Black a décidé de se pointer à chaque fin de séance.

Et de plus en plus tôt, il se balance sur sa chaise et nous écoute. Malgré ma résolution de devenir amie avec les Maraudeurs, je ne peux m'empêcher de l'ignorer. Sa nonchalance se répand comme un gaz dans notre salle. Après avoir fait les gros yeux à Potter un nombre incalculable de fois, il a compris qu'il devait rester concentré. Aucune de mes amies ne vient nous déranger. Mary doit profiter de mes occupations pour aller voir l'autre et Lily ne veut sûrement pas être proche de Potter. Je veux c'est que Black s'en aille. Heureusement aucun autre Maraudeurs ne vient nous enquiquiner. Nous avons besoin de calme pour progresser.

Les semaines ont filé. Mes douleurs au ventre se sont estompées et nous voilà à quelques jours des vacances. Je n'ai pas envie de partir. Ce qui m'attend en dehors de Poudlard, je m'en passerai bien.
Depuis la bagarre dans le couloir, je n'ai plus eu à faire à des serpentards si ce n'est en classe. Je n'ai pas refait de crise non plus, les choses se sont calmées. La fin d'année pourrait bien se dérouler. J'arrive même à appeler Potter, James maintenant. J'ai eu du mal à m'y habituer et il a dû insister avant que je n'obtempère.

De même, le squatteur indésirable a fini par se calmer. Il écoute en silence, le plus souvent. Je l'ai même surpris le regard vague. A quoi pense-t-il ? On dit qu'il n'a pas une famille heureuse. Il ne parle jamais avec son frère. Les insultes ne comptent pas. Nous arrivons à la fin de la partition.

« Je n'aurai jamais pensé pouvoir faire ça. J'ai l'impression d'être un vrai musicien. »

Je souris. C'est vrai qu'il a progressé, mais il jouait déjà bien. A la rentrée nous pourrons débuter les répétitions avec la chorale.

« Magdalena, tu n'as jamais voulu rentrer dans le club de musique ? T'aurais pu y faire pleins de choses, non ?

— C'est pas trop mon genre.

— T'es plutôt une solitaire toi, c'est ça ? »

— Exactement. C'est pour ça que tu es de trop dans cette pièce.

— M'en fous, je partirai pas.

— Il est coriace.

— Tu l'as dit.

— Mais elle a de la répartie Kaltstein !

— Von Kaltstein. On les rejoue toutes une fois, James ! »

Je joue sans réfléchir, j'écoute James. Quelques fautes encore, il se rattrape, trop vite, voilà, c'est mieux. Black nous regarde. Il a l'air d'apprécier notre musique, c'est sûrement le principal. Ma mère ne dit-elle pas que c'est à la musique qu'on reconnaît un bon sorcier ? Pour une fois, j'aurai presque envie de la croire.

Nous terminons la séance et nous nous séparons. Nous ne repartons jamais ensemble.


Des semaines que je sais pour Mary et Mulciber. Des semaines que j'essaie de me convaincre qu'elle sait ce qu'elle fait. Des semaines que je sais que l'amour rend aveugle, idiot et faible. Je dois l'aider, je le sais au plus profond de moi. Ma vie à Poudlard a changé, les relations immuables, se meuvent. Je ne fais rien, je laisse Mary vivre son idylle. Est-ce mal ? Qu'est-ce que j'en sais ? Je suis incapable de prendre une décision. Si j'agis, je perds Mary.

Notre relation à changé, son regard n'est plus le même. Elle ne m'évite pas, elle est différente. Elle ne sait pas à quel point je sais garder un secret. En tant que meilleure amie, il est des non-dits que l'on voudrait trahir. Surtout quand Lily se questionne. Vous questionne.

« Elle est encore en train de s'entraîner pour la chorale.

— Oui.

— Magda ? Je, comment dire, je crois qu'elle nous cache quelque chose.

— Qu'est-ce qui te fait dire ça ?! »

Je me redresse contre le dossier du fauteuil. Nous sommes dans notre Salle Commune. Il fait nuit, ce n'est pas encore l'heure du dîner. Mary n'est pas là.

« J'ai voulu venir la chercher à la salle où elle s'entraîne. C'est bien la même que la tienne n'est-ce-pas ?

— Oui.

— Elle n'était pas là.

— Elle était sûrement partie plus tôt, non ?

— Je ne crois pas. Tu n'as pas remarqué... Les marques dans son cou ? Ce sont des...des suçons. »

Lily chuchote au point que je l'entends à peine et devient aussi rouge que ses cheveux. Je rougis aussi. Elle a remarqué, malgré les efforts de Mary, Lily ne s'est pas laissée berner. Mais ce n'est pas à moi de lui dire la vérité. Ce secret appartient à Mary, à elle de le dévoiler. Lily reprend, toujours à voix basse :

« Je suis persuadée qu'elle a un petit ami. Qu'est-ce que tu en penses ?

