Petit Rappel pour mémoire:

Harry Potter = Dénal, « Ce qui est à la lumière »

Severus Rogue = Ialon, « Ce qui est dans l'ombre ». Il est aussi Awa, l'aîné du clan.

Neville Londubat = Alyd, « Ce qui est vivant »

Chapitre 12 :Gringotts

En arrivant dans la banque ce matin-là, il ne fallut que quelques secondes à Bill Weasley pour comprendre que quelque chose avait changé. Il fronça les sourcils en traversant les couloirs, quelques peu étonné par la fièvre qui semblait animer ses collègues gobelins. Il n'avait jamais vu une telle agitation secouer l'administration financière qu'était Gringotts.

Les clients ne remarquaient rien, le visage impassible des gobelins restant une énigme pour le commun des mortels. Ils ne côtoyaient pas assez longtemps les gobelins pour remarquer les signes que lui arrivait à distinguer. Depuis le temps qu'il travaillait pour la banque, il savait lire entre les lignes de leurs discours et décrypter leurs attitudes. Tout ce qu'il voyait annonçait un grand bouleversement dans l'organisation même de Gringotts.

Bill remarqua que la hiérarchie gobeline était dans les couloirs et semblait à l'affût du moindre écart de conduite quant aux protocoles de gestion des richesses. Il n'avait vu le hiérarque extérieur qu'une seule fois lors de son embauche et ne s'attendait pas à le voir sermonner dans une des galeries souterraines un jeune gobelin qui débutait dans le service des transactions foncières et qui avait,semble-t-il, évité quelques règles de sécurité pour accélérer les opérations à la demande de son client.

En temps normal, Bill savait que cette procédure, bien qu'illégale, apportait un gain de temps que généralement les deux parties de l'opération appréciaient. Et les gobelins, même s'ils n'encourageaient pas ce genre d'action, y retrouvaient leur compte de par les intérêts que ce type de transaction leur rapportait. Alors Bill trouvait vraiment curieux que le subalterne se fasse réprimander, dans un couloir, au le regard de tous, par un des membres les plus respecté de la communauté gobeline. Le jeune Weasley ne savait pas ce qui se tramait mais il pouvait sentir un frisson d'appréhension lui donner la chair de poule. Frisson désagréable qui s'intensifia quand le regard scrutateur de Scalbeck se posa sur lui dans une grimace qui se voulait être un sourire.

Bill déglutit péniblement, croisant les doigts pour ne pas s'être attiré d'ennuis. Scalbeck s'avança vers lui, gardant sur son visage cet étrange sourire qui glaçait le sang du sorcier.

« Monsieur Weasley, j'ai à vous parler d'une mission qui ne peut attendre. Si vous pouviez me suivre dans le bureau de l'intendant, nous pourrions nous y mettre sans tarder. »

« Certainement, maître Scalbeck, mais franchement, j'espère n'avoir rien fait qui soit contraire au bon fonctionnement de la banque... » préféra s'assurer le jeune homme en fixant son supérieur droit dans les yeux, ce que sembla apprécier la créature dont le rictus s'agrandit.

« Rien de grave, mais je préfère vous entretenir de ceci en privé. » lui confirma le gobelin en le guidant à travers le dédale de galeries vers le bureau de l'intendant qui se trouvait être le responsable des relations avec les sorciers et son supérieur le plus direct.

Bill sentit sa gorge s'assécher. Il avait l'impression que les paroles rassurantes du gobelin ne faisaient que renforcer l'inconfort de sa situation. Non pas qu'il ait fait sciemment quelque chose que les autorités gobelines jugeaient de déplacé, mais il doutait de connaître suffisamment ses employeurs pour en être complètement convaincu.

Il soupira. Cela pouvait-il avoir un quelconque rapport avec ce que lui avait demandé Dumbledore ? A bien y réfléchir, certainement. Donc d'une manière ou d'une autre cela était-il lié au retour de « celui dont on ne doit pas prononcer le nom » ? Est-ce que les gobelins comptaient se ranger derrière le Seigneur noir ?

