Chapitre 10 : Dumbledore
Il était tard. Très tard et malgré tout le professeur Dumbledore était encore dans son bureau penché sur différents dossiers qu'il voulait régler avant de se rendre au quartier général de l'Ordre du Phoenix pour réorganiser le groupe qui n'avait plus vraiment de cohésion depuis la disparition de Voldemort.
Mais avant de pouvoir se concentrer sur la résistance, il devait préparer la rentrée. Il savait pertinemment que le retour du Seigneur des ténèbres aurait des répercussions sur son établissement.
Même si le ministère niait la renaissance de Voldemort et les accusait Harry et lui, plus ou moins ouvertement, de folie ou bien de complot pour saper l'autorité du ministre, il savait que bientôt les preuves ne manqueraient pas et que les parents lui réclameraient des comptes. Les activités auxquelles se livrait le Seigneur noir n'allaient pas tarder à faire parler d'elles à nouveau et il serait impossible pour les bureaucrates du gouvernement de cacher les faits. Il lui faudrait alors rassurer les parents sur la sécurité des enfants au sein de son école et annoncer que la lutte avait déjà commencé.
Il devait aussi préparer l'année scolaire de Harry. Le retour de Voldemort précipitait un peu ses plans, mais il était bien décidé à agir pour que l'adolescent soit prêt quand le moment fatidique de la confrontation entre le jeune Harry et le lord se présenterait.
Voilà pourquoi il avait voulu voir Severus avant que celui-ci ne s'en aille pour ses vacances. Il avait prévu d'impliquer le professeur de potion dans l'entraînement de l'adolescent. L'homme brun taciturne était un maître en occlumancie, et il fallait que Harry maîtrise cet art. Et même s'il savait pertinemment que le jeune homme et l'adulte avaient quelques griefs l'un envers l'autre, il espérait que tous les deux comprendraient qu'ils devaient passer outre et travailler ensemble.
Dumbledore ne doutait pas de la motivation de l'ancien Mangemort qui lui servait d'espion depuis assez longtemps maintenant pour qu'il ait confiance en son engagement envers la cause de la lumière. Pour Harry, il estimait que l'adolescent, après ce qu'il avait vu dans le cimetière, était convaincu que la situation nécessitait qu'il fasse certains sacrifices. Il accepterait donc sans rechigner de suivre l'enseignement de Severus, s'il voulait satisfaire son désir de devenir plus fort. Le vieux monsieur ne doutait pas de pouvoir présenter sa requête, à l'un comme à l'autre, sans qu'aucun des deux ne puissent trouver d'arguments pour le contrer.
Il avait aussi à régler l'attitude du ministère. Il ne pouvait laisser continuer la politique de diffamation qu'avait mis en place Fudge à son encontre. Il n'avait pas encore trouvé de moyen pour mettre un terme à cette bacchanale mais il gardait confiance et espérait trouver une solution, même si dans le pire des cas il devrait négocier avec Fudge, en personne pour obtenir gain de cause. Il soupira après ce constat. Il devrait sûrement faire d'importantes concessions s'il en arrivait là et donc il s'accordait encore quelques temps de réflexion pour prendre la meilleure décision.
Ses concitoyens étaient bien trop gâtés et laxistes pour prendre conscience du danger qui se profilait à l'horizon. Il les voyait se voiler la face en acquiesçant aux dénégations du ministère, comme si cela serait suffisant pour faire fuir le danger. Il regrettait amèrement que ce soit seulement quand il était trop tard et que la situation devenait catastrophique que ses concitoyens s'apercevaient des dangers qui menaçaient le monde magique. A croire que les sorciers n'avaient conscience du monde qui les entourait que lorsqu''il était trop tard pour faire quelque chose.
