Lèvres sèches, lumière crue. Rien n'a bougé depuis que je me suis endormie, j'ai passé toute la nuit ici, il n'y a personne. J'enfile mon uniforme, mes cheveux sont épais et emmêlés, je les coiffe en deux longues nattes. D'un mouvement de baguette je refais mon lit. La couverture reste froissée, l'oreiller défoncé, tant pis. Pomfresh ne se montre toujours pas. Je regarde derrière moi, sur la table de chevet, une potion. Elle a une jolie teinte rubis, un goût infect. Je la bois d'un trait et m'en vais vers la Grande Salle

L'odeur aseptisée de l'Infirmerie laisse peu à peu place à celles du porridge, du bacon grillé et des toast chauds. Mary lit la Gazette, Lily une lettre. Elle lève les yeux quand je m'asseois, je me sers un jus de citrouille. Elles échangent un regard. Elles se demandent où j'étais hier soir, même si elles se doutent de la réponse. Je n'ai pas envie d'en parler mais elles restent silencieuses et se replongent dans leurs lectures.
Parfois je me sens coupable, fausse, traîtresse. Elles croient que je suis anémique. Elles croient ce que je leur ai dit. Depuis notre première rencontre, elles ont foi en mes mensonges, en cette image d'amie que j'ai façonné. J'ai honte. Mais, ces six années de non-dit ne s'envoleront pas. Je le refuse.
Mentir à ses amies et pire que tout. Mais c'est bien mieux que de leur avouer la vérité, mieux que de devoir leur expliquer, mieux que de comprendre leur réaction. Je n'y changerai rien. Je n'y gagnerai rien, elles non plus. Et puis ce matin, je me sens mieux.

« Tu as reçu une lettre. Atropos l'a déposée tout à l'heure. »

Je remarque l'enveloppe posée près de mon assiette, elle vient de mes parents, je suis contente d'avoir évité leur chouette, un vieil animal aux plumes noires et au caractère mauvais. Je déplie le parchemin, ma mère me parle de leur semaine, de leur boulot, me pose les questions étouffantes usuelles. Tout est écrit en allemand. Mon père a juste signé à la fin. Une rature illisible, faite à la va-vite. Une lettre comme tant d'autres. Je la glisse dans mon sac, pliée en quatre.

Nous nous levons, il est presque neuf heure et nous avons cours dans le parc du château. L'avantage, lorsque l'on a passé ses B.U.S.E, c'est que nous n'avons plus qu'à suivre les cours qui nous intéressent. C'est-à-dire pour moi, très peu. Je n'ai eu que cinq B.U.S.E. Médiocre, surtout qu'il n'y avait rien au-dessus d'Acceptable. Mes parents ne m'ont rien dit. Je suis une cancre. Mais une cancre malade, ça ils n'arrivent pas à l'oublier. Ma mère a dit que j'avais fait de mon mieux, lui s'était détourné. J'aurai voulu qu'ils me hurlent dessus, qu'ils me parlent de mon avenir que je foutrais en l'air si je ne faisais pas un effort et que...

« Magda, tu m'écoutes ?

— Pardon, tu parlais de la chorale ?

— Oui, Lily va me passer des chansons moldues !

— Il faut dire que tu m'as harcelée pour ça .

— Tu ne peux pas briser l'Art, Lily !

— C'est plutôt la chorale qui va finir par nous briser les oreilles ! »

La chorale de Poudlard n'est pas si mauvaise, seulement, le niveau varie autant que les élèves. Mais, elle a le mérite d'exister. Mary en fait partie depuis la deuxième année, elle a une belle voix, assez grave, un peu sombre. C'est elle la responsable du club maintenant. Ils font toujours plusieurs spectacles, parfois dans des endroits improbables : couloirs, orée de la Forêt Interdite – ce qui leur avait fait écoper de quatre heures de colle d'ailleurs – et même les toilettes !

« Et je voulais savoir si tu accepterais de nous accompagner au violoncelle ?

— Quand..?

— Pas pour Halloween, t'inquiète pas. On pensait pour la Saint Valentin.

