Mercredi après-midi, je pars explorer le cinquième étage pour trouver une salle d'entraînement. Je me suis demandée pendant un moment, si nous devions jouer dans celle où m'avait emmené Potter. Après réflexion, je préfère trouver moi-même le lieu de nos réunions. C'est sûrement idiot, mais ainsi, je m'imposerais à lui. Je crois. Je veux qu'il sache que je ne lui dois rien de plus que son silence. Je ne veux pas qu'il mène, je ne veux pas qu'il soit celui qu'il a l'habitude d'être. Ce garçon impérieux, irrespectueux, que sa bande suit comme son ombre. Avec moi, il doit être à l'écoute, je ne lui laisserai pas une chance. Pour la musique, comme pour Lily.
Alors trouver cette salle, c'est comme le lui dire. Je sais ce que je fais, je sais ce que je veux. Je ne suis pas la loque que tu as cru voir. Je ne suis pas cette chose frissonnante qui gémit. Je vais beaucoup plus loin que tu ne le crois. Je sais ce qu'il pense de moi. Et il a tort. Si tu n'es pas capable de t'en rendre compte, si tu ne veux pas me suivre, tu as perdu tout seul. Je ne vois pas ce que je pourrai faire pour le remercier s'il ne veut pas me laisser le guider.
Choisir une salle est le premier pas, la main que je lui tends. Quand il a joué de l'harmonica, à un moment, un bref instant, je me suis mise à penser qu'il pourrait plaire à Lily. Il n'avait plus rien de ressemblant avec le paon bruyant et imposant des cours. Il était totalement différent.
Honnêtement, je ne sais pas si mes efforts paieront, même pas si je me dois vraiment dans faire tant, mais Potter a du potentiel. Et quand aurais-je de nouveau une telle occasion ? Et lui ? La musique, c'est l'instant, il faut saisir le ton dans le temps parfait.
Je marche sans faire attention où je vais. Les couloirs sont abandonnés, pleins de poussières, de toiles d'araignées et de tableaux endormis. Dans l'ombre , je crois apercevoir de grosses souris... Beaucoup de portes sont scellées. Je ne prends pas la peine de les ouvrir vu l'état déplorable des autres salles : vétustes et remplies de meubles à l'odeur rance.
Je cherche encore pendant dix minutes sans rien trouver. Si ces couloirs sont délaissés c'est pour une bonne raison finalement. Je refuse de m'arrêter, je trouverai une salle peu importe le temps qu'il me faudra. Ce château est immense, il doit regorger d'endroits pour jouer sans se faire déranger !
Je tourne à un nouvel angle. Je me fige, une porte est entrouverte. J'entends une voix. Basse, râpeuse, sournoise. Un timbre qui me glace, la panique s'empare de moi. Mulciber.
« Très bien. J'y vais alors. »
On lui chuchote quelque chose. Il répond, trop bas pour que j'entende. Je suis incapable de bouger. Il va sortir et me voir. Dans ma tête défile les événements de l'année dernière. Mary dans le lit de l'Infirmerie. Mary blessée, avec dans son regard beaucoup trop de souffrance. Je le hais. Lui et Avery, deux grands malades qui torturent pour leur plaisir. Est-ce à lui qu'il parle ? Je dois fuir. Maintenant.
Il s'approche et bientôt la porte va s'ouvrir en grand. Il va me tabasser. Je vois le mouvement courbe de sa baguette, le sortilège qui se forme, la haine dans la sécheresse des gestes. Je retrouve mes esprits. A ma droite le long du mur, des niches avec des statues. Je me hisse et me cale derrière la sculpture la plus proche. Elle est trop petite pour me cacher entièrement. S'il vient de mon côté je suis fichue, il me verra. Peut-être qu'il m'a déjà entendue.
Il sort. J'entends ses pas qui s'éloignent de l'autre côté. Mon pouls résonne dans mes oreilles. Je ne bouge pas. Plusieurs minutes. L'autre est toujours dans la pièce. Je ne veux pas partir tant qu'il est ici. Je ne veux pas me trouver face à Avery, toute seule dans ce couloir. J'ai peur. Qu'est-ce qu'il fait ? Qu'est-ce que je dois faire ? Pas un bruit. Je pourrai rester ici indéfiniment. Depuis combien de temps j'attends ? Mon dos me fait mal, une pierre me rentre dans les côtes. L'autre ne bouge pas. Je suis une Gryffondor. Je ne peux pas être tétanisée, je suis une Gryffondor... Pas un bruit, je descends. La porte claque contre le mur.
« Magda ? »
Je me retourne, retient un couinement. Mary me regarde. Je la regarde. Une décharge glacée me parcourt. Mary. Qu'est-ce qu'elle fait ici ? Avec lui ? Ses cheveux sont décoiffés, ses joues et ses lèvres sont rouges dans la pénombre. Je ne crois pas ce que je vois.
« Qu'est-ce que tu fais là?
– Je m'entraînais au chant. Tu sais c'est plus calme que dans notre tour. Et toi, tu as fini par en trouver...
– Mary, qu'est-ce que tu faisais avec Mulciber ? »
Ma voix est aigüe. Comme une proie qui sens l'odeur du prédateur. Partout sur le cadavre de son amie. Elle ne me répond pas. Elle pensait que je ne l'avais pas vu. Qu'elle avait encore une chance de s'en sortir. Se sortir de quoi ?! Il lui parlait doucement, il n'avait pas l'air de lui faire du mal ! Qu'est-ce qu'elle faisait avec ce Serpentard ?!
« Réponds moi.
– Ne dis rien à Lily, s'il-te-plaît.
– Lui dire quoi ? Que notre meilleure amie fricote avec le gars qui l'a frappée ? Mais Mary ! Qu'est-ce qui te prends ?
– Ecoute je n'ai pas envie de t'expliquer ! Lui et moi...
– Toi et lui ? Toi et lui ? C'est un malade Mary ! »
Une boule s'est formée dans mon estomac. Je me sens trahie, je ne comprends pas. Elle est en danger. Elle ne comprend pas. Je dois aller prévenir Lily tout de suite. Il faut qu'elle sache, qu'elle ,l'empêche de continuer. Elle ne m'écoutera pas. Lily saura quoi faire, Lily saura la raisonner. Mary saisit mon poignet. Son visage est fermé, je ne l'ai jamais vu comme ça.
« Reste là et écoute moi Magdalena ! Tu ne diras rien à personne. Ma relation avec lui, ne concerne que moi. Je sais ce que je fais. Ce qu'il s'est passé l'année dernière était un accident ! Il ne me veut aucun mal.