— C'est possible.

— Quand est-ce qu'elle va nous le dire ?

— Laisse lui le temps de faire sa mystérieuse.

— Ah ah, tu as raison ! »

Je tourne les pages de mon livre sur les grandes compositrices sorcières. Elle ne tardera pas à connaître la vérité, je le sens. Mary doit faire plus attention, Lily n'acceptera jamais leur relation. J'imagine notre amitié éclatée, chacune de mes amies campant sur ses positions, et moi tiraillée entre les deux. Je connais les motivations de chacune, je ne peux les juger. Mais il faudra bien trancher.

Je continue à feuilleter sans lire pendant une heure. Enfin, Mary revient. Elle s'affale à côté de nous. Lily la fixe un instant avant de porter son regard ailleurs. Elle ne l'interrogera pas aujourd'hui. Je crois que Mulciber n'a rien dit à Mary sur notre altercation. J'ai attendu, mais jamais elle n'a semblé au courant. Elle doit le prendre pour l'homme parfait. A-t-il honte de s'être fait battre ? Ou bien ne veut-il pas blesser Mary ? Veut-il se venger de moi ? Serait-il capable de faire du mal à Mary ?


Cette fois quand j'arrive dans notre salle, Sirius Black est déjà là.

« Où est James ?

— Il ne devrait pas tarder. »

Je ne sais pas quoi lui dire. Il se balance toujours sur la même chaise, il va finir par la casser. Je sors mes partitions.

« Pourquoi ?

— Comment ?

— Pourquoi, comme ça subitement, tu décides d'aider James ?

— Je te l'ai déjà dit.

— Vous nous détestez, tu suis Lily depuis des années. Et tout d'un coup tu te mets à l'appeler James ? J'y crois pas une seconde.

— Je m'en fiche que tu me crois ou non. Tu es son chien de garde ou quoi ? »

Il a un sourire mauvais. Qu'il me laisse tranquille. Je me mets face à lui, tendue :

« Ecoute-moi Black, j'ai autre chose à faire qu'à répondre à tes questions ! Potter et moi, on est là pour faire de la musique. C'est du sérieux, je ne sais pas ce que tu t'imagines et je ne veux pas le savoir. Ne te gênes pas pour partir, la porte est juste là.

— C'est Potter maintenant ?

— Tu m'agaces. »

Je m'emporte, je n'ai pas envie de discuter avec lui. Mais apparemment, il n'a pas l'intention de se taire :

« T'es une vicieuse.

— Quoi ?!

— Tu vois Kaltstein, t'es toujours renfermée. Je me suis même demandé ce que tu faisais à Gryffondor. Mais finalement, t'as du répondant.

— C'est ça que tu voulais vérifier ? Et pour la énième fois c'est Von Kaltstein. »

Ce gars a un problème ? Je comprends pourquoi il en a avec sa famille s'il est aussi insupportable. Il finit par se lever.

« Tu n'as pas répondu à ma question.

— Si, et je ne vois pas pourquoi tu es aussi suspicieux. Tu vas me dire que c'est encore une habitude, Black ? Comme celle de tabasser des serpentards ?

— Exactement. »

Il est imbuvable.

« Tu es imbuvable.

— Tiens... Ca me donne une idée ! Prête pour un petit défi ?

— Hein ?

— J'ai besoin de voir si je peux te faire confiance.

— Je n'en ai strictement rien a faire que tu ais confiance ou non en moi !

— Si je dis à James de laisser tomber la chorale, il le fera.

— Bien sûr que non, il espère draguer Lily grâce à elle !

— Et si je balançais tout à Lily ? »

Je me fige. C'est bien connu, tous les Black sont allés à Serpentard, sauf lui. Erreur de répartition, il n'y a aucun doute possible.

« Alors ? Bien, voilà mon défi : Pour fêter Noël, rien ne vaut des bouteilles de whisky pur-feu. Je te montre un chemin sûr, tu récupères ce qu'il faut. Et surtout, tu en boiras !

— C'est complètement idiot...

— C'est un défi ! Montre que tu peux être folle et idiote.

— Je refuse. Ce genre de défi t'apportera quoi ?

