Chapitre 04 : Mourir trois fois

« Si nous reprenions notre conversation ? » proposa Rogue invitant Harry à le suivre dans le salon, après que celui-ci ait avalé deux énormes morceaux de viande sous le regard ravi de l'elfe, Rani.

Harry rougit, se maudissant pour s'être laissé aller à écouter son estomac alors que son professeur était disposé à lui parler sérieusement sans, pour une fois, lui hurler dessus. Mais le repas avait été si succulent qu'il s'était laissé emporter à tout dévorer en faisant fi des règles de politesse pour se concentrer sur son appétit. Il ne se souvenait pas avoir mangé aussi bien depuis longtemps. Même à Poudlard la cuisine ne lui avait pas paru aussi bonne.

Il acquiesça, légèrement honteux mais soulagé de voir que le maître de maison ne lui tenait pas rigueur pour son comportement s'il en croyait la douce pulsation amusée qu'il percevait par son glyphe. Contrairement à ses anciens vêtements, la chemise que lui avait apportée Ilk, ne lui donnait aucune impression désagréable sur son dos et il en était soulagé.

« Bien. » reprit Severus en s'asseyant dans le même fauteuil où il avait pris place avant le repas, alors que Harry s'installait dans le canapé du bout des fesses, craignant toujours de le salir. « La magie est dans tout ce qui vit. Elle est l'énergie qui permet la vie. La force qui permet de la garder et la défendre. La puissance qui lie les êtres vivants les uns aux autres. Elle est partout. Elle est tout. »

« Mais les Moldus ? Les cracmols ? Les non-morts et... » objecta Harry en fronçant les sourcils. Les exemples contraires à cette révélation se bousculaient dans sa tête.

« Et bien, comme en toutes créatures vivantes, la magie est en eux. Seulement, pour les Moldus, elle ne s'y trouve pas de manière active. Pour les cracmols, un blocage physique ou psychologique est souvent à l'origine de son dysfonctionnement. Quant aux races magiques, c'est un peu particulier car elles ont un lien privilégié avec la magie et il diffère selon chaque créature. Vous apprendrez cela un peu plus tard mais, pour vous donner un exemple simple, les vampires voient leur lien à la magie évoluer lors de leur transformation ce qui leur permet d'y survivre. Comprenez-vous ? »

« Oui, je pense. Cette histoire de sang-pur prônée par Voldemort n'est donc qu'un tissu de mensonge. Les Moldus portent la magie en eux de manière latente. C'est pour cela que leurs enfants sont parfois capables de l'éveiller. »

« Effectivement. Pour les cracmols, c'est un peu plus délicat mais, que le problème soit physique ou autre, la magie est toujours avec eux. Il n'est cependant pas dans l'habitude des sorciers d'aider ces personnes à passer outre leurs difficultés, ils préfèrent fermer les yeux. Selon les livres du nid, il y a une raison pour laquelle la magie reste sourde à leur désir d'obtenir son don. »

« Une raison ? » s'étonna Harry en fronçant les sourcils. « Et s'il existe des livres qui parlent de tout cela, pourquoi personne ne cherche à les soigner ? »

« Les livres ne sont accessibles qu'aux chimères. Pour le commun des sorciers, notre existence équivaut aux contes de fées des Moldus ! Au cours des siècles, nos ancêtres ont veillé à garder leurs connaissances secrètes, mais ils ont tous tenu un journal de leurs actions » expliqua succinctement Severus.

Il ne voulait pas que Harry s'intéresse au contenu des livres du nid avant d'avoir pris le temps de lui expliquer certaines choses. Pour les avoir lus, l'adulte savait que certains récits étaient assez dérangeants pour une personne non avertie. Il soupira, regrettant de ne pas avoir l'appui d'un Gardien de la tradition orale. Si seulement, il avait pu rencontrer ce mentor quand lui-même avait reçu son héritage, il se serait certainement épargné pas mal d'erreurs. Il passa une main dans ses cheveux, replaçant quelques mèches rebelles derrière son oreille, et haussa les épaules en signe d'impuissance. Il n'était même pas sûr que ce gardien existe.

Il y eut un moment de silence pendant lequel l'enfant réfléchit et où il se perdit dans ses sombres pensées. Puis, Harry hocha la tête. Il pouvait envisager le fait que les sorciers préféraient se leurrer et nier certains états de fait. Après tout, l'illusion appartenait à leur monde.