– Ce qu'il s'est passé l'année dernière n'est pas un accident ! On a tous vu ton état ! Comment peux-tu dire ça ?
– Ecoute ! Ce que vous avez vu, ne veut rien dire. William et moi, on est ensemble depuis plus de deux ans. Je le connais par cœur. Et si je te dis que je ne crains rien, tu peux me croire, non ?! »
Sa main est comme une serre. Mon monde s'effondre. Elle sort avec lui depuis deux ans. Depuis deux ans, elle nous ment. Elle dissimule. Alors ses absences ? Ses faux-bonds qui font de Mary une grande étourdie c'était pour ça, c'était pour lui ? Je suis dégoûtée, Mary a maintenant les larmes aux yeux.
« Magdalena, s'il-te-plaît. »
Je le hais, je n'aurais jamais confiance. Mary peut dire ce qu'elle veut. Que s'est-il passé l'année dernière si ce n'est lui ? Je dois l'empêcher. Elle ne comprend pas. Elle ne peut pas nous faire ça.
Et puis, je me souviens. Que je suis comme Mary. Une sale menteuse. Simplement ça. Qu'est-ce que je peux lui reprocher ? D'être amoureuse de la mauvaise personne ? De se mettre en danger ? Oui, mais pas d'avoir caché, pas d'avoir menti. Je peux ravaler mon sentiment de trahison. Elle doit voir mon hésitation, elle me lâche.
« Si je dois te convaincre, je n'ai qu'une chose à dire : tu me connais Magda. Tu sais que je ne suis pas une idiote. Tu sais que tu peux avoir confiance en moi.
– Oui, mais pas en lui. »
Je veux la protéger, mais a-t-elle besoin d'être protégée ? Si j'avouais ma maladie, je n'aimerai pas qu'elle me chaperonne. Qu'elle me dise quoi faire. Comment me soigner, comment agir. Qu'elle fasse comme si elle savait mieux que moi. La maladie de Mary, c'est Mulciber. J'ai découvert son secret, mais quel droit ai-je ? A part être son amie ?
« Je ne dirai rien Mary... Pour l'instant. Mais je suis contre, il va te faire du mal.
– Merci. Ne t'inquiète pas, je sais ce que je fais.
– Je te préviens, si jamais je le vois une seule fois faire quelque chose de louche, je t'empêcherais de continuer cette relation.
– Tu ne peux pas faire ça. Et tu n'auras pas à le faire ! Je pars devant ! »
Elle me contourne. Je ne me suis jamais disputée avec elle. Je me sens mal, mes jambes tremblent, est-ce que j'ai bien réagi ? Qu'est-ce que je pouvais faire d'autre ? Je suis debout, seule dans ce couloir depuis longtemps. Je regarde derrière moi, il fait plus sombre que tout à l'heure. J'ai peur qu'il revienne, je déguerpis.
En rentrant dans la Salle Commune, la scène continue de tourner dans ma tête. Je ne sais pas quoi faire. Lily serait d'un tel réconfort ! Je viens de découvrir le secret de Mary. J'aurai préféré ne rien savoir. Continuer de penser qu'elle n'en avait aucun. Car quoique je fasse, je le sens, rien ne finira bien.
Les jours suivants, j'essaye de faire comme si rien n'avait changé, comme si tout était parfaitement normale entre moi, Mary et Mulciber. Avec ce dernier aucun problème, sauf si Mary se décide à lui dire que je suis au courant. Et alors quelle sera la réaction de ce fêlé ? Mary ne me regarde plus, elle ne m'évite pas mais fuit mon regard. Peut-être trop insistant. Qu'est-ce que tu as fait ? Suis-je accusatrice ? Oui, je n'arrive plus à penser autrement. Qu'elle ne nous ai rien dit, qu'elle ait menti par omission, je l'accepte et sans blessure. Mais qu'elle se voue à lui ? Comment est-ce possible ? Rien ne peut les lier. Ils n'ont rien en commun, rien à faire ensemble. C'est un danger, je ne le vois pas autrement. Comment peut-elle ne pas s'en rendre compte ?
Je continue à fixer la nuque de Mary. Je ne comprends pas, je veux savoir. Il ne peut être différent de l'image que j'en ai. C'est un serpentard, il a frappé Mary, il se promène avec son groupe, empli de suffisance et de haine pour les autres. Comment est-ce possible ? Je secoue la tête. Mary se retourne. Nous sommes seules dans un couloir, ce qui me rappelle désagréablement une situation récente.
« Arrête de me fixer comme ça Magda.
— Comment ?
— Comme si j'avais un problème. On en a déjà discuté, tu as dit que tu ne dirais rien. Mais ton regard parle pour toi. »
C'est la première fois qu'elle me parle aussi longuement depuis notre altercation. Mes yeux la trahissent, je ne veux pas. Je ne comprends pas, je ne cautionne pas mais c'est mon amie, je dois respecter ses choix. Et leur étrangeté. Encore une fois le parallèle avec ma maladie me vient. Comme je détesterai être fixée ainsi, dévisagée, observée, traquée.
« Désolée. »
Je suis ton amie. Je veux te faire confiance, je veux te protéger autant que je le peux.
Toutes les deux, nous sommes des expertes dans la dissimulation. Je me sens doublement coupable, je l'ai contaminée. Je capte parfois ses hésitations, à peine perceptibles. Elle a peur que je révèle. Je ne trahirai pas son secret, même si cela me coûte le peu d'intégrité que j'ai. Pour l'instant, j'ai décidé de veiller, seule. Lui dire ne ferait qu'envenimer les choses.
« Mary, j'ai besoin de savoir une chose.
— ...
— Dis-moi, ce qu'il s'est passé l'année dernière. Si tu me dis que ce n'est pas lui, je te crois mais qui alors ?
— Avery. Tu n'es pas la première à me surprendre, sauf que lui me la fait payer. J'ai eu de la chance, William est revenu sur ses pas et il l'a repoussé. Après ça, les Maraudeurs s'en sont mêlés. Ca a au moins eu le mérite de couvrir notre secret. »
Elle reprend son chemin, je la suis. Ainsi, donc c'était Avery. Cette situation me dépasse mais je reste persuadé que Mulciber est un des pires Serpentards de sa génération. Après tout, il n'est pas blanc comme neige, il a à son compte d'autres méfaits que Mary prend bien garde de ne pas mentionner. Elle est plus occupée à me guider dans le sixième étage, dans des couloirs où je n'étais jamais allée. Nous nous arrêtons près d'un tableau isolé où un oiseau couve ses œufs sur une branche. Mary entre dans la salle à côté, je lui emboîte le pas.