Sérieusement Bill doutait de cette hypothèse. La guerre n'était pas bonne pour le monde de la finance. Une situation politique instable avait toujours d'importantes conséquences sur la vie économique d'un pays, alors il voyait mal les gobelins encourager un camp plus que l'autre.

Mais franchement en dehors du retour de « vous savez qui », il n'avait pas la moindre idée de ce qui pouvait avoir perturbé autant ses employeurs.

Le hiérarque Scalbeck sans prendre la peine de frapper ou de s'annoncer, entra dans le bureau de l'intendant Wereck avec lui plus hésitant sur les talons. Sur un signe encourageant de son supérieur qui l'incitait à s'asseoir sur un des confortables fauteuils devant son bureau, Bill s'avança en s'inclinant rapidement en signe de salut respectueux. L'intendant écoutait les confessions à mi-voix d'un gobelin qui d'après ce que Bill pouvait en voir travaillait au guichet d'accueil de la banque. Scalbeck s'était assis sur le siège voisin du sien et semblait très intrigué par la conversation qui se tenait entre les deux autres.

« Bien, fait les patienter dans un salon privé. Nous nous occuperons de leur situation dans les plus brefs délais. » Ordonna l'intendant alors que le guichetier se retirait en hochant la tête.

Une fois qu'il fût dehors, l'intendant Wereck tourna ses petits yeux perçants vers Bill et le toisa un court instant en silence, avant de se tourner vers l'hiérarque. Il ne prit pas la peine de parler dans la langue propre des gobelins, sachant que Bill avait suffisamment de connaissances sur le gobelbabile pour comprendre son propos, et il n'était pas dans son intention de donner à penser à son subordonné qu'il se méfiait de lui. Bill en fût quelque part rassuré, mais cela n'arrangea pas sa curiosité qui s'en trouva décuplée.

« Narcissa Black Malefoy et son fils se sont présentés ce matin à l'ouverture des guichets pour demander le droit d'asile. »

Bill sentit le sang quitter son visage, et instinctivement ses poings se serrèrent sur les accoudoirs de son fauteuil. Impossible, il devait avoir mal entendu. Perdu dans sa propre réaction face à cette annonce, il ne remarque pas le tressautement du hiérarque et le juron qui lui échappa à voix basse.

« Nous ne devons pas échouer, Scalbeck ! Hors de question que mon nom entre dans l'histoire de notre peuple comme celui d'un nouveau Harlec ! » Reprit froidement l'intendant avant de soupirer en se tournant vers Bill.

La connaissance de Bill sur l'histoire du peuple gobelin était assez succincte, mais restait tout de même plus complète que celle des sorciers en générale, ce qui lui permettait de situer parfaitement l'ancien intendant Harlec dans le temps. Ce gobelin avait marqué l'histoire des siens de manière négative et il était très mal vu de s'y référer dans la société.

Bill aussi se demandait pourquoi et à quel titre la famille Malefoy venait demander l'aide des gobelins ? Habituellement seules les créatures magiques connaissaient et avaient recours à cette loi qui stipulait que les gobelins pouvaient aider toutes créatures en faisant la demande s'ils arrivaient à se mettre d'accord sur une contrepartie satisfaisante pour eux. Il avait déjà vu un vampire ayant des ennuis avec le ministère y avoir recours. Il ne s'attendait pas à ce que des sorciers de sang pur comme les Malefoy utilisent ce genre de méthode. Quoi qu'en réfléchissant un peu...Bref il s'agissait là d'une information capitale qu'il devait communiquer au plus tôt à... Il arrêta net sa pensée en se mordant la lèvre inférieure. Son regard croisant celui de l'intendant Wereck, il comprit le pourquoi de sa convocation.

