Angoisse.

Cela fait un petit moment que je ne suis pas passé au perchoir pour m'offrit une petite tasse de café. J'ignore encore si je vais croiser du monde à l'intérieur mais si je me retrouve en tête-à-tête avec Robusto pour la dégustation de l'une de ses boissons, je ne vais pas me plaindre. Dès que je franchis le seuil du café, je contourne le comptoir et me pose sur le premier tabouret qui s'offre à moi. Comme d'habitude, le pigeon est occupé à essuyer une tasse à l'aide d'un torchon et tout en s'occupant à cette tâche, l'animal me parle.

- Bonjour Jaysher, cela fait plaisir de te revoir par ici.

- Bonjour Robusto et merci beaucoup. Comment vont les affaires ?

- Comme d'habitude. Je te sers quelque chose ?

- Un café s'il te plait.

- Tu le veux comment ?

- Je te laisse choisir à ma place.

- Très bien.

Posant son morceau de tissu et sa tasse sur le rebord de son évier, l'oiseau s'en éloigne pour se poster face à sa cafetière. En attendant, je patiente car je sais très bien que le service n'est pas très long dans cet endroit et c'est ce que j'apprécie le plus. Même lorsqu'il y a un peu de monde, Robusto se montre rapide pour satisfaire les besoins de tous. Quelques secondes plus tard, ma tasse repose sous mon nez et la fumée qui se dégage de la boisson chaude me caresse les narines. L'odeur du café fraîchement servi est une senteur que j'aime sentir et je sais que je ne suis pas le seul à me délecter d'un plaisir aussi simple.

Alors que j'attrape la tasse par son anse, le pigeon attrape son torchon et recommence à travailler. A ce moment, une drôle de question me traverse l'esprit.

- Dis-moi Robusto.

- Oui Jaysher ?

- Tu ferais quoi si plus personne ne venait dans ton café ?

Aussitôt, l'oiseau lâche sa tâche qui se brise sur le sol en mille morceaux. A ce moment, je remarque les nombreuses gouttes de sueur qui perlent sur son front et il faut plusieurs secondes au gérant du café pour me répondre.

- Je dois avouer que je n'ai jamais songé à cette situation. Si cela devait se produire, je pense que je discuterais avec Thibou et Céleste pour connaître l'attitude à adopter.

- Parce que tu as besoin d'eux pour prendre tes propres initiatives ?

- Bien sûr que non mais je dois reconnaître que Thibou a beaucoup fait pour moi. Il est normal que je le suive partout où il va afin de lui témoigner ma gratitude.

- Je vois.

Je porte la tasse jusqu'à mes lèvres et avale plusieurs gorgées tout en réfléchissant. Il est dommage que Robusto soit autant rattaché aux deux hiboux car je suis sûr qu'il pourrait faire des merveilles s'il devait voler de ses propres ailes. Voler… Voilà un terme qui est plutôt drôle lorsque l'on sait que celui qui se tient face à moi n'est rien d'autre qu'un pigeon.