Petit Rappel pour mémoire :

Harry Potter = Dénal, « Ce qui est à la lumière »

Severus Rogue = Ialon, « Ce qui est dans l'ombre ». Il est aussi Awa, l'aîné du clan.

Neville Londubat = Alyd, « Ce qui est vivant »

Chapitre 13 : Sirius

La journée s'annonçait longue. Longue et morne. Comme la veille et la précédente et certainement comme la suivante et celle d'après. Sirius avait l'impression d'être en cage. Dorée la cage et nettement plus confortable que la cellule qui l'avait accueilli pendant plus de dix ans à Azkaban, mais une cage quand même avec tous les inconvénients que cela comportait. Et cela commençait à lui peser lourdement sur le système !

Le 12 Square Grimmaurd se trouvait à Londres et était l'une des demeures de sa famille. Bien que son statut de fugitif ne permette pas à Sirius de se promener au grand jour sans risque de se faire arrêter par des Aurors avides de zèle, il avait pu récupérer une part de ses richesses familiales grâce à la complicité des gobelins. Les banquiers de Gringotts n'avaient que faire des affaires du ministère et ne voyaient pas d'un bon œil que les politiciens tentent d'intervenir dans leur gestion du patrimoine des grandes familles sorcières. Cela avait bien arrangé Sirius qui avait pu avec leur soutien s'assurer un toit et un revenu décent pour subvenir à ses besoins.

Bien entendu cela ne s'était pas fait sans qu'il donne de sa personne. Les gobelins avaient été intransigeants quand à ce qu'ils attendaient de lui en échange de cet accord. Cependant il ne regrettait rien du marché et des découvertes que les gobelins lui avaient agité sous son nez pour le convaincre que la négociation était tout à son avantage. Avec maintenant une année de recul, il était parfaitement capable de réaliser que cette transaction pour le moins surprenante, avait été un réel avantage pour lui et qu'il avait su en tirer un excellent parti ! Même s'il avait fait de son mieux pour cacher le résultat de son engagement à tous. Même à Dumbledore.

Il était d'ailleurs dommage selon son point de vue qu'il n'ait pas eu autant de chance lors de sa confrontation avec le directeur de l'école de sorcellerie ! Le vieux sorcier avait objecté à son désir d'adopter le survivant que la sécurité d'Harry était plus importante que tout et qu'il ne céderait pas sur ce point. Alors malgré toutes ses suppliques et ses plans imaginés pour convaincre le directeur de Poudlard de laisser Harry vivre avec lui durant les vacances d'été, tout s'était soldé par un cuisant échec qui le faisait enrager et lui laissait un amer goût de rancune dans son arrière gorge.

Soupirant de dépit dans son café, ce fût à peine s'il remarqua le regard compatissant que lui accorda Molly Weasley en remuant une casserole qui dégageait une odeur des plus appétissantes. Perdu comme il l'était dans ses pensées, il ne remarquait pas les membres de l'Ordre et les adolescents qui, dans un ballet incessant, passaient par la cuisine pour se restaurer avant de repartir à leurs obligations.

Ce n'était que le début des vacances et en l'absence de mission confiée par Dumbledore, Sirius s'ennuyait et se morfondait tous les matins, attendant avec impatience l'arrivée de son filleul. Non pas que le travail manquait dans la vieille demeure qui avait longtemps été laissée inhabitée. Mais il manquait cruellement de motivation pour la remettre en état. Il était convaincu que sa motivation aurait été à son apogée si son filleul avait dû y vivre avec lui

La maison, durant son absence forcée, n'avait été occupée que par un elfe de maison dont l'allégeance était assez aléatoire. Kreattur obéissait à ses directives mais ne se gênait pas pour l'insulter et pour lui faire comprendre qu'il ne faisait que supporter sa présence, ainsi que celle des membres de l'Ordre du Phoenix qui s'y était installés. La demeure servant de quartier général à l'Ordre était protégée contre les intrusions. Personne ne pouvait entrer sans qu'une batterie d'alarmes ne se déclenche si l'intrus ne se faisait pas reconnaître rapidement. Cela avait son avantage.