La pièce est beaucoup plus grande que celles où nous suivons nos cours. Trois hautes fenêtres ternies par la saleté. Les rayons qui s'étendent sont voiles gris. Il y a deux tables, une contre un mur et l'autre, plus proche de la dernière fenêtre, avec une chaise. D'autres sont empilées. Il fait froid. Ca fera l'affaire.
« Ici vous pourrez vous entraîner sans être dérangés. En tout cas, je n'ai jamais vu personne traîner dans ces couloirs.
— Tant mieux. »
Si je ne connaissais pas Mary, je prendrai cela comme une attaque. Ici, personne ne l'aurait découverte dans les bras de Mulciber, ici personne n'épie. Seulement elle sait que je n'ai pas voulu ce qui est arrivé, que je n'ai rien dit à Lily. Elle le sait et si elle ne pardonne pas ma découverte, elle m'a tout de même montré l'endroit où elle s'entraîne. Celui où Potter et moi allons pouvoir nous accorder.
« C'est parfait. Merci.
— De rien. Et puis tu verras, le son est superbe ici. »
Nous sortons, et nous descendons vers la Grande Salle. Lily est sortie de son cours d'arithmancie, elle nous attend dans le hall. Pendant une partie du repas, je ne suis pas ce qu'elles disent. Le secret de Mary m'obsède. J'imagine avec dégoût les baisers qu'elle a échangé avec l'autre. Je me refuse à en imaginer plus, non elle n'aurait pas pu, pas avec lui. Qu'est-ce que je crois ? J'ai beau ne rien connaître aux relations amoureuses, en deux ans ils ont déjà dû... Lily me secoue l'épaule. Quoi ? Elle me répète qu'elle n'a toujours pas reçu les disques de ses parents. Je me recentre sur ses paroles :
« Tant pis, de toute façon, je compte bien commencer les répétitions ce samedi. Potter n'aura qu'à bien s'accrocher !
— Bien dit ! Même s'il t'a convaincue la dernière fois, je t'avoue que je reste sceptique sur ses compétences musicales !
— De toute manière, tu es toujours contre lui même s'il fait des choses biens.»
Mary laisse tomber sa fourchette, se lève et s'en va sans un regard vers nous.
« Mais qu'est-ce qui lui prend ?
— Je ne sais pas.
— Enfin, j'ai juste dit ce que je pensais. Je n'ai rien dit de mal ! Je n'aime pas Potter, et alors ? Je pense vraiment ce que j'ai dit ! Rien ne prouve qu'il sait jouer !
— Je suppose qu'elle a un peu peur pour la chorale. Si Potter n'est pas bon, tout le monde sera déçu.
— Enfin, ce n'était pas la peine qu'elle s'énerve comme ça !
— Je sais... Tu connais son caractère, elle s'emporte facilement.
— Et elle se calme tout aussi vite une fois seule. »
Elle soupire et croque dans une pomme. Elle est énervée, je la comprends. Mary est colérique, Lily susceptible, moi passive. Si je n'étais pas là leur relation serait plus explosive. Dès le prochain cours, elles se reparleront comme si de rien n'était. Cela a toujours était ainsi, et rien n'a jamais ébranlé notre amitié.
Seulement, je sais très bien pourquoi Mary s'est énervée. Rien à voir avec Potter ou les propos de Lily. La vraie raison c'est moi, Mulciber et leur relation dévoilée. Ce que Lily pense de Potter, Mary le sait depuis des années. Lily l'a dénigré une fois de plus alors qu'il n'a pas menti, qu'il est musicien. Mary a-t-elle fait un parallèle entre Potter et Mulciber ? Entre Lily et moi ? Moi qui refuse malgré ses justifications, de croire qu'il est quelqu'un de bien.
J'ai été le véritable déclencheur de l'altercation. Toute la tension entre nous a éclaté pour une malheureuse phrase. Mais elle pourra bien tempêter autant qu'elle le veut, je ne changerai pas d'avis. Je ne comprends pas leur relation, je ne suis pas prête à la comprendre. Elle devra l'accepter comme j'ai accepté mon silence et la pérennité de son secret.
Près du cachot du cours de Potion, Mary attend adossée au mur. Elle regarde Lily sans rien dire, elle évite mon regard. Lily lui parle comme si elle n'était jamais partie en furie. Je ne peux changer le caractère de mes amies, autant que je ne peux changer ce que je sais de Mulciber.
Le lendemain, dès dix heures, j'attends Potter dans la salle désaffectée. Je me demande pendant une seconde si Remus lui a dit quelque chose. J'ai voulu être gentille avec lui, une faiblesse de ma part qui partait d'un bon sentiment. S'il est gêné, je ne m'excuserai pas. De toute manière, je ne compte pas réitérer l'expérience.
Je m'assois près de la fenêtre, le poids du violoncelle est rassurant. Je cale l'instrument entre mes jambes. Le morceau que j'apprends s'appelle Here comes the sun. Je le rejoue pour la troisième fois, quand Potter daigne arriver. Je finis avant de me tourner vers lui, je déteste m'interrompre en pleine partition, briser ces sentiments, l'histoire qui se chante. Et ne pas savoir comment tout cela se clôt. Impossible, le silence.
« C'était beau.
— Merci.
— Désolé pour mon retard.
— Pas grave. »
Il a les yeux cernés, l'air palot. Je ne sais pas ce qu'il a trafiqué mais apparemment il n'a pas dormi de la nuit. Il tire une chaise jusqu'à moi et s'affale dessus.
« Comme tu t'en doutes, nous n'avons pas encore reçu les disques des parents de Lily.
— Alors c'est encore raté pour que tu viennes dans mon dortoir.
— Cette blague est vraiment lourde. »
Il fait la moue et se redresse. Il n'aime pas que l'on remette en cause son humour. Je reprends :
« Je vais te jouer entièrement la première musique. Autant de fois que tu en auras besoin pour en assimiler les bases. Après on s'occupera de la partition. »
Il acquiesce et je joue le morceau. Il écoute attentivement, les yeux fixer sur mes cordes. S'il reste sérieux et attentif, parfait. On travaillera dans le calme et on progressera vite.
« Ok, c'est bon, je l'ai en tête. Tu peux la rejouer une fois quand même, je sens que ça te rassurerai. »
Quelle arrogance ! Ce mec est incroyablement suffisant, c'est insupportable. Je ne relève pas et rejoue encore. Par Morgane, est-ce que nous allons y arriver ?