« Bien entendu » accorda le hiérarque dans un soupir. « C'est pour cela que conformément à l'accord que nous avons passé avec notre nouveau client, j'ai fait parvenir les objets demandés et que ma chouette se trouve toujours avec eux pour parer à toute demande expresse de leur part. Certaines rumeurs sur le retour d'un clan ont même commencé à circuler dans nos couloirs. Les actions des sorciers aussi influent soient-ils ne doivent plus nous détourner de nos lois et devoirs envers la magie. Cependant je crois que tu fais le bon choix en acceptant de rencontrer les Malefoy. Nos clients veulent que nous prenions nos propres décisions dans l'intérêt de notre peuple et de la magie. Il n'est pas dans notre nature de tourner le dos à un profit ou une affaire financière qui pourrait enrichir notre société, donc je soutiens complètement ta décision de rencontrer les Malefoy ! »

Bill ne comprenait pas vraiment tous les sous-entendus qui parsemaient le discours du hiérarque. Cependant il commençait à craindre que la position des gobelins vis à vis du retour du Seigneur noir ne soit pas aussi évidente qu'il l'avait imaginé.

Visiblement rassuré par le soutien de son confrère, Wereck s'adressa à Bill le sortant de ses pensées sombres.

« Monsieur Weasley, depuis le temps que vous travaillez pour nous, nous n'avons eu aucun reproche à vous faire quant à la qualité de votre travail. Nous sommes bien entendu au courant que vous vous êtes permis quelques libertés avec les règles de notre société, en surveillant les comptes et les différentes transactions de certains de nos clients les plus puissants mais aussi les plus controversés dans le monde sorcier. »

Bill, si c'était possible, se sentit passer de l'extrême pâleur à une couleur plus écrevisse en un temps record. Il n'avait pas honte à proprement parler de ce qu'il avait fait pour le compte de Dumbledore mais l'embarras d'être découvert le mettait dans une situation assez inconfortable.

« Malheureusement la situation ayant changé, nous sommes contraints de vous informer qu'il est nécessaire que vous stoppiez cette activité au plus tôt, pour que l'intégrité des services de notre banque ne soit plus remise en cause. Cet avertissement tient compte du fait que vous n'avez jamais abusé de cette liberté dans un but d'enrichissement personnel et que vous n'avez jamais mis les intérêts de Gringotts en danger lors de vos investigations. »

A la honte se substitua la colère, n'arrangeant en rien le teint carmin du visage de Bill qui se redressa dans son fauteuil d'un bond.

« Le retour de « celui dont on ne doit pas prononcer le nom » vous effraie donc à ce point ? » S'emporta vivement le jeune homme. « Je sais que vos intérêts vous tiennent plus à cœur que n'importe quoi mais ne voyez-vous pas plus loin que le bout de votre nez ! »

Il allait perdre son emploi. Se retrouver à la rue. Devoir retourner vivre au Terrier chez ses parents, en leur apportant des soucis et des inquiétudes dont ils se seraient bien tous passés en ces temps sombres, mais il ne pouvait pas rester là à écouter l'intendant lui parler des intérêts de la banque quand l'avenir du monde magique menaçait de s'effondrer sous la faute de cet immonde mage noir qui était de nouveau sorti de sa tombe ! Hors de question !

Le gobelin en face de lui eut un sourire avant de regarder le hiérarque qui le fixait avec étonnement mais aussi avec respect. Bill se sentit gêné par son esclandre, même s'il savait qu'il ne changerait pas d'opinion.

« Tu vois bien, Scalbeck que j'avais raison. Monsieur Weasley est un pilier important de notre société dont nous ne pouvons-nous passer. La coopération que nous espérions dans cette affaire servira parfaitement les intérêts de nos clients. Il a, j'en ai l'intime conviction, toutes les qualités pour remplir la mission que nous souhaitons lui confier »

Bill, à moitié perdu par le tournant que prenait la conversation, se laissa retomber dans son fauteuil en lançant un regard stupéfait en direction des deux gobelins. Tout ceci n'était qu'un foutu test !

