Le hall bruisse de cris d'élèves. Lily et Mary m'entoure. Le voyage dans le Poudlard Express m'a semblé durer des jours. De longues heures a ressasser ma discussion avec mes parents. Nous nous sommes quittés hier soir, ma mère m'a embrassée en me souhaitant un bon retour, je n'ai pas revu mon père. Dans ma poche, il y a le poids lourd de la fiole noire.

« Magdalena ! Pourquoi n'as-tu répondu à aucune de mes lettres ?!

— Tu te poses vraiment la question ? »

Potter vient de fondre sur moi , derrière lui sa clique au complet. Il me tire et me prends dans ses bras. Qu'est-ce qu'il fait ? Il veut faire croire à Lily que nous sommes les meilleurs amis du monde ? Je me fige jusqu'à ce qu'il me lâche.

« Tu vas bien ? Tu m'as l'air un peu pâle...

— Vous vous envoyez des lettres ? »

Ô Lily, ma terrible sauveuse ! Je me retourne vers elle, elle arbore un air aussi ahuri que le mien.

« Pas vraiment.

— Bien sûr, nous sommes amis ! »

Potter et moi avons parlé en même temps. Nouvelle tactique après qu'elle ait refusé de l'accompagner pour le Réveillon ? Il est pitoyable. Même ses amis ne disent rien. Black me regarde encore avec sa tête de fouine. Je souffle. Inutile de dire la vérité à Lily. Une fois de plus. Je joue pour Potter, même si ce n'est pas de bon cœur.

« Juste quelques lettres. D'ailleurs, James je suis étonnée que tu ne fasses pas plus de fautes !

— Merci très chère ! Mais j'espérais plutôt que tu aurais noté mon grand humour ! »

Il palabre encore un peu et puis nous réussissons à déguerpir, direction la tour Gryffondor. Arrivée dans notre dortoir, je me lance :

« Dans une de ses lettres, James me disait qu'il voulait t'inviter pour le réveillon, il l'a fait ?

— Oui.

— Et tu as répondu quoi ?

— Elle l'a envoyé sur les roses, bien sûr !

— Et je n'aurai peut-être pas dû, puisque que tu as disparu et que je suis restée seule quasiment toute la soirée !

— Pour quoi ?

— Tu peux plutôt dire pour qui, Magda.

— J'étais malade ! D'ailleurs c'est bien ici que tu m'as retrouvée ! Je ne sais pas ce qu'il y avait dans leur festin cette année... En tout cas, Lily préfère croire à une romance. Moi aussi, j'aurai préféré ça à ce que j'ai eu ! »

J'éclate de rire et Mary part avec ce qui lui reste de dignité dans la salle-de-bain. Lily sourit et me souffle :

« Je suis sûre que j'ai raison Magda. »


Les cours ont repris et avec eux, les répétitions avec Potter. J'avais peur qu'il ait tout oublié mais il n'en est rien. J'ai vite était détrompée. Black n'est pas revenu, il a dû trouver d'autres personnes à enquiquiner.

« Mais crois-moi ! Tout se passe beaucoup mieux avec Lily !

— Désolée, mais ce n'est pas l'impression qu'elle m'a donnée.

— Elle ne t'a pas tout dit !

— Tu t'es fait envoyer balader. J'ai vraiment besoin de savoir autre chose ?

— Ok, ok ! Mais la situation, c'est-à-dire, je n'aurai peux-être pas dû l'alpaguer en pleine Grande Salle, mais...

— Mais tu es suprêmement idiot ! C'est parfaitement ce que Lily déteste chez toi ! Ce côté m'as-tu-vu !

— J'apprécie ta franchise Magda, mais tu ne pourras pas comprendre tant que ton cœur n'aura pas crier un véritable « je t'aime » ! »

Ce mec est un idiot fini, ce n'est pas possible. Je me déconcentre pendant qu'il continue de palabrer sur la puissance de son amour. je boutonne mon gilet, il fait froid dans notre salle d'entraînement.

« D'ailleurs, je lui ai rendu les 78 tours et nous avons discuté musique pendant un bon moment !

— Combien de temps ?

— Au moins dix minutes ! »

Un progrès pour lui, surtout que Lily ne m'a pas parlé de cette conversation. Ce n'est qu'une anecdote pour elle ou est-ce qu'elle se sentirait troublée ? Un œil extérieur dirait qu'elle lui crie moins dessus, pas qu'elle s'est rapprochée de lui. Il est peut-être temps de monter d'un cran. Si ça continue comme ça, il ne se passera jamais rien. Je soupire.