Lors de la première tentative de prise de pouvoir par le Seigneur des ténèbres, ils n'avaient tous que trop tardé à réagir de manière adéquate. Personne n'avait vraiment été préparé à lutter à armes égales avec le Lord et ses suivants qui s'étaient facilement infiltrés à des postes clés de la chaîne de commandement et dont les actions punitives et expéditives avaient fait mouche pratiquement à chaque fois.
Parfois le vieux directeur se demandait comment les choses auraient fini par évoluer si Harry n'avait pas mis fin prématurément à l'existence du Lord. Mal, certainement. Rien que d'y penser il pouvait sentir un frisson d'appréhension lui donner la chair de poule. Peu importe, il ne laisserait pas la situation se dégrader comme par le passé. Il utiliserait au mieux les compétences de chacun pour créer un ordre fort avec lequel il faudrait compter, et il avait Harry. Un atout considérable s'il arrivait à se servir de l'adolescent comme il le prévoyait.
Harry qui lorsque les gens auraient compris qu'il ne mentait pas, redeviendrait l'espoir de la communauté sorcière. Il ferait de l'adolescent un emblème de leur lutte. Il lui apprendrait à être plus fort et à développer ses capacités pour son combat contre Voldemort, car il ne faisait aucun doute pour le vieux sorcier que ce qui avait commencé à Godric Hollow, lors de l'assassinat de la famille Potter, n'était pas encore arrivé à son terme. C'était plus qu'une intuition, une certitude qu'il avait acquis dès la première fois qu'il avait tenu l'enfant dans ses bras juste après le massacre de ses parents.
Personne ne le savait mais il avait été le premier à arriver sur les lieux. Bien avant Sirius Black qui n'avait pas remarqué sa présence quand il avait déboulé dans la chambre et qui, figé devant le spectacle horrible qui l'avait tétanisé, avait permis à Albus de transplaner à l'étage inférieur et de refaire son entrée de manière officielle.
Quand il était arrivé la première fois, Voldemort venait de lancer son sort sur le bébé qui luttait instinctivement avec sa magie pour repousser l'attaque mortelle, après que Lily se soit sacrifiée. Il avait assisté impuissant au bouleversement des forces qui s'affrontaient devant lui et fut le seul témoin du renversement de situation quand la magie de l'enfant repoussa définitivement le sort pour frapper le Lord et le faire disparaître.
Dumbledore n'avait jamais vu un acte de magie d'une telle puissance. Tout s'était passé rapidement, pourtant, il pouvait revoir chaque seconde dans son esprit comme si chacune d'elle avait duré une éternité. Malgré toutes ses connaissances, à ce moment, il n'avait eu aucune explication pour comprendre ce dont il avait été le témoin. Il avait regardé effrayé et terrorisé le sorcier adulte se faire carboniser par le bébé. Quand il avait retrouvé assez d'emprise sur lui-même, il n'avait pu que constater la disparition du Seigneur des Ténèbres.
L'enfant pleurait, tendant ses petits bras vers lui, laissant échapper encore un flux de pouvoir étourdissant qui le fit tituber. Malgré les cris de Harry et ses mains qui cherchaient désespérément à saisir une présence rassurante, Dumbledore était resté là, incapable de faire un geste. Il avait aussi remarqué la cicatrice en forme d'éclair sanguinolente qui barrait la tempe de l'enfant.
Impressionné par le pouvoir du petit garçon, il avait regardé s'éteindre la magie qui avait sauvé Harry. Il lui avait fallu quelques minutes avant de réaliser que tout était fini. Il avait compris, alors que les pleurs de l'enfant se calmait pour devenir de faibles gémissements, que l'immense pouvoir qui avait soutenu le garçon s'était rendormit et qu'il ne fallait surtout pas prendre le risque qu'il se réveille à nouveau.