« Bien entendu Wereck. Je ne remettrais donc plus ta parole en doute mais que dirais tu de lui expliquer la situation en lui fournissant les informations qui lui sont nécessaire plutôt que de le laisser imaginer que nous allons rallier le Seigneur des Ténèbres ! »

« Tu ne me laisses même pas savourer ma victoire. » Bougonna Wereck en soupirant avant de reprendre alors que Bill fronçait les sourcils devant ce qui aurait pu être une farce dont il aurait été la victime, si les gobelins avaient eu le moindre sens de l'humour.

« Monsieur Weasley j'espère que dans un premier temps vous me croirez quand je vous jure que personne parmi notre peuple de sain d'esprit n'envisage de se mettre au service du Lord noir. Il se trouve que par un étrange concours de circonstances, le hasard même si je n'y crois guerre, un groupe d'anciens clients de la banque vient de réclamer notre assistance et de part notre lien à la magie même, nous ne pouvons le leur refuser. » Reprit l'intendant après un dernier soupir.

Abasourdi et quelque peu curieux, Bill posa ses mains sur ses cuisses, son torse se tendant vers l'avant démontrant que toute son attention était orientée vers son interlocuteur qu'il écoutait attentivement. Il se demandait qui pouvait bien être ces clients qui mettaient le gobelin dans un tel état d'agitation.

« Cependant ce qu'ils nous demandent est assez compliqué à mettre en place et cela risque de s'avérer dangereux. Votre talent et votre intégrité n'étant plus à démontrer, nous sommes prêts à vous révéler certains des secrets les mieux gardés de la banque, mais bien entendu en contrepartie vous devez accepter que nous activions la close 272-13 de votre contrat. » Expliqua Wereck en le regardant droit dans les yeux.

Bill en l'entendant parler de cette close de son contrat ne put retenir un frisson d'appréhension lui remonter le long de l'échine du dos. La situation devait vraiment être pire que ce qu'il craignait !

« Pour mémoire cette close stipule que vous nous autorisez à pratiquer un rituel gobelin sur votre personne scellant votre esprit au sujet des affaires et des secrets auxquels vous allez être mêlé. Vous ne pourrez pas en parler sans que la magie ne vous y autorise et votre esprit sera inviolable. Le rituel vous protégera. Par contre cela ne vous évitera pas les douleurs de la torture ou les réactions secondaires suite à l'impossibilité de répondre aux questions qui vous seront posées sous Véritasérum. »

« Ce sera tout ? » Ironisa Bill avec un sourire en coin. Il se souvenait parfaitement de cette partie de son contrat qui lors de sa première lecture lui avait fait émettre quelques réserves. Sauf qu'à l'époque on lui avait assuré que le nombre de fois où cette close avait été activée se comptait sur les doigts d'une seule main.

La situation devait vraiment être grave. Plus qu'il ne l'avait imaginé. Mais qu'est ce qui pouvait être pire que le retour de « vous savez qui » ? Qui étaient ces clients si importants pour que les gobelins verrouillent la banque comme un gouvernement pourraient fermer des frontières. Qui pouvaient leur inspirer autant de crainte et de révérence ?

« Je crois effectivement que nous avons fait le tour de la question. Vous pouvez tout de même refuser notre proposition mais dans ce cas vous devez comprendre que nous ne pourrons continuer notre collaboration et ce, même si vous êtes un élément très apprécié au sein de notre établissement. En cas de refus, vous serez renvoyé et un sort d'oubliette vous sera lancé pour que vous oubliiez tout de notre conversation. » continua Scalbeck en conservant toujours ce même rictus qui mettait le sorcier mal à l'aise.

Il y eut un court silence pendant lequel Bill prit le temps de digérer les informations que venait de lui donner le gobelin. Il savait qu'il n'avait aucune envie de refuser cette proposition qui attisait sa curiosité et qui le mettrait au cœur de la révolution qui agitait la banque. Il n'était pourtant pas prêt à l'accepter sans que cela lui apporte quelque chose.