En cherchant bien, il n'avait jamais vu la moindre trace d'un handicap quelconque dans le monde sorcier, cependant, logiquement, presque mathématiquement, il devait exister des sorciers qui souffraient de déficiences qu'elles soient mentales ou physiques. Le problème méritait d'être soulevé mais il songea qu'il était plus urgent d'en découvrir plus sur ce qu'il était devenu avant de se lancer dans un débat de société.

« Qui décide de la nature des gens ? » s'inquiéta Harry. « Quel dieu ou entité peut décider qui possédera le don de la magie ou non ? Pourquoi y a-t-il plus de Moldus que de sorciers ? »

« Le choix s'effectue avant la naissance physique de l'être. Lors de sa création, une âme, peu importe ce qu'elle est destinée à être physiquement, est touchée par la Magie qui décide de lui accorder ou non sa bénédiction » expliqua Severus calmement. « Les Moldus sont plus nombreux car, d'une part, certaines âmes ne sont pas bénies par une magie active lors de leur conception et, d'autre part, à cause de tous les jugements précédents. Des races entières ont dû évoluer vers un état qui ne leur permet plus de voir leur don s'activer. Leurs descendants quelles que soient leurs âmes ne peuvent devenir des sorciers car leur potentiel est définitivement désactivé. »

« C'est cruel comme sentence » fit remarquer l'enfant en levant les sourcils de stupeur.

« Peut-être mais c'était on ne peut plus nécessaire et certainement mérité. Vous comprendrez quand vous lirez les livres du nid. »

Harry comprit que loin de simplifier son existence, sa transformation lui ouvrait une perspective d'avenir complètement différente de celle qu'il avait pu imaginer. Comme si finalement Voldemort n'était qu'une étape parmi d'autres dans un futur assez proche. Il soupira intérieurement et décida de s'intéresser aux informations que pourraient lui donner son professeur sur la créature qu'il était devenu.

« Les chimères sont donc des créatures ayant un lien particulier avec la magie au même titre que les autres races ? » demanda-t-il en fixant Severus avec intérêt.

« Oui et non » répondit son mentor, satisfait de voir que le garçon semblait comprendre ses explications et qu'il en tirait des réflexions personnelles. Les chimères sont ce qu'on appelle les Juges de la Bénédiction Magique. Ce sont des créatures craintes et respectées par toutes les autres, y compris les sorciers. Les chimères sont rares, la magie seule décide de leur apparition. Mais la venue d'un clan de chimère marque toujours le début de profonds changements dans le monde magique. »

« Pourquoi ? »

« Car nous déterminons qui est digne de continuer à recevoir la bénédiction de la magie. Nous agissons comme les garants de l'équilibre de l'évolution des sociétés » déclara doucement le professeur en plongeant son regard dans celui du garçon.

« Vous voulez dire que c'est à nous de déterminer si la magie doit rester présente et active dans ce monde ? » s'étonna l'enfant en se levant d'un bond, visiblement nerveux à cette idée. Il avait déjà expérimenté d'avoir à subir une pression exercée sur son destin par la seule existence du Seigneur des Ténèbres qui s'acharnait sur lui, sans que personne ne lui en explique la raison. La responsabilité d'une telle décision concernant l'ensemble de la magie même, lui semblait écrasante. Comment lui, Harry, qui ne connaissait le monde sorcier que depuis cinq ans, pouvait porter le moindre jugement sur cet univers qu'il découvrait chaque jour un peu plus.

« Oui. Au cours de l'histoire du monde, nos prédécesseurs ont rendu leur jugement en leur temps et la magie s'est de plus en plus affaiblie dans le monde car les débordements de ceux qui en possédaient le pouvoir, ne permettaient pas à celle-ci d'évoluer sainement. Dans le nid, il y a de nombreux livres qui racontent ces évènements. Vous devrez les lire quand vous vous sentirez prêt. »

Il y eut un nouveau silence. Severus pouvait entendre la réflexion qui se déroulait dans l'esprit du garçon. L'adulte savait qu'il ne lui avait pas révélé la moitié de ce qu'il devait mais déjà l'enfant analysait la situation avec un minimum de recul, ce qui le rassura. Il sentit Harry se tendre et trembler légèrement.

« Ce monde est corrompu. La magie est malade » énonça lentement Harry comme une amère évidence.

