Chapitre 11 : De l'insouciance de l'enfance.
Ou comment la retrouver ou la perdre.
Quand il ouvrit les yeux le lendemain matin, Harry mit quelques instants avant de se rappeler pourquoi il se trouvait dans une chambre qui ne lui était pas familière. Le soleil matinal inondait la pièce passant au travers des rideaux d'une teinte bleu foncé, affreusement délavée par le passage du temps. Il se redressa en se frottant les yeux tout en examinant le décor de sa chambre. Le lit à baldaquin était confortable et assez grand.
De là où il était, il avait une vue d'ensemble de la pièce et pouvait admirer l'armoire et le bureau qui occupaient chacun un coin opposé de la pièce. Sur la droite du lit il y avait une porte, tout comme sur le mur en face.
Il se gratta l'arrière du crâne cherchant à savoir comment il avait atterri ici et qui avait bien pu le mettre en pyjama. Le vêtement parfaitement à sa taille était noir et confortable. Il se souvenait très bien qu'il avait reçu son héritage de chimère et qu'il se trouvait dans le manoir de son professeur de potion qui s'avérait très différent de l'image qu'il s'en était fait à Poudlard.
Il se souvenait que Neville et sa grand-mère les avaient rejoints ainsi qu'un gobelin. Il se rappelait aussi leur conversation et les décisions qu'ils avaient prises dans la soirée. Il n'avait pas oublié sa frustration de devoir laisser Ialon et Alyd partir en mission sans lui.
Il n'avait aucune difficulté pour se rappeler que la grand-mère de Neville s'était portée volontaire pour lui apprendre rapidement ce qu'il devait savoir sur les lois de son clan. Sa mémoire était capable de lui faire de nouveau sentir l'inquiétude des deux autres chimères quand la vieille sorcière avait expliqué comment elle comptait s'y prendre. Il arrivait sans peine à se remémorer son excitation et son impatience.
Harry se souvenait aussi qu'ils avaient dû d'abord se plier à une exigence de l'Awa du clan ce qui avait conduit à une nouvelle expérimentation pour le moins surprenante pour lui. Augusta Londubat lui avait montré comment prendre conscience de ses boucliers mentaux et comment les renforcer.
Elle lui avait enseigné tous cela en le guidant par une technique de méditation et en le laissant admirer les boucliers mentaux de Severus qui se préparait à affronter le directeur de l'école de sorcellerie. Harry sourit retenant difficilement un rire aux souvenirs de ce qu'il avait fait lors de cet entretien.
Dans un premier temps, il n'aurait pas su dire si Severus avait apprécié son intrusion. L'enseignant semblait plutôt contrarié qu'il débarque pour un cours pratique dans son esprit alors qu'il s'apprêtait à discuter avec l'un des deux mages les plus puissant du monde magique actuel. Severus savait que le vieux sorcier tenterait la légilimancie sur lui.
Ialon avait confiance en ses boucliers, mais il savait aussi que jamais Albus n'avait utilisé son don avec sa puissance maximale pour entrer dans son esprit. Harry avait pu sentir qu'il s'inquiétait pour lui et des conséquences possibles si Dumbledore percevait sa présence.
Cependant Dénal n'avait pas rebroussé chemin et avait appris l'art de la magie de l'esprit avec une facilité déconcertante, se servant instinctivement du lien qui l'unissait à son aîné pour renforcer et soutenir les boucliers de Severus. Harry avait encore besoin de pratique pour acquérir une maîtrise parfaite de l'art de la magie mentale, mais il l'avait apprise plus rapidement qu'Augusta et Severus ne l'aurait cru possible !
Si Harry avait dû comparer les boucliers mentaux à un élément, il aurait choisi l'eau. C'était comme une immense bulle liquide qui remplissait tout l'espace. Tout ce qui était projeté dans sa direction pouvait soit si la présence était acceptée la traverser comme on fend les eaux lors d'un plongeon, soit être freiné pour se perdre dans les courants des couches les moins profondes de l'esprit sans avoir accès aux informations que gardait celui-ci, soit si l'attaque était nettement plus incisive et menaçante, les boucliers pouvaient devenir glace et fracasser l'intrusion sur leur surface.