Je pose mon archet et répands les pages de la partition sur le bureau en face de lui. J'ai déjà fait des annotations mais je les lui expliquerai plus tard. Premièrement, la base.
« Je suppose que tu ne sais même pas reconnaître les notes ? Mais il va bien falloir que tu t'y mettes un peu, car je fonctionne comme ça.
— Oui madame. »
Son ton me nargue à peine. Il semble réellement sérieux. C'est vrai que je ne rigole pas, il doit être impressionné.
« Tu joues comme une professionnelle.
— Heu... non pas du tout. C'est juste que je m'entraîne pas mal, c'est tout. »
J'essaye d'empêcher mon rougissement, je me baisse pour chercher parchemins, plumes et encres dans mon sac. Je tire ma chaise et m'installe à ses côtés. Il ne dit plus rien et je lui explique patiemment le fonctionnement de la clé de sol. Potter est un garçon intelligent, pour ne pas dire très intelligent. Il retient avec une facilité qui nous permet d'enchaîner sur la clé de fa. Je lui gribouille quelques courtes mélodies seulement composées de noires et lui fait lire les notes. Vraiment impressionnant. Ce n'est pas autant ses facilités que son inhabituelle concentration. Il lit les notes, suit les petites taches sombres de la pointe de sa plume. Si Lily entrait dans la pièce, elle pourrait le trouver beau. La beauté de l'étude. Je retiens un rire. Il relève la tête, je lui fais signe de continuer. Il reprend sa déclamation de notes.
Au bout d'une heure et demi, nous nous arrêtons, je m'étire. Je suis restée toute courbée au dessus du bureau. Presque crispée, mais tout va bien.
« Finalement ce n'est pas si dur que ça !
— Attends tu n'as pas encore vu la suite, Potter !
— Tu ne pourrais pas m'appeler James ?
— Hein ?
— Je t'appelles bien par ton prénom moi. Magdalena.
— Si tu veux. Enfin, je t'ai toujours considéré comme Le Potter. C'est étrange de t'appeler autrement.
— Ha, ha, Le Potter, elle est bonne celle-là.
— Ne rigole pas. Toi et le reste des Maraudeurs, le groupe d'inséparables insupportables ! Les inaccessibles ! J'entends plus de monde t'appeler Potter que James.
— Je suis une idole !
— Et ton plus gros défi, sera de changer l'avis de Lily sur la question. Alors, ne t'emballe pas.
— Tu veux dire qu'elle me repousse depuis des années parce que je suis populaire ?!
— Non, parce que tu es vantard, orgueilleux... Entre autres choses. »
Je n'en dis pas plus. Qu'il cogite là-dessus. Mais j'ai prononcé le mot fatidique, Lily, il ne se concentre plus. Je décide d'écourter notre répétition qui a plus l'air d'un cours de solfège. Sur le chemin du retour vers la tour de Gryffondor, nous décidons de nous retrouver le mercredi après-midi pour continuer sa mise à niveau musicale.
Je dépose mon violoncelle à sa place habituelle, près de mon lit. Les filles doivent être à la Bibliothèque. Il faut que je les rejoigne, une masse de devoir m'attend, mais avant, mon traitement. Elles ne sont pas là, je n'ai pas d'excuse à trouver pour m'enfermer dans la salle-de-bain.
Le flacon est froid, je ferme à clé. J'enlève mes vêtements à la hâte, évite le miroir. Je n'aime pas me voir. Mais je ne peux pas étaler le baume les yeux fermés et comme poussée par une volonté macabre, mes paupières s'entrouvrent pour voir la chair blafarde recouverte d'un onguent jauni. C'est laid. La sensation de mes mains sur mes côtes, le faible renflement de ma poitrine, la cage thoracique osseuse.
Je me déteste, mon teint blanc, blanc cassé, blanc mort. Je déteste sentir mes os, sentir ma peau, la chair de poule. Je déteste avoir toujours froid et de devoir me dénuder pour avoir encore plus froid. Je déteste savoir que dans cette carcasse, ne coule pas assez de sang, sentir la faiblesse de mes membres, ma somnolence, mes tremblements, alors que mon esprit est fort. Je suis forte, je déteste ma maladie.
Je me rhabille, mes vêtements collent à ma peau. Je retourne dans la chambre, cache le flacon, prends des livres. Je pars à la Bibliothèque. Retrouver mes amies, et me concentrer pour oublier. Pour une fois, je délaisse mon violoncelle, ma solitude du dortoir. L'écrasante solitude du dortoir.
Je croise beaucoup trop de monde dans les corridors. Personne ne me voit et je ne reconnais aucun visage. Il y a Lily, Mary, personne d'autre. Sauf elle, ma plus intime amie, celle qui me ronge sans scrupule, qui me donne et me prend tout. La plus complète relation. J'évite plusieurs groupes bruyant, riant. Elle m'empêche de me mêler à eux, ce qu'elle m'a appris brise des amitiés qui n'existent pas.
Combien de visages n'ai-je jamais connu par ta faute ? A cause de moi ? Est-ce vraiment important ?
Lily, Mary mes seules amies, celles que j'ai eu la chance de connaître avant que tout s'effondre, avant que tu ne prennes toute la place, chasse ma vie. Des premiers signes de ma maladie, je n'ai aucun souvenir, je n'avais même pas quatre ans. Je crois que père avait l'espoir que ça n'arrive pas, que je serai celle qui laverait la souillure de sa lignée. Ca n'a pas été le cas, comme bien des choses pour lui. Mais on y a cru, et à ma première rentrée à Poudlard, il y a cru. J'étais à Gryffondor. Quel honneur ! Quelle blague ! Un an de répit à rire dans les couloirs, à apprendre et à rêver. Fini, le manoir, le précepteur, le magicomage. Oui, bien entendu toujours la potion quotidienne, mais c'était une habitude. Facile à cacher.
Je me suis arrêtée, il n'y a plus personne là où je suis. Mes bras sont serrés contre ma poitrine. Pourquoi est-ce que je pense à tout ça ? C'est le passé. On n'y revient pas. L'innocence, j'aimerai la retrouver. Croire que tout ira bien.
Et oublier, la deuxième année, mes premiers séjours à l'Infirmerie. Le sourire paisible de Pomfresh dénaturé par ses regards contrits. La ligne mince, blanche de la bouche de père, refusant de parler. Les lèvres entrouvertes, muettes de mère quand ils ont appris que j'étais condamnée. Ce n'est qu'une enfant.
Je reviens à la réalité. Je me souviens de la faible plainte de ma mère et de l'inspiration de mon père, comme s'il se retenait de rajouter quelque chose. Quoi ? Je descends les escaliers et tourne vers le corridor de la Bibliothèque.