— La conviction que tu sais vivre à la Maraudeur ! »

Absurde. C'est du pur chantage. Il veut voir si j'ai du cran. Si l'entreprise de Potter a une chance grâce à moi ? Que je ne vais pas le lâcher en chemin ? Mais je fais déjà ça pour le remercier à la base, je ne veux pas me retrouver piéger comme ça ! Black serait bien capable de tout révéler à Lily. Comment pourrai-je me justifier ?

« Ah ! Mon cher Cornedrue, je tiens à t'annoncer que Kaltstein a accepté un défi !

— Houlà, qu'est-ce-que t'as encore bien pu inventer ? Il fallait pas accepter Magdalena ! Dites-moi tout !

Potter vient d'arriver et se met également à se balancer sur une chaise. Je reste debout, figée.

— Je n'ai rien accepté du tout ! Il veut tout dire à Lily si je ne lui obéis pas !

— Ah non, tu vas pas me faire ça, Patmol !

— C'était pour rire, tu sais bien que je te trahirai pas, Cornedrue !

— Si c'est clair les amoureux, on peut commencer à s'entraîner, non ?

— C'était quoi le défi, alors ? »

Black lui explique et comme je le craignais, Potter est enthousiaste.

« T'as toujours de bonnes idées.

— Je ne le ferai pas.

— On peut prévoir ça, une nuit.

— Le vendredi avant les vacances ?

— Parfait !

— Ne comptez pas sur moi ! »


Quelque chose me tapote la tête, je grogne et me retourne dans mon lit. Je donne un coup au-dessus de mon visage. Le tapotement insistant continue. J'ouvre un œil. Qu'est-ce-que ? Dans la pénombre, j'aperçois une cocote en papier qui vole en face de moi. Elle se balance et me pique avec son bec. Je l'écrabouille d'un geste. Qui m'a envoyé ça ? Lily et Mary dorment.

« Lumos »

Aidée de la lueur de ma baguette, je défroisse le papier :

Nous t'attendons en bas.

Ne te rendors pas et habille toi chaudement !

Il est temps de prouver ce que tu vaux !

Black

Ils ont osé ! J'ai dit que je ne participerai pas à leur gaminerie. Je froisse le parchemin et le jette sous mon lit.

« Nox, »

Je suis renfoncée dans mes oreillers, presque rendormie, quand une nouvelle attaque de cocotte vient me réveiller.

On insistera autant de fois qu'il le faudra !

Pas le choix. Je vais leur faire comprendre qu'il est hors de question que je rentre dans leur combine. Demain, je prends le Poudlard Express pour rentrer à Londres, pas question de faire n'importe quoi cette nuit. Je mets ma robe de chambre, saisis ma baguette et descends en silence vers la Salle Commune. Les deux énergumènes sont près de la sortie.

« Te voilà enfin !

— T'es en robe de chambre ! On t'a dit de t'habiller chaudement.

— Je ne viens pas, arrêtez de me harceler !

— Bien sûr que tu viens. T'es une gryffondor ou quoi ? »

Potter et Black me saisissent chacun par un bras et me traînent vers le tableau de la grosse dame. J'hésite à crier et me retiens. Comment j'expliquerai cette situation ? J'aurai dû rester en sécurité dans mon dortoir ! Je n'aurai eu qu'à subir leurs stupides cocottes volantes !

« Arrêtez, je dois prendre le train demain matin...

— Et bien tu te reposeras dedans. »

Avant de sortir, Potter nous enroule dans une cape étrange, tandis que Sirius range dans sa poche un parchemin. On dirait le même que celui de Potter la nuit où je me suis retrouvée dans les couloirs avec lui. Ils ne me lâchent pas et nous sortons dans le couloir. Nous avançons, il fait noir, pas un bruit. Des courants d'air glacés s'infiltrent dans mon pyjama. Seul mes deux gardes me procurent un peu de chaleur. Proximité gênante, je chuchote :

« Laissez moi par Merlin.

— On te lâche si tu nous suis sans discuter.

— Mais vous êtes de purs...

— De purs maraudeurs, merci du compliment. »

Ils me lâchent. Nous sommes sous une cape d'invisibilité, je crois... Si je me précipite dans le couloir, je vais tomber sur Rusard ou un professeur. Mais plus j'attends, plus ils m'emmènent loin de ma tour. Je n'ai plus le choix. Je mords ma lèvre inférieure. L'excitation. Je suis contente d'être là ? Qu'est-ce que j'ai à perdre ? Bien moins que si je décide de rentrer seule. Avec ces deux là, je ne me ferai pas prendre.

« Pourquoi Pettigrew et Lupin ne sont pas avec vous ?

— On ne tiendrait pas tous sous la cape.

— Et demain, Peter repart chez lui.

— Moi aussi !