Dénal avait aussi remarqué qu'en réponse à ce type d'attaque, il était possible de riposter et que la contre-attaque pouvait être très destructrice. Il pouvait sentir encore la glace se glisser sur la sonde mentale du directeur pour le frapper au sein même de son esprit quand Albus avait remis en cause le rôle des chimères en tant que Juges de la Bénédiction Magique. Par instinct, il avait répondu à l'attaque du directeur et tous y comprit lui-même, du vieux sorcier à Severus, avaient été surpris par la puissance de l'attaque mentale qu'il avait lancé en retour.
Augusta l'avait ensuite ramené à la réalité, jugeant que pour une première tentative, l'expérience se concluait d'un franc succès. Il avait ouvert les yeux dans le salon du manoir et avait senti une grande fatigue engourdir son esprit. Le sourire satisfait de la vieille femme lui était apparu comme la meilleure des récompenses pour sa réussite.
Quelques minutes plus tard, Neville était revenu le premier de sa mission avec les affaires du petit brun dont sa chouette qui hulula en retrouvant son jeune maître. Harry s'était jeté dans les bras de son camarade en le serrant très fort et en lui marmonnant des mots de remerciement sans queue ni tête ce qui ne manqua pas d'étonner la vielle sorcière alors que la chimère dorée rendait son étreinte à la brune et argent en lui massant doucement le dos.
Quand Augusta en fronçant les sourcils avait fini par demander une explication à son élève pour cette effusion sentimentale, qu'elle ne comprenait pas, Dénal dû admettre il avait maintenu aussi la connexion mentale avec Alyd.
Devant l'air incrédule de la vieille sorcière, il avait expliqué que le lien sur sa toile intérieure qui le liait à Neville, était tout comme celui de Severus, toujours en sur brillance par rapport aux autres. En voyant la chimère dorée son esprit par réflexe avait déplacé sa concentration vers Alyd et donc il savait ce que la chimère dorée avait accompli en son nom à Privet Drive.
Cela pouvait paraître compliqué mais tout lui paraissait tellement simple et instinctif que Harry se demandait si ce n'était pas les choses les plus simples qui étaient les plus inexplicables. Comme marcher ou respirer ou même lancer un sortilège. Il ne comptait plus le nombre de fois où il avait lancé un sort de silence dans un acte de magie instinctive quand il faisait un cauchemar et la difficulté qu'il avait eu à le reproduire en cours à Poudlard alors qu'aucune nécessité ne se faisait ressentir.
Si la grand-mère de Neville en fût choquée, elle n'en montra rien. Après tout, le pouvoir magique accordé aux chimères était gigantesque, et seule la magie leur permettait de l'exprimer au niveau qu'elle jugeait nécessaire, elle n'avait donc aucun mot à dire allant contre les actions d'une ou l'autre des chimères. Elle ne demanda même pas de détail sur ce qu'avait fait son petit fils, elle savait qu'elle finirait par le savoir, bien assez tôt.
De plus Awa n'avait rien objecté quant aux intentions de Neville, c'étaient bien qu'il devait les approuver d'une manière ou d'une autre ce que confirma son petit-fils quand il admit qu'Awa savait parfaitement ce qu'il avait eu l'intention de faire.
Ils avaient discuté encore un moment avant que Harry, épuisé, ne s'endorme sur le canapé avec un sourire satisfait. Il se souvenait d'avoir eu la sensation d'être porté avec précaution, mais cela ne fut pas suffisant pour le réveiller et il s'était laissé bercer pour finir par s'endormir profondément.
Harry s'étira satisfait d'avoir remis un peu d'ordre dans ses pensées et commença à poser les pieds par terre, tout en se demandant quelle heure il pouvait bien être. Utilisant ce qu'il avait appris la veille il chercha avec son esprit la présence des autres et n'eut aucune difficulté à les trouver. Apparemment ils étaient tous à l'étage inférieur et semblaient très excité à propos des objets que le servant gobelin Scalbeck avait fait livrer. Impatient, il se dirigea vers la porte menant à l'escalier quand un pop retentis dans la pièce. Il n'eut aucun mal à reconnaître l'elfe qui se trouvait devant lui, tendant dans sa direction un peignoir à sa taille.
« Dobby ? » S'étonna Harry.
« Oui maître ? » Répondit Dobby en fixant le garçon avec adoration ce qui rappela à la jeune chimère leur première rencontre et l'empressement de l'elfe à lui apporter son aide. Dobby semblait attendre que Harry fasse un geste pour se vêtir.
