble que je peux... Enfin, je ne sais pas comment le dire clairement... Que nous sommes liés. Oh ! » s'exclama Harry en fixant l'adulte qui le tenait toujours par la main.

Severus sourit face la réponse de l'enfant qui, bien que méritant d'être développée, était compréhensible et on ne peut plus juste. Puis son sourire s'élargit en observant la réaction de son protéger en le voyant dans la lumière. Il ne put retenir un petit rire en se demandant quand le gamin allait réaliser que lui aussi avait beaucoup changé.

De nouveau, Harry détailla son professeur de la tête aux pieds. Ses cheveux étaient beaucoup plus longs, ils devaient atteindre ses reins et ils avaient perdu leur aspect graisseux. Quelques mèches, rouges comme son pelage, brillaient sous la lumière du couloir. Il portait sa robe de sorcier toujours ouverte ce qui permettait de voir son glyphe de pouvoir scintiller paisiblement. L'homme lui sembla plus jeune et nettement moins fatigué. Son visage avait gardé ses traits durs et familiers, même si l'expression qui s'en dégageait était plus détendue. Son regard sombre n'avait pas changé, même si Harry avait l'impression de pouvoir y lire tout ce que les traits de son enseignant ne lui avaient jamais révélé.

« Pour vous, le changement est encore plus spectaculaire. » finit-il par faire remarquer à l'enfant qui fronça les sourcils en commençant à s'examiner sous toutes les coutures. « Les chimères, une fois leur héritage accepté, ont accès à leurs véritable apparence et pouvoir. »

Tout comme pour Rogue, ses cheveux avaient poussé, ils lui tombaient maintenant jusqu'au bas du dos et quelques mèches lui cachaient le visage. Éparpillées au milieu des brunes, des mèches argentées scintillaient légèrement selon ses mouvements. Ses vêtements déchirés et deux fois trop grands le gênaient plus qu'ils n'étaient utiles, surtout au niveau du glyphe sur son dos. Il avait la désagréable sensation que le tissu le blessait plus que les plaies et les marques de coups qui recouvraient son corps. Harry espérait que comme pour son professeur, la couleur de ses yeux n'ait pas changé, il aimait bien le vert de son regard et n'en voulait pas d'une autre.

En réponse à sa question muette, Severus hocha la tête pour rassurer le gamin qui le remercia d'un sourire. Puis il comprit qu'il n'avait plus besoin de lunettes, sa vue était devenue excellente. Son sourire s'élargit, satisfait. Après une hésitation, il leva sa main libre à son front cherchant la cicatrice qui l'avait rendu célèbre dans le monde sorcier, mais ne la trouva pas.

Il eut un petit hoquet de surprise qui fit s'agrandir le sourire de Severus, et il rabaissa son bras sans faire de commentaire, sentant juste les doigts qui enserraient les siens se resserrer doucement en signe de soutien. Mais il lui semblait que le changement le plus notable se trouvait être sa taille. Il avait l'impression d'avoir rapetissé.

« Vous avez rajeuni » déclara Severus en le regardant droit dans les yeux. Amusé face aux questions qu'il pouvait sentir se bousculer dans l'esprit de l'enfant, Severus l'invita à le suivre, toujours en le tenant par la main. « A première vue, je dirais que vous avez retrouvé la stature que vous aviez à onze ans lors de votre entrée à Poudlard. »

« Pourquoi ? » demanda le plus jeune fronçant les sourcils.

« La Magie doit avoir ses raisons, Harry. Elle veut peut-être vous permettre de repartir à zéro dans le monde magique. »

« Je ne comprends pas pourquoi j'en aurais besoin » s'étonna le garçon perplexe.