— Et puis, c'est entre nous trois cette fois. »

Potter. James. Il protège mon secret ? Cela vaut mieux si le moins de gens possible sont au courant de notre entreprise. Lupin serait du genre à poser des questions et à sermonner. Pettigrew... Aucune idée. Nous descendons jusqu'au troisième étage. Devant la statue d'une sorcière borgne et bossue, Black sort sa baguette et tapote sa bosse.

« Dissendium. »

Une ouverture. Les Maraudeurs portent bien leur nom, je ne connaissais pas ce passage. Où mène-t-il ? Je descends des marches et arrive dans un tunnel étroit qui s'étend dans la pénombre. Ils me rejoignent. James plie sa cape et la range soigneusement.

« Il fait beaucoup trop froid !

— On t'avait dit de te couvrir !

— Aestum corpus ! Ca va mieux Magda ? Désolé, j'étais tellement emballé que je n'ai pas fait attention.

— Oh, elle est pas en sucre !

— Merci, ça va mieux. Et Black, même si je ne suis pas en sucre, un peu de gentillesse ne te ferait pas de mal !

— Est-ce que c'est de ma faute si tu n'es même pas capable de t'appliquer un sort de deuxième année ? Allez, on avance !

James passe devant moi en levant les mains, sa baguette l'éblouit et donne à son visage des traits étranges. Avec sa sollicitude poussée, j'ai eu peur que Black ne se pose des questions. Sauf qu'il est bien trop égocentrique pour ça. Mon ignorance a fait diversion. Et Black a tapé dans le mille, je ne me rappelle absolument pas de ce sort. Moi, Magdalena Von Kaltstein, je ne me rappelle pas d'un sort basique qui aurait pu m'éviter les hivers rugueux de Poudlard ! Je suis sûre que Black ment, aucun élève de l'école ne connaît ce sortilège ! Lily me l'aurait donné sinon !

J'avance à grandes enjambées pour rattraper les deux Maraudeurs. Seule la lumière bleutée de ma baguette m'empêche de me fendre le crâne contre la roche. Nous marchons un long moment. Contrairement aux couloirs de tout à l'heure, ils discutent sans baisser la voix. J'en déduis que nous ne risquons plus de nous faire attraper. Vu la distance parcouru, nous devons même être loin du château, au moins au bout du parc. Je ne suis plus qu'à quelques pas d'eux :

« Vous m'emmenez à Pré-au-Lard, c'est ça ?

— Quelle déduction !

— Je crois qu'elle est encore endormie.

— On aurait dû la réveiller avec un grand seau d'eau glacée. »

Je ne leur réponds pas. Sirius Black et James Potter sont intenables quand ils sont ensemble. Et je me retrouve bloquée avec eux. Nous continuons à avancer. Au bout d'un moment, le tunnel semble remonter. J'aperçois une trappe.

« Où ça mène ?

— Tu verras bien ! »

Des deux mains, je pousse la trappe vers le haut. Elle n'est pas verrouillée. Je l'entrouvre légèrement et regarde par l'interstice. Il fait noir, je tends ma baguette. Des emballages, des cartons, des bocaux remplis de dragées colorés. Je me retourne :

« C'est chez Honeydukes ?! »

Ils hochent la tête d'un même mouvement. Je croyais que leur plan consistait à ce que je récupère de l'alcool. S'ils ont changé d'avis, ça me va. Nous nous faufilons à l'intérieur des stocks.

« Il ne reste plus qu'à les trouver.

— Trouver quoi ?

—Les caisses de whisky ! »

Si j'en doutais encore, ils ne rigolent pas. Il y a des caisses débordantes de bonbons jusqu'au plafond, qu'est-ce-que de l'alcool pourrait fabriquer dans une confiserie ? Les garçons farfouillent partout, je vois Black empocher un paquet de Bertie Crochue.

« Faites moins de bruit !

— T'inquiètes, les propriétaires dorment au premier étage. Ils ne peuvent pas nous entendre.

— Surtout avec ce qu'ils ont dû écouler ! »

Ils éclatent de rire. Ils sont fous. Je pensais qu'il y avait peut-être un sort de détection, mais pas les propriétaires juste au-dessus de nous ! Et ils seraient alcooliques ? Comment peuvent-ils être au courant ?

« C'est là !

— Parfait ! Prends en au moins trois. »

Je me demande pourquoi ils m'ont amenée ici. Je reste plantée sans rien faire, à les observer. Ils reviennent avec quatre bouteilles. Nous allons boire tout ça ? J'entends un bruit. Comme des pas au-dessus de nous.

« Chut ! Écoutez !

— Quoi, qu'est-ce-qu'il y a ?