« Que fais-tu là ? Et au cas où tu l'aurais oublié tu es un elfe libre maintenant...Tu n'as pas besoin de m'appeler maître... » Demanda Harry quelque peu surpris par la présence de son ami.
« Bien sûr que si, Maître ! » trancha Dobby en l'aidant à enfiler le peignoir et en lui présentant une paire de pantoufles assorties ce qui fit sourire la chimère aux mèches argentés. « L 'Awa du clan a demandé personnellement à Dobby s'il acceptait de veiller et d'aider le tout petit. Un honneur que ne pouvait accepter Dobby. Dobby n'étant pas assez bon pour servir une chimère mais quand Awa a précisé qu'il s'agissait de Monsieur Harry Potter monsieur, Dobby ne pouvait pas refuser. Surtout quand l'Awa du clan a dit que c'était ce que voulait le tout petit maître. C'est bien ce que vous voulez ? »
Harry essaya de remettre un ordre compréhensible aux paroles de l'elfe. Son silence fut assez mal perçu par le petit être aux yeux globuleux qui commença à douter que sa présence fut souhaitée. Dobby allait se diriger vers le mur le plus proche pour s'y fracasser la tête en s'insultant pour son arrogance d'avoir imaginé que le tout petit aurait pu avoir besoin de lui.
« Dobby ! » L'arrêta Harry en le retenant par un petit bras noueux. « Je ne voulais pas te vexer. Je suis vraiment ravi de ta présence à mes côtés mais je ne voulais pas que tu perdes ta liberté pour moi... »
« Le maître s'inquiète pour moi ? Je ne le mérite pas. Je n'ai encore rempli aucune des tâches que m'assignera le maître... » Recommença à se lamenter Dobby provoquant un soupir chez la jeune chimère.
« Ok reprenons depuis le début, as-tu une idée de pourquoi Awa voulait que tu te lies à moi ? »
« Bien sûr, les chimères ont besoin de la magie particulière des elfes de maison. Celle qui permet à un elfe de localiser une personne et de l'amener devant son maître. Entre autres choses. »
« Ah ! » s'exclama Harry dans un rire joyeux, en relâchant le bras de l'elfe. « Encore quelque chose que je dois apprendre. Si je comprends bien Neville a aussi un elfe à son service. »
Dobby se contenta pour toute réponse d'acquiescer, attendant visiblement que Harry confirme qu'il l'acceptait. Le brun soupira et s'étira de nouveau faisant quelque pas pour gagner la salle de bain qui se trouvait être la porte en face de son lit, toujours suivit par Dobby.
« Ce choix tu l'as fait de toi même, n'est-ce pas Dobby ? »
« Dobby a accepté sans contrainte l'honneur que lui faisait le clan en le choisissant. » Répondit avec fierté l'elfe avec des yeux pétillants.
« Bien, alors je te remercie Dobby de te mettre à mon service avec autant de zèle et de prévenance. » Sourit Dénal en commençant à se déshabiller alors que Dobby allumait l'eau de la douche et en réglait la température tout en continuant à parler.
Harry était un peu dérangé par les attentions dont il était l'objet pour la première fois dans sa vie, mais il pouvait sentir que cela faisait plaisir à Dobby de remplir son rôle de valet.
« Les autres elfes de maison de Poudlard ont été un peu verts de jalousie en apprenant la nouvelle mais tout est rentré dans l'ordre. J'y ai veillé pour l'harmonie du nid... »
Harry fut soulagé de voir que l'elfe avait accepté de se lier à lui parce qu'il en avait envie d'une certaine manière. C'était tout ce que voulait savoir le brun pour le moment alors qu'il se glissait sous la douche pendant que l'elfe cherchait des vêtements propres dans l'armoire.
Tout à ses ablutions, il réfléchit aux derniers mots de Dobby. Il se rappelait que durant la conversation entre Dumbledore et Severus, le directeur avait fait à un moment allusion à l'agitation des elfes. Comme Ialon avait considéré cette information comme secondaire et complètement logique, Harry n'y avait pas prêté plus d'intérêt mais maintenant qu'il pouvait y réfléchir tranquillement, il réalisait ce que cela sous entendait.
