« J'étais sûre que tu viendrais me demander quelque chose.
— Comment ça ?
— Pour avoir gardé le silence sur ce que tu as vu.
— Mais pas du tout !
— Vraiment ? Alors, merci pour tout. »
Je pars quand Potter me retient par l'épaule. Je n'ai même pas eu le temps de venir le voir qu'il est arrivé de lui-même. Alors, je suppose qu'il n'est pas venu chercher mes remerciements. Je ne vois pas non plus ce que je peux lui apporter. Mais je suis en face d'un Maraudeur qui a vu ma déchéance. J'ai honte, j'ai peur, je ne sais pas comment lui parler. Il a l'air si naturel, je dois me protéger. Qu'il parle et qu'on en finisse.
« En fait, je voulais te demander un service. Pas en tant que remerciement, plutôt en tant qu'amie.
— Depuis quand sommes-nous amis ?
— Et bien, si ! Avec ce qui s'est passé la semaine dernière... Maintenant, je connais des choses que tu n'as dites à personne.
— Ecoute, on ne se connaît pas si bien que ça, et ce que tu dis ressemble plutôt à du chantage.
— Quoi ?! Non, pas du tout ! »
Il a l'air gêné. C'est sûr que nous ne traînons jamais ensemble, mais à vrai dire, il existe quand même une cohésion, nous partageons la même Maison depuis plus de six ans. Il passe une main dans ses cheveux en pétard. Je ne l'ai jamais vu comme ça.
« Dis-moi ce que tu veux.
— Ok, présente moi à Lily. »
Il m'a eu. Avant d'être, un Maraudeur, c'est un garçon amoureux. Et plus il se fait rabrouer, plus il est énamouré. Je ne comprends pas pourquoi il s'obstine.
« Tu sais, elle te connaît déjà.
— Tu vois ce que je veux dire ! Si elle me voit discuter avec toi, elle m'acceptera. Elle me verra autrement ! »
Je ne sais pas quoi répondre. Il serait normal de le remercier. Mais je ne veux pas la piéger. Ce serait une trahison, jamais je ne me le permettrais. Potter me regarde. Il m'a sauvé. Il m'a sauvé la vie. Sortie de cette tétanie, la douleur. Serait-ce une si mauvaise chose ? Ils ne se hurlent plus dessus, si je permets un rapprochement, elle pourra clairement mettre fin à ses espoirs. Ce serait bien, pour eux deux. Ils sont tellement incompatibles. Si je ne le fais pas, elle ne lui parlera jamais réellement. Je ne sais pas si ce sera une grande perte. Il n'a qu'à se débrouiller seul. Mais il a su garder mon secret.
« Je ne dis pas ça en l'air. En quelques sortes, tu es ma dernière chance.
— Tu exagères un petit peu, non ?
— Non. »
Il n'ajoute plus rien, il me fait un peu pitié.
« Je vais voir ce que je peux faire. Enfin, je ne peux pas te ramener comme ça devant elle. En plus, vous n'avez rien à vous dire.
— Tu es cruelle.
— Juste réaliste. »
Quels sont nos points communs ? Qu'est-ce qui pourrait justifier un rapprochement ? Le Quidditch ? Nous en discutons déjà. Les cours ? Même pas la peine d'y songer. La musique ? Lily ne pratique pas, Mary et moi si. Mais un Maraudeurs, mélomane ? Tellement incroyable, qu'impossible. Ils n'écoutent même pas la chorale chanter !
Et puis, Potter, tout le monde le sait, fait parti d'une des familles sorcières les plus vieilles et riches. C'est bien pour s'entendre avec un Black, mais personne n'est de leur noblesse dans le dortoir des filles... Un vrai casse-tête. J'ai beau réfléchir, je ne vois rien qui pourrait aider. Il me semble même de plus en plus éloigné de notre petit monde. Il va devoir se faire une raison, il y a des choses qu'on ne peut avoir. Dépitée, je demande :
« L'un d'entre vous joue d'un instrument ?
— Quoi ?
— D'un instrument de musique. Ou vous écoutez des musiques particulières ?
— Euh, en fait... Je joue de l'harmonica. »
Je hausse les sourcils. James Potter joue de l'harmonica ? Il est en train de rougir à vue d'œil. Il passe encore une main dans ses cheveux.
« C'est génial !
— Et avec Sirius, on écoute, enfin, on écoute pas mal de musique moldue. Du rock, du punk, des trucs dans le genre.
— Finalement, je vais peut-être pouvoir faire quelque chose pour te remercier.