Pour cela il prit la décision d'éloigner l'enfant du monde sorcier pour éviter tout accident. C'est de cette manière que Harry avait atterrit chez les Dursley ou l'influence de la magie était quasi proche de zéro et où aucune source de pouvoir ne pourrait alimenter la puissance du garçon. Il avait fait de son mieux pour que tous ceux qui auraient pu objecter contre le placement de Harry chez les Moldus se trouvent trop occupés pour lui mettre des bâtons dans les roues. Il avait décidé de maintenir la puissance du garçon sous contrôle le temps qu'il puisse faire des recherches et qu'il comprenne comment elle pourrait s'avérer utile dans l'avenir.
Maintenant qu'il avait passé plusieurs années à chercher une explication logique à l'acte de magie pur dont il avait été le témoin, il n'avait pas appris grand-chose. Il savait que cela avait un lien avec une ancienne race de créature magique mais il n'avait jamais pu définir exactement laquelle.
Rien n'était jamais venu confirmer ou infirmer les différentes théories qu'il avait échafaudé au cours des quinze dernières années.
Cela le taraudait mais il n'avait trouvé aucun indice confirmant qu'une créature capable de résister à un sortilège de mort existait. Bref, il n'était pas plus avancé de ce côté-là mais cela n'avait pas vraiment d'importance tant qu'il pouvait garder la confiance et le lien qu'il avait construit avec Harry. Le jeune homme le respectait et l'écoutait comme s'il détenait la vérité et tant qu'il en serait ainsi Dumbledore pouvait espérer continuer à guider le monde magique vers l'équilibre qu'il souhaitait.
Si au fil de ses recherches Albus n'avait rien trouvé de concret concernant l'affiliation du garçon, il avait cependant fait des découvertes, non négligeables et assez inquiétantes sur la cicatrice qui ornait désormais le front de l'enfant. Dire qu'il avait vu l'une de ses plus grandes craintes se concrétiser quand il avait identifié les conséquences du dernier acte magique de Voldemort sur le fils Potter, n'était pas loin d'être un euphémisme. Cela avait confirmé sa décision d'élever le garçon loin du monde magique. Avec les évènements qui avaient secoué la deuxième année d'Harry à Poudlard et qui avait confirmé une partie de ses inquiétudes, il avait repris ses investigations pour comprendre dans quel but le Lord noir avait pratiqué ce sort, et combien de fois. Car il avait malheureusement suffisamment de preuves pour le confirmer au moins deux fois. Il avait cependant l'intuition que cela ne pouvait se limiter à deux.
Il se trouvait perdu dans ses pensées quand une alarme retentit, lui annonçant qu'un visiteur s'avançait dans le parc de Poudlard. Pourtant celle-ci s'arrêta assez rapidement, confirmant que la personne qui se dirigeait vers l'école était quelqu'un d'identifié et d'autorisé à entrer dans l'enceinte. Il ne fallut pas longtemps pour que les portraits des anciens directeurs en contact avec les peintures des couloirs l'avertissent de l'arrivée tardive du professeur de potion. Severus Rogue se dirigeait apparemment vers le bureau directorial avec un air fatigué et sa mine renfrognée habituelle.
Albus poussa un léger soupir satisfait. Poppy lui avait dit que Severus avait dû répondre à une convocation de Voldemort. Elle avait l'air assez bouleversée et inquiète et il avait fait de son mieux pour rassurer la vieille femme avant de la laisser partir pour des vacances bien méritées. Il était soulagé de voir Severus, son meilleur espion dans l'organisation des Mangemorts, revenir de cette entrevue en bon état, cela ne pouvait signifier qu'une chose : Voldemort n'avait pas encore retrouvé assez de pouvoir pour se lancer dans des séances de torture gratuite, tout juste bonne à effrayer les nouvelles recrues et à assouvir son besoin sadique de domination. C'était assez rassurant.
Quand Severus reviendrait des réunions du Seigneurs des ténèbres dans un état lamentable, cela serait le signe que le Lord était fin prêt à passer aux choses sérieuses, et qu'il avait du mal à contrôler son excitation et son impatience.