« Dobby ? Tu sais où se trouve mon nid ? » Demanda-t-il en sortant de la cabine de douche et en se frictionnant vigoureusement alors que Dobby revenait avec les habits qu'il avait sélectionné pour lui.
« Bien entendu Maître. Tous les autres attendent avec impatience de pouvoir vous rencontrer pour vous servir. »
« Mon nid se trouve à Poudlard ! » s'exclama Harry en écarquillant les yeux de surprise alors que Dobby hochait la tête avec un sourire qui s'étendait presque d'une de ses oreilles à l'autre.
La nouvelle était pour le moins surprenante, mais elle lui faisait plus que plaisir. Il avait toujours considéré le château comme sa véritable maison. Bien entendu, il y avait vécu pas mal d'évènements désagréables, mais il ne pouvait nier le sentiment de sécurité que lui procurait l'imposant château.
Il avait fini de s'habiller, admirant les vêtements que lui avait fourni l'elfe. Un pantacourt de couleur vert sombre qui s'arrêtait au-dessous de ses genoux, un t-shirt vert foncé sur lequel il avait passé une chemise blanche unie. Il avait relevé les grandes manches de celle-ci jusqu'à ses coudes.
« Et ses vêtements ? » questionna Harry s'émerveillant en apercevant l'armoire de la chambre qui regorgeait de vêtements de qualité et de marques luxueuses. « C'est pour moi ? »
« Oui maître. Ilk un des elfes du maître de ce nid a estimé que les vêtements que portait le maître en arrivant n'étaient absolument pas dignes du statut du jeune maître, ce qui soit dit en passant était largement en dessous de la vérité. Les vieux vêtements du Maître ne méritaient plus le nom d'habits. Ils étaient tout juste bon à servir de chiffons ! Alors Ilk a fait en sorte que vous puissiez être habillé convenablement en parant au plus pressé. »
« Comment a-t-il fait cela ? »
« Magie elfe. » Fut la seule réponse de Dobby en levant les épaules sur un ton qui laissait supposer qu'il ne donnerait aucune explication à ce propos.
Harry n'insista pas et sortit de la chambre avec Dobby sur les talons pour gagner la salle à manger ou il espérait pouvoir trouver de quoi manger. Son estomac lui rappelant que son dernier repas remontait à bien trop longtemps.
Avisant une immense horloge devant l'escalier qui le mènerait au rez-de-chaussée, Harry lut l'heure et fut assez stupéfait en réalisant qu'il était déjà si tard. La pendule n'allait pas tarder de sonner dix heures ! Il pressa donc le pas espérant que personne ne lui tiendrait rigueur de cette grâce matinée.
Il fût bien vite rassuré quand il ouvrit la porte de la pièce à vivre et qu'il fut accueilli par quelques railleries de la part de Severus et Neville sur le côté chaton de sa personnalité. Harry bien que gêné apprécia la comparaison qu'il estima tout à fait justifiée : dormir, manger, prendre soin de lui et bien entendu jouer cela lui convenait parfaitement et au vu des objets qui s'étalaient sur la table devant ses aînés, il avait hâte de se mettre en action et d'utiliser ses nouvelles capacités.
Bon vu les regards que lui lançait Severus, Jouer n'était peut-être pas le terme qui convenait le mieux pour définir ce qu'ils allaient faire.
« Tu sais ce que cette décision implique, n'est-ce pas Drago ? »
« Bien sûr, père. »
Drago ouvrit les yeux et s'écarta du bras de sa mère tout en faisant un pas en avant pour s'éloigner de la zone de transplanage du chemin de traverse. Il venait de transplaner avec elle dans la rue commerçante sorcière de Londres.
A cette heure matinale, il n'y avait encore pratiquement personne dans l'avenue marchande. C'était à peine si les devantures des magasins venaient d'être remontées et les marchands s'affairaient à préparer leurs vitrines et leurs pas de porte dans l'espoir d'attirer les acheteurs potentiels. Mais tout cela en cet instant passait bien au-dessus de Drago. Le jeune homme était perdu dans ses pensées et les souvenirs de sa dernière conversation avec son père.
Peu lui importait que le soleil dardât ses rayons sur Londres. Peu lui importait que la température déjà agréable en ce début de matinée, laissait présager que la journée serait chaude. De ce genre de chaleur qui vous assomme et vous fait suer dès que vous amorcez un mouvement. Peu lui importait les regards intrigués des passants et des commerçants sur l'étrange cortège qu'il faisait avec sa mère.
