Aujourd'hui, nous allons à Pré-Au-Lard, histoire de nous amuser avant le festin de Halloween, lundi soir. Ces sortie sont formidables, on sort de la monotonie quotidienne. Poudlard a beau être magique, être enfermé en continu dans un château a ses limites ! Mais je ne peux m'empêcher d'être un peu déçue, Mary ne vient pas. Trop stressée par le spectacle de la chorale, elle veut encore s'entraîner.
« T'es prête Magda ?
— J'arrive ! »
Aux portes, comme à son habitude, Rusard contrôle les autorisations de sortie. Sa chatte feule à mon passage. Elle ne m'a jamais aimée, mais elle n'aime personne sauf son affreux maître.
Sur le chemin qui mène au village, les élèves se bousculent, les plus jeunes courent pour profiter de leur première journée hors de l'enceinte du château. Quand, je pense qu'il n'y a pas si longtemps, nous étions comme eux. Les Maraudeurs, qui eux n'ont pas gagné en maturité, courent comme des dératés. Bientôt, je ne les vois plus.
Une fois arrivées, nous nous entrons chez Honeydukes. Il y a beaucoup de monde. Sans hésiter, je prends des paquets de plumes en sucre et de chocoballes et en passant à la caisse, je remarque de longues sucettes sombres sur le comptoir. Une petite étiquette indique : Sucettes au sang. J'en saisis une, en petit, il est écrit : Groupe A+.
« C'est notre nouveau goût spécial vampire !
— Ca a vraiment le goût… du sang ?
— Selon ses créateurs, oui. »
Je me tourne vers Lily, elle est occupée à attraper des baguettes à la réglisse, personne ne fait attention à moi.
— Je vais vous en prendre une alors.
— Ah, nous avons une courageuse ! »
Elle parle fort, je n'ai pas envie qu'on sache que j'ai acheté ça. Elle encaisse, me rend trois mornilles tout en me tendant mon sac.
« Merci.»
Je retourne vers Lily pour la prévenir que je l'attends dehors. Il fait trop chaud ici, on étouffe. J'ai la tête qui tourne. Je sors, je respire mieux. J'entrouvre le sac et observe mes achats.
« Hey, Kalstein ! »
Je referme brusquement mon paquet. Les Maraudeurs s'approchent de moi, les bras chargés d'achats.
« Von Kalstein... Vous revenez de chez Zonko ?
— Oui, ils ont plein de nouveautés. Regarde-moi ces boules puantes.
— Je les sens d'ici, merci. Et ça, c'est quoi ?
— Un kit pour faire pousser les verrues ! Génial, hein ? »
Je m'écarte. Pourquoi ont-ils acheté ça ? Je suis vraiment très heureuse de ne pas être l'objet de leurs farces. Pendant qu'ils me traitent de fanfouette, je vois passer Rogue derrière eux. Dès qu'il nous aperçoit, il bifurque dans une rue adjacente. Ca ne m'étonnerait pas que le kit lui soit destiné. Je détourne mon regard pour ne pas attirer l'attention des autres.
« Tu attends les filles ?
— Juste Lily. »
Potter semble soudainement très intéressé par la vitrine de Honeydukes. Black désigne mon sac :
« Et toi, qu'est-ce que t'as acheté ?
— Pas grand chose, des plumes en sucre. »
Black, en plus de son air imbu, est intimidant. Il a dans son attitude quelque chose qui diffère de son meilleur ami. Comme une indolente nonchalance ? Le genre de personne qui ne se soucie de personne. Qui les rejette même. C'est peut-être pour ça que j'ai du mal avec lui. Tout semble glisser sans le blesser. Je suis jalouse de cette force. On dit qu'il a quitté sa famille. Il ne parle même pas à son frère qui est à Serpentard. En tous cas, je ne veux pas qu'il voit l'intérieur de mon sac. Je me passerai très bien de ses remarques. Heureusement, Lily sort enfin du magasin.
« Désolée, il y avait une queue interminable à la caisse !
— Pas de souci. »
Elle salue les Maraudeurs d'un bref mouvement de tête et nous partons vers Scribenpenne. Lily est contre les plumes en sucre, pour elle rien ne vaut une bonne et vraie plume. On travaille avec, on ne les mange pas !