Dumbledore avait jugé plus sage de rassembler les principaux membres de son organisation de résistance à Londres pour permettre une meilleure organisation du temps de réaction au cas où le Seigneur des Ténèbres ne déclenche les hostilités rapidement. Si bien qu'il y avait pas mal de monde qui allait et venait dans la maison, mais lui se trouvait confiné à l'intérieur à devoir ronger son frein, tout cela parce que Dumbledore craignait qu'il n'attire l'attention du ministère, ou pire qu'il soit de nouveau emprisonné, ou le pire des scénarios pour le vieux sorcier, qu'il ne se rende au domicile de la famille de Harry pour faire une petite visite à son filleul.

Parfois, dans les moments où son esprit s'embrouillait le ramenant malgré lui à l'époque de son emprisonnement, il doutait des intentions du directeur. Une petite voix au fond de son esprit, lui murmurait au milieu de ses sombres pensées, que tout aurait pu être différent si Dumbledore s'était donné la peine de l'aider lors de son arrestation. Il aurait pu alors s'occuper d'Harry.

« Il n'avait aucun intérêt à te laisser la garde de l'enfant. Reconnaît que son aide durant l'enquête ne s'est absolument pas montré concluante. Il savait pourtant que tu prévoyais de proposer à James de prendre un autre gardien du secret. »

Il secoua la tête pour chasser cette voix impertinente qui l'accompagnait depuis un certain temps maintenant. Il avait appris à l'écouter et à lui faire confiance quand il était au sein de la prison et qu'elle lui permettait de lutter contre la présence envahissante des Détraqueurs. Pendant de longues années, elle avait été le seul interlocuteur qu'il avait eu à disposition.

Revenu à un rythme de vie plus « normal », il faisait de son mieux pour lutter contre les doutes et les idées tarabiscotées de complot que cette présence voulait lui faire avaler. Toutes dirigées contre lui, ces manigances bien entendu.

Il sourit en se souvenant qu'elle lui suggérait à chaque repas d'attendre que tout le monde se soit servi et ait commencé à manger avant d'en faire autant, par pure mesure de sécurité. Elle le mettait régulièrement en garde contre les autres habitants du square quand ils avaient parfois tendance à le fixer avec crainte. Ce qui malgré le fait qu'ils le sachent tous innocent arrivait encore trop souvent à son goût.

Il n'y avait que Remus et Rogue qui trouvaient grâce aux yeux de son alter égo. Remus parce qu'ils se connaissaient suffisamment pour avoir retrouvé une confiance amicale entre eux. Quant à Rogue n'ayant jamais pu se supporter l'un l'autre, la voix estimait que son attitude horripilante en leur présence était une preuve suffisante que le « touilleur de chaudron » était quelqu'un d'intègre. Raisonnement bancal qui laissait Sirius circonspect.

Ayant fini son troisième café de la matinée il quitta la cuisine où Molly Weasley s'activait toujours pour préparer le déjeuner, afin de gagner la bibliothèque où il pourrait continuer à ressasser ses pensées en toute tranquillité. Enfin, s'il arrivait à supporter les regards curieux et inquisiteurs des enfants.

Il entra dans la pièce et se laissa tomber sur un des vieux canapés qui poussa un grincement plaintif, attirant l'attention des trois adolescents qui donnaient l'impression de travailler sur leurs devoirs de vacances. Sirius ne s'intéressait pas vraiment à leurs actions, tant qu'ils restaient à portée de regard.

Depuis le début de l'été avec le retour de « vous savez qui », Sirius était cantonné dans un rôle qui ne lui plaisait pas. Quitte à jouer les nourrices pour des adolescents, il aurait souhaité que son filleul se trouve ici plutôt que chez son oncle et sa tante Moldus. Même si Harry n'avait jamais rien révélé sur le traitement que lui réservaient les Dursley pendant les mois d'été, Sirius avait su voir des signes qui ne pouvaient passer inaperçu pour quelqu'un sachant les chercher.