— Quelqu'un arrive ! »

Nous nous précipitons dans le passage secret. Nous attendons dans le noir en silence. Tout juste. La porte s'ouvre en haut, l'escalier grince. J'entends un bruit de voix, des bruits étouffés. On va se faire avoir. Est-ce qu'on a laissé des traces ? L'entrée du passage n'est pas si bien cachée. Des rayons de lumière passent à travers les fentes du parquet. Nous ne bougeons pas. Après un long silence, la personne remonte les marches. Nous partons doucement dans le tunnel, plus nous nous éloignons, plus je me détends.

« Ils nous avaient entendu.

— Peut-être bien !

— Ou alors ils venaient prendre une bouteille eux-aussi !

— Si c'est le cas, ils vont remarquer la disparition de quatre d'entre elles.

— Impossible. On a lancé un sort de dédoublement. »

Arrivés sous la statue bossue, James nous entoure de nouveau avec sa cape. Black regarde encore son parchemin, mais je n'arrive pas à voir ce qu'il y a dessus. Il le range et fait signe à James.
Nous remontons jusqu'au septième étage, puis bifurquons à l'opposé de notre tour.

Nous marchons pendant un bon moment avant d'arriver devant un tableau de trolls. James se met à faire des aller-retours. Je n'essaye même plus de suivre son comportement étrange. Tout d'un coup, une porte apparaît dans le mur. Je rentre dans une pièce remplie de fauteuils et de coussins. Au centre une table basse. Black y dépose les bouteilles.

« Qu'est-ce que c'est cet endroit ?

— Pff, jeune innocente, et ça fait sept ans que tu es à Poudlard ? »

Je me tourne vers James pour obtenir une réponse, il débouche une bouteille, Black s'affale dans un fauteuil et attire un verre à lui d'un coup de baguette.

« C'est la pièce va-et-vient ! Peu importe ce que tu as besoin elle te le donne !

— Je n'en ai jamais entendu parler.

—Elle est mentionnée dans certains livres sur Poudlard.

— On en a mis du temps pour la trouver ! D'ailleurs, j'espère que tu sais garder un secret !

—N'ai aucun doute la dessus, Black. »

Je m'assieds à mon tour et hume le contenu d'un verre. L'odeur pique. Je n'ai jamais bu de whisky-pur-feu. Ils me regardent goguenards, j'avale une gorgée. Un long frisson me parcoure.

« C'est infect !

— Ca revigore, oui ! »

Les deux garçons trinquent et boivent cul-sec. Leurs joues prennent une teinte rosée. Sans attendre ils se resservent. Depuis quand font-ils ce genre de soirée ?
Je regarde le liquide ambré. D'un côté, je suis tentée de boire comme eux. Ce serait assez inouï pour quelqu'un comme moi. Contrainte depuis toujours à suivre des règles de vie strictes. De l'autre, ca ne me ressemble pas. Qu'est-ce que je fais là ? Boire un tel alcool pourrait avoir des conséquences terribles sur mon corps. Mais déjà une agréable chaleur s'est répandue, remplaçant le sort amoindri de James. J'avale mon verre d'un coup.

« Voilà Kaltstein ! C'est ça qu'on veut voir !

— Von Kaltstein ! Serre moi un autre! »

Black s'empresse de m'obéir, tandis que James est bouche bée. Tant mieux, je ne supporte plus son autre regard, plein de pitié et d'inquiétude.

« Allez James ! Reprends en aussi !

— Allez Cornedrue !

— Si vous insistez ! Hop, hop ! »

En quelques minutes, la première bouteille est déjà quasiment vide. La pièce est cotonneuse, incroyablement confortable, je m'affaisse dans le canapé.


« La vérité, c'est une véritable harpie, tu peux même pas imaginer. »

James dort, il ronfle, trois bouteilles sont vides. Je sirote mon verre, les jambes repliées, Black s'est assis à côté de moi. Il parle de sa famille. J'sais plus comment nous sommes arrivés là.

« Enfin, bref, c'est là que la famille Potter m'a accueilli. Les parents de James sont géniaux, du genre... »

Il pousse un rot écœurant. Je me recule à cause de l'odeur.

« C'est pour ça que j'comprends pas... Qu'est-ce que tu fais là au juste ?

— C'est toi qui m'a lancé un défi.

— J'te parle pas de ça !

— J'comprends rien.

— T'es complètement saoule, non ?

— Ca veut dire que j'ai remporté ton défi !

— Ca veut surtout dire que tu veux pas que j'aille parler à Lily de ta petite magouille. James veut rien me dire, mais il peut rien me cacher. Y'a un truc qui colle pas. »

Même complètement ivre, il veut me tirer les vers du nez. S'il croit qu'il m'impressionne !