Il n'y avait aucun besoin de s'étaler sur le sujet. Ni l'un, ni l'autre n'ignorait que la situation du monde magique était précaire et sur le point de basculer de manière définitive, surtout depuis le retour de Voldemort et avec le ministre qui refusait d'ouvrir les yeux. Ce constat ne prenait en compte que le côté sorcier du problème mais Severus savait qu'il ne s'agissait que de la partie visible de l'iceberg. Toutes les créatures vivantes et magiques seraient soumises à leur décision.

« Effectivement » reconnut Severus en se rapprochant de l'enfant pour lui saisir une main et croiser son regard empli de peur. Le professeur savait que le gamin s'était senti trahi par le comportement du ministère et qu'il se sentait coupable de ce qui était arrivé à Diggory.

« Comment déterminer ce qui est juste de ce qui ne l'est pas ? » questionna Harry dans un soupir las.

Severus s'accroupit pour se mettre à la même hauteur que l'enfant.

« Franchement, je l'ignore. J'ai fait pas mal de mauvais choix dans mon existence. Il y en a beaucoup que je regrette et qui sont impardonnables. Cependant, je suis prêt à faire ce qu'il faut pour ramener l'équilibre qui doit régner dans le monde magique et peut-être ainsi me racheter. C'est ce qui m'a poussé à accepter mon héritage de chimère. »

« Comment et pourquoi la magie nous choisit-elle nous et pas un autre ? » reprit Harry, préférant ne pas se lancer dans une discussion franche sur les mauvais choix de son professeur. Pas maintenant.

Il savait de par le lien qui les unissait l'un à l'autre, de ce que Severus se reprochait et combien il en souffrait. Bien qu'il sache qu'ils devraient en parler tous les deux bientôt, il préférait recueillir un maximum d'informations objectives avant de se lancer dans une introspection douloureuse pour l'un comme pour l'autre.

« Je ne sais pas pourquoi la magie nous choisit. Elle seule pourrait nous dire la raison pour laquelle cet héritage est devenu actif chez nous. Je lui fais entièrement confiance pour agir en vue de la préservation de ce monde. Je crois sincèrement qu'elle ne nous a pas réuni par hasard. Pour la manière... Vous en savez autant que moi » répondit le maître de potion en attirant Harry contre sa poitrine afin de l'éteindre fortement alors que des larmes silencieuses se mettaient à couler sur les joues du garçon.

« Il faut mourir une fois dans son corps, une fois dans sa tête et une fois dans son cœur » pleura Harry sur l'épaule de son professeur en s'accrochant désespérément à sa robe. La douleur engendrée par les évènements survenus le matin-même le submergeant de nouveau sans qu'il puisse endiguer le flot de souffrance.

Serrant le corps tremblant du garçon contre lui, Rogue se redressa, le portant dans ses bras. Visiblement cette conversation secouait violement le garçon et il y avait encore tant d'informations qu'il devait lui livrer avant qu'il ne puisse comprendre leur rôle. Lui avait eu plus de quinze ans pour s'y préparer et malgré tout il doutait encore parfois d'être à la hauteur de la tâche qui les attendaient. Il comprenait les doutes et les peurs du gamin. Surtout qu'il venait à peine d'accepter son héritage, qu'il venait à peine de comprendre ce qui lui était réellement arrivé dans la matinée.

Harry s'accrocha fermement à la robe de son professeur enfouissant sa tête dans le creux de l'épaule de l'adulte. Il se souvenait de ce qu'il s'était passé avant son arrivée. Il avait encore à l'esprit les images de la nuit. Comme d'habitude, ses cauchemars lui présentaient en boucle les images de la mort de Cédric dans le cimetière. Toujours les mêmes : le rituel et la douleur au niveau de sa cicatrice et dans son corps alors qu'il tentait de résister au sort que lui lançait Voldemort. Le cri de terreur qui finissait généralement par le réveiller et le laisser hagard et transpirant dans son lit, transi d'effroi, juste avant que son oncle n'entre dans la pièce, fou de rage.

A nouveau la douleur le submergeait quand les coups tombaient sans qu'il puisse esquiver tant son rêve l'avait laissé vidé de toute énergie. Il essayait malgré tout de se protéger en se recroquevillant sur lui-même mais rien ne semblait pouvoir arrêter son oncle.

Puis, comme tout avait commencé, tout s'arrêtait et il se retrouvait seul. Cela finissait toujours ainsi, seul. Ses amis ne pouvaient rien faire. Tout comme pour lui, c'étaient les adultes qui décidaient pour eux et ils ne pouvaient se révolter contre ceux qui croyaient connaître ce qui était le meilleur pour eux.