Tout ce qui comptait pour lui à ce moment précis, c'était la main froide de sa mère qui s'était resserrée sur la sienne quand il s'était écarté quelques instants plus tôt comme pour le retenir. Cette poigne douloureuse qui était le seul signe de l'angoisse qui ravageait Narcissa Malefoy.
Et puis il y avait les paroles de son père, même s'il en comprenait les conséquences et qu'il ne regrettait pas le choix qu'il avait fait, il ne pouvait s'empêcher de regretter de tourner la page de son enfance.
« Drago, le Lord est revenu parmi nous. »
C'était avec ces quelques mots que la dernière conversation qu'il avait eu avec son père avait commencé. Lucius l'avait convoqué la veille au soir dans son bureau. Insouciant, le jeune homme de quinze ans avait rapidement passé en revue ce qu'il avait bien pu faire pour mériter cette convocation. Ne trouvant rien de probant, il avait compris que cet entretien allait lui déplaire.
Drago n'était pas aussi détaché vis à vis des évènements qui avaient bouleversé la fin de sa quatrième année à Poudlard, qu'il aurait voulu être capable de le montrer. Il avait bien vu Potter revenir avec le corps de Diggory. Il l'avait entendu hurler qu'Il était de retour et qu'Il avait tué Cédric.
Et le jeune Serpentard avait bien compris le sérieux de la situation. Il savait parfaitement que plus rien ne serait comme avant. Ce cri de désespoir qu'il entendait encore régulièrement chaque nuit au milieu de ses cauchemars, marquait la fin de son enfance. Il allait devoir faire des choix qui décideraient de son destin et peu importait qu'il y soit préparé ou non. Cela n'avait finalement pas d'importance, il devait choisir, et cela le terrorisait.
Il était entré et s'était assis sur un fauteuil que lui avait indiqué son père avec un sourire affecté que Drago savait parfaitement décrypter. Son père avait de mauvaises nouvelles à lui annoncer. Des choses qu'il aurait certainement préféré encore ignorer. Et il avait prononcé ces quelques mots, faisant frissonner l'adolescent malgré la chaleur de cette soirée d'été.
« Drago, le Lord est revenu parmi nous. »
Il y eut un temps de silence que finit par rompre Drago en plongeant son regard gris dans celui de son père.
« Vous étiez dans le cimetière, avec les autres et Potter... »
Son père avait grimacé avant de hocher la tête en baissant les yeux devant l'expression qui se peignit sur les traits de Drago. L'horreur agrandissait les traits de son visage et accentuait sa pâleur naturelle. Drago aurait voulu pouvoir demander à son père s'il avait quelque chose à voir avec la mort de Diggory, mais il n'en avait pas la force. Il préférait ne pas savoir et pouvoir garder certaines de ses illusions d'enfant encore un moment. Même si l'image de Potter lui revenait sans cesse en mémoire. Même si son père voulait lui demander de prendre position. Même si tout avait dû s'arrêter à la fin de cet entretien, Drago voulait garder ses illusions d'enfants sur le monde qui l'avait vu grandir et sur sa famille.
Les Malefoy étaient fiers, arrogants peut être, cherchant par tous les moyens à s'élever dans la société en favorisant les alliances avec des familles influentes et surtout dites de « sang pur ».
Les Malefoy n'hésitaient pas à se salir les mains pour arriver à leur fin. Les pots de vin ne suffisaient pas pour résoudre certaines difficultés dans les affaires et aucun Malefoy ne rechignait à utiliser plus que leur argent pour parvenir à leur fin.
Mais Drago avait toujours souhaité que cette responsabilité lui incombe le plus tardivement possible et malheureusement pour lui, il semblerait qu'à cet instant son histoire familiale le rattrape.
Il savait que la haine ou le ressentiment qu'il éprouvait pour Potter et les autres Gryffondor en général n'était qu'un sentiment enfantin. Rien d'irréparable encore. Rien que sa fierté, son orgueil mal placé peut-être, qui en avait pris un sacré coup quand le brun à lunette avait refusé son amitié sans lui donner le bénéfice du doute.