« Moi, c'est pas facile non plus avec mes parents. Pas du même genre que les tiens mais ça craint quand même.

— Du genre ?

— Des fous de travail, j'les vois jamais. Et rigides... Surtout père, alors lui, si je pouvais pas être dans ses pattes, il serait tellement heureux.

— Et c'est pas des Serpentard, t'es sûre ?

— Viennent de Durmstrang. Ouais... »

Ouais. Si j'étais morte, il s'en porterait bien mieux. Plus ce dégoût, cette colère. Je cligne des yeux. C'est l'alcool. Je me redresse.

« Quelle heure il est là ? »

Une horloge apparaît dans un coin de la salle. Quatre heures du matin.

« Houlà ! Faut que je retourne à mon dortoir ! James réveille toi, James !

— Laisse tomber, il se réveillera pas, c'est une vraie souche. »

Black a pris ma place et s'est étalé sur le canapé. Il a pas l'air de vouloir bouger, plutôt de dormir.

« Tu voudrais pas me ramener ?

— Hein ?

— S'te-plait ?

— Pionce ici, y'a tout c'qu'il faut ! »

Un lit rouge et or avec un édredon épais apparaît.

« Je veux pas que les filles voient que je suis pas là.

— Pff.

— Et puis, il ronfle trop fort. »

Potter fait le bruit du Poudlard Express. Black doit être habitué, mais peux pas moi.

« Ok... »

Il farfouille dans les poches de Potter et en sort la cape. Potter se réveille pas, il bouge pas. Black, dos à moi, chuchote quelque chose. Je m'approche.

« Du balai ! Secret de Maraudeurs! »

Enfin, il nous recouvre et on sort.

« A cette heure, y'a plus grand monde. A part Rusard.

— Ok. »

On marche, les angles des murs sont trop proches. En quelques minutes on est de retour devant la Grosse Dame. On l'appelle plusieurs fois, le plus bas possible pour la réveiller. Elle sursaute, regarde à gauche, à droite. Mot de passe, elle ouvre, affolée de ne pas voir qui lui parle.

Une fois débarrassée de la cape, j'fais un signe de main à Black et commence à monter les marches de mon dortoir.

« Kaltstein, j'oublie pas que t'es louche. Tu dis pas la vérité et James non plus. Je veux savoir pourquoi et j'abandonnerai pas avant d'savoir.

— Tu devrais confiance confiance en ton Cornedrue.

— C'est en toi que j'ai pas confiance.

— Alors, voilà : Secret entre un Maraudeur et moi. Secret Von Kaltstein !

— Tsss...

— Vais pas lui faire de mal à ton Cornedrue ! C'est lui qui m'a demandé de l'aide ! De toute manière, il a bien le droit de faire ce qu'il veut. »

Il est ultra possessif, par Morgane ! Faudrait qu'il lâche la grappe de Potter ! Je grimpe les escaliers sans qu'il me retienne encore. Doucement. J'avance et entre dans notre chambre. Je me glisse dans mon lit. Mes cheveux pue, j'les tire en arrière. Tête qui tourne, l'impression de tanguer, que tout va trop vite.
Black va me poser des soucis. Je n'arrive pas à me rapprocher de lui, il est aussi fermé que moi. Au moins me suis acquittée du défi. Et s'il a confiance en Potter... Ca ira peut-être.


Un rayon de lumière passe à travers le rideau de mon lit et se frotte à mon visage. Mon nez est glacé, je m'enfouis sous la couverture. Des percussions résonnent, tambourinent et claquent contre mes tempes. J'ai la bouche pâteuse, la langue épaissie, j'ai soif. Je sens.

Je regarde l'heure. Neuf heures trente-sept. Beaucoup trop tôt. Je me redresse. Le Poudlard Express part à onze. Je me traîne jusque dans la salle-de-bain. Les filles dorment encore. Je profite de ce répit pour me redonner figure humaine. J'ai le teint terne, des cernes noires, les dents jaunies et la langue blanchâtre. Je fonce sous la douche et fais couler de l'eau brûlante. Je me frotte de la tête aux pieds.

Quand je sors de la salle-de-bain, il est dix heures dix. Mary et Lily s'étirent.

« Failamalle! »

Mes affaires sortent de divers endroits et s'empilent en tas dans ma malle. Je la referme et la boucle. Prête.

« Alors vous profitez de votre premier jour de vacances ?

— Oui, contrairement à toi. Tu as une tête de déterrée !

— J'ai mal dormi. Le stress du départ !

— On se revoit dans deux semaines, ça va passer vite.