Dans la boutique, je me décide pour une longue plume noire auto-correctrice, celle que j'ai commence à défaillir, et je ne veux pas voir mes notes baisser un peu plus à cause de mon niveau en anglais. Lily bien sûr n'a pas besoin de ce genre de gadget, elle prend des plumes simples, pointes pointues extra résistantes. Pour Mary, nous en prenons deux autres « Anti-buvard : zéro tâches et ratures garanti ! ».
Nous finissons aux Trois Balais. Je vais chercher des places tandis que Lily commande nos bièraubeurres. Je trouve une table libre et bancale dans un recoin. J'enlève ma cape, écharpe et bonnet. Lily ne tarde pas à arriver avec deux grosses pintes fumantes dans les mains. Nous nous mettons à parlons des ASPIC et surtout de nos études futures.
« Je vais m'inscrire au Conservatoire de Musique Magique.
— A Londres ?
— Oui, ce serait bien.
— Tu y arriveras Magda, tu joues vraiment bien !
— Merci... Et toi, tu y as réfléchi ?
— Oui, mais il y a beaucoup de domaines qui m'intéressent. Les potions, les sortilèges…
— Tu ne voudrais pas travailler chez les moldus ?
— Pas vraiment.
— Pourtant ça doit être passionnant ! »
Lily me sourit, l'air triste.
« Tu sais, j'ai l'impression d'être évincée de... De leur monde.
— A cause de ta sœur ?
— Sûrement, oui. A cause d'elle. »
Je suis abrupte mais Lily préfère la franchise. Sa soeur l'a reniée quand elle a appris qu'elle était une sorcière. Comment peut-on en arriver là ? Je ne sais pas comment j'aurais réagi si j'avais été à sa place. Enfant unique de sorciers, je n'ai pas eu besoin d'y réfléchir. Et je ne suis d'aucun bon conseil pour Lily.
« Tu pourrais venir chez moi cet été. Pétunia a emménagé avec son fiancé, elle ne nous ennuiera pas ! »
Elle dit ça avec une pointe d'amertume. Comme si sa sœur fuyait la maison, comme si c'était elle la victime et Lily la coupable. Le monstre à fuir. Je me garde bien de faire part de mes pensées à Lily :
« J'adorerai ! Tes parents ont une voiture ? Et vous avez des, comment ça s'appelle, à la place des cheminées ?
— Des téléphones. Oui, bien sûr on en a un !
— Et je pourrai même m'habiller en moldue ! »
Le monde moldu m'intrigue, j'aurais même pu continuer à suivre les cours, mais le professeur ne se concentrait que sur les sciences et jamais sur les coutumes. Je préfère les récits de mes amies. La mère de Mary est née-moldue, elle a une double-culture, tandis que moi j'ai passé cent pour cent de ma vie ici. Jamais mes parents n'auraient eu l'idée de m'emmener découvrir le monde moldu... J'avale la fin de ma bièraubeurre. Mais pas sang-pur, ça non.
Quand nous rentrons, Mary est en train de lire un livre dans son lit. Je dépose mes plumes et mes chocoballes dans le tiroir de ma table de chevet. Je fixe la sucette quelques secondes et puis je la balance dans ma malle, je l'ai achetée sur un coup de tête, je n'ai pas envie d'y goûter.
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Le festin de Halloween est mon préféré. Comme tous les ans depuis six ans, je ne suis pas déçue. La Grande Salle est décorée de citrouilles géantes, de nuées de chauves-souris, de bougies flottantes et de plats étranges qui rampent sur les tables.
Après le repas, la chorale a chanté sur l'estrade. Trois chansons, Mary était au milieu. Pendant son solo, avec ses cheveux bruns coiffés en arrière, ses yeux bleus expressifs, elle avait l'air d'une cantatrice. Cela valait peut-être le coût qu'elle nous ait fait faux bond samedi. A part les Maraudeurs qui chuchotent sans vergogne, tout le monde écoute. Lily les fait taire en une semonce. Voilà. La salle applaudit. Les chanteurs s'éparpillent et retournent à leurs tables.
Mary se rassoit, toute excitée, elle engouffre sa dernière bouchée de pudding aux raisins. Nous la félicitons et discutons tandis que la salle se vide au fur et à mesure. J'aime Poudlard, cette ambiance festive où l'inattendu est partout.