« J'ai une requête. » répondit finalement sans hésitation Bill bien décidé à mettre en pratique ce qu'il avait appris de ses employeurs au fils des années. On ne passait tant de temps au contact des gobelins sans comprendre quelques règles de transaction commerciale. « Si j'accepte votre offre, qui ne présente pour le moment que peu d'agréments pour ma personne, reconnaissez-le »

Scalbeck qui pensait avoir définitivement cloué le bec à Bill fut quelque peu interloqué de voir le jeune sorcier se lancer dans un marchandage sur le contenu de leur offre avec un sang-froid qu'il ne soupçonnait même pas chez le jeune homme.

Wereck quant à lui souriait, satisfait que son subalterne, bien que sorcier, arrive à tenir tête à son condisciple avec fermeté. Il hocha la tête admettant facilement que le marché qu'ils proposaient à Bill ne lui apportait aucun bénéfice pour le moment et l'encourageant à développer sa pensée.

« Donc j'aimerais en contrepartie, que ce rituel gobelin visant à protéger mes connaissances et mon esprit sur les intérêts de Gringotts, s'étendent aux informations que je pourrais tenir sur la résistance et l'opposition qui se soulèvera contre « vous savez qui », quand il commencera vraiment à faire parler de lui. »

Les deux gobelins le regardèrent quelque peu surpris par sa demande. Pour une close personnelle à ajouter à leur proposition, cela leur semblait bien altruiste.

« Cela mettra définitivement votre vie en danger si vous êtes fait prisonnier par vos ennemis. » Lui signala l'intendant avec crainte.

« Oui, certainement mais au moins, j'aurais la certitude de ne trahir personne. » assura Bill d'un ton sec et déterminé.

« Il n'est pas évident que le sort marche et soit assez puissant pour supporter cette close de contrat pour le moins inattendue ... » Grommela Scalbeck avec réticence.

« Si vous montrez un peu plus d'enthousiasme, je suis certain que votre magie y pourvoira ! » répondit Bill en haussant les épaules.

Une lueur sauvage s'alluma dans les prunelles du hiérarque qui se mit à répéter ces dernières paroles comme une étrange litanie qui le mettait en transe avant qu'il ne se mette à rire sous les regards quelques peu surpris de Bill et de Wereck.

« Entendu, Monsieur Weasley, faisons comme cela. » finit-il par dire en se tenant les côtes ce qui, Bill l'admettait, était un spectacle pour le moins perturbant. « La journée n'est pas encore à son zénith et nous avons de nombreuses choses à faire avant son terme. Nous allons commencer par le rituel. A présent, je ne doute pas de la réussite du rituel et je peux d'ores et déjà vous annoncer que vos priorités vont certainement changer une fois qu'il sera fini, alors maintenez-vous quand même votre position ? »

Bill hocha la tête affirmativement avec toute l'assurance dont il était capable. Il ne voyait pas comment un rituel magique pourrait changer sa vision du monde OU du danger que représentait le retour du Lord, mais il ne pouvait pas refuser la proposition de ses employeurs.

« Wereck, va à la rencontre des Malefoy et tache de découvrir leurs intentions. N'oublie pas ce sont des roublards, ils doivent manigancer quelque chose d'important et je ne pense pas non plus que leur présence soit un hasard... » reprit Scalbeck en s'adressant à l'autre gobelin

Il éclata de nouveau de rire et au milieu de ces bruits pour le moins inhabituels chez un gobelin, Bill crut comprendre quelques mots faisant référence à ses dernières paroles, « la magie y pourvoira », et à quelqu'un tirant les ficelles dans l'ombre qui aurait un humour pour le moins biscornu. Mais visiblement assez similaire à celui du gobelin, ce qui ne rassurait en rien le jeune sorcier.