Je dois me le répéter. Je suis plus forte que ça. Que la maladie trop grande, que leur amour trop faible. J'ai mes amies, celles de chairs et de vie. Celles aux torrents de sang. Je suis l'asséchée, elles ma cascade, qu'importe le reste. Cascade qui s'élance, qui s'éclate, qui vole, le bruit est assourdissant et protecteur.
Qu'importe les années de crises, les potions qui s'accumulent, les menstrues qui ne viendront jamais. Tout ce sang qui s'échappe, qui refuse de couler normalement. Je continuerai à m'en passer. Les filles sont installées à la table habituelle. Je m'installe.
Elles travaillent comme elles en ont l'habitude, sans faire attention au reste. Il ne reste rien de leur querelle. Je n'aurai pas supporté qu'elles ne se parlent plus, je n'aurai pas supporté qu'elles se disputent parce que j'ai trahi Mary. Qu'elles se disputent en ne sachant pas que j'ai aussi trahi Lily, que leur ennemi c'est peut-être bien moi.
Je m'évertue à me concentrer sur mon parchemin de potion. Ma robe n'est plus collée à ma peau, j'oublie le baume sur mon corps, mon corps dans le miroir. Tous ces souvenirs envahissants. Ce qui compte c'est le présent. Mes amies sont là et je vais jouer pour la chorale avec James Potter, le Maraudeur.
« Ca a été avec Potter ? Tu as l'air bizarre.»
— Si, si, ça a été, je pensais juste à... Slughorn et à ce que je pourrais bien écrire sur ce fichu felix felucius.
— Felix felici, tu veux dire.
— C'est ça.
— Tu te rappelles qu'on l'a déjà étudié l'année dernière ? Le professeur Slughorn nous fait un cadeau.
— Je me souviens particulièrement de mon Piètre, oui.»
J'attends, Lily soupire et me tends une feuille de note. Mary hausse les sourcils et repart dans la lecture de son grimoire. L'écriture est claire, mes amies sont intelligentes et soigneuses... Je m'efforce de me concentrer. Je ne veux plus penser au reste. A mes restes. Je secoue la tête, fouille dans mon sac et sors mon livre de potion. Je tourne les pages, jusqu'à trouver le bon chapitre.
Lily pousse un cri d'impatience. Un hibou fonce sur nous, un gros colis accroché à ses pattes. Il se pose devant Lily, elle le délivre et sans attendre il s'envole.
Les disques vinyles sont là. Je peux enfin voir à quoi cela ressemble. Lily me tend les paquets. Dans des pochettes de cartons aux images moldues bariolées, de simples disques noirs. Je caresse leur surface. Cela valait le coup de les attendre. J'ai hâte de les écouter. Nous avons cours de métamorphose pendant deux heures, mais après je suis libre et Potter aussi si je ne me trompe pas. Je l'aperçois avec ses acolytes à l'autre bout de la table. Avec une réticence coupable, je comprends que c'est le moment parfait pour montrer à Lily notre rapprochement. Suis-je vraiment obligée ?
« Hey James ! James ! »
Il se tourne vers moi, surpris. Autant que Lily qui me regarde les yeux écarquillés. Je lui fait un signe pour qu'il s'approche. Il se lève, se cogne contre le banc, se redresse et avance tranquillement. Pourvu qu'il ne mette pas la main dans ses cheveux.
« Salut les filles ! Qu'est-ce-que tu voulais me dire Magdalena ?
— Regarde, les vinyles ! »
Ses yeux, braqués sur moi pour éviter ceux de Lily, louchent enfin sur ce que je tiens dans mes mains.
« Génial ! On les écoute après la pause déjeuner ?
— D'accord.
— A tout à l'heure alors. »
Il repart, se retourne :
« Merci beaucoup Lily.
— Et bien... De rien, Potter. »
Nous le regardons s'éloigner.
« C'est moi, ou il est plus calme ? demande Mary
— C'est bizarre.
— Ca fait du bien tu veux dire ! »
Lily n'en revient pas. Potter a esquivé toutes les gaffes qui lui sont coutumières. Elle secoue la tête.
« Bref, je te confie les disques, Magda.
— J'en prendrai soin. »
Le cours de métamorphose me semble durer un siècle. Le professeur Mcgonagall rabâche pour la énième fois les principes fondamentaux des animagus. A quoi bon ? De toute manière, il est impossible d'en devenir un. Je ne connais que notre directrice de maison qui en ait été capable.
Je me demande en quoi je pourrai me métamorphoser. Sûrement un animal tenace mais discret. Une loutre ? Une chauve-souris ? Un opossum ? Je baille discrètement. Les bestioles ce n'est pas mon truc.
Après le déjeuner, je laisse les filles et monte vers la Salle Commune. Je n'ai qu'une envie, écouter les disques. Ils ne rentrent qu'à moitié dans mon sac, les coins cartonnés piquent mes bras.
Quand j'arrive en haut, Potter n'est pas là, évidement. Le temps que j'aille chercher mes partitions et que je redescende, il est là, seul. Il ne fait aucune blague vaseuse et nous allons dans le dortoir des garçons de septième année. Des posters de quidditch et de groupes de rock ornent les murs. Les lits sont faits mais je suppose que ce sont les Elfes de Maison qui s'en sont chargés. Le reste de la pièce est un capharnaüm complet. Mon propre dortoir n'est pas un modèle de maniaquerie mais nous gardons un certain civisme. Pas ici. Je suis gênée, c'est la première fois que j'entre dans l'intimité de garçons. Mais à part ce bazar il ne semble pas y avoir de choses extraordinaires. Entre deux tas de vêtement et d'ustensiles pour balais, j'aperçois le gramophone : un énorme pavillon cuivré sur un coffret en bois qui a l'air d'avoir plus de cent ans. A réfléchir, c'est sûrement le cas. Où ont-ils pu récupérer cette relique ?
Je tends les vinyles à Potter. Je ne sais pas comment les utiliser, je lui laisse l'honneur. Il place le premier disque, un grésillement et la musique commence. Quatre autres fois, Potter change de vinyle. J'écoute en prenant quelques notes. Nous ne parlons pas tant que la dernière note n'a pas retenti.
« C'est vraiment... Niais.
— Ce sont des musiques pour la Saint-Valentin, évidement qu'elles le sont. Pourquoi tu rougis comme ça ? Tu t'imaginais en train de danser avec Lily ?
— N'importe quoi ! Et normalement c'est mon rôle de faire ce genre de blague !
— Absolument pas désolée, Potter.
— James.