— Ecoute, je sais pas trop. J'ai pas très envie de... »

Le professeur Brûlopot nous interrompt. Nous nous concentrons sur l'exercice pratique. Malgré mes notes proches du Troll, je ne me suis jamais abattue. Parce que pour moi ça n'aurait servi à rien, et je sais ce que j'aime. Les mains, les gestes, mon violoncelle.

Mais jouer pour la chorale ? Je n'ai pas peur du public, des lumières et de l'angoisse avant la première note. J'ai déjà participé à des spectacles, c'est un exercice comme un autre... Mais à Poudlard. Etre sur scène devant tous les autres élèves ? Je n'ai pas envie d'être si exposée... Ici, je vis dans l'ombre de mon secret, je ne fais pas de bruit, on ne s'intéresse pas à moi plus que nécessaire et personne ne sait à quel point je suis faible.

Mais je ne veux pas décevoir Mary. La chorale lui tient à cœur, je ne sais pas quoi lui répondre. Nous ne sommes qu'en Octobre, ils ont leur représentation pour Halloween, mais après les nouvelles répétitions arriveront vite.

Quand le cours finit, nous sommes frigorifiés. Toute la classe rentre d'un pas vif vers le château. Lily part à son cours d'Arithmancie. Mary et moi nous grimpons vers la tour de Gryffondor.

« Ecoutes, tu n'auras qu'à me donner ta réponse plus tard.

— Oui, j'y réfléchis.

— Ce serait vraiment bien, ça amènerait de la nouveauté aussi.

— Super, sauf que je n'ai pas envie que tout le monde me regarde. Toute l'école...

— Bah tu sais, toute l'école ne vient pas voir nos spectacles. Surtout à la Saint Valentin. »

Je ne suis pas d'accord avec elle. Je les vois tous ses élèves qui les applaudissent. Même quand les chanteurs muent, ou qu'un nouveau part trop dans les aiguës. Ca fait partie du truc.

« Oh ! J'ai oublié de demander quelque chose au professeur Brûlopot ! Je reviens !

— Attends, je t'accom… »

Elle disparaît au bout du couloir sans même se retourner. J'en déduis qu'elle n'a pas besoin de mon aide et je rentre dans la Salle Commune. Quelques élèves sont en train de jouer aux échecs, de bavasser ou de faire leurs devoirs. Un énorme feu ronfle dans la cheminée et fait chatoyer les tapisseries rouge et or et un sentiment de sécurité confortable émane de l'ensemble. Je me dirige vers le dortoir des filles.
En me tournant, j'aperçois un objet foncer vers moi et je me baisse pour l'éviter. Je me relève et cherche le lanceur. Un Maraudeur évidement.

« ATTENTION ! »

Je tombe sur mes genoux, à moitié assommée. Je frotte l'arrière de mon crâne, les larmes aux yeux. C'est un boomerang qui m'a fracassé la tête. Par terre, l'arme en bois d'une couleur verte criarde continue de tourner sur elle-même en sifflant.

« Désolé Kalstein, ça va ?

— C'est Von Kalstein, Black. Et j'ai juste failli être scalpée mais à part ça… Franchement vous devriez éviter de balancer ça ici.

— On a pas pu s'en empêcher…

— C'est la nouveauté du Dr Flibuste, un boomerang à mouvements perpétuels ! Enfin, désolé. »

James Potter vient de terminer la phrase de son meilleur ami. Il a récupéré le boomerang qui continue de vibrer jusqu'à ce qu'il lui donne un coup de baguette. Il porte l'insigne de préfet-en-chef, comme Lily, sauf qu'il est un perturbateur notoire et pas elle. La nuit et le jour. Je masse ma tête en grimaçant, je crois que j'ai une bosse. Ils s'excusent encore et repartent vers Peter tandis que je monte les escaliers de mon dortoir. Quand je jette un coup d'œil derrière moi, ils ont recommencé à lancer l'objet de malheurs.