— Avec mes parents ? J'aurais préféré rester à Poudlard. »

Les filles s'habillent, je prends mon violoncelle, laisse ma malle et nous descendons dans le hall. Je n'ai pas le temps de déjeuner, mais mon estomac est si serré que je n'aurai rien pu avaler. C'est peut-être le fait de partir, c'est sûrement la cuvée de cette nuit. J'ai encore l'esprit embrumé. Nous nous serrons dans les bras les unes des autres.

« Prenez soins de vous. »

Je fixe plus longtemps Mary.

« Et joyeuses fêtes. »

Nous nous quittons sur la promesse de nous écrire. Dans le parc, une foule d'élèves rentrent pour la fin d'année. Surtout les plus jeunes à qui ils restent de nombreuses années pour profiter de Poudlard.

Arrivés au portail, nous grimpons dans les calèches magiques, je me retrouve coincée avec des troisième années, et passe dix longues minutes à essayer d'oublier leur cris. Dès que nous sommes à la gare de Pré-au-Lard, je fonce sur le quai. Le train est là, un gros nuage de vapeur l'accompagne. Je pars m'installer dans un wagon, j'espère que personne ne viendra me déranger, j'ai du sommeil à rattraper.

Pendant huit heures, je comate. Je ne me lève que pour acheter des patacitrouilles au chariot à bonbons. Des poufsouffles se sont installés dans mon wagon, mais ils restent calmes. Ce sont des deuxième années, je suis presque sûre de les impressionner. Le goût acidulé des patacitrouilles me donne envie de vomir.

Quand nous arrivons à la gare de King Cross, il fait nuit. J'émerge et prépare mes affaires pour descendre, le temps d'enfiler ma cape, les autres sont partis. De la fenêtre du compartiment, je vois une cohue dense, des parents qui embrassent leurs enfants. Je tire ma malle et sors dans le couloir. Une fois sur le quai, je me pose dans un coin et attends. Des familles transplanent, d'autres passent par la barrière de la voie 9 ¾ pour partir dans le monde moldu. Moi aussi, je pourrai y aller. Juste quelques minutes, me balader dans l'autre gare. Mais non, il ne devrait plus tarder.

Quelque chose tire sur ma cape. Je baisse la tête, Mory me sourit.

« Bonjour Miss ! Mory est venu vous chercher !

— Comme d'habitude... Comment vas-tu Mory ?

— Oh bien Miss, très bien ! Permettez. »

Mon Elfe de Maison prend ma malle. Il ne fait pas plus de soixante-dix centimètres de hauteur, il a la peau fripée et brune, un long nez qui fini en pied de marmite et deux yeux globuleux jaunes. Il porte pour toge, un drap de lit blanc. Avec douceur mais fermeté, il me prend la main et nous disparaissons.


Le salon est vide. Enfin, vide de mes parents. Ils sont au cabinet. Je balance ma cape sur le sofa, un feu est allumé dans la cheminée, je m'assieds dans un des fauteuils de cuir. Mory plie ma cape, prend mon violoncelle et ma malle et transplane pour les ranger dans ma chambre.

Notre salon, ainsi que les autres pièces du manoir, est décoré avec de la marqueterie aux bois sombres, des tentures lourdes, des tapis profonds, des objets précieux. Rassurants et étouffants. Moi qui ais grandi dans cette atmosphère ouatée, remplies de silences, je n'ai qu'une envie : repartir. Dire qu'en ce moment je pourrai être avec mes amies.

Je monte les escaliers jusqu'au troisième étage, je prends le corridor de gauche et sans hésiter, j'ouvre la dernière porte, celle de ma chambre. Une vaste pièce dans le même style que le reste du manoir, si ce n'est qu'ici tout est en bleu ombré. Une couleur pas très Gryffondor.

Mory a déjà rangé ma malle et tous les effets qu'elle contenait sont disposés sur les étagères ou pliés dans mon armoire. Mon instrument trône sur un présentoir, les partitions son disposées sur un guéridon. Sur mon bureau, mes plumes et mes rouleaux de parchemins m'attendent. Je m'empresse de rédiger une lettre.

Lily, Mary,

Je suis bien rentrée chez moi. Le trajet a été long sans vous. Heureusement que j'avais une horde de troisième année pour me tenir compagnie...
Comme je le pensais, je n'ai toujours pas vu mes parents, mais ils ne devraient plus tarder et ne plus me lâcher d'une semelle.

Nous devons partir demain à Rottweil. Mon grand-père vit dans une maison incartable là-bas. Je vous tiendrai au courant de mes aventures dans cette ville moldue que je n'ai de toute manière pas le droit de visiter.

J'ai hâte de vous revoir,

Magda.