— Merci, Magdalena, vraiment je...
— Mais ne t'attends pas à grand chose. Si j'arrive déjà à ce que vous échangiez deux mots, ce sera une victoire.
— J'adore les victoires.
— Le mieux, c'est que l'on commence à discuter ensemble, l'air de rien, et que l'on s'arrange pour qu'elle nous voit et se joigne à nous. Parce que je me vois mal me ramener en disant « Hey Lily, tu savais que James mon super pote joue de l'harmonica ? » ! »
Il hoche la tête. Je repars de mon côté. Je me retourne une dernière fois :
« C'est cool que vous vous intéressiez à la culture moldue.
— Merci. La même pour toi.
— Par contre. Dès que j'aurai fait cette « présentation », nous serons quittes. Et ce ne sera plus la peine de compter sur moi. »
Je pars sans attendre de réponse. J'ai fait le bon choix. Je n'ai rien à me reprocher, je ne trahis pas Lily. Potter va échouer une dernière fois et me laisser tranquille. J'aurai fait ce qu'il faut pour l'aider. Histoire qu'il ne dise rien de mon secret.
Je marche un moment dans les couloirs, pour me changer les idées. Je ne veux pas paraître préoccupée devant les filles. Potter et , je ne m'attendais pas à ça de leur part. La musique moldue, l'harmonica. Un instrument sans le raffinement ni la prestance qu'on pourrait attendre de Potter. Plutôt cool. Ils sont peut-être plus intéressants que ce que je pensais. Il est peut-être différent de l'enfant odieux et gâté qu'il était en arrivant à Poudlard. Et il m'a encore appelée par mon prénom. Il a dit que j'étais son amie. Quel type étrange, je ne sais pas quoi penser. A part qu'il est sans-gêne.
Après cette discussion secrète, deux semaines ont passé. Je n'ai pas eu le temps de m'occuper de son cas, je devais m'habituer à mon nouveau rythme de soins. Prendre une potion au levée, cachée derrière les rideaux de mon baldaquin. Ne pas oublier de prendre la deuxième, cachée dans une cabine des toilettes. Faire bonne figure. Et le lendemain, dans la pénombre, fermer la porte de la salle-de-bain, enlever mon pyjama, éviter de regarder mon corps dans le miroir. Me frictionner, masser mon ventre, mes côtes et ma poitrine, que la peau soit rougie, que le baume imprègne. M'habiller, attendre six heures et me remettre à nue. Rendre les bouteilles à Pomfresh. Faire semblant que ça ne me touche pas. Rester impassible devant mon corps décharné. Je suis une idiote et j'ai honte. Honte d'être une sale mystificatrice, honte d'être si faible. Honte d'être malade. Mais j'aurai encore plus honte si tout se savait. Seul Potter est au courant. S'il l'a dit à ses amis, ils ne s'en sont pas vantés et personne ne me regarde bizarrement.
Je n'ai encore rien fait pour lui, mais il ne m'a pas trahi.
Nous sommes bientôt en Décembre, il fait si froid que beaucoup d'élèves gardent écharpe et bonnet dans les couloirs. Je fais partie des frileux, je mets même mes gants. Avec les filles, nous nous sommes réfugiées à la Bibliothèque. Je ne leur ai pas encore dit que je ne serai pas là pour les vacances de Noël, je n'en ai pas trouvé le courage. Mais il va bien le falloir, tout Poudlard ne parle plus que des fêtes de fin d'année depuis que le dernier événement, la victoire des Serpentards face aux Poufsouffles au Quidditch, s'est tari.
En plus de ça, Mary ne cesse de me parler des prochaines répétitions de la chorale. J'ai besoin de ce défi, je peux faire quelque chose de bien, de nouveau et de différent. Même si pour le moment, je ne connais aucune des chansons sélectionnées. Rien d'étonnant, je ne sais rien du rock moldu : The Doors, The Beattles... Des noms bizarres, Lily nous dit qu'ils sont très connus. Je la crois sur parole, j'ai lu les partitions que ses parents nous ont envoyées, elles sont vraiment belles.
La chorale chante deux fois par semaine. Je ne vais pas me joindre à eux tout de suite, je dois d'abord assimiler les partitions un minimum. Je m'entraîne donc assidûment, bien plus de quatre fois par semaine. Avoir un but, donne même à mes heures d'entraînement un nouvel aspect. Je me sens plus volontaire, je sais que je ne vais pas jouer que pour moi. Et j'oublie le reste.