Severus soupira. La situation n'allait pas être évidente à expliquer, pas plus que les implications qui découlaient de leur nature de chimère. Il n'avait cependant aucun moyen de s'y dérober et, surtout, il ne voyait pas l'utilité de taire à l'enfant des données le concernant. Il regrettait seulement d'être seul face à lui. Il envisagea un court instant de faire appel à l'autre, puis il y renonça. Rogue avait conscience que s'il les avait aussi efficacement protégés jusqu'à leur retour au manoir, l'autre devait être exténué, et avoir besoin de temps pour s'en remettre, lui aussi. Il devait donc commencer à apprendre au gamin certaines bases sur le fonctionnement de la magie.

Il sentit la main dans la sienne se refermer. Fixant l'enfant, il fut soulagé de le voir lui sourire avec confiance, même si les interrogations qui bouillaient dans son esprit ne s'étaient en rien atténuées.

« Venez, nous allons finir de soigner vos blessures et répondre aux principales questions avant que vous n'attrapiez une migraine carabinée. »

Harry suivit l'adulte sans se faire prier. Pas que ses blessures le dérangeaient plus que cela. Après ses quelques heures de sommeil, la douleur s'était calmée. Mais il avait hâte de comprendre ce qui lui était arrivé. Il n'avait pas peur de ce qu'il allait découvrir. Il se demandait vaguement comment il pouvait accepter la situation avec autant de calme, et la seule réponse qui lui paraissait sensée pouvait se résumer en un mot : la magie.

Depuis cinq ans qu'il avait découvert le monde magique, il avait vu tellement de choses incroyables et impensables qu'il était juste curieux de savoir ce qui lui était arrivé. Il voulait savoir ce que cela modifierait dans sa lutte contre Voldemort, ainsi que contre le ministère, qui ne le croyait pas et l'accusait de folie. Il était même impatient de savoir si, finalement, son oncle n'avait pas été le seul à le traiter comme il était vraiment : un monstre.

Cette pensée traversa à peine son esprit qu'il sentit la main de Rogue se crisper sur la sienne. Il s'étonna de sentir les propres réactions de l'adulte à son petit discours mental. Apparemment il était en colère par rapport à la façon dont son oncle l'avait traité et bourré d'idées fausses. Mais il pouvait aussi sentir que Rogue était inquiet de la manière dont le monde sorcier allait accueillir la nouvelle de la naissance d'un clan de chimère, même si Harry ne savait pas encore tout ce que cela impliquait. C'était un des points qui, apparemment, inquiétait grandement son professeur, d'après ce qu'il pouvait percevoir des pensées de l'adulte. Maintenant que Harry avait accepté son héritage, ils étaient trois et formaient un clan complet qui allait devoir remplir sa fonction, et cela effrayait Severus.

Il n'eut pas le temps de s'appesantir là-dessus plus longtemps car l'homme venait de le faire entrer dans une salle à manger accueillante où la table était mise pour deux. La pièce était immense et se prolongeait par un petit salon vers lequel Rogue se dirigea, lâchant pour la première fois sa main. Il l'invita à s'asseoir sur un canapé luxueux, ce qui fit hésiter Harry, au vu l'état de ses vêtements, il risquait de salir l'endroit. Il resta debout à se dandiner d'une jambe sur l'autre, essayant de lutter contre l'envie de se gratter le dos.

« Ilk, Rani, Twit » appela Severus en soupirant devant l'attitude de son protégé.

A peine avait-il fini que trois « pop » retentissants firent sursauter le plus jeune alors que les trois elfes de maison apparaissaient.

« Bienvenu à la maison, maître. Tout est prêt selon vos souhaits. Pouvons-nous faire quelque chose pour le maître ou pour le tout petit ? » questionna Ilk qui semblait être le plus âgé des trois.

Harry se souvenait vaguement avoir aperçu l'un des elfes dans la pièce où il s'était endormi. Mais il était tellement fatigué que cette rencontre lui semblait confuse. Des paroles de l'elfe, il avait déduit qu'il était celui qu'ils dénommaient « le tout petit ». Au vu de sa nouvelle apparence, il ne pouvait pas leur en vouloir.