Je claque la porte, jette ma sacoche au pied de mon lit et m'étale dessus. Je sens la douleur irradier, ils ne m'ont pas ratée. Je tends la main vers mon violoncelle. Bois sombre et massif, pique en argent. Le seul objet moldu que je possède. Mes parents me l'ont acheté dans une boutique près du Chemin de Traverse qui vend toutes sortes d'instruments, pour la plupart magique, et parfois des perles comme mon violoncelle. Jouer avec ce genre d'instrument, sans aucun sortilège pour éviter les fausses notes ou charmer l'auditoire, rend sûr de son geste, de sa technique et de ses aptitudes. On est sûr de sa passion et de sa volonté. De fait, c'est la seule chose dont je soit certaine.

Je saisi mon archet et m'engage dans un petit air. J'enchaîne les accords et peu à peu j'oublie cette journée, le temps qui passe et la souffrance. Je joue sans partition, longtemps, et puis je me décide à ouvrir un vieux cahier, en vérité un autre objet moldu, et enchaîne sur un prélude de Bach. Certains disent qu'il devait être un peu sorcier. Je joue longtemps, toute seule dans mon dortoir. C'est triste, mais je ne m'en aperçois pas, car maintenant je suis avec la chorale, j'entends Mary et cette chanson d'amour brisé, d'amour inexistant. Mes bras sont tendus, je ne vois pas mon instrument. Je suis à côté d'eux, ils vibrent, Mary me tourne le dos. Et devant la scène, les autres élèves qui écoutent, qui me regardent à peine, qui entendent juste nos voix, et je sens en moi, une joie jamais ressentie, une fierté, une émotion. Comme je n'en ai jamais eu.

Je me réveille, Lily fourrage dans son coffre. Ce n'était qu'un rêve, un de ceux qui sont trop réels pour ne pas se questionner. J'ai l'impression que c'était un rêve d'amour. Comme si j'étais tombée amoureuse de moi, comme si des possibles s'étaient ouverts. Je vais réfléchir à la proposition de Mary. Sûrement, oui. Mon archet et mon violoncelle ont glissé par terre. Je les redresse, ils ne sont pas éraflés.

« Je n'ai pas osé les bouger.

— Pas de souci. Il est quelle heure ?

— Presque onze heure trente. Tu sais où est Mary ?

— Elle m'a dit qu'elle devait demander quelque chose au professeur Brûlopot. Tu ne l'as pas vue dans la Salle Commune ? »

— Elle est peut-être déjà dans la Grande Salle, allons-y. »

En descendant les escaliers du cinquième étage, nous croisons Mary. Elle court essoufflée, les joues roses.

« Où étais-tu passée ?

— J'étais à la Bibliothèque, je remontais vous chercher.

— C'est beau l'amitié ! »

Le reste de l'après-midi, je sens ma lassitude augmenter graduellement. Je me redresse pour que Slughorn ne voit pas mon manque d'intérêt et ajoute trois yeux de tritons dans ma potion. La couleur ne me semble pas trop mal, je devrai m'en sortir avec un Acceptable.

Je sors de mon dernier cours de la journée avec un sourire satisfait. Il n'est que quinze heures. Mary et Lily vont à leur cours d'Histoire de la Magie. En me demandant pour la énième fois pourquoi elles ont décidé de suivre cette matière pour leurs ASPIC, je me dirige de nouveau vers ma tour. Je devrai compter combien de fois je fais ce trajet en une journée, ça pourrait devenir une fierté qui sait ? En haut, il n'y a que quelques premières années qui chahutent. Je monte dans mon dortoir. J'ai dans l'idée de relire quelques partitions, mais à peine me suis je calée dans mon lit que je me rendors, sans force, sans arriver à lutter.

« Magdalena, tu dors encore ? Mary est partie à la Bibliothèque, je suis venue te chercher.

— Mmh, pourquoi ?

— Travailler.

— Non, merci. »

Je me retourne et enfouie ma tête dans l'oreiller. Mes amies veillent à mes devoirs, elles veulent être sûres et certaines que j'ai mon diplôme à la fin de l'année. Merci, merci, mais pas maintenant, il fait trop bon sous mes couvertures.

— Allez, plus vite tu commenceras, plus vite tu finiras ! »

Elle n'abandonnera pas, alors vaincu je me lève. En descendant, nous passons devant les Maraudeurs, et le regard énamouré de Potter. Malgré les refus cinglants de Lily, il espère toujours qu'elle lui tombe dans les bras. Mais il n'est vraiment pas son genre. Même si on peut reconnaître que les Maraudeurs ont mûri, ils restent ce qu'ils sont. A vrai dire, de véritables m'as-tu vu, insupportables de vanités.