« Il est temps que tu sois plus discret, plus subtil. En fait, plus mature. C'est comme ça que tu pourras te faire aimer de Lily. Pas autrement.

— Je sais pas comment faire !

— Ecoute moi, ne pense même pas à lui faire une énième déclaration. Et surtout pas lors de la Saint-Valentin.

— Mais c'est le moment parfait !

— Non. Subtilité, j'ai dit ! Ecris lui une lettre. Début Février. Tu lui diras que, et bien, que tu l'aimes, que c'est sincère. Pas besoin d'en faire des montagnes, hein ! Dis lui juste ça de tout ton cœur. Et que tu aurais voulu la voir à la Saint-Valentin aussi. Mais que tu sais qu'elle va refuser, alors ce n'est pas grave, tu l'attendras autant qu'il faudra pour qu'elle finisse par t'aimer.

— Je pensais que tu avais le cœur plus sec que ça, Magda ! Mais en fait quelle romantique !

— Pff ! Ca veut dire que mon idée te plait !

— Exactement ! C'est une idée de génie ! »

Il rougit comme un pivoine. Il doit déjà s'imaginer en train de rédiger sa lettre.

« Tu me la feras lire avant de l'envoyer bien sûr ! Je connais ton style, ça va être un vrai carnage si tu joues au poète !

— Je ne vois pas de quoi tu parles ! »

Nous arrêtons la séance là-dessus. Je dois aller prendre ma potion de renforcement. Les fioles de sang restent au fond de mon sac. Je ne me suis toujours pas décidé à les boire. Je ne peux pas. Et tant que personne ne le sait, je ne vois pas pourquoi je me forcerais. Je leur prouverai à tous que je n'en ai pas besoin.
Nous remontons dans notre tour. Le reste des Maraudeurs joue à la bataille explosive, Pettigrew a le visage noir de suif. Je fais un signe de tête à Potter et pars vers mon dortoir. Soudain, je suis tirée en arrière, un bras s'enroule autour de mon cou et m'étrangle à moitié, je suis traînée.

« Hop, hop, hop, personne ne part, on a besoin de sang neuf ici !

— Lâche moi Black ! Tu demandes la mauvaise personne !»

Il me relâche dans un fauteuil face à leur table de jeux. Je masse ma gorge, Potter s'assoit tranquillement. Hors de question que je joue à ce jeu. Je déteste ça.

« Je ne veux pas jouer !

— Ecoute Kalstein ! Arrête de faire ta sale tête ! Profite un peu !

— Si elle ne veut pas...

— Non, Remus ! Qui refuserait de jouer avec les Maraudeurs ? De toute manière, Peter ne peut plus jouer, il nous faut des remplaçants ! »

Il veut me tester ? Qu'à cela ne tienne ! Je repense à ma potion que je dois prendre rapidement. Je ne peux pas traîner. Impossible de bouger maintenant. Black est sur mon passage et il est excité comme un pou. Je prends mon mal en patience et mon paquet de cartes.

Quand elles m'explosent la première fois dans les mains je pousse un cri ridicule. La deuxième fois, un grognement de rage. La troisième fois, je perds patience, je me lève d'un bond, Black a triché, c'est évident.

« Magda ?!

— Lily ! »

Elle vient de rentrer dans la Salle Commune, les bras chargés de grimoires. Je prends alors conscience des élèves qui rient de moi et de mes cheveux cramés. Les Maraudeurs déteignent sur moi. Je suis ridicule. Et la tête me tourne. James me prend par le bras et me fait asseoir. Je ferme les yeux. Je me reprends, Lily s'approche à grand pas.

« Lave mon honneur ! Bats Black pour moi ! Il triche !

— N'importe quoi.

— Et il ment comme il respire ! »

James, non, Potter, s'est détourné de moi, il n'ose rien dire, pleins d'espoirs. Lily semble peser le pour et le contre et finit par poser ses livres et à s'asseoir à côté de moi. Bien, c'est l'heure de ma vengeance !

Quand les cartes explosent la première fois dans les mains de Black je pousse un cri de victoire. La deuxième fois, un grognement de satisfaction. La troisième fois, je saute hors de mon fauteuil les bras en l'air !

« Voilà ! Lily est trop forte pour toi !