On ne passe pas plus d'une décennie enfermé dans un mètre carré à sursauter à chaque bruit, sans reconnaître les réactions induites par un enfermement et un traitement abusif. Sirius avait vu les réactions de Harry et il savait que les jours de vacances de son filleul étaient tout sauf acceptables pour le bien-être et l'éducation d'un enfant.

Il en avait touché quelques mots au directeur mais celui-ci n'avait rien voulu savoir arguant l'importance de la protection de sang qui mettait Harry à l'abri des Mangemorts ! Sa petite voix intérieure, quand il se remémorait la discussion houleuse qu'il avait eu avec Dumbledore à ce sujet, lui certifiait que le directeur leur cachait des informations ! Et que, comble de tout, le vieux sorcier radotait à leur resservir à chaque fois cette histoire de protection de sang !

Retenant un grognement, il fit claquer sa langue contre son palais, s'attirant de nouveau un regard curieux de la part des trois adolescents. Ronald Weasley et sa sœur Ginny affichaient la même expression curieuse espérant que cette interruption serait celle qui leur permettrait d'échapper au travail scolaire acharné que leur imposait Hermione chaque matin. La jeune fille brune elle lui lança un regard agacé mais ne dit rien, retournant à son travail et encourageant les deux autres à en faire autant. Sa petite voix agaçante revint à la charge en lui faisant remarquer qu'il était vraiment étrange que le vieux directeur veuille garder les adolescents sous sa protection, alors qu'il laissait Harry à l'écart.

Sirius se leva et commença à faire les cents pas, scrutant par la fenêtre, puis déchiffrant les titres des livres qui se trouvaient dans la bibliothèque ainsi de suite pendant de longues minutes. Il ne voulait pas écouter cette voix qui insinuait beaucoup trop de doutes en lui. Dumbledore ne pouvait pas vouloir du mal à l'enfant, n'est-ce pas ? Son esprit devait être dérangé pour ne serait-ce qu'imaginer que le sorcier ne faisait pas l'impossible pour soutenir le survivant !

Il se sentait confus, perdu au milieu de ses réflexions qui le rongeaient sans qu'il ne trouve de réponse quand le bruit de ses pas légèrement étouffés par un vieux tapis élimé, fut interrompu par un léger raclement de gorge. Les jeunes avaient, lui sembla-t-il, décidé de marquer une pause et voulaient apparemment engager la conversation avec lui.

« Monsieur Black, est-ce vrai qu'il y aura une réunion exceptionnelle ce soir ? » Finit par lui demander Hermione après que Ron lui eut accordé un coup de coude fort peu discret pour encourager la jeune fille à entamer la conversation.

« Oui, apparemment le directeur à eut des nouvelles qui changent la donne. Il n'a pas dit grand-chose dans son message mais cela semble important. » déclara Sirius en arquant les sourcils, se rappelant les questions qu'avaient soulevé l'arrivée impromptue de Fumseck, le phœnix de Dumbledore à la première heure de la journée, les tirant tous du lit sous un chant suraigüe et empressé.

Contrairement aux autres adultes, il ne voyait pas d'intérêt à cacher la réalité aux adolescents sur la situation actuelle. Il savait que ces trois-là étaient tout à fait capables de comprendre que le retour de « vous savez qui » n'était pas à prendre à la légère. Ils étaient jeunes, d'accord mais ils avaient eu au cours des quatre dernières années assez d'épreuves pour comprendre que ce n'était certainement pas une période tranquille qui s'annonçait devant eux.

Leur cacher la vérité ne leur rendrait pas service. Leur voiler la face ne les aiderait pas à affronter les sorts de magie noire et les épreuves de la guerre. Donc, quand il le pouvait et qu'il était certain de ne pas s'attirer les foudres des autres membres adultes de l'Ordre et de Molly Weasley en particulier, il se permettait quelques confidences pour les aider à mieux appréhender la situation. Même s'il aurait préféré que son filleul se trouve parmi eux.