Aucun adulte ne lui avait apporté assez de soutien pour qu'il puisse s'appuyer sur eux, comme le faisaient naturellement Ron et Hermione avec leurs parents. Il voudrait pouvoir changer cet état de fait mais à chaque fois qu'il pensait avoir une échappatoire, elle se transformait en impasse. Il aurait voulu pouvoir vivre avec Sirius, son parrain, mais celui-ci était en cavale et encore accusé de meurtre, il ne pouvait décemment l'accueillir. Parfois il doutait que Dumbledore fasse vraiment son maximum pour l'innocenter.

Harry avait parfois l'impression que son esprit s'égarait et que des pensées empoisonnées et folles l'envahissaient. Alors, pour la première fois de son existence, il abandonna l'idée de continuer à se torturer pour trouver de lui-même une explication. Il cessa de chercher à comprendre la folie qui l'entourait. Ce fut sa première mort, celle de l'esprit.

Perdu dans un océan de douleur, il n'était plus que colère et résignation. Il n'avait personne qui tenait suffisamment à lui, qui l'aimait assez pour se battre pour lui. Le poison du doute et des mensonges dans lequel il lui semblait avoir baigné depuis le début de son existence, coulait dans ses veines et lui rongeait le cœur et le peu de raison qui lui restait. Il ne voulait pas qu'on l'adule, qu'on l'admire. Il estimait avoir fait de son mieux pour qu'on l'accepte, tout simplement, comme il était. Mais il avait pourtant la désagréable impression d'avoir lamentablement échoué. Il cessa alors d'espérer être aimé. Deuxième mort, celle du cœur.

A ce moment-là, Harry avait perdu toute notion de temps et d'espace, et il n'était plus qu'une coquille vide, brisée, qu'aucune volonté ne soutenait. Vu l'état de faiblesse de son organisme suite aux tortures de Voldemort et aux mauvais traitements des Dursley, il n'y avait pas eu en lui assez de vie pour maintenir les fonctions vitales de son corps. Troisième et dernière mort, celle du corps.

Il ne lui resta plus que la Magie puissante et sauvage. Elle rugissait avec force dans son corps. Elle se débattait pour que l'enfant ne meure pas. Elle se déversait à l'extérieur avec rage cherchant un appui qui pourrait aider le gamin, ramener Harry vers la vie. Elle lui avait proposé un choix que l'enfant, dans la confiance infinie et la douceur rassurante que lui procurait cette seule force qui finalement ne l'avait jamais abandonné, accepta sans hésiter.

Elle lui offrit de l'aider à trouver quelqu'un qui saurait le soutenir, quelqu'un qui le comprendrait car il avait emprunté le même chemin que lui. Un aîné qu'il reconnaîtrait car la Magie était capable de les mêler et les lier. Harry avait senti l'accord se marquer sur son corps, sous la forme d'un glyphe qui s'inscrivit sur son dos alors que, pour la première fois, son corps se transformait. La Magie s'étira dans toutes les directions à la recherche de ce qu'elle nommait « Awa ». Le petit brun ignorait ce que cela signifiait et ce fut un choc quand il reconnut la personne qui réagit à sa magie : le professeur Rogue.

Severus percevait tous les souvenirs douloureux qui défilaient à une vitesse ahurissante dans l'esprit épuisé du garçon. Voir la scène de son point de vue ne le faisait que se sentir encore plus coupable pour les paroles blessantes qu'il avait émises à propos du garçon alors qu'il savait maintenant que l'enfant qui avait tant besoin de lui, était celui qu'il avait dénigré.

Le fait qu'il croyait impossible que Harry puisse en avoir connaissance n'était pas une excuse acceptable. Le fait qu'il ne voulait pas que Poppy en apprenne plus que nécessaire au cas où Dumbledore tenterait la légilimencie sur l'infirmière, n'était pas non plus un motif suffisant pour avoir humilié le garçon et participé à la détérioration de son état. Il s'en voulait vraiment de son attitude laxiste, surtout que l'autre l'avait averti. Il resserra la prise sur le corps frêle et promit à l'enfant que plus personne ne pourrait l'atteindre sans en payer le prix.