Je finis mes quarante-cinq centimètres de parchemin pour le cours de métamorphose en paraphrasant un livre. Une idée me vient en tête, si je présentais Potter à la chorale ? Avec son harmonica en plus de mon violoncelle. L'association de sons si différents serait géniale. Je ne suis pas sûre qu'il accepte.
Les Maraudeurs sont passés devant nous il y a vingt minutes. Ils doivent toujours être là. Je me lève comme pour aller chercher un livre et m'enfonce dans les allées. Je les trouve dans un renfoncement, assis sur une banquette. Ils semblent travailler. J'appelle Potter. Il relève la tête, je lui fait signe de me suivre. Nous allons dans un rayonnage où il n'y a personne :
« Qu'est-ce qu'il y a ? J'attends toujours que tu me présentes à Lily...
— Ne sois pas si impatient. »
Et impertinent.
« J'ai une idée pour que tu gagnes des points auprès de Lily. Tu sais, je vais participer au spectacle de la chorale à la Saint Valentin et...
— Tu vas les accompagner au violoncelle ?
— Oui. Et toi, tu vas venir jouer de l'harmonica avec moi pendant ce concert !
— Hein ? Je pensais que tu avais l'oreille musicale ! Ca ne va pas du tout ensemble et je ne maîtrise pas assez pour un spectacle !
— Tu n'auras qu'à t'entraîner ! Et ça ira très bien ensemble, il suffit que nous répartissions les parties où chacun jouera. Arrête de faire cette tête ! Pense à Lily, tu ne peux lui faire que bonne impression si tu participes à la chorale.
— Je ne suis pas sûr de ça.
— En tout cas, sympathiser avec ses deux meilleures amies ne te fera pas de mal. Alors ?
— Ok, je suis partant. Rien ne fait peur à un Maraudeur !
— Bon, je vais en parler à Mary alors.
— Tu ne lui a pas demandé ? Elle ne voudra jamais de moi.
— Bien sûr que si. Et ne t'inquiète pas Lily entendra tout ! »
Je pars avant qu'il se rétracte. Il avait l'air d'hésiter, je lui ai forcé la main. Mais j'ai décidé de foncer, alors j'y vais. En passant devant le rayon métamorphose, j'attrape un livre au hasard. Arrivée à ma table, j'attends un moment avant de parler à Mary de ma proposition.
« Pourquoi pas ? Je ne savais pas qu'il était musicien. Je vais en parler aux autres, ça pourrait être top. Mais il faudra tester son niveau.
— Tu ne m'as pas testée moi.
— Pff, et puis quoi encore ?!
— Depuis quand tu parles à Potter ? »
Lily a l'air étonné et contrarié.
« Depuis que je l'ai vu avec un harmonica dans les mains pour tout te dire.
— Il joue bien ?
— Je ne le sais pas encore.
— Mais tu crois qu'il pourra jouer dans la chorale.
— Quand je lui en ai parlé, il était motivé. »
Lily ne dit plus un mot, tandis que Mary et moi nous échafaudons des plans de succès et de gloire. Elle est confiante ce qui facilite l'introduction de Potter. L'ambiance conspiratrice qui naît dans mon esprit m'amuse, elle change mes habitudes de cachottière passive. Cette Saint Valentin risque d'être intéressante. Pour moi qui l'ai toujours vécue en solo, sans aucun petit ami, je vais enfin m'amuser.
Je dois bien l'avouer, je n'ai jamais eu un grand succès, que se soit du côté des garçons ou des filles. En amitié comme en amour, ça a toujours était restreint. Mais comme Lily et Mary sont comme moi, ça ne m'a jamais trop choquée. Bien sûr, Lily avait Severus, sauf qu'elle n'a jamais vu, n'a jamais voulu voir son regard énamouré. J'ai un peu de peine pour lui, malgré les camarades qu'il côtoie, je ne peux m'empêcher de penser qu'il doit avoir un bon fond. Lily n'était pas son amie pour rien.
C'est idiot, je n'aime personne. A part ma famille et mes amies, je ne ressens pas d'amour à proprement parler. Aucun intérêt pour les autres. Je suis une fille égoïste et autocentrée. Je le sais, j'en ai du remord mais qu'est-ce que j'y peux ? La seule chose qui m'obnubile qui m'attire, c'est ma maladie, c'est voir la déchéance de mon propre corps, savoir que je n'y peux rien. Et peut être que j'aime qu'aucun ne voit rien, que personne ne sache rien. C'est comme ça que je sais que j'existe. Que rien n'a vraiment d'importance, si ce n'est l'écoulement de ma vie.