« J'ai cru comprendre en surprenant une conversation entre mes parents et Tonk ce matin qu'ils allaient chercher Harry ce soir ? » questionna Ginny les yeux pétillants.

Sirius ne manqua pas l'expression admirative de la jeune fille ainsi que l'impatience dans le ton de sa voix. Un sourire narquois étira ses lèvres. Ah la jeunesse !

« Comme je vous l'ai dit, Dumbledore a changé ces plans. Kingsley, Maugrey et Dora vont aller chercher Harry à Privet Drive après leur service ce soir. Le directeur n'a apparemment pas apprécié qu'ils ne puissent pas s'y rendre plus vite mais attirer l'attention et changer les habitudes des Aurors pourrait se montrer préjudiciable. Sans oublier que Maugrey n'agit jamais dans la précipitation et sans prendre ses précautions. »

« Ce n'est pas non plus dans les habitudes du directeur de changer d'avis comme cela et de donner l'impression d'agir dans l'urgence. Il doit s'être passé quelque chose de grave... » Fit remarquer Hermione en croisant les bras sur sa poitrine.

« Vraiment intelligente, la petite. Elle a un cerveau et elle s'en sert. Albus n'aurait jamais décidé de ramener Harry de chez ses Moldus si un danger ne le menaçait pas de manière plus précise... » Pensa l'animagus en hochant la tête pour acquiescer aux réflexions de la jeune fille.

« Que pensez-vous qu'il se soit passé ? » Demanda Ron. « Rien dans les journaux ne laisse supposer... »

« Le ministère contrôle les médias, Ron. » reprit la jeune brune d'un ton professoral. « Sinon ils ne publieraient pas chaque jour, un démentit sur le retour de « tu sais qui » ou un article remettant en cause la santé mentale de Harry ! Mais Dumbledore a des espions qui sont mieux placés pour l'informer de ce qui se passe au ministère où même dans les rangs du Lord noir »

« Vraiment ! » s'exclama Ginny « Des espions comme dans ces films Moldus dont tu nous as parlé, Hermione ? »

« Exactement, même si je suis certaine que dans le monde réel ce ne soit pas une situation aussi enviée que dans la fiction ! » répondit Hermione en fronçant les sourcils tout en inclinant la tête sur un côté. « Je me demande qui peut bien tenir ce rôle... »

Sirius leva les yeux au ciel essayant de ne pas écouter la petite voix de sa conscience lui murmurant que la jeune fille intelligente comme elle l'était ne tarderait certainement pas à découvrir l'identité de l'espion de l'Ordre. D'ailleurs maintenant qu'il s'en faisait la réflexion, il était étonnant que Rogue n'ait pas encore pointé le bout de son nez crochu au square. Il croisa les doigts mentalement, priant Merlin que l'absence du professeur de potion n'annonce pas une catastrophe et ne soit en rien en lien avec le changement de plan de Dumbledore !

Sa petite voix lui susurra aussi qu'il était fort possible qu'aucun secret ne résiste à Hermione et qu'il devrait apprendre à faire attention à ce qu'il faisait ou disait quand la jeune née Moldue se trouvait dans les parages. Certaines choses qu'il avait découvertes depuis sa libération devait encore être gardées secrètes, comme un atout dans sa manche. Les seules personnes à qui il était décidé à en faire part pour le moment étaient Harry et Remus.

Le premier, il ne l'avait pas vu depuis un long moment, et attendait avec impatience que cette longue journée se finisse pour pouvoir le serrer dans ses bras. Quant au deuxième, il ne l'avait pas vu depuis quelques mois et à cause de la pleine lune qui était le soir même, il ne serait pas présent à la réunion de l'Ordre qui se déroulerait en même temps.

Sirius fut tiré de ses réflexions par un léger frappement qui provenait d'une des fenêtres. Surpris de voir un hibou sombre tenter d'entrer, il se dirigea vers elle et l'ouvrit alors que derrière lui les adolescents s'exclamaient de surprise en voyant que la chouette était assez particulière et que les protections de la maison ne lui posaient aucune difficulté.