Le hiérarque toujours rigolant se leva de son fauteuil en faisant signe à Bill de le suivre, laissant l'intendant perplexe face à l'attitude de son compatriote. Le sorcier marchait à côté du gobelin qui peinait visiblement à retrouver son calme. Il n'osa pas lui demander plus d'information, se doutant que tant que la clause de son contrat de travail ne serait pas activée, il y aurait très peu de chance pour qu'il obtienne plus de renseignement sur les clients et sa fameuse nouvelle mission.

Scalbeck sembla retrouver suffisamment le contrôle de lui-même quand ils atteignirent les wagonnets de transports qui conduisaient dans les entrailles même de la banque. Bien que surprit, Bill s'installa avec le gobelin dans l'un d'eux. Il s'attendait à ce que le rituel se passe dans le bureau du Hiérarchie mais apparemment il avait mal présumé.

Bill avait suffisamment l'habitude des transports magiques en générale et de ceux de la banque en particulier pour ne pas sentir son estomac se retourner dans toutes les positions pendant le temps que durait le voyage qui tenait beaucoup des montagnes russes moldues. Mais une nouvelle fois il se trompait.

Quand ils franchirent les limites de la zone réservée aux sorciers pour emprunter celle des clients « spéciaux », Bill sut qu'il n'était jamais allé aussi profondément dans les entrailles de la banque. Il n'avait même jamais pensé qu'il existait encore un espace aussi vaste derrière celui qui était réservé aux sorciers. Mais leur wagon ne s'arrêta pas là. Il continua à s'enfoncer au cœur même de la terre s'il en croyait les coulées de magma qui les entouraient et qui surchauffait l'atmosphère autour de lui, rendant l'air quasiment irrespirable.

Après quelques chutes et montées à une allure vertigineuse qui finit par avoir raison de la résistance de son intestin, ils arrivèrent dans une grotte où le wagon se stoppa net. Occupé dans un premier temps à lutter contre ses hauts le cœur, Bill n'eut guère le temps de s'arrêter sur la décoration. Le regard faussement compatissant du gobelin, le fit regagner suffisamment de maîtrise de lui-même pour qu'il relève les yeux vers les parois de la grotte qui s'enfonçait encore assez loin devant eux.

Scalbeck se mit à avancer et plus il marchait devant Bill plus les murs s'illuminaient selon de complexes arabesques fines et aériennes qu'il reconnut comme étant une ancienne écriture runique. Bill se mit à son tour en marche derrière le gobelin, remarquant que comme pour son compagnon, les murs se mettaient à luire sur son passage d'une couleur rouge toute aussi chatoyante que la lumière ardente d'une braise dans le foyer d'une cheminée. Curieux, il tenta de traduire les mots s'illuminant sur leur passage et il comprit assez rapidement qu'il s'agissait de sorts de protection. Puissants.

Plus il avançait, plus il sentait l'envie de poser ses mains sur le texte qui ornait les murs, se faire oppressante. Plus il lui devenait difficile de lutter contre l'envie impérieuse de sentir sous ses doigts le pouvoir caché dans les mots s'insinuer en lui. Bill tenta de se raisonner chassant ce besoin incongru mais de plus en plus vital, lui semblait-il. Il se concentra sur les questions qu'il avait et les réponses qui l'attendaient certainement au bout de cette galerie. Mais à chaque fois l'envie irrépressible de poser ses mains sur les parois revenait en vague enivrante dans son esprit.

Quand il atteignit la fin du tunnel, il poussa un juron accompagné d'un soupir de soulagement qui lui attira un regard curieux de la part du gobelin. Il n'était resté que quelques minutes dans le boyau sombre mais cela avait paru une éternité à Bill. Il ferma les yeux, respirant plusieurs fois à fond. Quand il les rouvrit, il lança un coup d'œil peu amène en direction de la galerie.

« On doit repasser par là pour le retour ? » questionna-t-il avec crainte.

« Oui, c'est la seule issue. » Lui répondit le hiérarque avec une note de respect et d'incrédulité dans la voix qui fit tiquer Bill.

« Que va-t-il se passer maintenant ? » Demanda le sorcier en examinant enfin la salle dans laquelle il se trouvait.