Mais maintenant les cartes sont redistribuées. Potter a vu, Potter sait. Et je vais devoir composer avec ça. M'intéresser à d'autres. Si c'est pour me protéger, m'éviter la honte de ma faiblesse reconnue, je pourrai aussi en profiter pour aider mes amies. Un nouveau musicien, un prétendant enfin évincé et que sais-je encore ?
Le lendemain, Mary me confirme l'enthousiasme de la chorale à avoir Potter comme nouveau camarade. Son statut de Maraudeur a aidé à le faire accepter. Ici, il est une vedette, c'est assez désespérant. J'attends le soir, quand la majorité des Gryffondors sont dans la Salle Commune pour aller lui en parler :
« On peut commencer à s'entraîner la semaine prochaine si tu veux.
— Alors ils ont accepté ? Génial !
— Oui, et plutôt deux fois qu'une. Mais il va falloir faire tes preuves. Ta notoriété ne t'aidera pas à jouer.
— Tu es toujours aussi franche ?
— Non. Tiens, ce sont les partitions que nous allons devoir travailler.
— Heu, en fait, je ne sais pas lire ces trucs. »
Je ne dis rien. Les autres Maraudeurs ont l'air de trouver la situation très comique. Ces types sont stupides et ce gars est un idiot. Et moi une idiote finie ! Comment ai-je pu le croire sur parole ? Tu sais jouer de l'harmonica ? Super ! Par Morgane, souffler dedans ne fait pas de toi un harmoniciste, Potter ! Espèce de troll ! J'aimerai tellement lui dire, mais je me contente d'un simple :
« Qu'est-ce que tu sais jouer exactement ?
— Et bien...
— Tu sais que tu viens de te griller auprès de Lily, et accessoirement de la chorale, si tu m'as menti.
— D'abord, je ne mens pas. Deuxièmement, je veux bien te faire écouter ce que je sais jouer, mais pas ici. Il y a trop de monde.
— Ok. Va chercher ton harmonica alors, on va aller dehors, le couvre-feu n'est pas encore passé.
— Oh tu as l'âme aventurière, je ne savais pas.
— Dépêche-toi !
— Tu peux monter dans notre dortoir, ce sera plus rapide.
— Hors de question !
Il s'en va tranquillement et tout guilleret. Rien ne l'atteint ma parole ! Je laisse les autres sans un mot et retourne vers Lily. Mary est à une répétition. Elle ne devrait plus tarder. Je lui explique la situation.
« Tu l'a proposé à la chorale sans jamais l'avoir entendu jouer ?! Tu n'aurai pas dû avoir confiance en lui.
— J'espère qu'il sait jouer, pitié, pitié.
— Tu vas bientôt le savoir, il revient. »
J'inspire et me dirige vers la sortie. Je laisse Potter me guider vers un endroit calme où il se sentira à l'aise pour jouer. Nous nous arrêtons dans une salle de classe du cinquième étage. Je m'assois. Il sort de sa poche un harmonica argenté d'une dizaine de centimètre avec deux tirettes dorées sur le côté droit. Je l'arrête d'un geste :
« Il y a des enchantements sur ton harmonica ?
— Oui, mais pas sur les sons. Seulement un sort de préservation pour ne pas abîmer les anches. Et aussi, ça. »
Il tire sur la deuxième tirette. Elle fait deux tours sur elle-même en cliquetant et se repositionne. Potter relève la tête :
« Je te montre. »
Il joue. Premières notes. Je reste pantoise, de l'harmonica s'écoulent comme des ondes, des éclats lumineux et colorés qui accompagnent la musique et dansent autour de nous. C'est beau. Mais surtout, il joue bien, c'est un soulagement. Il interprète une musique du groupe Ubu Walburgis, mais avec des intonations plus vibrantes, plus sensibles. Mon pressentiment était bon, l'harmonica et le violoncelle s'accompagneront à merveille. J'attends qu'il finissent son morceau pour l'applaudir.
« C'était bien. Franchement ça me rassure un peu, tu as du potentiel.
— Ne me dis pas que tu ne croyais pas en moi ?!
— Ca...