Il entendit de légers coups à sa porte auquel il répondit un « entrez » un peu las vue l'heure tardive. Severus entra et s'inclina légèrement devant lui avant de s'avancer vers un fauteuil qui se trouvait devant le bureau du directeur. Albus ne s'était pas levé pour l'accueillir et ne se formalisa pas quand l'homme taciturne s'assit, avant qu'il ne l'y autorise, avec un soupir fatigué.
« Albus, il s'est passé quelques événements aujourd'hui qui auront certainement des conséquences plus qu'imprévisible sur notre monde. » commença le professeur en se pinçant l'arête du nez un court instant.
« A ce point, Severus ? Je ne pensais pas que le Seigneur noir aurait retrouvé aussi rapidement son emprise sur notre monde ! Vous m'inquiétez... » répondit-t-il, son attention dirigée vers son interlocuteur et toutes ses capacités d'observation en marche. Il tenta même une première approche de Légilimancie en utilisant juste ce qu'il fallait de pouvoir pour entrer en contact avec l'esprit de l'enseignant sans que cela ne paraisse trop suspect.
« Rassurez-vous cela n'a pas de lien direct avec le Seigneur des Ténèbres. » Le coupa assez sèchement le professeur de potion d'un air las, en faisant un signe dédaigneux de la main pour chasser cette idée ou son intrusion mentale.
Albus leva un sourcil perplexe. C'était bien la première fois que le professeur rejetait sa présence. Habituellement l'homme taciturne appréciait de le laisser accéder à ses souvenirs plutôt que de lui fournir un rapport circonstancié des réunions du Lord de vive voix.
« Là, j'avoue que je ne vois pas où vous voulez en venir, mon cher... » S'inquiéta Dumbledore en replaçant ses lunettes en demi-lune sur son nez et en fixant le brun avec un intérêt calculateur. L'attitude éreintée de l'homme brun qui lui faisait face l'inquiétait. Par précaution, il maintint sa présence en contact de l'esprit de Rogue au cas où une intrusion plus prononcée s'avèrerait possible.
« Vous n'avez pas senti une agitation dans les courants magiques aujourd'hui ? » demanda Severus sur un ton détaché qui ne détrompa pas le vieux sorcier. La question avait une importance capitale dans les nouvelles que voulait lui transmettre son espion.
« Et bien je dois reconnaître que non. Rien de significatif en tout cas, car je ne pense pas que les modifications auxquelles vous faites allusions, aient un quelconque rapport avec l'agitation fébrile qui semble agiter les elfes de Poudlard depuis la fin de l'après-midi, n'est-ce pas ? »
« Les elfes de maison sont agités ? » répéta l'enseignant en fronçant les sourcils.
« Oui. Rusard était assez inquiet de les voir courir dans tous les sens sans raison apparente, en poussant des couinements aigus et hystériques. Il est venu m'en avertir mais quand j'ai essayé d'obtenir des informations des principaux intéressés, je me suis heurté à un mur de gloussement assez irritant ! J'ai donc renoncé à comprendre... »
Il y eut un temps de silence qui fut interrompu après que Severus ait levé les yeux au ciel en soupirant. La réaction intrigua le vieux sorcier. Severus ne semblait pas vraiment surpris, juste blasé, ce qui était assez étonnant. Mais le plus frappant et le plus inquiétant était que les boucliers autour de l'esprit de Severus se renforçaient.
« Et bien disons qu'il y a peut-être un lien, mais je ne suis pas sensé en parler. » déclara Severus en se mordant la lèvre inférieure avec une grimace qui semblait hésiter entre le fou rire et la colère.
Dumbledore fut assez choqué par l'attitude de son espion. Il ne l'avait jamais vu exprimer aussi ouvertement une émotion, même s'il était difficile de la reconnaître. C'était bien une des rares fois où il pouvait en décrypter une sur les traits austères de ce visage. Le directeur était déjà choqué de pouvoir lire une émotion sur le visage de son subordonné mais il était vraiment angoissé de ne pouvoir accéder à la moindre zone de son cerveau. Ses pensées se trouvaient derrière un mur infranchissable.