« Une chouette d'ombre nuit ! » S'exclama Ron en se levant de sa chaise pour approcher l'animal qui vola dans la pièce avant de se poser sur l'avant-bras que lui tendait le plus vieux sorcier de la pièce.

« Il me semble avoir lu quelque part que ces chouettes avaient des capacités particulières et qu'elles étaient assez rares ! » Commença à réciter Hermione fascinée par l'oiseau qui lui, regardait les trois adolescents avec curiosité.

Sirius détacha le pli qui se trouvait accroché à la patte de la chouette et qui semblait lui être destiné puisqu'elle s'était posée sur son bras. Il savait que cette lettre ne pouvait venir que de Gringotts et cela l'inquiétait un peu. Fébrilement, il lut le contenu de la missive tout en se mordant la lèvre inférieure.

« Cher Seigneur Black, Gheseth ad Morph reconnu par les règles primordiales de la magie. De par la présente lettre nous remplissons nos obligations envers votre sang, en vous informant que des personnes se réclamant de votre lignage demandent le droit d'asile et à être reconnus comme créatures porteuses de votre sang. La décision quant à leur avenir ne pouvant être prise sans votre accord, nous vous prions de bien vouloir venir le plus rapidement possible auprès de nos services. Alfy, ma chouette d'ombre nuit, se tient à votre disposition pour un transport sûr et discret. En attendant notre rencontre, recevez Seigneur mes plus sincère salutation. Intendant intérieur Wereck. »

Sirius relu deux fois la missive avant d'être certain d'en comprendre le contenu et ce, toujours sous les regards curieux et quelque peu inquiets des adolescents. La petite voix de sa conscience qui semblait être capable de raisonner un peu plus vite que lui, lui murmura que le destin devait aimer l'ironie.

Sirius soupira. Lui qui venait de se promettre qu'il devait tenir secret le plus longtemps possible les révélations que lui avait faites les gobelins après sa libération d'Azkaban. Lui qui avait tout fait pour ne pas attirer l'attention sur lui autrement que par son attachement à vouloir défendre les intérêts de son filleul. Lui qui espérait que cette histoire de responsabilité de famille ne resterait qu'une vague idée qui ne s'imposerait en rien dans son existence.

Lui devait bien se rendre à l'évidence : le destin avait d'autres desseins à venir et la fuite de ses responsabilités et de ses engagements n'en faisait absolument pas partie ! Il jura dans sa barbe en froissant la lettre de ses mains et sans un mot pour les trois adolescents, fit un signe d'accord à la chouette qui hulula avant de les faire disparaître tous les deux.

La dernière chose que Sirius entendit provenant du square Grimmaurd fut un cri ressemblant à un « Maman » quelque peu hystérique. Quant à la première qu'il entendit en apparaissant dans un des salons privés de la banque fut un rire dédaigneux qui lui rappela des souvenirs d'enfance alors qu'une voix féminine au ton déterminé laissait échapper une phrase sur un ton moqueur.

« C'est une plaisanterie ? »

Restant immobile un court instant pour permettre à ses sens de se remettre d'aplomb après ce transplanage express, il jeta un coup d'œil à la pièce où il se trouvait. Le salon de Gringotts était luxueux et confortable, dans les tons jaunes et beige. A sa droite un gobelin se tenait assis derrière un bureau. En face de lui, un peu plus loin, se tenait un couple de sorciers. Une femme et un adolescent qu'il identifia sans problème.

« Narcissa, c'est un plaisir que de te revoir, même dans ces circonstances. » Salua-t-il la femme qui lui faisait face et qui se levait de la banquette où elle était assise pour faire les cents pas en crispant ses poings sur le devant de sa robe. Faire les cents pas quand on devenait nerveux devait être un tic familial.