Hélas, tout a une fin et nous remontons dans notre dortoir, repues et fatiguées. Les Maraudeurs font encore du tapage dans la Salle Commune, mais Lily n'a pas la force de les disputer et elle ferme les rideaux de son lit après avoir lancé un sort d'insonorisation. Je sombre, je me revois chétive, faire la traversée du Lac Noir, les mains crispées sur le rebord du banc, Peter Pettigrew tétanisé en face de moi et Mary en train d'appeler le calamar géant. La brume, le château illuminé, les ondes étranges de l'eau, la voix tonitruante du garde-chasse.
Du fond de mon lit, recroquevillée, quelque chose me réveille. Une toute nouvelle chose, inattendue et festive, une douleur affreuse qui me tord le ventre. Une sueur, poisseuse, recouvre mon visage. Froid, d'horribles frissons. Je me tourne et me retourne, m'emmêle dans les draps, j'essaye d'oublier, les dents serrées, le jour n'arrive pas. Je ne dors pas.
Je ne dormirai plus, j'entends les filles s'activer. Je me lève avec peine. Des crampes me tiraillent, irradient de mon ventre. Je ne sais pas ce que j'ai, je ne veux pas retourner à l'Infirmerie. Hors de question. Ca va passer. Je m'habille lentement.
« Ne m'attendez pas les filles, j'ai trop abusé hier, je n'arriverai pas à avaler quoique ce soit ce matin ! »
Elles rient, elles n'ont rien remarqué, elles partent. Je vais me passer de l'eau froide sur le visage. Dans le miroir, mon teint m'apparaît violacé. Je m'appuie contre le rebord du lavabo. Je fixe mes yeux ternes. Allez ! Je suis plus forte que de petites courbatures ! J'enfile un pull supplémentaire avant d'aller en cours de Potion.
Les deux heures qui suivent sont un véritable calvaire. Haut-le-cœur. Je me concentre sur ma potion, rien n'y fait, mes jambes fléchissent plusieurs fois. Impossible de me concentrer. Qu'est-ce que j'ai ?
Dès que le cours se termine, je rassemble mes affaires et j'accompagne mes amies jusqu'à leur cours d'Etude de Runes sans rien laisser paraître de mon malaise. Mais, pendant quelques secondes, j'ai l'impression qu'elles peuvent tout lire sur mon visage. Voir le trouble, sentir la moiteur de ma nuque, les déglutitions, le vertige qui vrille mes oreilles. Quand elles rentrent enfin dans leur classe, je me dirige vers mon dortoir. J'ai une heure avant de les rejoindre à la Grande Salle. Je monte les escaliers le plus vite possible. Inutile de s'attarder, j'ai des douleurs comme des vagues.
Les couvertures ne me réchauffent pas. Il est presque l'heure de redescendre. Des élancements atroces remontent dans ma gorge. Je dois voir Pomfresh. Je me maudis d'être si faible.
Heureusement, il n'y a personne dans notre Salle Commune. J'avance dans les couloirs d'un pas chancelant. Je marche, appuyée sur le mur, plus j'avance, plus mon regard se brouille. Je suis toujours au septième étage. Je prends un passage secret pour aller directement au quatrième.
Il y fait sombre, je descends, dérape sur une marche. J'hésite à m'asseoir un instant, mais je doute de réussir à me relever. J'aurai dû rester là-haut. J'ai l'impression d'être ailleurs, mais mon intestin en train de se retourner me garde éveillée. Je sors du passage et arrive enfin aux dernières volées de marche quand tout se désagrège.
Je plaque une main sur ma bouche. Soubresauts. Je tombe à genoux et vomi. Un flot noir, épais. Mes mains me soutiennent à peine, elles sont recouvertes. J'éclabousse les manches de ma robe. Remontées, corps tordu, odeur de fer, acides. Je crache des glaires de sang opaques en même temps que les restes de la veille. Il y en a tant, ça se répand sur la première marche. Je sens mes vomissures couler le long de mon menton et rentrer dans mon col. Des rivières brûlantes.