— James. Enfin, ce sont de belles musiques.
— Tu crois vraiment que ça ira avec mon harmonica ?
— J'en suis certaine. »
Nous les réécoutons plusieurs fois. Je me demande comment la chorale compte les chanter. Après tout, ils interprètent sans jamais avoir entendu les originaux. Ils se basent sur la technique et le solfège. C'est un exercice difficile qui permet de comprendre leur niveau aléatoire.
« Je te laisse les vinyles. Tu n'auras qu'à les rendre à Lily quand tu n'en auras plus besoin.
— Tu fais une sacrée entremetteuse finalement !
— Par contre, range les dans un endroit sûr. Si tu les rend en miette, je crois que tu récolteras juste des cris. »
Pour toute réponse, Potter fait léviter les disques jusqu'à une étagère où ils s'alignent en ordre.
« Dis Magdalena, quelle chanson est ta préférée ?
— Je ne sais pas, je dirai « Here comes the sun ». Et toi ?
— « Only you ».
— Par Merlin, mais c'est toi le seul niais ici !
— Je n'y peux rien, elle me fait penser à ma Lily. »
Je lui lance un regard écœuré et m'en vais sans demander plus de détail. Je l'entends rire derrière moi. Il peut bien faire le malin, ce qu'il m'a dit sortait du fond de son cœur idiot.
Dans tout le château les décorations de Noël ont fini d'être installées. Il reste encore deux longues semaines avant les vacances mais les professeurs s'acharnent déjà, la masse de devoirs et de contrôles augmente drastiquement. Je me félicite d'avoir si peu de matières à réviser pour mes ASPIC.
Comme d'habitude, je discute mes amies devant leur salle de runes pendant que les autres élèves arrivent. Mary ne veut pas entendre les chansons sur le gramophone des Maraudeurs. Comme je m'en doutais, elle préfère agir au ressenti. Quand Potter et moi rentrerons dans la danse des répétitions, cela risque d'être sportif. Ce n'est pas une très bonne stratégie, mais nous avons débuté comme cela, alors autant poursuivre. Une fois le professeur présent, elles rentrent dans leur classe et je repars vers le septième étage.
J'entends des éclats de voix. Des voix masculines, graves et haineuses. Elles viennent de droite, par là où je dois passer. J'avance lentement, je crois reconnaître, je me penche à l'angle du mur. Potter, Black, Pettigrew. Rogue, Rosier, Wilkes, Mulciber. Et le frère de Black.
Les trois Maraudeurs leur font face. Peter est en retrait, sa baguette devant lui. Black insulte son frère copieusement. Quand à Potter, il fixe Rogue avec un dégoût qui le déforme. Tel que je l'ai toujours vu.
Par je ne sais quel hasard, ils se sont croisés ici, quand il n'y avait personne pour les contrôler. Un éclair de lumière, la bouche de James saigne. Qui a osé ? Je reste figée, ne pense pas à me reculer. Des sorts fusent, s'éclatent contre les murs, Pettigrew en esquive un, Black lance une slave de sortilèges qui font reculer Rogue et son frère.
Potter s'acharne sur Rogue et l'envoie valdinguer à l'autre bout du couloir. Le serpentard se relève, empêtré dans sa robe, il essuie une égratignure sur sa joue. De là, il peut me voir mais c'est à peine si son regard s'accroche à moi une seconde. Sans hésiter il fonce vers les trois gryffondors.
Pourquoi n'a-t-il rien dit ? Parce que je suis l'amie de Lily ? Ils crient de plus belle. Aucun professeur n'arrive malgré le boucan. J'entends de nouvelles insultes et de nouveaux sorts avant de sentir ma baguette dans ma main. Ils sont en sous-nombre, les serpentards n'auront aucune pitié, s'ils le peuvent. Peu importe qui a tort, c'est ma Maison, non ? Je m'élance dans le corridor :
« Petrificus totalus ! »
Je touche Mulciber en plein dans son dos. Il s'étale lamentablement, face la première, un craquement affreux, je lui ai pété le nez. Maraudeurs et serpentards semblent stupéfaits par mon apparition. Rogue a les lèvres crispées, il doit regretter de ne pas m'avoir dénoncée. Regulus Black se penche vers Mulciber, le retourne, son visage est en sang, ses yeux noirs et vicieux me fixent sans ciller. Il n'oubliera pas qui lui a fait ça.
« Et maintenant, l'amie de la sang-de-bourbe ! Que de traîtres à leur sang ici !
— Ferme ta grande gueule Wilkes !
— Ah oui, Potter ? C'est toi qui va la fermer ! Et plus vite que tu ne le crois ! »
Soudain, tout va plus vite, je n'ai jamais vu ça. Qu'est-ce qui leur prend ? Un éclair fuse dans ma direction et éclate une statuette. On m'a visée. Ils sont malades ! Il ne reste qu'un tas de caillasse. Ma main est moite :
« Petrificus totalus ! Protego! Petrificus totalus !»
Je n'ai aucun autre sort en tête. Je ne veux pas faire plus de mal. Qu'ils arrêtent et que je puisse rejoindre ma tour. Rosier s'éclipsent avec Mulciber en laissant les autres derrière eux. Black est figé et insulte son frère, baguettes droites mais baissées. Potter fait face à Rogue, ils ne disent rien, ils se haïssent. Je ne vois plus Pettigrew. Wilkes lui, me fonce dessus. Son poing s'enfonce dans mon ventre. Je me plie en deux, plus de respiration, tombe par terre.
« Ca c'est pour Mulciber, grognasse ! »
Je n'arrive pas à me relever. Il s'éloigne. J'essaye de reprendre ma respiration. La douleur gonfle, je me redresse, paupières closes, respirer calmement. J'ouvre les yeux. Rogue crache aux pieds de Potter et rejoint les autres serpentards qui disparaissent au bout du couloir. Black relève sa baguette, mais Potter l'empêche d'aller plus loin et fait un signe dans ma direction. Pettigrew est assis contre un mur, une énorme bosse sur le front et des poireaux sortant de ses oreilles. Black va le voir, tandis que Potter m'aide à me relever . Je retiens une grimace.
« Ca va ?
— Autant que possible.
— Je ne m'attendais pas à ce que tu débarques comme ça ! Tu as été géniale je dois dire !
— Tu parles... Mais qu'est-ce-que vous faisiez ici ?!
— Routine habituelle, répond Black en se joignant à nous avec Pettigrew, on se croise, on se déteste.
— Potter... Je te croyais plus intelligent que ça ! Tu es préfet-en-chef, tu...