« Il va me falloir une explication un peu plus détaillée pour que je puisse cerner la situation de manière correcte, Severus. » Incita le directeur avec un geste de la main pour faire venir vers son bureau un service à thé fumant.
« C'est la raison de ma venue, mais je dois vous avertir que je ne peux vous informer de tout ce que je sais. Je ne suis autorisé à vous donner que certaines informations et j'espère que vous saurez vous en contenter. » Le prévint son interlocuteur en acceptant la tasse de thé qu'il lui tendait avec un sourire aimable.
Décidément, se dit Albus, il y a quelque chose de différent chez Severus. Qu'est ce qui a bien pu le transformer autant en si peu de temps !
« Vous attisez ma curiosité, Severus et il n'est pas dans vos habitudes de tourner autour du pot. Je vais finir par croire que vous craignez réellement ma réaction pour prendre autant de précaution... »
Il savait que son sous-entendu serait compris par le professeur. La puissance de ses boucliers plus que ces paroles étaient un signe que ce que Severus allait lui révéler, aurait une importance capitale dans les évènements à venir.
« Peut-être » admit Severus en haussant les épaules après avoir bu une gorgée de la boisson chaude. « Même si cela ne servira à rien puisque ni vous ni moi n'auront d'autre alternative que de nous conformer à leurs attentes... »
Dumbledore arqua les sourcils, curieux et impatient de découvrir ce qui perturbait autant l'enseignant. Il ne fit pourtant aucune nouvelle réflexion attendant que Severus se décide à parler, ce qui ne tarda pas après que ce dernier ait pris une profonde inspiration.
« Un clan chimère a fait son apparition. » révéla le professeur de potion en reposant sa tasse sur le bureau en face de lui, relevant son regard sombre vers Dumbledore.
« Pardon ! » s'exclama le vieux directeur se demandant s'il avait bien compris la révélation que Severus, d'un simple hochement de tête, confirma.
Dans une ultime tentative de se donner un peu de temps pour réfléchir à cette annonce, Dumbledore après son éclat de voix un tantinet hystérique, rit doucement en demandant à son employé à quoi ressemblaient ces créatures magiques tout droit sorties des anciennes légendes.
« A de gros, gros chats avec une queue de serpent. Elles sont assez imposantes et impressionnantes. » Déclara Severus avec une grimace qui fit frissonner le directeur. Cette nouvelle expression sur le visage de son espion le prit un peu de court. Elle reflétait un certain dédain mais aussi un profond respect.
Les mains d'Albus ne mirent à trembler et il dû reposer sa tasse avec précaution pour ne pas la renverser sur les dossiers qui remplissaient sa table de travail plutôt encombrée. Un premier nom traversa son esprit à l'annonce de cette nouvelle : Augusta Londubat !
Si une personne de confiance pouvait lui confirmer la création d'un clan chimère, c'était bien la grand-mère de Neville. Il savait depuis qu'il avait entamé ses recherches sur Harry que la vieille femme était le gardien de la tradition orale. Bien entendu cette vieille sorcière bornée n'avait jamais révélé quoi que ce soit au sujet des chimères qui auraient pu lui confirmer que Harry était une de ces créatures mythiques. Il avait même fait une croix sur cette possibilité vu le manque de renseignements qui ne permettait pas de mettre en évidence une quelconque logique dans la lignée de l'héritage magique des chimères.
Puis un second nom fit son apparition dans son esprit, celui de Harry. Était-il possible que finalement le pouvoir qu'il avait senti s'éveiller, ce jour-là chez l'enfant soit celui d'une chimère ? S'il posait la question de l'identité des chimères, est ce que Severus lui répondrait ?