Il continua d'assister à ce qui était arrivé à l'enfant avant sa venue. Sa tante était entrée à son tour dans la chambre en lui ordonnant de se lever et de préparer le petit-déjeuner. Mais le fait de se retrouver face à une créature ressemblant à un étrange guépard efflanqué, lui avait fait tourner la bride en hurlant et en refermant la porte à clef. Rogue connaissait Pétunia pour l'avoir fréquentée dans sa jeunesse en même temps que Lily. Son étroitesse d'esprit ne rivalisait qu'avec la jalousie qu'elle ressentait face à sa sœur. Il ne fut donc pas surpris de la réaction hystérique qui agita la famille de Moldus à la vue de l'animal sauvage qui avait pris la place du gamin chétif.

Il comprenait maintenant pourquoi la maison était vide. Après avoir verrouillé la porte à la hâte, ils avaient fui le plus loin possible et mettraient certainement quelques jours avant de revenir. Aucun d'entre eux n'avait remarqué l'état de faiblesse de la créature qui aurait été bien incapable d'être une menace.

Étrangement, cette fuite rappelait à Harry la manière dont les Dursley avaient essayé d'échapper aux lettres de Poudlard qu'il avait reçu à ses onze ans. Et puis, enfin, son professeur était arrivé pour trouver le gamin complètement épuisé et désespéré par le rejet qu'il avait ressenti, entre autres en entendant les paroles acides que Rogue avait échangées avec l'infirmière. La suite, tous les deux la connaissaient et la partageaient.

Portant toujours l'enfant en larmes sur son épaule, il quitta le salon en direction du nid. Severus savait pertinemment que les elfes avaient dû lui préparer une chambre dans le manoir mais il devinait que le garçon ne s'y sentirait pas aussi bien que dans le nid et que, pour le moment, il avait besoin d'être protégé et en sécurité. Il y avait encore énormément à régler, mais le plus urgent était d'entourer le jeune homme de l'affection qui lui avait manqué durant son enfance.

A regret, il dut admettre qu'il n'y arriverait pas tout seul, que l'autre devait venir les rejoindre. Il en était maintenant convaincu mais ne pouvait se résoudre à l'appeler de suite. Il savait que l'autre apporterait lui aussi son lot de questions et il ne se sentait pas prêt à les affronter tous les deux. Sans oublier que le dernier membre du clan ne viendrait certainement pas seul et que son escorte risquait de se montrer hostile envers lui, en tant que Severus Rogue tout du moins.

Il entra dans le nid et déposa avec d'infinies précautions l'enfant qui s'était endormi au milieu des coussins. Il chercha à s'écarter mais les mains de l'enfant, bien agrippées à sa robe, ne le lui permirent pas. Il sourit, satisfait que Harry l'accepte auprès de lui malgré tout ce que le lien magique qui les unissait lui avait montré à son propos ce qui représentait le poids de ses erreurs passées. Il s'allongea donc contre l'enfant, le recouvrant d'une couverture, et appela Twit qui apparut immédiatement dans un bruit sonore qui ne sortit heureusement pas Harry de son sommeil.

« Twit, j'aimerais que tu me ramènes Dobby discrètement. »

« Entendu, maître » fit le jeune elfe de maison avant de disparaître à nouveau.

Severus savait que Dobby se trouvait dans les cuisines à Poudlard et qu'il ne faudrait pas longtemps à son elfe pour le trouver et le ramener. La magie particulière des elfes de maison leur permettait certaines choses que les sorciers étaient bien incapables de réaliser, comme le fait de repérer un individu en ne connaissant que son nom et de le ramener là où son maître le désirait. C'était de ce pouvoir qu'il avait besoin pour l'instant. Car, pour amener l'autre, il allait falloir passer un certain nombre de protections que lui, en tant que Severus Rogue, professeur de potion, serait bien impuissant à franchir sans attirer l'attention et en un temps minimum.

Severus savait que Harry aurait beaucoup de chose à apprendre et qu'il ne pourrait pas le faire seul. L'aide de la troisième chimère serait appréciable surtout si comme le pensait le plus âgé, il avait été élevé en connaissance des lois de leur clan ce qu'il ne remettait absolument pas en cause vu la sensibilité à la magie que possédait son condisciple, à croire qu'il avait eu un excellent professeur.

Il n'avait pas encore eu le temps de se pencher sur les problèmes que la transformation du survivant allait provoquer mais il se doutait qu'il allait avoir à gérer deux gros soucis assez rapidement : Dumbledore et Voldemort.