Elle était grande et ronde avec un plafond assez haut. Des torches étaient accrochées aux murs et diffusaient une lumière magique qui ne laissait aucune zone d'ombre. Bill aurait pu se demander pourquoi le hiérarque l'avait emmené dans cette pièce entièrement vide, s'il n'avait pas vu l'énorme pépite cristalline qui trônait au centre de la zone en diffusant elle aussi un éclat lumineux aux reflets changeants. Un juron de surprise lui échappa alors qu'il écarquillait grandement les yeux pour essayer d'évaluer la taille de la gemme qui se trouvait devant lui.

« Impressionnant, n'est-ce pas ? » questionna le gobelin avec une fierté presque palpable.

« Le mot est faible si vous voulez mon avis. » Répondit Bill en s'approchant d'un pas, tout en fronçant les sourcils pour mieux examiner l'énorme pierre qui se tenait devant lui et qui semblait briller de mille feux.

Il commença à tourner autour sous le regard observateur du hiérarque silencieux. Bill remarqua que la surface de la pierre n'était pas lisse, mais pleine de cassures et d'aspérités qui devait rendre son toucher rugueux, peut-être même dangereux vu le tranchant que semblait avoir certaines des petites facettes brillantes de la gemme. Il remarqua aussi des endroits plus lumineux où il pouvait distinguer le même type d'écriture que sur les murs du tunnel qui les avait menés jusqu'ici.

Avant même de penser à toucher la formidable pierre précieuse qui se trouvait devant lui, il sut ce qu'elle était et il déglutit difficilement. Étant d'une famille de vieille souche, il savait ce qu'il avait devant lui. De part ses études et sa profession, il savait que de tel artefact existait, mais il n'avait jamais songé pouvoir en voir un dans sa carrière ! Une source de magie.

Résistant une nouvelle fois contre l'envie irrépressible de poser ses deux mains sur la surface hypnotisante de la pierre, il serra les poings fortement.

« Vous avez déjà été accepté par les sortilèges de protection en traversant le tunnel d'accès. D'ailleurs en tant que briseur de sort, je vous suis particulièrement reconnaissant d'avoir franchi cette épreuve haut la main. J'imagine que la tentation de poser vos mains sur les murs a dû être plus que tentante pour vous. »

« Votre test est diablement efficace, mais j'avoue que mes connaissances en runes anciennes m'ont bien aidé. »

« J'ignorais que vous maîtrisiez cet ancien langage... »

« Loin de là, mais j'ai dû aider un de mes frère à réviser pour ses examens, il y a de cela quelques temps et j'avoue avoir une excellente mémoire. Certains symboles des murs m'ont semblé familiers et j'ai compris qu'il s'agissait d'un sortilège de protection. Si je l'avais touché, j'aurais pris le risque de le démanteler sans être sûr de pouvoir le remodeler à l'identique. Sachant que l'endroit où vous me conduisiez devait être important et secret, je me suis bien gardé d'y toucher. »

« Et je ne vous en remercierais jamais assez. » soupira Scalbeck en hochant la tête. « Vous savez ce que cette pierre représente ? »

« Oui, il me semble que c'est une source de magie. » Répondit Bill avec révérence ce qui finit de rassurer le gobelin qui, dans un de ses affreux sourires, se tourna vers Bill pour lui proposer de la toucher.

« Pas question ! » S'exclama Bill en faisant un pas en arrière. « C'est encore une de vos ruses pour me tester ! Je vois clair dans votre jeu ! Il est hors de question que je touche à une source de magie ! »

« Monsieur Weasley, le rituel auquel nous vous avons convié à déjà commencé, vous devez poser vos mains sur la source et ainsi être reconnu par la magie qui régit les différentes protections de la banque et ainsi je pourrais vous informer... »

« Vous ne comprenez pas ! » L'interrompit Bill avec un rien d'impatience et d'énervement. « Bien que je sache ce que cette gemme représente, pour moi cela n'était que légendes et contes pour enfant jusqu'à présent. Un fabuleux mythe qui me faisait rêver enfant et ... »