« Je suis venu vous pour vous avertir que je suis un servant sorcier et que de ce fait je ne peux plus assurer mon rôle d'espion au sein de l'Ordre. » ajouta Severus d'un ton monocorde, le tirant de ses réflexions
Dumbledore resta bouche bée quelques instants, décontenancé par la nouvelle. Cependant il remit rapidement les rouages de son intellect en service pour obtenir un maximum d'information sur ce clan.
« Comment est-ce possible ? » Marmonna le vieux sorcier en fixant le professeur avec incrédulité.
« La convocation de ce matin était celle du clan pour me faire part de ma nouvelle mission en tant que servant. Je n'étais pas le seul à être convoqué et les chimères m'ont autorisé à vous dire que Neville et sa grand-mère sont aussi des servants sorciers. » avoua Severus d'une voix où perçait une dose d'ironie qu'il réservait généralement à ses élèves récalcitrants. « Je suis certain qu'un homme dans votre position connaît le rôle d'un clan de chimère dans le monde magique ? »
Dumbledore se sentit insulté par la remarque de son subordonné. Il marmonna quelques mots dans sa barbe qui firent sourire plus largement l'homme taciturne qui lui faisait face. Il préféra ne pas aborder le rôle des chimères pour le moment, cherchant plutôt à obtenir des preuves de l'apparition de ce clan.
« Vous comprendrez, j'espère, mon cher Severus, que j'attends des preuves de ce que vous venez de me dire. Pas par manque de confiance, non, juste parce que si un clan de chimère s'est réellement éveillé, nous devons nous assurer qu'elles se tournent vers la lumière... »
Il tenta de pénétrer plus profondément les défenses de Rogue mais aucune de ses tentatives n'aboutis. Dumbledore savait que l'esprit du maître de potion était très bien protégé, mais il doutait fortement qu'il ait les capacités suffisantes pour affronter seul ses attaques, qui, au fil de son énervement perdaient de leur contrôle pour gagner en puissance.
« Des preuves, Elles m'en ont fourni bien assez pour vous convaincre. Enfin je l'espère. Pour vous. » répondit Severus en se levant et en s'approchant du bureau pour tendre son bras au-dessus. Il ne tentait même pas de cacher sa colère devant les essais infructueux que faisait Dumbledore pour entrer dans son esprit. « Si ma parole ne vous suffit pas, je suis autorisé à vous arranger un rendez-vous avec Augusta Londubat, qui vous le savez, est le gardien de la tradition orale. Et si cela ne vous convient toujours pas, sachez que ma magie est sans tâche et que ma loyauté ne peut plus être achetée. »
Severus dégagea la manche de sa robe noire et montra son bras au directeur. Plus que les mots, l'absence de la marque des ténèbres fit sursauter le vieux sorcier. La magie qui avait été utilisée pour apposer ce tatouage hideux était puissante, il avait donc fallu un pouvoir colossal pour l'enlever et tout semblait avoir été fait dans la journée, sans préparation préalable. Instantanément ! Sous le choc, Albus retira son esprit de celui de Rogue. Était-il possible que les chimères aient renforcé le pouvoir de leur servant ?
Dumbledore avait assez lu de vieux parchemins sur le rôle et les actes de magie qui étaient concédé aux différents clans de chimères qui avaient traversé les siècles pour ne pas douter de leur puissance. Bien sûr aucun des textes qu'il avait dénichés au court de ses recherches, n'avaient vraiment été explicite sur le type de créatures qu'elles étaient. Apparemment, elles avaient à leur disposition une magie puissante mais étaient-t-elles capables de raisonner, de comprendre la situation dans laquelle se trouvait le monde sorcier avec le retour de Voldemort. Le clan était-t-il parmi eux pour les aider à lutter contre le Lord noir ?
« De plus, il y a parmi les membres de l'Ordre quelqu'un qui pourra confirmer que je suis en contact avec une chimère depuis quelques temps. Les chimères sont d'accord pour que vous envoyiez cet ambassadeur au nom de votre Ordre les rencontrer afin de vous convaincre. »
« Qui ? »
« Remus Lupin. Il a déjà eu à faire avec l'aîné du clan et il sait quand il peut venir dans leur nid. »
« Comment ça ? » S'étonna Albus.
