Ch. 2 - La chaumière

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Il venait de franchir la limite, encore...

La première fois, il avait osé l'embrasser pour la convaincre de ne pas le laisser en plant, après l'avoir traitée comme si elle était responsable de tous ses maux.

Était-il encore en train de profiter de sa faiblesse ou était-il sincère ?

Hermione ne savait pas quoi en penser, son jugement était perturbé par ces deux perles grises qui la fixaient intensément. Elle décida d'être fidèle à elle-même, sincère et honnête, quelque soit la personne qu'elle avait en face d'elle, Malefoy ou non.

- Je... je n'ai pas détesté chaque moment, avoua-t-elle d'une voix à peine audible.

Un sourire se dessina sur le visage de Drago, et des rougeurs firent leur apparition sur ses joues pâles, mais son regard resta accroché aux yeux bruns d'Hermione.

- Je ne te déteste pas, Drago... reprit-elle. Cette année à changé beaucoup de choses pour moi...

- Pour moi aussi, sourit-il.

- Au début... J'ai pensé qu'on m'infligeait une punition lorsqu'on m'a annoncé que je devrais passer toute une année avec toi... et tu ne m'as pas rendu les choses faciles en te comportant comme un gros bébé capricieux, sourit-elle d'un air moqueur. Mais...

- Mais quelque chose a changé, finit-il à sa place.

- Oui... confirma-t-elle en plongeant son regard chocolat dans le sien. Je ne sais pas quoi, et je ne sais pas non plus depuis quand exactement... je sais juste que je ne te vois plus comme je te voyais avant...

- Alors... comment me vois-tu à présent, demanda-t-il les yeux brillants.

- C'est ça le problème Malefoy... Je n'en sais rien. Parfois, ta simple présence m'ulcère et me met hors de moi tellement tu m'agaces. Alors qu'à d'autres moments... Je suis contente que tu sois là et j'apprécie ta présence.

- Et là maintenant ? Tu es plutôt agacée ou... plutôt contente ?

Flash-back

Hermione et Drago arrivèrent devant une petite chaumière isolée après avoir été déposés par une bétaillère qui transportait des brebis.

- Nous y sommes... soupira-t-elle en tirant sa valise à l'intérieur après avoir ouvert la vieille porte grinçante avec une grosse clef piquée de rouille.

Elle abandonna sa valise au pied du petit escalier - enfin... ça ressemblait plus à une grosse échelle qu'à un escalier - et se dirigea directement vers le coin cuisine. Elle actionna l'antique pompe à eau au dessus du grand bac en zinc qui faisait office d'évier et se rinça les mains et le visage.

- Par Salazar... je n'arriverai jamais à me débarrasser de cette odeur de bétail, se plaignit Drago en s'affalant sur une chaise bancale.

- Je doute qu'il y ait une salle de bain ici, Malefoy... cette maison est, de toute évidence, très ancienne et ceci est le seul point d'eau, fit-elle en tapotant l'évier. Il va falloir que tu prennes ton mal en patience...

- Ce taudis est un vrai cauchemar ! Donne-moi ma baguette, Granger !

- Tu sais très bien qu'on n'a pas le droit d'utiliser la magie... en plus je ne l'ai pas ta baguette, elle est dans un coffre à Gringotts.

- Alors toi fais-le, grogna-t-il. Juste un sort pour donner un coup de propre, qu'on n'ait pas l'impression de vivre dans une étable...

- C'est parfaitement proscrit, arrête d'être aussi borné et bon sang cesse de te plaindre ! fais une pause avec les jérémiades, merde ! s'énerva-t-elle.

Elle vint s'asseoir sur l'autre chaise, en face de lui, en posant deux verres d'eau sur la petite table, sans délicatesse.

- Écoute Malefoy... soupira-t-elle, faisant de gros efforts pour se ressaisir. On est là juste pour une nuit. Demain à la même heure on sera dans une jolie maison tout confort, alors soit patient et arrête de geindre s'il-te-plaît... lui dit-elle calmement.