Mes bras cèdent, je m'effondre. Ma tête cogne contre le sol, ma joue baigne dans le vomi, mes cheveux éponge, ma robe s'alourdit. De nouveau je me tends, j'arrive à me hisser sur mes coudes, juste assez pour ne pas me cracher dessus. J'ai étalé le vomi et le sang autour de moi, un abattoir, je ne vois rien d'autre. Une odeur de mort.
« Oh, merde ! »
Quelqu'un court. Non, non, je ne veux pas qu'on me voit. Il s'accroupit à côté de moi, me fixe. C'est la fin. Potter.
« Ca va ? Viens, je t'emmène à l'infirmerie !
— C'est bon, je peux y... »
De ma bouche s'échappe une nouvelle vague compacte. Cette fois rouge, pourpre comme ma honte. Va-t-en, je vais me relever et aller voir Pomfresh. Il me soulève, j'éructe, je crois que je l'ai souillé. Je n'arrive pas à me tenir sur mes jambes. Je glisse dans mon vomi. Il m'appuie sur lui, ma joue collée à sa robe, mes mains accrochées à ses bras. Il me porte à moitié pour arriver jusqu'à l'infirmerie. Mes boyaux se plient, je tente de m'écarter. Il ne me lâche pas et je vomis autant sur lui que sur moi.
« Ca va aller Magda. »
Comment cela pourrait-il aller ? Il va tout raconter ! Il a tout vu, je lui ai vomi dessus. Du sang, des tonnes de sang. Je ne veux pas qu'on sache. Je ne veux pas. J'ouvre la bouche, une bulle visqueuse éclate :
« Ne leur dis rien.
— Hein ? »
Il n'a pas compris, l'odeur est atroce, il fait noir, mon corps me lâche.
J'ouvre les yeux pour les refermer aussitôt. Je ne veux pas y croire. Je suis à l'hôpital. A Londres. Plus au collège. Je rouvre les yeux, il n'y a personne dans ma chambre, il fait jour. Je porte un pyjama propre, je n'ai plus de sang sur moi. Depuis combien de temps suis-je là ? Ma baguette est posée sur la table de chevet. J'attends, je somnole. Je me rendors.
C'est la main de ma mère sur mes cheveux qui me réveille. Mon père est assis dans un coin de la pièce, elle se redresse :
« Comment te sens-tu, Magdalena ?
— Bien mère, mieux.
— Tu nous a fait une sacrée peur.
— Quelle heure est-il ?
— 19h. Nous sommes jeudi.
— Mais les cours ?! Qu'est-ce qu'ils vont dire ?
— Tes professeurs sont au courant, bien sûr. Quant à tes amis...
— Vous ne leur avez rien dit ?! »
Elle fronce les sourcils, père croise les bras et ne dit toujours rien. Qu'est-ce qu'ils croient ? Que ma réaction est disproportionnée ? Que je ne me pose pas les bonnes questions ? Je refuse que mon état soit connu. Ma maladie ne regarde que moi, mes souffrances ne sont pas les leurs, ils ne les méritent pas. Je sais les ravages, je ne vois que ça, le visage défaitiste de mes parents, leur sourire forcé, leur hâte de changer de sujet, de détourner le regard.
« Nous avons demandé à l'école de ne rien dire sur ton état. Cela ne te serait pas bénéfique pour reprendre les cours dans les meilleures conditions. Alors, normalement, ils croient juste que tu t'es absentée pour raison personnelle.
— Quand vais-je pouvoir y retourner ?
— Si tout se passe bien, lundi. »
Je pense à Potter et à son visage strié de gouttes de sang. Qu'a-t-il bien pu dire ? Je doute qu'il ait su tenir sa langue. Il a forcément tout raconté pour se faire valoir devant Lily. Pourquoi se serait-il tu ?
« Tu ne veux pas savoir ce que les magicomages ont dit ? »
Je regarde mes parents. Ma mère serre ses mains.
« Je sais déjà ce que j'ai. C'est toujours la même chose.
— Cela s'est aggravé. Autant dire les choses comme elles sont.
— Merci du renseignement père...
— Parle moi autrement !
— Pardon.
— Tu vas devoir suivre un nouveau traitement. Quotidien. A heures fixes, plusieurs fois dans ta journée.