— Ok, je t'ai peut-être fait flipper, je sais pas lire les partitions mais j'apprends les morceaux en les écoutant, c'est plus simple. »
Je ne réponds rien. Potter est en train de me dire qu'il a une parfaite oreille musicale ? Oui, je crois que c'est ce qu'il me dit ! Je le déteste. Pourquoi certaine personne ont tout et d'autres rien ? Il est populaire, plutôt beau gosse, il a d'excellentes notes et en plus l'oreille musicale ! Je devrai être heureuse de ma chance, mais j'ai dû mal à assimiler la nouvelle. Je reprends mes esprits :
« Ok. Mais je te préviens, avec moi, il va falloir que tu t'y mettes, parce que sinon on aura du mal à s'accorder... Pense à Lily et ça ira.
— Oui madame.
— Alors, quel type d'harmonica as-tu exactement ?
— Un chromatique. C'est pour ça que les sorciers ont trouvé marrant de rajouter l'option « couleur ». Mais si je ne tire pas là-dessus, ça reste un harmonica digne d'un moldu. »
Il tapote la tirette sur le côté. Je hoche la tête.
« En ce qui concerne les couleurs, ce sera à la chorale de juger de son utilité pour le spectacle. Moi, je suis là pour t'entraîner. Et te préparer à charmer Lily, si c'est possible. A propos, c'est elle qui nous a donné les musiques que nous allons jouer. Ce sont des moldues alors je ne sais pas si tu les connais. Moi je n'ai que lu les partitions...
— On a un vieux gramophone dans notre dortoir, tu crois que tu pourrais te procurer des 78 tours ?
— Je ne sais même pas ce que c'est, mais on pourrait demander à Lily.
— On ?
— Comme ça tu pourras te « présenter ».
— Hé, ne te moque pas de moi !
— En tout cas, elle comprendra ton charabia.
— Et que je m'intéresse au monde d'où elle vient.
— Exactement. Et à mon avis, elle ne va pas s'y attendre.
— Elle me prend tant que ça pour un demeuré ?!
— Oui. »
La nouvelle n'a pas l'air de lui faire plaisir, mais il vaut mieux qu'il prenne conscience de la réalité. Nous sortons de la salle. Les corridors sont plongés dans la pénombre, Potter lance un lumos. Le couvre-feu est passé depuis dix minutes. Heureusement personne ne nous a entendu, je ne tiens pas à me prendre de retenues. Potter me tapote l'épaule, il tient un parchemin dans sa main gauche, il éteint sa baguette et nous nous retrouvons dans le noir. Il me saisit le bras et me guide dans les couloirs. Nous marchons silencieusement, Potter est calme, il a vraiment l'habitude de se balader la nuit. Ma respiration est saccadée. C'est la première fois que je me retrouve dans cette situation.
Nous passons derrière un tableau que je n'arrive pas à identifier. Derrière, il y a un long escalier étroit, il faut se pencher pour avancer. Nous bifurquons deux fois tout en continuant à monter. Nous débouchons finalement sur un miroir. Au dernier étage, je n'avais pas l'impression d'être arrivée si haut. Nous marchons jusqu'à la Grosse Dame sans croiser personne. Potter souffle le mot de passe et notre gardienne ouvre en rouspétant. Je m'engouffre sans plus attendre dans notre Salle Commune.
« Je n'avais jamais fait ça !
— C'était ton baptême, alors ! Mais je ne pensais pas que mon concert prendrait autant de temps.
— Même si tu ne craignais rien, tu es préfet-en-chef.
— C'est vrai, tiens. La force de l'habitude, j'avais oublié.
— D'ailleurs, Lily est en pleine ronde, je suis sûre que tu regrettais presque qu'elle ne nous ait pas trouvés !
— Ne me le fait pas dire ! »
Nous rions. Je ris avec James Potter. On m'aurait dit ça il y a quelques semaines, je ne l'aurai pas cru. Il a quelques bons côtés. Mais de là à mériter ma Lily, je ne crois pas. Mais s'il est sérieux, il a le droit de prouver ses sentiments. C'est vrai. Même si à la fin, il sera rembarré, comme toujours. Nous nous quittons sur la promesse de demander dès demain des 78 tours à l'élue de son cœur.
Nous sommes jeudi. Je n'ai pas cours de la journée. J'entends les filles partir pour leur leçon de Sortilège. J'ai eu un Désolant à mes BUSES. Je m'enfonce dans les couvertures.
Je ne me réveille qu'à onze heure. Des rayons dorés passent à travers les fenêtres. Je dois aller à l'Infirmerie, mais il fait tellement beau dehors que je décide plutôt de profiter de la fin de l'automne, j'irai voir Pomfresh ce soir.