Le ton est pleurnichard mais je n'ai pas envie de la réécrire. Mon mal-de-tête s'est estompé, je suis lasse. Je plie le parchemin, y appose un sceau et marque la destination, il ne me reste plus qu'à attraper Atropos pour qu'il parte dès ce soir.
Je monte jusqu'au domaine de la bête, une petite volière dans une tour circulaire avec deux grandes ouvertures. Mory doit souvent nettoyer cet endroit, il y a peu de déjection. Mon seul point de comparaison étant la volière crasseuse de Poudlard où une centaine de hiboux et chouettes vivotent. Atropos est perché sur les poutres les plus hautes, je l'appelle sans qu'il daigne descendre. Quel dédain ! Quel toupet !

« Tu vas descendre, nom d'une baguette ! »

Au bout de dix minutes où je commence à geler, j'hésite à appeler Mory pour m'aider quand Atropos se décide enfin à descendre. Je tends le bras et ses serres s'y agrippent. J'attache la lettre et il s'envole par une fenêtre sans me jeter un regard de plus. J'ai des marques rouges sur le bras. Je n'attends pas de le voir disparaître dans le ciel pour redescendre en bas, il fait trop froid et je les assez vu comme ça.
De retour dans ma chambre, je me débarrasse de mes vêtements et enfile une robe de coton noir. Je me cale sous ma couette pour me réchauffer. Je baille, j'ai le temps de dormir un peu avant qu'ils ne rentrent.

Je rouvre les yeux deux heures plus tard. Un feu s'est allumé dans la cheminé, une douce lumière orangée éclaire ma chambre. Je m'étire, neuf heures du soir. Je vais dans le salon, personne n'est là. Dans la cuisine, Mory brique la vaisselle. Une mixture cuit dans un chaudron.

« Oh Miss, vous êtes réveillée !

— Mes parents ne sont toujours pas rentrés Mory ?

— Oh non Miss, il est encore tôt avant leur retour ! Monsieur et Madame travaillent tellement dur...

— Et bien je vais manger ici alors, qu'est-ce que tu as préparé ?

— Soupe de potiron, poulet rôti, gratin de pommes de terre, tarte à la mélasse, Miss !

— Parfait. »

Mory me sert un bol de soupe épaisse. Je bois par lampée, pendant que Mory vaque à ses occupations. Depuis que je suis petite, il s'occupe de moi. Quand ma préceptrice partait le soir, Mory prenait le relais. Je ne peux pas dire que j'ai eu une enfance malheureuse, tous s'occupaient de moi et mes parents ont essayé à leur manière d'être présents. Mais j'étais seule, ce soir aussi.

La soupe m'a calée, mais je fais honneur aux plats de Mory est mange ce qu'il m'apporte. Quand j'ai fini ma part de tarte, je le remercie, il s'incline devant moi.

« Bonne soirée, Mory.

— Bonne soirée Miss, n'hésitez pas si vous avez besoin de quoi que ce soit, Miss »

Je m'installe dans le salon avec mon violoncelle. Je n'ai aucun mal de ventre qui me tenaille alors que ma beuverie aurait dû m'y conduire. Ce qui signifie que mon nouveau traitement fonctionne à merveille. Et que j'aurai peut-être pu rester à Poudlard avec mes amies.

Il est tard, je les attends depuis trop longtemps. Je remonte dans ma chambre, la porte de ma salle-de-bain est ouverte, des vapeurs colorées s'en échappent. Mory m'a préparé un bain. Que ferai-je sans lui ? Je m'immerge.

Les deux semaines à venir risquent d'être longues. Demain ce sera Noël et nous partirons pour Rottweil. Là, il ne s'agira que de passer des heures attablés à palabrer. Si nous sortons, ce sera pour rester dans le parc privé. J'aime mon grand-père, mais pas ces réunions familiales.
On m'écoutera jouer du violoncelle, on m'applaudira, père dira de ne pas relâcher mes efforts. Grand-père voudra disputer une partie d'échec. Mon père n'acceptera pas de perdre. Et s'ensuivra leur rivalité filiale. Ni hargneuse ni bon enfant, une tension palpable pesante. Comment a-t-il pu reproduire ce schéma avec moi ? Peut-être qu'il le sait, sûrement qu'il considère que ce n'est pas la même chose. Que ce n'est pas grave, que je ne mérite pas plus.
Passer des journées entières avec lui va être difficile. J'espère que mon arrière-grand-père sera là. Lui au moins m'a toujours comprise. Malgré les années passées, je sais qu'il me comprendra. J'aimerai tellement le voir. Malgré tout ce qui s'est passé.