Indifférence.

Comme tous les jours, je débute mes promenades par un petit passage obligé chez les deux gardes du village. Encore, lorsque je dis « chez », c'est un peu large puisqu'ils sont là du matin et jusqu'au soir, sans sortir de leur tunnel. Soit ils vont se nourrir ou vivre un minimum de vie une fois que nous avons le dos tourné soit, ils prennent sur eux. Toutefois, il y a bien un moment où le corps montre des signes de faiblesse ou d'alerte, je ne sais pas moi. En tout cas, cela ne m'empêche pas de leur rendre une petite visite, surtout Chausset.

Lui, c'est sûrement le moins chaleureux des deux gardes mais je l'aime bien. Par moment, j'aurais l'impression qu'il tente d'avoir toute la misère du monde sur ses épaules, à cause de sa façon de parler : Excuse-moi, je ferais plus attention, cela ne se reproduira plus…

Il croit que je vais lui décoller une patate ou quoi ? Non, je ne suis pas ainsi et comme d'habitude, je me poste à quelques centimètres de lui.

- Bonjour Chausset, j'aimerai savoir ce qu'il y a aux objets trouvés aujourd'hui.

Tout en tournant légèrement son visage vers le mien, l'animal me répond.

- Huit, si je me souviens bien.

Tiens, il y en avait huit hier et je n'avais rien prit du lot. D'ailleurs, ce n'était que des bombes et même si j'aime jouer des tours à mes voisins du village, je n'ai pas envie d'en prendre une aujourd'hui. On verra ça demain ou un autre jour.

- Merci Chausset, bonne journée.

Au moment où je me retourne pour m'approcher de la sortie du tunnel, mon pied se prend dans une dalle et voilà que je me vautre en toute beauté. Une fois que je suis sur le sol, j'encaisse le coup et tente de me relever en m'aidant de mes mains. Par contre, moi qui pensais recevoir de l'aide venant de l'un des deux gardes, autant dire que je rêvais les yeux grands ouverts. Chausset n'a pas bougé d'un seul centimètre de son poste et ne me regarde même pas. Tant pis, je dois me montrer fort et courageux et c'est en boitant légèrement de la jambe gauche que je sors du tunnel.

Une fois que je suis à l'air libre, je me fais une promesse. Désormais, je veillerai à être vigilant pour ne pas chuter comme je viens tout juste de le faire. Je n'aime pas me donner en spectacle et suite à une telle situation, encore bien moins. En tout cas, j'ai l'art et la manière de bien commencer mes journées mais le plus urgent est que je rentre chez moi pour voir si je n'ai pas de plaie qui s'est ouverte à ma jambe. Comme il n'y a pas de médecin dans le village, je ne tiens pas à avoir une blessure infectée et d'ailleurs, je serais bien obligé de sortir de cette bourgade pour me soigner. J'espère que le maire comprendra et qu'il ne s'inquiétera pas pour rien.