J'ai marché autour du Lac Noir pendant un moment et puis j'ai retrouvé mes amies dans la Grande Salle. Poulet et petits pois au menu. Lily et Mary discutent du sortilège que le professeur Flitwick leur a appris. Je regarde autour de moi. Le ciel magique est dégagé, une boulette de nourriture part de la table des Serpentard pour atterrir sur la tête d'un Poufsouffle. Le professeur Slughorn se lève lentement pour aller enlever des points. Je suis détournée de la scène par Potter qui me fait un signe à l'autre bout de notre table. Non, ce n'est pas le moment de venir enquiquiner Lily. Je secoue la tête et lui fait signe de déguerpir. Bien, il a l'air d'avoir compris le message, ses épaules s'affaissent et il me tourne le dos. Lupin n'est pas avec eux.
Les filles se lèvent. Cet après-midi, elles ont cours de Runes et de DCFM. Je les accompagne jusqu'à leur salle et remonte dans la tour. Mon violoncelle m'attend. Aucun Gryffondor n'est là, je m'installe dans un coin de la Salle Commune. J'accorde mon instrument. Je vais jouer tout le reste de la journée.
Quand les élèves commencent à rentrer, je remonte mon violoncelle dans le dortoir. Durant ma première année, je n'osais pas jouer en bas, je m'entraînais près de mon lit. Mais quand il n'y personne comme cet après-midi, j'en profite.
Je mets dans mon sac les flacons de potions que je dois rendre à Pomfresh. La porte s'ouvre, je me retourne, Lily.
« Tu m'as fait peur !
— Pardon, je suis rentrée comme une furie. Je dois chercher un livre. Madame Pince va me tuer si je ne lui rends pas.
— Mmh... Mary n'est pas avec toi.
— Non, elle est partie s'entraîner seule.
— Ok. J'y vais, on descend ensemble ?
— Ah, le voilà ! Oui, bien sûr. Tu vas à l'Infirmerie ?
— Oui.
— Ca va Magda ? »
Lily. Est-ce qu'elle aurait compris ? Est-ce qu'elle aurait deviné ce que je cache ? Est-ce qu'elle voit autre chose en moi que ce que je montre ? Lily, j'en suis sûre, tu pourrais lire en moi. Avec quelle facilité, tu pourrais connaître mes rendez-vous chez Pomfresh, ma maladie qui n'est pas celle que j'ai façonné. Avec quelle rage, tu pourrais m'en vouloir, avec quelle douleur tu pourrais rejeter ce qui fait la vraie moi. Est-ce que tu voudrais savoir Lily ? Que je ne suis pas l'anémique que tu connais.
« Oui, bien sûr. C'est comme d'habitude, contrôle de routine.
— Ok, désolée, je sais que tu n'aimes pas que l'on en parle, mais, je sais pas, j'ai eu une drôle d'impression...
— Je ne vous cache rien, tu sais. »
Je souris en levant les yeux au ciel. Danger évité, Lily est rassurée. Aucun tressaillement, aucune hésitation. Un regard franc, limpide, tu ne peux douter. Je ne me trahirai jamais. Ce serait vous trahir, ce serait mettre fin à tout ce que j'aime.
Nous sortons. Lily n'a qu'un défaut, elle m'a donné sa confiance. Trop précieuse pour moi. Nous descendons jusqu'au quatrième étage où nous nous séparons. Elle me laisse aller seule à l'Infirmerie, dans mon antre. Elle disparaît au bout du corridor. Je descends le dernier étage.
En arrivant là-bas, j'ai la mauvaise surprise d'y trouver Lupin. C'est-à-dire, un autre élève malade qui gémit ses douleurs. Cette fois, mue par ma récente relation avec un de ses meilleurs amis, je m'approche. De quoi souffre-t-il ? Jamais je ne me suis posée la question. Cela ne résoudrait rien. Je le regarde. Il dort, il sue, il a de la fièvre. Je ne vois Pomfresh nul part. Je vais chercher une serviette et remplis une bassine d'eau fraîche. J'éponge son visage et son cou. Je rince le tissu et le pose sur son front. Je remonte sa couverture et je saisis sa main. Il la serre. Qu'est-ce que je fais ? J'ai l'habitude de fuir cet endroit, de refuser de voir les autres malades. Et là soudain, je ne peux pas le laisser souffrir tout seul ? Alors que je n'en ai rien à faire de lui. Chacun pour soi quand on est comme nous. S'allier ne sert à rien, se consoler est voué à l'échec. Alors, pourquoi maintenant, mes yeux le voient ? Pour la première fois je remarque les cicatrices pâles qui recouvrent certaines parties de son corps. Ses bras sont zébrés, la base de son cou aussi. Il y en a sur son visage, je n'avais jamais fait attention, les cache-t-il avec un sort ? Il aurait raison. D'où peuvent-elles venir ? Comment ? Les cicatrices semblent longues, jusqu'où vont-elles ? Je retire ma main. C'est à ce moment qu'il décide de se réveiller :
« Magdalena ? Qu'est-ce que tu fais là ?