Lily passe à côté sans le voir, ou sans vouloir le voir. Autant Potter est plus calme, autant Lily est moins violente dans ses réactions. Une sorte de no man's land s'est instauré. Ne me harcèle pas et tu ne te prendras pas ma main en pleine poire, en fait. Une règle plutôt saine m'est avis. Leurs disputes étaient quasi devenues légendaires, et Lily s'est forgée une sacrée réputation. Bien sûr, depuis l'année dernière, tout cela s'est calmé. Depuis que Mary s'est faite agressée par ces Serpentards et que les Maraudeurs sont intervenus.

A la Bibliothèque, je m'assois à ma table de labeurs, installe mes affaires, taille ma plume, regarde à gauche, à droite, soupire, et après avoir tergiversé pendant cinq minutes, je me lance enfin dans mes devoirs sous les regards amusés des filles. Evidemment, il faut que j'aille à la chasse aux livres avant tout. Je gribouille quelques noms d'auteurs sur un morceau de parchemin et m'en vais me perdre dans les rayonnages.

Je farfouille sans succès à la recherche d'un essai sur l'astronomie quand quelqu'un me tapote l'épaule. Je retient un cri. Remus Lupin, le livre que je cherche justement à la main.

« Je t'ai fait peur ?

— Non pas du tout.

— Tiens, si tu cherches le livre sur la somnolence des trous noirs, c'est celui-ci. Je n'en ai plus besoin.

— Merci. »

Il me tend le livre. Je m'en empare et repars vers ma table. Lui et moi, on ne s'entend pas beaucoup. Je ressens une gêne quand il me parle et je crois que c'est réciproque. Pourtant, il est gentil et assez sympathique. Comparés à Black et Potter, Peter et lui sont discrets, enfin autant que l'on peut l'être en faisant partie des Maraudeurs. Seulement, il est malade. Quand je le vois, j'ai cette image de pâleur, de cris étouffés et de souffrance. Je ne sais pas ce qu'il a, mais nous sommes les habitués de l'Infirmerie. Ca me suffit pour n'avoir rien à lui dire. Je ne pense pas me tromper en disant qu'il est du même avis que moi.

C'est l'heure de dîner et j'ai quasiment fini ma dissertation. Avec les filles qui me surveillent, impossible de bâcler. Elles sont toutes deux studieuses, leurs plumes grattent le parchemin. Je suçote ma plume en sucre en réfléchissant à une conclusion. Au bout de dix minutes, je griffonne un paragraphe et range mes affaires. Mary s'étire :

« On dirait que c'est l'heure. Stop les devoirs !

— Attendez, je voudrais rajouter quelques détails.

— Pitié Lily, tu vas mettre trop de temps, j'ai faim…

— Juste cinq minutes ! »

Après cinq longues minutes, nous arrivons à déloger Lily. Le reste de la soirée, nous la passons à palabrer et à jouer aux échecs. Je ne gagne qu'une seule partie, mais l'honneur est sauf.

Le lendemain, la pluie tombe à torrent, je me réveille vers neuf heure, Lily est déjà partie, Mary s'étire dans son lit. Une fois bien réveillées et habillées, nous descendons déjeuner. Lily est assise à côté d'un groupe de deuxième année, elle lit la Gazette.

« Encore des mauvaises nouvelles ? lui demande Mary

— Oui. »

Je n'écoute pas le reste de leur conversation. Je n'aime pas parler de ce qu'il se passe dehors. Je veux croire que rien n'a changé. C'est puéril et inconscient. Mais je n'ai pas envie que ça me concerne, je m'y refuse.
Toutes ces disparitions, ces meurtres, tous ces fanatiques qui semblent de plus en plus nombreux. Cette réalité m'échappe, à Poudlard nous sommes en sécurité, si ce n'est quelques Serpentard dangereux. Comme Mulciber et Avery qui s'en sont pris à Mary. Seule dans les couloirs à être tabassée. Comment Mary trouve-t-elle le courage de se balader sans peur ? Que ce serait-il passé si les Maraudeurs n'étaient pas passés par là ? Quelle était leur chance de passer près de ce couloir abandonné ? Et que se passera-t-il quand nous serons tous dehors, sans personne pour veiller ? Quand tous ces lâches n'auront plus de limite ?