— Oh, va pas faire ta Lily ! Cornedrue, tu ne m'avais pas dit qu'elle était si protocolaire ! »
La discussion s'interrompt quand un poireau roule entre nos pieds. Pettigrew est devenu tout pâle et une nouvelle touffe verte fait déjà son apparition. Il nous descend en courant vers l'Infirmerie.
« Vous ne l'accompagnez pas ?
— Peter se débrouille seul. »
Se débrouiller seul. Jamais je n'aurai pensé à inclure l'autonomie dans une description de Pettigrew. Sans plus chercher à discuter, je reprends mon chemin vers notre Salle Commune. Les deux amis me suivent. J'ai mal, j'espère que ça va se calmer. J'ai quelques onguents dans mon dortoir qui devrait m'apaiser.
Ils ne cessent de parler de leur combat, des provocations des serpentards. A les écouter ce sont ces derniers qui ont tout déclencher, mais je doute qu'ils n'aient pas envenimé les choses.
Lily n'aurait jamais cautionné ce qui s'est passé. Elle se serait interposée et pas comme je l'ai fait. Avec elle, il n'y aurait pas eu un sort lancé. Et leurs insultes n'auraient eu aucun effet sur elle. Lily sait ce qu'elle vaut, elle sait qu'elle fait partie des meilleurs élèves de Poudlard. Qu'elle est une sorcière d'exception,
J'essaye de me réconforter mais la réalité reste accrochée à moi : ces serpentards nous ferons du mal.
Au moins les Maraudeurs sont préparés, d'une certaine manière. Si j'en parle à Lily, son opinion sur Potter ne changera jamais. J'ai dû mal à marcher, je m'arrête.
« Tu es sûre que ça va ?
— Très bien, ne me regarde pas comme ça. »
Potter ne me croit pas. Mais il n'est pas mon protecteur. Je gère ma douleur seule. Je fronce les sourcils, son comportement risque d'attirer l'attention. Il me laisse et rejoint Black qui est en train d'effacer les preuves de l'escarmouche.
Les deux garçons commencent à marcher sans m'attendre. C'est mieux comme ça.
Nous avons établi un emploi-du-temps simple : deux séances d'entraînement par semaine. Après les vacances de fin d'année, nous verrons s'il y a besoin d'accélérer le rythme.
Mary monte les escaliers avec moi. Elle non plus n'a pas cours contrairement à Lily. Elle va le rejoindre, je le sais au pli de ses lèvres, aux sourcils froncés, au signe de la main, à son murmure. Elle est partie, si je la suis, lui saisit le bras, la retient, la supplie. Rien ne changerait. Elle n'a pas hésité une seconde, elle a l'air sûre, j'aimerai avoir confiance. Je pars de mon côté.
Je ne leur ai rien dit à propos de l'altercation d'hier. Je n'avais pas envie de voir leurs réactions. Mary pâlir face à ce que j'ai fait à celui qu'elle aime. Malgré la situation, je ne crois pas qu'elle aurait compris. Je ne le visais pas, mais c'est ce qu'elle pourrait croire. Je dois préserver notre amitié. Mais si ce n'est pour elle, je ne regrette rien. Il aurait fait bien pire si mon sort ne l'avait pas arrêté. Son ami Wilkes me l'a fait comprendre.
Pourtant qui choisirait Mary entre lui et moi ? Entre l'amoureux dangereux et l'amie menteuse ?
Potter est devant la porte. Je passe devant lui sans un mot. Si je lui disais avec qui est Mary, qu'est-ce qu'il ferait ? Est-ce qu'il l'aiderait ? Il se mêlerait de la situation, pour lui un serpentard et une gryffondor, quelle hérésie ! Il n'y a qu' à voir comment il martyrise Rogue à cause de Lily. Est-ce qu'il s'en prendrait à Mary, lui et sa bande, d'avoir osé aller plus loin, trop loin ?
« On commence ? T'es complètement perdue ou quoi ? C'est ce qui s'est passé hier qui te travaille comme ça ?
— Peut-être, je n'ai pas envie d'en parler.»
J'aurai dû annuler notre répétition, je me pose trop de questions. Je crois.
Mais la musique, comme beaucoup trop de choses, n'attend pas. Je lui montre les partitions. Je l'aide à lire et il apprend la partition. Potter reste concentré, aucune blague ne vient entraver notre étude. Peut-être que mon silence l'a perturbé, mais je devais me recadrer, ne rien dire, ne pas me laisser aller. Avec Potter tout semble trop facile, c'est un leurre.
On ne peut pas croire en son amitié, il a tout, pourquoi voudrait-il de vous ? Pour lui les mots sont faciles, les accolades faussement fraternelles. Il ne se rend pas compte de son hypocrisie. Voilà ce que je comprends. James Potter n'est pas méchant, non, il est ignorant de sa propre vilenie. Il se croit bon, se sait excellent. Il ne voit pas plus loin que son cercle très fermé. Ceux qu'il a vraiment accepté.
Je ne veux pas de lui ce qu'il ne sait pouvoir donner. Vraiment. Mais qu'il croit en notre relation, alors que nous ne sommes que des connaissances ? Qu'il pense que connaître ma maladie fait de lui mon ami, plus que mon maître-chanteur ? Je ne peux rien lui dire, honnêtement.
Pour moi il est juste un dos tourné, qui ne voit que ce qui l'intéresse. Est-ce que je suis pareille ?
Il joue quelques accords avant d'enchaîner une longue partie. Quelques ratés, il se rattrape, respiration, aiguë. Il joue bien, s'est-il entraîné dans son dortoir ? Que disent ses amis de sa musique ? Je le corrige. Nous avancerons vite.
Au bout de deux heures et demi que je n'ai pas vu passer, nous avons étudié deux musiques. Les bases ont été posées. La chorale doit chanter cinq chansons. Une fois que nous les connaîtrons correctement, nous pourront mêler le chant facilement. Nous éviterons pas mal de cacophonie en nous préparant avant de les rejoindre. Je me suis posée en chef pour nos répétitions mais ça n'a pas l'air de le gêner. Si je peux faire son éloge à Lily, il doit penser que ça vaut le coût de me subir. Je range mon violoncelle dans son étui quand une voix me fait sursauter :
« Alors, c'est ici que vous vous entraînez ?!
— Et oui ! Je ne peux rien te cacher mon vieux Patmol ! »
Sirius Black. Quel surnom affreux ! Pourquoi est-il ici ? Potter me regarde en souriant. Black n'a sûrement pas découvert cette salle tout seul. Même si la séance est finie, il ne fait que nous déconcentrer. Et si il y a bien une chose où je n'aime pas être dérangée, c'est en musique. Seulement, autant je ne ressens aucune gêne à diriger et rabrouer Potter, autant je n'ose pas dire à Black de décamper. Pour être honnête, il fait bien deux têtes de plus que moi et avec son visage de gardien d'Azkaban ce n'est pas vraim...