— Désolée. Je suis venue rendre... Enfin, tu n'avais pas l'air bien alors j'ai voulu, juste, t'aider. »
Il se redresse sur ses oreillers et retient la serviette qui manque de tomber.
« Oh, merci.
— De rien. Pomfresh n'est pas là.
— Ah.
— J'y vais alors. »
Je vais dans le bureau de Pomfresh et dépose les bouteilles vides. Je viendrais chercher les nouvelles plus tard. Je me dépêche de quitter l'Infirmerie, Lupin s'est rendormi. Pourquoi est-ce que j'ai fait ça ? Je ne parlerai de cet accident à personne. Et lui était dans les vapes, il ne se souviendra pas de notre discussion. J'espère.
Je remonte à la va-vite. J'ai honte de moi et de ces gestes instinctifs qui ont brisé mes défenses. Pourquoi ais-je agis ainsi ? Alors que je n'ai jamais éprouvé de compassion pour lui. Depuis toujours, je sais que le Hasard est cruel et s'abat sur n'importe qui. Nous n'avons pas le temps de nous apitoyer. Ceux qui le font meurt plus vite c'est tout. Il faut être fort. Pour tout ceux qui nous entoure. Lupin est un inconnu, je ne vois pas pourquoi je l'aiderai. S'il ne peut s'aider seul, il n'a qu'à demander à ses amis. Ce n'est pas mon problème. Chacun sa souffrance et chacun ses choix. Nos années de camaraderie monotone ont fini par agir dans un moment de faiblesse. C'est tout.
C'est tout, et à un coin d'un couloir, dans ma hâte d'oublier les cicatrices, je me heurte de plein fouet à quelqu'un. Sous le choc, je fais trois pas en arrière. Mary.
« Désolée , j'étais perdue dans mes pensées.
— Pourquoi tu courrais comme ça ?»
Je courrai ? Je ne m'en étais pas rendue compte. Je respire, reprend ma constance. Mary réajuste ses manches, elle n'attend pas de réponse, elle semble absorbée par autre chose, nous remontons ensemble. Dans le creux de son cou, je remarque une chose.
« Alors, Lily m'a dit que tu avais fait passer un test à James Potter hier soir ?
— Oui, cet idiot m'a fait peur, il ne sait pas lire une partition !
— Non, sans blague ! Mais est-ce qu'il sait vraiment...
— Oui, heureusement, il sait jouer. Et plutôt bien, j'ai été surprise.
— Ca va le faire, alors ?
— Je crois. »
Les cheveux de Mary cachent la petit marque violine, effleurent ses joues rosies et sa cravate mal serrée. Je ne crois pas. Pas qu'elle s'entraînait à ses solos. Pas qu'elle révisait seule. Qui est-ce ? Je ne le sais pas, si elle ne nous en parle pas, je n'ai pas à le savoir. Alors, je ne dis rien. Au mot de passe, la Grosse Dame dégage l'entrée. Lily est assise à une table, des grimoires tout juste empruntés posés autour d'elle. Nous nous asseyons à ses côtés.
Elle nous raconte comment Madame Pince lui a arraché son livre des mains, la menaçant de sanction, si elle osait ramener des livres encore une fois à la date limite. Ce qui ne l'a pas empêché d'en reprendre. Encore une fois, la bibliothécaire était dans ses mauvais jours. Lily est énervée, elle s'est retenue pour ne pas crier sur la bibliothécaire.
« Ces livres ne lui appartiennent pas et j'étais parfaitement dans mon droit ! C'est insupportable, pour qui nous prend-t-elle ? »
C'est à ce moment que les Maraudeur décident de faire leur apparition. Lupin est toujours à l'Infirmerie, en tout cas, il n'est pas avec le reste de la bande. Sans me jeter un seul regard, Potter se dirige droit vers Lily. Je sens la catastrophe arriver, mais il est trop tard :
« Salut Lily ! Magdalena t'as parlé de notre projet ?