— On en est là. »
Leurs mâchoires se crispent. Je suis une sadique. Evidement que ça a fini par arriver. Je prenais de plus en plus de potions, je me sentais de plus en plus mal, fatiguée et endolorie. J'ai envie de pleurer, mais je ne peux pas, pas devant eux. Ils veulent que je sois forte. Je ne veux pas entendre mon père me le dire.
« Que vais-je devoir prendre exactement ?
— Potions de régénérescence, d'autres de renforcement organique et des baumes revitalisants.
— C'est tout ?
— Oui. En plus de séjours plus fréquents ici. A chaque vacances. Plusieurs jours.
— Mais, je devais passer Noël à Poudlard !
— Je suis désolée Magdalena. »
Nous le sommes tous désolés. On ne parle plus de ma maladie. Je finis par profiter de leur présence, je leur parle même de la chorale et de mon encore improbable participation au spectacle de la Saint Valentin. Enfin, après avoir fini mon plateau-repas devant eux, ils se lèvent pour partir. Ils m'embrassent.
« Oh, et tu as reçu une lettre. Ils nous l'ont donné à l'accueil. »
Ma mère la dépose sur ma couverture. J'attends qu'ils soient partis pour la lire, je suis glacée. Potter a tout déballé, Lily et Mary savent que je suis ici, elles vont me poser mille questions. Quelle enflure, on ne peut pas compter sur un Maraudeur. Mais quand je saisis l'enveloppe, je ne reconnais pas l'écriture. Penchée et un peu brouillonne.
Magdalena,
J'espère que tu vas mieux et que tu ne m'en voudras pas de t'écrire. Quand reviens-tu ?
Lily et Mary se font un sang d'encre. Le professeur McGonagall a dit que tu avais dû partir pour des raisons familiales. Bien sûr, je n'ai rien dit comme tu me l'as demandé.
Par contre, je n'ai pas pu totalement mentir face à ma Lily, elle avait l'air tellement ahuri, j'ai fini par lui dire que je t'avais croisée dans les couloirs et que tu n'avais pas l'air bien. Ce qui entre nous est tout à fait vrai.
Prépare ta version des faits !
Nous attendons ton retour pour que l'équipe des septièmes années de Gryffondor soit de nouveau complète !
Ne me remercie pas,
James
Il a dessiné un lion biscornu en dessous de son nom. Il ouvre et ferme la gueule en rugissant. Je me sens soulagée et honteuse. Je n'avais aucune confiance en lui, mais finalement nous ne sommes pas dans la même Maison pour rien. On peut lui faire confiance. L'image futile que j'ai de lui en disparaîtrait presque.
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Je suis à Poudlard, je crache du sang, ma peau suinte des gouttelettes rubis. Tout le monde me regarde, dégoûté, pire, apeuré. Je sens mes cheveux imbibés d'une humidité morbide, je tousse, j'étouffe, mes poumons sont pleins. Tout se vide sur les dalles grises.
Je crie en me réveillant, le lit est mouillé de sueur, je tremble. Je ramène mes genoux contre ma poitrine, les larmes viennent seules. Je ne veux pas. Pas qu'on sache, pas qu'on me voit. Que personne ne me pose de question. Je veux être comme tout le monde.
Au bout d'un temps, je me suis rendormie et je n'ai plus rêvé. Je me suis levée tôt et j'ai préparé ma valise. Je repars ce matin pour Poudlard. Enfin, l'attente a été longue, je n'en peu plus de cet endroit. Je m'en vais avec trois jours de potions, assez pour que Pomfresh ait le temps de préparer un petit stock. J'ai hâte de repartir et de retrouver mes amies, mais malgré cela, le cauchemar de cette nuit reste gravé dans ma mémoire. Je refuse que ça se produise. Je suivrai à la lettre mon nouveau traitement et personne ne saura.
On me conduit à l'entrée de Saint-Mangouste. Mes parents n'ont pas pu venir. En passant devant la Fontaine de la Solidarité, je jette quelques mornilles. Peut-être que ça me portera chance, qui sait. J'arrive devant un mur où s'alignent quatre cheminées. Sur celles de gauche, des sorciers et sorcières ne cessent d'apparaître. Ils sont tous atteints de maux étranges. Le plus bizarre est un sorcier qui a une botte trouée à la place de la tête. Je m'écarte vers la file de droite où une petite file attends de pouvoir quitter l'hôpital par le conduit. J'attends mon tour. Quelques personnes me regardent. Ils se demandent sûrement ce qu'une jeune fille en uniforme de Poudlard fait ici toute seule. Une fois dans la cheminée, je balance la poudre verte en criant ma destination plus fort que je ne l'aurai voulu.