« Demandez plus de détail au loup. Je ne vais quand même pas colporter sur le clan alors qu'il vient à peine de se former. Cela doit vous renseigner sur votre capacité à pouvoir me soutirer des informations par la suite ! » ironisa Severus d'un ton satisfait.
« Pourquoi ne se sont-elles pas fait connaître avant ? » Insista Albus. « Je trouve un peu surprenant leur apparition alors que le Seigneur noir vient lui aussi de ressurgir ! »
« Le clan vient de se former. Elles viennent de prendre leur fonction. » déclara Severus d'un ton ferme.
« C'est un peu léger comme explication. » Objecta le vieux sorcier.
« C'est la seule que je peux vous donner et que vous obtiendrez de ma part.. » Soupira Severus en haussant les épaules.
« Pourquoi Remus connaît-il l'aîné du clan, comme vous l'appelez ? » tenta une dernière fois le directeur en fixant le professeur.
« Je n'ai pas les détails et ce n'est pas à moi de vous en parler. La magie ne m'y autorise pas. Vous devrez en parler avec le principal intéressé. »
Dumbledore scrutait Severus en plissant des yeux, bien déterminé à en découvrir un maximum sur l'apparition du clan et de l'identité des chimères, mais son espion ne semblait pas décidé à lui simplifier la tâche.
« Qu'êtes-vous donc autorisé à me dire d'autre, Severus ? » Insista-t-il en venant s'asseoir à côté de lui et en prenant un ton de confidence qui firent s'ourler les lèvres du professeur de potion d'un fin sourire moqueur.
« Posez-moi vos questions et je verrais si je peux y répondre. »
« Pouvez-vous me donner leurs identités ? » Se lança Albus sans hésitation et tentant une nouvelle fois de s'approcher de l'esprit de Severus.
« Non »
« Puis-je les rencontrer pour les informer de la situation dans laquelle nous nous trouvons ? » continua-t-il en augmentant la pression de sa présence en un point précis du bouclier qui s'étendait autour des pensées du professeur.
« Elles savent très bien la situation dans laquelle se trouve la magie dans le monde. C'est pour en juger qu'elles sont là. » répondit Severus d'un ton toujours aussi intransigeant en serrant les mâchoires.
« Pour juger ? » Répéta Albus en fronçant les sourcils. Il savait parfaitement le rôle que l'on prêtait au clan chimère dans les textes anciens, mais il devait se l'entendre confirmer de vive voix pour que cela prenne vraiment du sens, et que cela sonne comme définitif à ses oreilles. Il maintenait en même temps la pression sur les boucliers de Severus, mais n'arrivait toujours pas à y creuser la moindre brèche.
« Le clan est aussi appelé les Juges de la Bénédiction Magique. Je pensais que vous le saviez... » Ironisa Severus en utilisant de nouveau ce ton que le vieux sorcier jugeait insultant.
« Cette version n'est qu'un vieux conte oublié pour les enfants... » Objecta le directeur avec un petit rire qui mourut dans sa gorge quand Severus le toisa de son regard sombre sans l'ombre d'une plaisanterie. Il senti une sonde mentale quitter l'esprit de Severus pour se diriger droit sur lui comme une avalanche de glace, puissante et destructrice.
Dumbledore de nouveau coupa le lien de sa propre volonté pour ne pas être atteint par cette intrusion qui lui semblait loin d'être amicale. Le directeur de Poudlard réalisa qu'il ne pouvait plus convaincre aussi facilement l'enseignant du bien fondé de ses arguments. Severus semblait hermétique à sa manière de voir les choses. Il savait que l'homme était un des meilleur occlumens et legilimens du monde sorcier, mais l'homme brun était resté assez ouvert quant aux suggestions qu'il lui avait faite au cours de ces dernières années.