Le jeune homme prit le verre, de mauvaise grâce, et le bu d'une traite. Il la regarda en soupirant, profondément agacé par la situation. Le Magenmagot s'était bien acharné sur lui. Non content de lui coller la Miss-je-sais-tout dans les pattes, on l'envoyait se perdre dans une baraque miteuse au milieu de nulle part, et en plus on le privait de sa baguette et de toute forme de magie ! Le pire était de devoir vivre comme un moldu, parmi d'autres moldus, qui ne parlaient même pas la même langue en plus !

- Il n'y a qu'un lit, juste là, en haut de cette échelle. Comment veux-tu qu'on procède, demanda-t-elle poliment.

- Je te le laisse, je prendrai le sofa.

- Trop aimable Malefoy... sauf qu'il n'y a pas de sofa ici, tu vois bien.

- De mieux en mieux... soupira-t-il en regardant autour de lui. Et bien je passerai la nuit sur cette chaise. Je ne trouverai pas le sommeil de toute façon...

Hermione le regarda d'un air étrange, partagée entre l'exaspération et la compassion.

- Quoi ? Pourquoi me regardes-tu comme ça Granger, cracha le blond, de mauvaise humeur.

- Ce n'est pas facile pour moi, et j'imagine que ce doit être pire pour toi... Je suis désolée de ce qui t'arrive...

- Oh je t'en prie Granger, pas de ça avec moi ! Tu es ravie de ce qui m'arrive, ne le nie pas !

- Pas du tout, je t'assure que-

- Que quoi ?! la coupa-t-il, énervé.

- Que j'ai de la peine pour toi, déglutit-elle difficilement.

- Bah ça alors ! La célèbre Hermione Granger - héroïne de guerre - a de la peine pour ce vaurien de Drago Malefoy, comme c'est touchant ! Tu sais où tu peux te la carrer ta pitié, hurla-t-il en balançant son verre qui se fracassa contre un mur et fit sursauter la jeune femme.

- Tu as le droit d'être en colère Malefoy, mais je ne suis pas responsable de ce qui t'arrive ! Je sais très bien ce que tu essais de faire, je ne suis pas stupide !

- Ça alors ! Que c'est surprenant... et que sais-tu alors, Miss-je-sais-tout ?

- Tu me pousses à bout pour que je sorte de mes gonds et que j'utilise la magie sur toi. Tu crois peut-être que ça mettrait fin à ton calvaire mais tu te trompes, ce serait bien pire !

- Être coincé ici avec toi, je ne vois pas comment ça pourrait être pire, asséna-t-il sans ménagement.

- Très bien Malefoy. Si c'est moi ton plus gros problème alors je vais t'épargner mon insupportable présence, cracha-t-elle, profondément vexée.

Excédée, Hermione se leva, attrapa sa valise et sortit en trombe de la chaumière, se dirigeant droit vers le large sentier par lequel ils étaient arrivés un peu plus tôt. Drago, seul et unique témoin de cette crise, était resté figé, ne sachant ni quoi dire, ni quoi faire pour retenir la jeune femme qui avait elle-même tenté de le calmer. Il réalisa qu'elle était la seule personne qui lui restait, que ça lui plaise ou non, et qu'il venait de la faire fuir. Il se sentit soudain minable et honteux, il se leva alors si vite que sa chaise fut éjectée en arrière, et il se lança à la poursuite d'Hermione.