Un instant plus tard, j'apparais dans le bureau du directeur. Je sors du foyer en m'époussetant. Quand je relève la tête, j'aperçois le professeur McGonagall. En un tour de baguette, elle m'enlève la suie qui me parsème. Et bien évidemment, j'ai le droit aux questions d'usage. Oui, je vais mieux. Merci Madame. Nous marchons silencieusement dans les couloirs. C'est avec elle que j'ai cours. Comme elle est ma directrice de maison, elle sait tout de ma situation. Pourtant, elle ne m'en traite pas différemment, je l'apprécie pour cela.
Arrivées près de la salle de Métamorphose, je fais de grands gestes à mes amies. Elles sont adossées au mur et quand elles me voient, elles poussent un cri et se précipitent vers moi. Même les Maraudeurs se retournent et Potter me fait un léger signe de tête.
« Magda ! Où étais-tu passée ?
— J'ai dû rentrer dans ma famille, en Allemagne. Mon grand-père n'allait, enfin il n'allait vraiment pas bien. Il a dû aller à l'hôpital. Mais, ça va maintenant.
— Il va mieux ?
— Oui. Mais, s'il lui était arrivé quelque chose... On devait être là pour lui. »
Faible sourire. Lily m'étreint pour me consoler, moi qui ne fait que mentir. Sa chaleur me rassure.
« Désolée, je n'ai pas eu le temps de vous envoyer une lettre.
— C'est pas grave, on comprend.
— J'espère que ça va aller.
— Merci. »
Je clos la conversation, de peur de me trahir. Je suis un peu honteuse d'avoir utilisé mon grand-père comme excuse. Il est en bonne santé, je ne voudrai pas forcer le sort. Mais c'est préférable à la vérité. Je ne suis pas quelqu'un sur qui on peut compter. Voilà tout.
Le professeur McGonagall toussote. Nous rentrons en classe. J'ai l'impression de sentir son regard peiné et désapprobateur sur moi. Elle n'a pas le droit de me juger. Ils ne savent pas, je fais de mon mieux, je fais au mieux !
Mes flacons sont vides. Un nouveau cycle commence, je dois aller à l'Infirmerie. Une fois de plus, je me féliciterai presque d'avoir ratée mes BUSES. Je suis seule, les filles sont en cours, je suis tranquille. Personne dans l'Infirmerie. Pomfresh s'affaire, la tête dans une armoire. Je pars m'installer dans son bureau le temps qu'elle arrive.
« Il te faudra être plus rigoureuse dans tes prises de médicaments.
— Je suis rigoureuse.
— Oui, tellement que tu reviens d'un séjour à Saint-Mangouste. Cette fois, hors de question que tu attendes la dernière minute pour venir me voir. J'y veillerai.
— Je ferai attention.
— Je compte sur toi. Je sais qu'on peut te faire confiance, mais tu as une maladie complexe Magdalena et je suis là pour t'aider.
— Je sais. Merci. »
Pomfresh me sourit, puis elle farfouille dans une commode. Elle se retourne avec quatre bouteilles dans les mains.
« Celle-ci est pour le renforcement organique, tu dois la prendre quatre heures après celle de régénérescence. Qui est à prendre toujours à jeun. Et le lendemain, toujours le lendemain , deux baumes revitalisants que tu mettras chacun à six heures d'intervalle. Tu dois masser tout ton corps avec mais surtout insiste sur le ventre et la cage thoracique.
— C'est beaucoup. »
Pomfresh pince les lèvres et ne me répond pas. Elle écrit ses prescriptions sur un parchemin. Je dépose les flacons vides sur son bureau.
« Les potions qu'ils t'ont donné à l'hôpital n'étaient que des potions de régénérescence et de renforcement, mais les baumes ont une importance primordiale dans ton rétablissement. Prends vraiment le temps de les appliquer.
— Je le prendrais. »