On s'assoit à côté de moi, je reprends mes esprits. Les Maraudeurs. Je l'avoue, je les trouve bien moins agaçants depuis cet épisode. Lily aussi les supporte plus facilement, surtout que les blessures de Mary on aussi mit fin à son étrange amitié avec Severus Rogue. Ce qui ne serait jamais arrivé sinon.
Ils parlent du match de Quidditch qui aura lieu demain. Les Serpentard ont gagné la coupe l'année dernière et il est temps qu'une maison leur reprenne la victoire. James Potter se retourne vers nous :

« Vous viendrez voir le match ?

— Bien sûr, répond Mary.

— Nous avons mis en place une nouvelle technique, vous allez voir ça va être… »

Il se met à faire de grands gestes mimant la vitesse et la précision. Sirius Black pousse des exclamations hystériques tandis que Peter et Remus rient. Je ne doute pas de notre réussite s'il a autant d'énergie. Lily lève les yeux au ciel, exaspérée.

« Oui, vous verrez ! Trois Gallions, je te dis !

— Prépare toi à raquer Mcdonald !

— Parle pour toi, Black !

— Vous avez parié quoi exactement ? je demande.

— Elle pense que ce sont les Serdaigle qui marqueront les premiers points ! Une véritable hérésie ! »

C'est vrai, les Serdaigle sont forts. Il faut le reconnaître, mais aucun doute que nous remporterons le vif d'or. J'étais allée voir un entraînement avec Mary et l'attrapeur, un troisième année tout fluet, nous avait bluffé.

L'après-midi, je profite du calme pour répondre à la lettre familiale. Je m'installe dans un coin de la Salle Commune, les filles font une partie d'échec, les Maraudeurs doivent vagabonder quelque part dans le château. Je raconte ma semaine, le match de demain, mon entraînement au violoncelle. Je ne mentionne pas mon Piètre en Métamorphose, obtenu lors de mon échec à transformer une souris en tasse. Comment ai-je pu avoir ma BUSE dans cette matière ?
Je demande si tout se passe bien à leur cabinet. Le travail de mes parents, c'est un peu toute leur vie. Le un peu est en trop, ils sont toujours là-bas. Comme dirait mon père « je ne me suis pas expatrié pour feignanter mais pour développer la noble entreprise de mon père ! ». Sous entendu, commence à travailler sérieusement ! Un jour j'aimerai lui cracher qu'être avocat des affaires ce n'est pas une noble entreprise.

Je scelle ma lettre et pars vers la volière. Quand, je suis rentrée en première année, mes parents m'ont proposé de prendre Atropos. J'ai refusé, il y a assez de hiboux à l'école et eux reçoivent caresses et friandises sans vous attaquer. J'attire une petite chouette hulotte, accroche la missive à sa patte, elle s'envole par une des fenêtres sans carreaux. Je la regarde disparaître dans d'épais nuages gris.

Le dimanche, nous nous levons tôt, pour assister au premier match de l'année. La saison s'ouvre fin Octobre, juste avant Halloween, il fait froid mais sec. Je ne suis pas une grande fan, mais j'aime assister aux matchs, voir la foule en liesse et la détermination des joueurs. Et puis, nous nous devons de supporter notre équipe.

Nous nous installons sur un des banc en bois au milieu de la tribune. Le terrain de Quidditch est encore vide. Je m'installe et vois les Maraudeurs, excepté Potter qui se prépare dans les vestiaires, s'installer juste derrière nous. J'espère qu'ils vont nous laisser regarder le match tranquillement. Ils n'auraient pas pu choisir une autre tribune ? Je me tourne vers Mary :

« En fait pour la chorale, c'est d'accord, je veux bien le faire.

— C'est génial !

— Vous avez déjà choisi les musiques ?