Il savait que derrière son masque froid et intransigeant, Severus cachait un profond idéalisme et un sens de la justice affûté qui se révoltait devant chaque injustice. C'était ce qui l'avait sauvé de Voldemort, et c'était ce qui le rendait méfiant vis à vis du ministère.
Cependant avec l'apparition de ce clan et son nouveau statut, le professeur de potion semblait dévoiler ses émotions plus facilement, comme si tous les atouts étaient entre ses mains et qu'il savait comment allaient évoluer les choses.
Il soupira, perdre l'appui de Severus dans un tel moment ne l'arrangeait pas, mais il craignait vraiment de découvrir que cette perte s'élargissait à Harry. Il devait s'assurer que l'adolescent n'était pas une des préoccupations des chimères.
« Savez-vous ce qu'elles savent sur Harry ? » Se risqua -t-il à demander presque timidement, n'osant renvoyer une sonde mentale en direction de son ancien pion...
« Potter ? Pourquoi me parlez-vous de Potter ? »
Albus fut satisfait de lire la stupéfaction dans le regard sombre qui ne s'était pas détourné alors qu'il changeait d'angle d'attaque pour savoir quelles étaient les intentions des chimères envers le jeune garçon.
« Et bien Harry pourrait de par son histoire et sa puissance les intéresser... »
« Contrairement à ce que vous imaginez, Albus, le gamin n'est pas le centre du monde ! Pour elles, il n'est qu'un sorcier parmi tant d'autre. »
« Elles ne connaissent pas son existence ? »
« Je ne parierais pas là-dessus, je suis plutôt d'avis de croire qu'elles ont d'autres chats à fouetter que de s'occuper des états d'âme d'un adolescent... » Répondit Severus en souriant avec ironie
C'était une bonne nouvelle. Il devait changer les plans qu'il avait prévu initialement pour le jeune homme et le ramener au quartier général de l'Ordre le plus rapidement possible. Il fallait ramener le garçon dans un lieu sûr et qu'il pouvait contrôler avant que la rumeur de la création d'un clan ne se répande et que cela attise la curiosité du jeune homme qui se laissait bien trop facilement guider par son goût de l'aventure.
« Et que pensent-t-elles de Voldemort ? » questionna enfin Dumbledore curieux de savoir que les créatures mythiques pensaient du Lord.
« Pas grand-chose de plus que pour Potter. »
« Vous plaisantez, Severus ? » S'indigna Albus. Pour lui, la menace que représentait le Seigneur Noir n'était pas à négliger comme son interlocuteur en donnait l'impression.
« Non, pas vraiment, monsieur le directeur. Vous ne pouvez pas encore comprendre les répercussions que l'apparition d'un clan va avoir sur le monde magique, pas seulement les sorciers. J'ai la permission d'éclairer votre lanterne sur certains points et je vais le faire. Considérez que c'est mon remerciement pour les années de liberté que vous m'avez accordé et de la confiance dont vous avez fait preuve envers moi depuis mon revirement tardif. » Commença Severus avec condescendance ce qui fit grincer les dents du vieux directeur qui serra les poings. « Les créatures magiques vont sortir de l'ombre et se présenter aux chimères pour leur assurer de leur coopération, celles qui ne se montreront pas le feront en toute connaissance de cause et quand les chimères se présenteront devant elles, tous les arguments qu'elles pourront objecter n'auront aucune répercussion sur les décisions du clan. Ni en bien ni en mal, les décisions du clan seront, un point c'est tout et tout le monde devra s'y plier. »
« Eh bien, et pour les sorciers ? »
« Les sorciers seront considérés comme leurs frères et jugés comme tous les autres enfants de la magie. L'ère de supériorité des sorciers sur la magie touche à son terme. Je crois, mon cher Albus, que vous pouvez commencer à vous faire à cette idée, histoire de ne pas tomber de trop haut, quand le clan rendra son jugement. »
A suivre...