« Oui. Je pense que dans un premier temps, il me faudrait certaines de mes potions qui se trouvent dans mes appartements à Poudlard. Si l'un de vous pouvait s'y rendre pour me les ramener, discrètement... »

« Lesquelles, maître ? Twit est le plus rapide et se fera un plaisir de revenir avec les potions du maître... » affirma le plus jeune des elfes avec enthousiasme.

Severus lui donna la liste et Twit disparut.

« Nous aurions aussi besoin de manger. » continua le professeur avec un petit sourire. Il jeta un coup d'œil rapide à la grande horloge qui affichait plus de dix-sept heures. Harry et lui avaient dormi environ cinq heures.

« Le repas peut être servi dès que le maître le décidera. Rani a préparé ce qu'il fallait. Rani espère juste que le tout petit appréciera sa cuisine. Rani ne connaissait pas les habitudes alimentaires et les goûts du tout petit alors Rani a fait comme pour le maître. Mais si... »

« Ce sera parfait, merci. » la coupa Harry qui savait grâce à Dobby qu'il fallait parfois savoir arrêter le flot de paroles des elfes de maison si on ne voulait pas qu'ils s'emballent et ne finissent par se punir.

Severus sourit face à l'intervention judicieuse de l'enfant alors que l'elfe de maison accordait au petit brun un immense sourire avant de disparaître à son tour.

« Ilk, pourrais-tu trouver des vêtements plus confortables pour Harry ? » demanda le maître de maison en regardant le vieil elfe.

« Bien entendu, maître. » Et il disparut à son tour.

« L'embêtant dans cette situation » commença Rogue en se laissant tomber dans un fauteuil face à l'endroit où Harry se tenait toujours debout. « C'est que je ne sais pas par quel bout commencer mes explications afin que vous compreniez bien ce qui vous attend à partir de maintenant. »

« Si vous m'expliquez ce qu'est une chimère, je pense que cela ferait un bon début. » proposa le brun d'une voix timide.

« Pourquoi pas. Mais dans ce cas je dois vous demander ce que vous savez de la magie. »

« Je ne comprends pas. »

« Savez-vous ce qu'est la magie ? »

« Je crois qu'on a essayé de nous l'expliquer à l'école. Si je me souviens bien c'est un outil dont nous disposons... »

« Je n'ai jamais aimé cette définition simpliste » soupira Severus. « Elle donne aux humains l'illusion qu'ils sont capables de la maîtriser, mais la magie est plus que cela. Pourtant la réponse est si évidente quand on la connaît et la comprend. »

A ce moment, les trois elfes réapparurent avec ce qui leur avait été demandé. Severus s'interrompit pour donner une à une, et dans un ordre précis, les potions à Harry qui les avala sans discuter tout en grimaçant sous leur goût infect. Pour en avoir déjà pris, il reconnut une potion cicatrisante ainsi qu'une stimulante. Rogue lui dévoila que la dernière était une potion de régénération sanguine. Puis il s'éloigna en direction de la table où Rani avait déposé les plats, laissant à Harry un peu d'intimité dans le salon pour qu'il puisse se changer, ce que l'enfant fit rapidement.

Il retira ses vieux habits, regrettant de ne pouvoir prendre une douche pour se débarrasser de sa crasse avant d'enfiler le pantalon noir et la chemise bleue que lui avait rapportés Ilk et qui s'adaptèrent automatiquement à sa taille. A son plus grand soulagement, il constata que la chemise ne le dérangeait pas autant que les haillons qu'il avait portés jusque-là. Il rejoignit son professeur et s'installa à table salivant en voyant le magnifique festin qui l'attendait dans son assiette. Un steak énorme, juteux et baignant dans une sauce appétissante lui fit venir l'eau à la bouche, et il eut beaucoup de mal à se concentrer sur ce que disait Rogue tant qu'il n'eut pas goûté à son repas. Raison pour laquelle celui-ci, dans un soupir, abandonna pour le moment et laissa son invité savourer son repas sous l'œil attendri des trois elfes.

A suivre...