La chouette quitta son bras pour venir chercher sa récompense dans la main de son propriétaire. L'intendant Wereck tendit un morceau de viande rouge non identifiée à son familier et se tourna vers Sirius pour le saluer.

« Merci d'avoir répondu avec autant de célérité à notre convocation, je ne doute pas que votre emploi du temps soit un peubouleversé en ce moment... » entama le gobelin

« Le contenu de votre message me portait à croire qu'il y avait urgence. » Répondit sur le même ton poli Sirius en s'inclinant légèrement devant le gobelin pour lui rendre son salut, sans tenir compte de la nervosité palpable qui se dégageait des deux autres sorciers présents dans la pièce.

« Effectivement, la magie est en plein changement en ce moment et des épreuves s'offrent à nous que nous ne pouvons refuser et que nous devons relever avec zèle et réussite. » Reprit Wereck en l'invitant à s'asseoir dans un des fauteuils libres devant son bureau.

Sirius prit place tout en s'étonnant du discours du gobelin. Les paroles qu'il venait de prononcer ressemblaient presque à un prêche teinté de mysticisme ce qui était bien loin du discours habituel des plus grands financiers du monde magique. Il était plus usuel de les entendre parler de contrat et d'intérêts que d'épreuves à relever ! Rien que cela avait de quoi vous faire douter que le ciel n'allait pas vous tomber sur la tête !

« Si on en venait à ce qui nous préoccupe ? » Demanda sèchement Drago en accordant un regard méfiant à Sirius qui ne s'en formalisa pas. Il était habitué à bien pire.

« Madame Malefoy et son fils se sont présentés à la banque ce matin pour demander asile. » expliqua donc Wereck en haussant les épaules devant l'impatience du jeune homme.

« Ah ! » S'exclama Sirius qui commençait à comprendre pourquoi ils avaient besoin de sa présence. Il eut un léger sourire en fixant la femme qui ne cessait de faire des allées et venues un peu plus loin. « Cela veut certainement dire que vous croyez au retour de « vous savez qui » et que vous ne comptez pas suivre ton époux dans son camp ? »

« Effectivement. » répondit sèchement Narcissa, peu désireuse de s'étendre sur le sujet ce que pouvait comprendre Sirius.

« Mais l'intendant Wereck a dû vous avertir que la demande d'asile n'était possible que si vous étiez reconnus comme une créature magique. » continua-t-il en fronçant les sourcils. « Je vous vois mal, Arrogants Sang pur, reconnaître que vous êtes... »

« A ce qu'il paraîtrait, selon les croyances populaires, nous sommes tous les enfants de la magie ! » intervint Drago sûr de lui et se moquant visiblement des règles de politesse et de bienséance.

Sirius se dit que la peur, faisait perdre son self contrôle à l'adolescent. Pas qu'il lui en voulait de son comportement cavalier mais il savait que le jeune homme n'avait pas été élevé pour laisser libre cours à ses émotions. La situation devait vraiment être grave et inconfortable pour qu'il en arrive à cette extrémité et pire, pour que Narcissa n'intervienne pas pour reprendre le comportement déplacé de son fils.

« Bien entendu, mais les sorciers semblent l'avoir oublié depuis belle lurette. Ils se croient supérieurs et oublient, quand cela les arrange, qu'ils sont frères avec les autres créatures. » Expliqua Wereck en fixant le jeune sorcier avec intransigeance. « C'est pour cela que certaines règles ont été mise en place pour protéger les créatures magiques de l'ingérence des sorciers. »

« Vous essayez seulement de vous dérober à la loi du ministère ! Uniquement dans le seul but d'assurer votre profit ! C'est vous qui vous estimez au-dessus de nos lois. » S'exclama Drago visiblement à bout de patience. Sa mère s'approcha et posa une main réconfortante sur son épaule.

Wereck allait intervenir quand Sirius leva une main pour l'en empêcher et il prit la parole.