Drago ne niait pas qu'ils avaient des divergences d'opinions qui pourriraient toujours leur relation, mais quand il mettait la vie d'un homme dans la balance, Drago savait qu'il serait incapable de tuer pour suivre un idéal. D'après lui, des idées, aussi bonne soient elles, ne méritaient pas que l'on meure pour elles.
« Je vais reprendre ma place au sein de l'organisation. » Avait fini par lâcher Lucius dans un souffle en relevant la tête pour scruter les yeux gris de Drago qui s'étaient encore agrandis sous cette révélation.
« Vous voulez vraiment vous soumettre ? » S'étonna Drago.
« Le lord compte former une nouvelle génération de Mangemorts, afin de l'aider à retrouver rapidement son pouvoir et ramener l'ordre au sein du monde magique. » Avait éludé son père en soupirant et en détournant de nouveau la tête, visiblement résigné par sa situation et l'avenir qu'elle lui offrait.
« Vous voulez que je me joigne à son armée ? » avait demandé Drago, crispant les poings douloureusement sur ses cuisses.
« Je veux que tu prennes ta décision en toute connaissance de cause. Je t'ai appris à analyser au mieux une situation pour en tirer le meilleur avantage selon tes possibilités et tes aspirations. Je ne m'attends pas à ce que tu suives un chemin que j'aurais décidé pour toi ! Je ne m'attends pas à ce que tes choix me plaisent, je veux qu'ils viennent de toi, et que tu sois déterminé à tenir tes objectifs quelques qu'ils soient ! »
Ces mots avaient à eux seuls dispersé les craintes et les doutes de Drago. Son père l'aimait, son père était fier de lui, il pouvait en être convaincu rien qu'en entendant le ton sur lequel Lucius venait de parler. Sa voix habituellement calme et posé, s'était enflammé pour l'encourager et le soutenir, comme à chaque fois que Drago en avait eu besoin.
« Je ne peux pas m'engager auprès du Lord. J'ai bien compris ce qu'il compte faire, et je ne crois pas que ce soit l'idéal que je souhaite pour notre monde. Je suis d'accord sur le fait qu'il faille maîtriser et contrôler l'influence grandissante des Moldus sur nos vies, mais je ne vois pas en quoi leur extermination pourra nous apporter le salut ! Il y a des choses à changer, mais la guerre n'est pas la réponse. »
« Tu ne comptes donc pas faire part à Dumbledore de ta position ? »
« Non, père, je ne compte pas me laisser manipuler comme Potter ! Je sais suffisamment de choses pour actionner quelques ficelles et tirer mon épingle du jeu à Poudlard dans un premier temps, et par la suite... »
« Par la suite ? »
« On verra bien. » avait conclu Drago, qui savait qu'il n'était pas temps de faire des projets à long terme. Mieux valait se concentrer sur une échéance à la fois. Il lui restait encore trois années à accomplir à Poudlard avant de songer à une quelconque possibilité de carrière.
Son père avait semblé satisfait par ses réponses et lui avait souri gardant une expression triste figée sur ses traits, même si au fond de ses yeux, Drago pouvait lire la fierté et l'amour que Lucius lui portait, et cela suffisait à lui assurer qu'il avait fait le bon choix.
« Tu sais ce que cette décision implique, n'est-ce pas Drago ? »
« Bien sûr, père. »
Lucius s'était levé et avait été chercher sa femme pour qu'ils mettent au point le plan qui séparerait leur famille, peut-être pour le restant de leurs jours. Ce fut un moment lourd et douloureux, même si chacun tenta pour alléger la peine et l'angoisse des autres, de ne rien en laisser paraître.
C'était la raison pour laquelle il se trouvait sur le chemin de traverse, avec sa mère, à une heure aussi matinale. La raison pour laquelle en pleine rue et à la vue de tous, à quinze ans il acceptait que sa mère le tienne par la main. Même si aucun d'eux n'échangeaient le moindre regard, marchant droit devant eux la tête haute. Même si leur expression aristocratique ne quittait pas leur visage. Ce simple contact entre eux suffisait à les rassurer.
Drago leva les yeux. Ils étaient arrivés à destination. Ils se tenaient tous les deux devant la porte de la banque Gringotts, et une fois qu'ils en auraient franchis les lourdes portes, il n'y aurait plus de possibilité de faire machine arrière.
A suivre...