Elle marchait vite, essuyant ses larmes, déterminée à rejoindre la ferme la plus proche à une dizaine de kilomètres de là, et ce n'était pas le crépuscule qui lui ferait changer d'avis. Malefoy n'était qu'un crétin pourrit gâté et condescendant. Elle avait eu le malheur de se montrer compatissante avec lui mais c'était une erreur, il avait profité de sa faiblesse pour lui balancer sa rancoeur et sa méchanceté à la figure. Elle le connaissait pourtant, elle savait comment il était, ça n'aurait pas dû l'étonner outre mesure, mais cette fois il avait réussi à la blesser. Pour une fois qu'elle avait voulu lui tendre la main, l'aider, le soutenir dans cette épreuve... lui, il l'avait traitée comme si elle était la source de tous ses malheurs ! C'en était trop pour elle, elle jetait l'éponge. Au Diable le Magenmagot, tous autant qu'ils étaient ! Et au Diable Malefoy, qu'il se débrouille tout seul ! Elle savait qu'il ne tiendrait pas une journée sans son aide mais elle s'en fichait, cet abruti méritait une bonne leçon !

Hermione pesta encore de longues minutes en marchant le long du chemin chaotique, et lorsqu'elle commençait à se calmer un peu, elle se rendit compte qu'elle était suivie...

- Pourquoi tu me suis, cria-t-elle après s'être retournée.

Drago marchait quelques mètres derrière elle, la tête baissée.

- Je suis venu te chercher. Il va faire nuit.

- Et alors, tu as peur du noir Malefoy ?! cracha-t-elle, amère.

Elle s'arrêta tandis que lui continuait à avancer jusqu'à elle. Il attrapa la valise de la jeune femme puis la regarda dans les yeux.

- Je n'aurais pas dû te crier dessus... je suis... désolé... s'excusa-t-il en baissant honteusement la tête.

- Je n'en crois pas un mot. Tu dis ça uniquement parce que tu as la trouille de te retrouver tout seul.

- C'est vrai... avoua-t-il, mais crois-moi, je suis vraiment désolé... tu veux bien revenir, la supplia-t-il du regard. S'il te plaît Hermione...

- Tu m'appelles Hermione ?! C'est nouveau ça ?

Drago haussa les épaules, il se sentait stupide...

- Si c'est comme ça que tu comptes me convaincre de revenir, laisse-moi te dire que c'est pitoyable...

- Je n'ai pas l'habitude de m'excuser, c'est nouveau pour moi...

- Sans blague, se moqua-t-elle.

- Alors, tu... tu décides quoi ?

- Je ne sais pas Malefoy... Je te connais, tu ne pourras pas t'empêcher de recommencer et-

- Non, c'est faux. Tu ne me connais pas tant que ça... la coupa-t-il. Je ferai des efforts.

- Je ne demande qu'à te croire, mais je-

Il la coupa à nouveau mais cette fois il s'empressa de poser ses lèvres sur celles de la jeune femme, ce qui eut le mérite de la faire taire. Hermione était sous le choc et fut incapable de réagir. Puis, retrouvant possession de ses moyens, elle mit fin au baiser en repoussant doucement le jeune homme. Elle était soulagée que le jour déclinait, ainsi Malefoy ne remarquerait pas ses joues rougissantes...

- C'est sûr que c'est plus agréable qu'une dispute... murmura-t-elle, un sourire en coin. Mais ça ne prouve rien.

- C'était la seule corde à mon arc, rit-il. Je ne vois pas ce que je pourrais faire d'autre pour te convaincre de rester avec moi. Enfin... j'ai bien une idée mais... je ne pense pas que tu sois d'accord...

- Oh ! Même pas en rêve Malefoy, rit-elle à son tour en le repoussant un peu plus. N'y pense même pas !

- Bon alors... reprit-il sérieusement, que décides-tu ?

- D'accord Malefoy... Rentrons, abdiqua-t-elle.

Ils reprirent alors le chemin en sens inverse et regagnèrent le confort très relatif de la petite chaumière.

Fin du flash-back.

- Là maintenant, je suis plutôt contente que tu sois là, avoua-t-elle, un sourire timide naissant sur son visage en repensant à cette fameuse soirée.

Elle avait bien failli mal finir cette première soirée passée ensemble, mais par miracle ils avaient survécu l'un à l'autre. Mieux, ils avaient passé la nuit à discuter sans s'étriper, ce qui avait rendu presque agréable cette nuit blanche dans cette horrible maison miteuse.