« Tu sais tout comme moi qu'il n'y a rien de néfaste dans le fait de tirer le meilleur partie d'une situation ! Je sais parfaitement dans quel état d'esprit sont élevés les héritiers des grandes familles. Et je sais aussi que les Malefoy sont très doués pour se servir de la loi à leur avantage ! De plus quand cela ne suffit pas, je sais que ton père n'hésite pas à utiliser son or pour obtenir ce qu'il veut. »

Drago eut la décence de rougir, reconnaissant par ce fait la véracité des propos de Sirius. Il tenta de reprendre la parole, cherchant un argument qui ferait mouche mais l'animagus fut plus rapide que lui.

« Le ministère est corrompu et ce depuis trop longtemps ! La loi des sorciers est rongée par la gangrène de l'immobilisme et par la soif de pouvoir qui anime ceux qui nous dirigent ! Selon le ministère les créatures magiques n'ont que peu de droit et sont maintenus sous surveillance. Ils oublient que nous ne sommes pas si différents et que notre responsabilité première au sein du monde magique, était de veiller à son équilibre et à son harmonie !»

« Te voilà bien en verve pour un fugitif, mon cher cousin. » Ironisa Narcissa. « Tu dénigres le pouvoir car tu es jaloux de notre position et de l'influence que les sangs purs ont sur notre gouvernement. »

« Explique-moi alors pourquoi tu es venu trouver de l'aide ici, à Gringotts, au lieu de te tourner vers tes amis du Ministère ? » La nargua Sirius en mettant ses poings sur ses hanches.

« Nous aimerions que cette affaire reste dans le domaine du privé. » répondit nerveusement la sorcière en serrant les mâchoires.

« Ça je peux le comprendre. » soupira Sirius. « Ton mari ne doit pas être dans une situation enviable si son maître apprend votre retournement de veste et le ministère doit être un véritable ni de vipère pour une femme dans ta situation. Enfin bref cela ne me concerne pas, le sort de Lucius ne me regarde pas, revenons-en à nos moutons. »

Il tourna la tête vers l'intendant Wereck qui était resté silencieux. Celui-ci le fixait avec des yeux pétillants qui lui rappelaient dangereusement le pétillement horripilant de Dumbledore quand il avait un plan et cela ne le rassura pas.

« Apparemment, madame Malefoy s'est présentée devant nous dans l'espoir d'obtenir une demande d'asile de complaisance, en estimant comme vous l'avez si bien dit précédemment, que leur or serait un argument suffisant pour nous convaincre. Malheureusement, pour eux, comme pour tous les sorciers, nous ne pouvons plus continuer à accepter de détourner les lois primordiales de la magie. Cependant nous reconnaissons que la situation dans laquelle Madame Malefoy et son fils se trouvent mérite une aide que nous pouvons leur fournir avec votre soutien. Madame a reconnu sa filiation à votre sang, nous lui avons soumis une possibilité légale selon les règles primordiales, sans pour le moment lui en expliquer le déroulement. » expliqua Wereck en regardant alternativement Sirius et sa cousine.

« Il n'avait pas précisé que tu aurais un quelconque rôle à jouer dans tout cela ! » S'impatienta la sorcière dans un soupir las. « Sinon j'aurais peut-être... »

« A quel autre Black pensais-tu te voir reconnaître ta filiation ? » Ironisa Sirius sur un ton moqueur. « A ta très chère sœur ? »

Le regard noir que lui lança la sorcière fut suffisamment acéré pour lui faire comprendre qu'il s'avançait en terrain dangereux. Il préféra abandonner le sujet pour le moment et tendit les paumes en avant en signe de paix.

« Avez-vous fini de lire le livre que nous vous avons fourni lors de votre passage à la banque après votre évasion d'Azkaban ? » demanda Wereck à Sirius.

« Bien entendu, je comprends ce que vous attendez de moi, mais je doute qu'ils soient prêts à l'accepter ! Et pour être honnête moi aussi, je dois bien le reconnaître !»