— Quelques unes. On en fera trois cette fois. Et seulement des moldues, c'est décidé.

— Ah oui ? Tu n'as pas peur des hués ?

— Franchement, il faut innover ! Secouer les jeunes décrépis de Serpentard !

— T'as bien raison !

— Crie pas comme ça Black !

— Rabat-joie comme toujours Evans ! »

Ce mec a un culot monstre. Lily le remet prestement en place et il n'a pas le temps de répliquer que le sifflet de début de match résonne.
Le match a duré au moins deux heures, et nous quittons le terrain en joie. Le jeune Gryffondor a finalement attrapé le vif d'or après une course poursuite de plusieurs minutes. Avec Mary nous attendons à la sortie des gradins. Les trois Maraudeurs ne tardent pas à apparaître et elle s'élance vers Sirius Black :

« Alors ?

— Oui, oui, tu vas l'avoir ton or !

— Ne sois pas si mauvais joueur. Après tout ce n'est pas la première fois que je gagne ! »

Mary remporte souvent ses paris. Il aurait dû se méfier, mais contrairement à nous, il ne comprend pas, même après plusieurs années. Elle empoche ses pièces toutes neuves, Black hausse les épaules. Si Lily a toujours crié sur Les Maraudeurs, sauf Remus, avec qui elle s'entend parfaitement, et si moi je suis toujours restée en retrait, Mary a toujours eu des relations cordiales avec Black, Potter et compagnie. Avec Lily, l'injustice, la vantardise et l'hypocrisie ne passent pas. J'aime ça chez elle, même si elle est du genre à le hurler haut et fort, tandis que je m'éloigne des importuns. Quant à Mary, elle cherche à connaître les gens, à aller au-dessus de ce qu'ils semblent être. Je ne suis pas capable de tant de clairvoyance. Je ne prendrai pas le risque à discuter avec un Serpentard. Alors que Mary a même essayé de se rapprocher de Rogue !

J'entends Lily discuter du match avec Lupin. Elle parle avec animation. Potter sort du vestiaire au même moment. Il se stoppe sur place quelques secondes et s'approche d'eux, nonchalamment il s'immisce. La conversation reprends, Lily est plus calme. Potter parle de plus en plus fort, il fait le paon. Ses lèvres se pince, elle en a marre. Elle les laisse et me rejoint. J'en rirai presque si ce n'était pas si pathétique.

Au bout d'un moment, tout le monde se retrouve dans la Salle Commune pour fêter la victoire. Des banderoles sont accrochées partout et il y a beaucoup de bruits. Des caisses de bièraubeurres apparaissent un peu partout. Pendant que tout le monde est occupé, je sors. Je descends jusqu'à l'infirmerie pour demander à Pomfresh mes médicaments. Trois fois par semaine, je fais ce chemin, seule, pour aller quémander ce qui me sauve, ma dépendance. Mes amies ne m'ont jamais accompagnée, si elles voyaient toutes ces potions, si elles me voyaient trembler. J'attends toujours le plus longtemps, quand je sens mes muscles raidis, ma gorge sèche, ma fatigue. Quand les cernes ont ce doux bleuté. Pomfresh ne me dispute même plus. Elle sait que je suis sérieuse, je reviens toujours.

Je déteste me soigner sous surveillance. L'avidité quand je débouche le flacon, comment je bois, empressée, quand je suis dépossédée devant ma faiblesse, quand cette anémie mensongère m'enveloppe. Je hais cette image de Magdalena qui s'effrite, se désagrège quand je n'ai plus de force. Si mes amies étaient là, elles se rendraient compte que ne suis pas celle qu'elles veulent que je sois.

Quand j'entre dans l'Infirmerie, Lupin est déjà là. Il est dans un sale état. Du genre à bientôt vomir, on dirait qu'il est fiévreux. Allongé dans un lit, il m'ignore, je l'ignore. Parfois ses amis viennent avec lui. Je vais voir Pomfresh dans son bureau. Elle me donne plusieurs flacons et comme d'habitude, je m'installe dans un lit, cachée derrière des paravents.

Je les bois rapidement, je rends les bouteilles vides et je repars vers notre tour. La fête m'attend.