« Je viendrai bien vous écouter la prochaine fois.
— Hors de question ! »
J'ai presque crié tellement l'idée est inimaginable pour moi. Ils vont me prendre pour une folle.
« Je veux dire, il ne faut pas que l'on soit dérangé.
— Oh tu sais, il ne nous gênera pas vraiment...
— Je vous connais, ça va être l'enfer !
— Je vous laisse en amoureux, y'a pas de problème. »
En amoureux ?! Même si c'est une blague, il suffit qu'il s'amuse à le répéter à d'autres pour que ça devienne une rumeur ! J'ai un peu plus d'estime pour Potter, mais son meilleur ami est loin du compte. Je fixe Potter, apparemment il n'a rien dévoilé sur ma maladie. Je le remercierai une nouvelle fois. Plus tard. Ou pas. Dans l'instant je veux éclaircir un point :
— Tu ne lui as pas dit pourquoi tu as accepter de jouer dans la chorale ?
— Euh et bien, on a dit que c'était un secret, alors...
— Je te parle de Lily, Potter ! »
Il se met à rougir et Sirius à s'esclaffer. C'est fou, comme il perd de son prestige dès qu'on parle de Lily en face de lui.
« Alors comme ça, tu veux l'impressionner, Cornedrue ?
— Tu sais bien que oui. Et Magdalena a accepté de m'aider.
— Et pourquoi ça ?
— Parce qu'il m'a suppliée. Presque à genoux. »
L'intéressé me regarde avec des yeux ronds. Je ne me gêne pas pour mentir, seconde nature oblige. Après les événements d'hier, Black ne va plus me voir de la même manière. De totalement inexistante pour lui, je passe à la cupidon de service.
« Tu te doutes, c'était un moment assez gênant. Et comme ça fait plusieurs années qu'on se connaît, j'ai accepté de l'aider, un peu. Donc, laisse nous travailler tranquillement. S'il te plaît.
— Je vois, c'est du sérieux. Même si à mon avis tu perds ton temps James. Lily, elle est pas faite pour toi.
— C'est vrai que c'est tout son contraire.
— Mais arrêtez vous deux ! Vous vous êtes ligués contre moi ou quoi ? »
La situation est risible. Deux quasi inconnus qui se liguent contre un amour voué à l'échec. Je me sens moins gênée par sa présence. Il fait peur, surtout avec ce rire qui ressemble à un aboiement, mais finalement il est peut-être assez simple. Dans tous les cas, il est particulièrement bête pour croire que James Potter s'est incliné devant moi.
J'ai presque de la peine pour Potter. Personne ne croit en sa relation hypothétique avec Lily. Je range mon violoncelle. En sortant de la salle, nous nous séparons. Comme d'habitude, je dois aller à l'Infirmerie. Alors que nous sommes chacun d'un côté différent du couloir, j'entends Black faire une remarque sur mon sale caractère. Black est infect et orgueilleux !
En quelques jours j'ai vu plus de Maraudeurs que ce que je souhaitais. D'abord James Potter a découvert mon secret dans une situation extrêmement gênante. J'ai vomi sur l'un des garçons les plus populaires de Poudlard ! Ca me fait peur. Mes habitudes, mes protections, tout se chamboule. Tout ce dont j'étais sûre... Si je n'avais pas été malade, rien n'aurait changé.
J'ai l'impression de croiser partout son groupe de m'as-tu-vu. Je ne sais pas si ma confiance est bien placée en Potter. Parfois je crois pouvoir avoir foi en lui, et en un mot, une mimique, tout s'écroule. S'il n'arrive pas à conquérir Lily, est-ce qu'il trahira mon secret ? Je ne veux pas que ma Lily devienne une monnaie d'échange. Je refuse d'être si corrompue. Mais mes amies ne doivent jamais être au courant. Que puis-je faire pour être sûr qu'il ne parlera pas, même après que Lily l'ait repoussé une ultime fois ?
Je n'ai pas le choix. Les secrets doivent être protégés. Je ferai tout pour. Mon violoncelle est lourd, mon dos ploie, j'aime sentir cette masse. Elle me rassure.
A l'infirmerie, Pomfresh m'ausculte. Quand elle tâte mon ventre, je retiens une grimace. J'ai encore mal. Heureusement je n'ai pas de bleu, ce qui me permet d'affirmer sans sourciller que je vais très bien. Il ne s'est rien passé. Elle me donne un nouveau stock de potions. Je m'apprête à partir quand elle dit à un autre patient, caché derrière un paravent qu'il peut sortir aussi. Lupin.
« Aidez-la à remonter, voulez-vous ? Elle me semble un peu faible.
— Pas de problème, madame. »
Nous quittons ensemble l'Infirmerie, et sur le moment je maudis Pomfresh. De quel droit se permet-elle de demander de l'aide à ma place ? Je n'en ai pas besoin !
« Tu veux que je porte ton violoncelle ? Il a l'air lourd.
— Non, ça va, je peux me débrouiller seule. Je ne vois pas pourquoi Pomfresh t'as dit ça.
— Moi aussi je préfère me débrouiller seul. Mais parfois c'est bien d'avoir des amis sur qui compter. D'ailleurs, merci pour la dernière fois.
— De quoi tu parles ?
— Je n'étais vraiment pas bien. »
Je hoche la tête. N'en parlons plus. Oui, depuis que James Potter a découvert mon secret tout a changé, ma routine est brisée. J'ai ce frisson, je sens le danger. Les yeux noirs de Mulciber, les yeux noirs de Mary, les yeux haineux et blessés. Si je n'étais pas faible, rien ne serait arrivé. Je dois agir. Les sangles de mon étui brûlent mes épaules. Je déglutis. J'ai pris une décision.
Parfois il faut savoir attaquer. Me défendre et protéger mes amies. Je souris à Lupin.
« Tu as raison, parfois il faut savoir s'entraider. »
Il met mon violoncelle sur son dos. Je n'ai aucune confiance dans les Maraudeurs. Mais je dois m'assurer du silence de Potter. Il ne sortira jamais avec Lily, mais son échec ne doit pas retomber sur moi.
Je ne les aime pas mais Potter a de bons côtés. Si je deviens son amie, il ne me trahira pas. Etre dans leurs petits papiers ne pourra m'être que bénéfique.