« Nécessité fait loi dans le cas présent » fit remarquer le gobelin en haussant les épaules. « Je suis certains qu'ils ont conscience que c'est le seul plan qui leur permettra d'obtenir la sécurité et la liberté qu'ils souhaitent. »

« Vous devez avoir raison. » répondit Sirius en haussant les épaules à son tour

« Et si vous arrêtiez de parler de nous comme si nous n'étions pas là ? » Lança Drago avec exaspération.

« Gamin, je ne suis pas certain que les révélations que je vais te faire vont te plaire mais apparemment c'est la seule option qu'il vous reste à ta mère et toi pour que les gobelins acceptent votre demande d'asile. »

« Si vous voulez m'engager comme toutou obéissant au directeur, vous pouvez faire une croix dessus et... » Prévint le jeune sorcier sur un ton déterminé qui étira un sourire ironique sur les lèvres de l'animagus.

« Non, Gamin. Loin de là, mais rassure toi, je suis sûr que tu trouveras un avantage certain à accepter l'héritage de ton sang ! » Lui répliqua Sirius en commençant à laisser doucement sa magie filer au travers de son corps.

Narcissa et Drago hoquetèrent de surprise en voyant la puissance qui émanait du sorcier alors que Wereck, visiblement pas impressionné, ouvrait un tiroir de son bureau pour en sortir une dague à la lame effilé et ondulé sur laquelle scintillait des runes.

« Il n'y aura pas de retour en arrière possible. » annonça la voix tranchante du gobelin. « Soit vous acceptez dès à présent soit nous vous feront tout oublier. »

« C'est du chantage ! » s'exclama Drago.

« C'est la meilleure et la seule offre que nous avons à vous proposer. Vous avez le choix, si les termes du contrat ne vous conviennent pas, vous pouvez aller chercher de l'aide ailleurs ! »

« Décidez-vous vite ! » Articula difficilement Sirius qui commençait à avoir du mal à contenir sa magie qui pulsait d'une lumière dorée tout autour de lui.

« Entendu » fit Narcissa en tendant une main vers le gobelin pour qu'il lui tende la dague.

Elle avait suffisamment côtoyé son époux pour reconnaître le type de magie auquel Sirius et le gobelin voulaient qu'ils se livrent. Elle n'avait pas assez d'élément pour identifier le type de rituel mais elle savait qu'il s'agissait d'une cérémonie de magie de sang. Les éléments, comme les pièces d'un puzzle, se plaçait dans son esprit et elle pouvait apercevoir le but de tout ceci. Réveiller quelque chose d'endormi dans leur sang. Sans oublier que Drago et elle, comme le leur avait si bien fait remarqué Sirius, n'avaient pas d'autre choix s'ils voulaient s'en sortir vivants.

Elle se saisit de l'arme enchantée et s'ouvrit sans hésiter la paume droite. La lame chanta doucement une mélodie lente qui accéléra de tempo quand l'intendant Wereck murmura à la sorcière de répéter une phrase après lui.

« Moi, Narcissa Black Malefoy me lie au chef de la famille Black et accepte dans mon sang l'héritage de mes ancêtres. »

Sirius sourit et laissa sa magie se diriger vers sa cousine qui le fixait droit dans les yeux avec toute l'assurance et le charisme qu'elle pouvait émettre. Quand le rayon de magie entra en contact avec le sang qui s'écoulait de sa plaie, Narcissa eut un léger tressaillement avant qu'une douce chaleur ne se répande en elle jusqu'à lui donner l'impression de brûler de l'intérieur. Ce n'était ni douloureux, ni désagréable. Si elle avait dû le décrire, elle aurait dit que cela ressemblait à ce qu'elle ressentait quand très lasse, elle se plongeait dans un bain chaud et que tout son corps de détendait. Elle se sentait bien, comme complète.

« Tu devrais en faire autant Drago. » conseilla l'animagus en regardant le jeune homme.

Narcissa encouragea son fils d'un hochement de tête. Maîtrisant le tremblement de sa main, il récupéra la dague et prononça à son tour la même phrase que sa mère qui, il en avait l'intuition, scellerait son destin de « Sang Pur » à tout jamais.

A suivre...