— Non. »
Elle recule sa chaise, Potter s'est mis entre nous, en s'appuyant à moitié sur la table. Sans-gêne ! Mais qu'est-ce qu'il fait ? Il n'a rien compris.
« Ah... Et bien c'était pour la chorale. Tu vois comme j'y participe, je...
— Qu'est-ce qu'il me veut, Magda ?
— On aurait besoin d'écouter les musiques moldues qu'on doit jouer. On voulait savoir si tu pouvais nous procurer des...
— 78 tours. Parce qu'on a un gramophone dans notre dortoir, alors ça pourrait vraiment être...
— Vous avez un gramophone ? Pourquoi ?
— Pour écouter des musiques moldues, bien sûr ! Mais j'avoue que je n'ai pas ceux pour la chorale. On a déjà eu du mal à se procurer les disques que l'on a.
— Et vous arrivez à le faire fonctionner dans l'enceinte de Poudlard ?
— Oui, c'est un vieux modèle à manivelle. »
Lily se tait. Elle ne s'attendait pas à ça de la part de Potter. Elle me regarde.
« Je devrais pouvoir te les procurer, oui. Je vais écrire une lettre à mes parents.
— Super Lily, merci !»
Potter hésite puis part rejoindre ses amis. Finalement, c'est moi qui ai dû demander à Lily. Il n'arrivera jamais à l'amadouer avec un tel comportement. Qu'il se débrouille, j'ai fait ce que j'ai pu.
« Je ne pensais absolument pas que les Maraudeurs étaient du genre à écouter des musiques moldues !
— Moi non plus. J'ai découvert ça hier.
— Je suis vraiment surprise... »
Lily ne dit plus rien pendant un petit moment. Puis, elle me demande comment s'est passé mon « entretien » avec Potter. Je lui réponds sans déformer et sans enfoncer. Il joue bien, mais il ne sait pas lire une partition, d'où notre besoin impératif des 78 tours.
« Je comprends mieux »
Je me rends compte comme cela a dû lui faire bizarre de se faire alpaguer tout d'un coup par l'une des personnes qu'elle déteste le plus. Je n'ai pas pris le temps de préparer cette rencontre. Je m'en veux, je refuse de blesser Lily, je ne veux pas la mettre dans une situation gênante. Même si elle n'aurait aucune difficulté à s'en sortir, ce n'est pas mon rôle d'amie. Tout ce qui s'est passé aujourd'hui me questionne. Je voudrai être différente, meilleure. Je n'en suis pas capable. Ou bien, je devrai d'abord leur dire certaines choses :
« Les filles... Je n'ai pas eu le temps de vous en parler. Enfin, je ne savais pas trop comment vous le dire, mais, je ne pourrais pas rester à Poudlard pour les vacances de Noël.
— Quoi ? Mais pourquoi ?
— A cause de ce qui s'est passé. Je veux dire, mon grand-père...
— Oui... Bien sûr. »
Mary hoche la tête. Oui, bien sûr. Elles comprennent, bien sûr. L'attachement que j'éprouve pour lui. Mon besoin d'être près de lui, de le savoir vivant, de le toucher, de serrer sa main. De lui parler, de lui sourire. Les liens familiaux. Plus forts que des promesses amicales. Ces liens qui font taire mes parents, ces liens qui les font aussi menteurs que moi. Magdalena est forte. Notre fille reviendra à Poudlard sous peu, ne vous en faites comprenez aucun de ses camarades n'est au courant de sa situation. Il vaut mieux que cela ne se sache pas, pour son confort. Lily me presse l'épaule. Ca va aller.
Je me sens à peine coupable. Je suis un monstre, je me sens vaseuse. Je me sens piteuse. Ces vacances qui devaient être exceptionnelles, je les passerai loin d'elles, entre l'Allemagne et les magicomages. Je les passerai à me demander ce qu'elles font, de quoi elles rient, à regretter de ne pas être avec elles. Des regrets, c'est une habitude, comme celle de mentir. Que pourrais-je faire d'autre ? Accepter leur miséricorde ? Leurs regards éplorés ? Je me réserve ce droit. J'imagine les sapins gigantesques dans la Grande Salle, la neige, les cantiques chantés par les armures. Et elles, ne pensant à rien d'autre qu'au festin, aux cadeaux reçus et aux devoir finis.
« On t'enverra nos cadeaux alors.
— En Allemagne, n'oubliez pas.
— Elle tient à ses cadeaux, dis donc !
— Tout à fait ! »
Je tiens aux cadeaux, oui. Bien qu'ils soient tous empoisonnés.