« Et qui se concrétise maintenant. Ne soyez pas idiot, Monsieur Weasley ! Ne refusez pas le cadeau que vous offre la magie. Je ne pense pas qu'un de nos employés soit si stupide qu'il ne voit pas l'opportunité que représente la possibilité de toucher cette pierre. Seriez-vous lâche ? Où est passé le brave jeune homme courageux qui s'emportait dans le bureau de Wereck pour nous faire part de ses convictions, contre vous savez qui ! » s'énerva le hiérarque devant les récriminations de Bill.

Le jeune sorcier fixa le gobelin en respirant plusieurs fois profondément pour remettre de l'ordre dans ses pensées.

« Si j'accepte, je comprendrais ce qui vous effraie plus que le retour du seigneur des ténèbres ? » fini-t-il par demander. « Si j'accepte sans plus réfléchir à la responsabilité que vous placez sur mes épaules, vous pouvez me jurer que je saurais de quoi il retournevraiment ? »

Scalbeck commença par acquiescer de la tête puis voyant que son geste d'assentiment ne suffirait pas à convaincre le jeune homme, qu'il lui fallait prononcer les mots pour que Bill n'ait plus aucun doute, il finit par lâcher un serment sur sa magie.

« Oui je le jure sur ma magie et mon sang. Vous saurez...une fois que vous l'aurez touché. »

Bill desserra lentement les poings et s'approcha de nouveau de la pierre qui émettait toujours une douce lumière. Lentement, avec respect il posa ses mains sur les facettes irisées de la gemme sans sursauter au contact glacé de la pierre qui sembla se réchauffer lentement sous ses doigts. Instinctivement, il accentua la pression de ses mains sur les aspérités de la pierre, sans réaliser que les arrêtes coupantes lui transperçait les paumes et que son sang se mêlait à l'énergie de la pierre cristalline qui se mit lentement à pulser au même rythme que son propre cœur.

Les runes qui brillaient sur la surface de la gemme gagnèrent en intensité. Puis une lumière éclatante irradia les murs où commencèrent à apparaitre des arabesques comme celles du tunnel. Bill ne savait pas combien de temps il resta ainsi collé à la pierre mais quand il la relâcha, il se sentit complètement épuisé bien qu'étrangement complet. Il se laissa tomber sur le sol sablonneux de la pièce, les bras en croix de chaque côté de lui, la respiration haletante. Les plaies de ses mains s'étaient refermées et lui laissait l'impression d'une douleur résiduelle pulsatile dans chacun de ses doigts remontant lentement sous son crâne, lui promettant une migraine carabinée.

« Merci du cadeau ! » s'exclama-t-il finalement avec un petit sourire à l'intention du gobelin.

« Ne tirez pas sur le messager, Monsieur Weasley ! Je n'ai été qu'un guide dans cette affaire. »

« Et cela vous arrange parfaitement. Ne croyez pas me tromper, Scalbeck. Je connais suffisamment votre mentalité pour savoir que vous avez déjà tiré la meilleure partie de, comment dirai-je cela poliment, ma promotion ? »

Le gobelin ne s'offusqua nullement quand il entendit pour la première fois le sorcier l'appeler uniquement par son nom. Même la chimère aînée n'avait pas osé se montrer aussi familière avec lui, mais il acceptait l'irritation du sorcier comme un léger dommage acceptable. Il pourrait même le laisser lui parler sur ce ton en privé, si cela pouvait permettre à Bill de remplir ses nouvelles obligations.

« La magie y pourvoira ! » Marmonnait Bill dans sa barbe, comme s'il avait enfin saisi le comique de ses propres mots.

Sur la gemme, un alignement de runes se mit à scintiller. Pour tout linguiste, il n'existait qu'une seule traduction possible à cet agencement de caractère : la magie y pourvoira.

A suivre...