Tous les deux étaient puissants et tous les deux pour des raisons différentes s'intéressaient à Harry. Il soupira. Sa position vis-à-vis de l'un et l'autre lui donnait l'impression de se tenir assis entre deux chaises. Tous les deux ignoraient qu'il était une chimère. La Magie protégeait Severus et son secret. Personne ne pouvait découvrir qu'il était un juge de la bénédiction magique s'il ne décidait pas de le révéler de lui-même.

Peu importe les tortures et les interrogatoires sous véritasérum, personne ne pourrait le trahir ou lui causer du tort. Ainsi en avaient décidé les règles ancestrales de la magie. Le temps avait oublié qui les avait instaurées mais les livres du nid étaient formels là-dessus. Même si l'existence des chimères n'était plus qu'une légende oubliée qu'on racontait aux enfants pour les endormir le soir, il n'en restait pas moins que les lois qui régissaient le monde magique étaient universelles et indiscutables.

C'était ce qui avait permit à la Magie de survivre au cours des tragédies passées et ce qui continuerait à la maintenir active bien après la fin de leur cycle de jugement. Il eut un petit sourire sarcastique. Les deux puissants sorciers considéraient qu'il était un pion bien utile dans cette guerre, mais le réveil de leur clan et les décisions qu'ils devraient prendre concernant Harry, allaient certainement changer beaucoup de données. Car, comme il l'avait promis à l'enfant, il ne l'abandonnerait pas. Il était Awa, l'aîné de Harry et de l'autre. Il les aiderait et les soutiendrait du mieux qu'il pourrait afin de rétablir l'équilibre.

Il fut sorti de sa réflexion par un pop caractéristique annonçant l'arrivée de Twit.

« Voila, maître » dit Twit en réapparaissant tenant Dobby par le bras qui essayait d'échapper à sa poigne.

Dobby semblait particulièrement méfiant mais pas apeuré. Les elfes savaient qui il était en réalité. Contrairement aux sorciers uniquement humains la magie se montrait plus conciliante à révéler son statut aux autres races de créatures magiques. Une convocation de sa part ici, dans le nid, ne pouvait être que pour un motif important.

« Dobby, consentirais-tu à te lier avec un tout petit ? » demanda Rogue en fixant l'elfe dont les oreilles se rabattirent de crainte et de respect devant la demande. Surtout quand il réalisa exactement où se trouvait.

« Un tout petit m'a choisi ? Moi ? Le Maître des lieux doit faire une erreur sur l'identité de l'elfe que le tout petit a choisi. Impossible, un tel honneur ne peut être accordé à Dobby. Dobby n'a rien fait pour le mériter... » répondit l'elfe, affolé par les paroles de Severus et fixant la petite masse endormit sous les couvertures. Il nia plusieurs fois de la tête gardant ses yeux baissés en signe de respect.

« Nous savons que tu es libre et nous comprenons que l'idée de te lier de nouveau puisse te déplaire. Mais je suis parfaitement au courant que, même libre, tu continues à veiller sur Harry » l'interrompit Rogue avant que l'elfe ne perde davantage son calme. « J'aimerais que tu poursuives dans cette voie et qu'en plus tu lui apportes le soutien de ton pouvoir. »

« Monsieur Harry Potter monsieur est un tout petit ? » s'étonna l'elfe dans un couinement aiguë qui fit grincer les dents de Rogue. Pour la première fois, Dobby avait redressé la tête et le regardait droit dans les yeux.

Le professeur souleva la couverture qui cachait l'enfant à la vue de l'elfe qui poussa un nouveau glapissement strident en tombant à genoux, face contre le sol. Bien que Harry ait beaucoup changé physiquement, sa magie lui permettait de le reconnaître.

« Si le tout petit le veut, Dobby accepte l'honneur de se lier à lui » répondit finalement l'elfe.

« Merci Dobby » sourit Rogue. « Harry a besoin d'aide et je ne peux pas le laisser pour aller chercher la personne qu'il lui faut. J'aimerais que tu y ailles à ma place. Face à toi, elle saura que tu viens de la part de Harry et comprendra qu'il se passe quelque chose qui réclame sa présence. Même si je me rendais en personne à cet endroit, je ne suis pas certain que sa famille me ferait assez confiance pour le laisser m'accompagner. Mais toi... Si la demande vient de ta part, je crois qu'il pourra venir. »

« Entendu, Professeur Rogue monsieur. Si vous me dites qui je dois ramener, je le ferai pour le tout petit que je sers. »

« La personne dont Harry a maintenant besoin est Neville Londubat. »

A suivre...