— Ca ne fait pas de toi une gagnante Kalstein !

— Mais ça fait de toi un perdant ! »

Nous partons triomphantes. Je la savais fine stratège mais là... Trois fois l'explosion a défiguré le minois de Black !

« Comment as-tu réussi cet exploit ?

— Il suffit d'un peu de tactique et de bien préparer ses coups en avance.

— Quand même, trois fois sur Black !

— Il faut dire que je n'avais pas très envie de voir les cartes exploser au visage de Remus. Quand à Potter, ça l'aurait peut-être empêcher de me fixer, mais il me faisait... pitié ? C'est ça, je crois. »

J'éclate de rire. Il n'est pas encore près de la conquérir. Même s'il y a quelques temps encore, elle se serait transformée en furie s'il avait osé la regarder ainsi.
Arrivées dans notre dortoir, j'attends que Lily soit occupée pour avaler discrètement ma potion. Quelques instants plus tard, un poids disparaît de ma cage thoracique et je me détends. Je ne dois plus faire ce genre d'erreur. Même pour préserver mon honneur. Sinon, je finirai par devoir boire ce sang.

« Et tu n'as pas vu Mary ?

— Non, pas depuis que je suis partie m'entraîner avec Potter. Elle doit sûrement s'entraîner elle aussi.

— Sûrement. »

Elle ne me croit pas. J'espère qu'elle n'apprendra jamais ce que je sais.


La première séance. Ils nous attendent.

« Tu as le trac ?

— Moi ?

— Oui toi, le grand et beau Maraudeur.

— Pas du tout, c'est juste que je n'ai pas l'habitude. Ca a l'air naturel pour toi.

— J'ai déjà participé à des récitals. Mais tu verras ce n'est pas compliqué. »

Toute mon enfance inscrite au cœur musical des jeunes londoniens. Tous mes étés depuis mon entrée à Poudlard, passés à m'entraîner et à m'exposer. Je n'avais rien d'autre à faire. Je pousse la porte. Quand nous entrons les chants s'arrêtent nets. Ils sont une quinzaine à nous fixer. Mary se retourne et nous sourit :

« Et voilà, notre équipe est enfin au complet ! »

Je m'avance intimidée, jusqu'à ce que je me rende compte que ce n'est pas moi que l'on regarde mais Potter. J'avais oublié un instant qu'il était si populaire. Pour la chorale, un vrai coup de réclame. Je pars m'installer du côté gauche du groupe où une chaise et un chevalet m'attendent. Mary dirige Potter du côté droit. Cette fois, nous jouerons séparés, j'espère qu'il s'en sortira.

Les notes s'enchaînent. Intro, solo, ensembles. Tout se passe comme d'habitude, Potter gère sans aucun stress. Je fronce les sourcils, c'est donc cela, une personne douée. James Potter, un des meilleurs élèves de Poudlard, champion de Quidditch, beau et adulé, toujours fourré avec Sirius Black, sont alter ténébreux, tout aussi beau et admiré. Pff, c'est injuste, tous mes efforts effacés en quelques secondes, comment pourrais-je vraiment l'apprécier un jour ? Trop de choses nous séparent.

Une heure et demi plus tard, la répétition se termine, Mary est aux anges, et pour moi c'est le principal. Potter est doué, mais ce que j'ai gagné à la sueur de mon front durant mes heures d'entraînement, seule dans ma chambre, toute seule en face d'un professeur intransigeant dans la salle de musique du manoir, j'en suis fière. Pour certains, et surtout ce Black, je ne dois être qu'une pauvre petite fille riche insipide, mais moi je sais. Une battante, voilà ce que je suis. Une lionne agrippée à un buffle. Je referme mon étui avec virulence.

« Et bien, je ne pensais bien que ça se passerait aussi bien ! Vraiment je suis surprise que James s'en soit aussi bien sorti. Bien sûr, ils nous restent des raccords à faire, mais pour une première répétition... Je sens que le quatorze sera une véritable réussite ! Sûrement le plus réussi de nos concerts !

— La Saint-Valentin est dans un peu plus d'un mois, d'ici là nous serons fin prêts ! Surtout si Potter garde ce niveau.

— James pas Potter, Magdalena. Et arrêter vos éloges ou je vais rougir ! »

Je ne l'avais pas vu arriver. Il a l'air fier, il ébouriffe ses cheveux. Changeons de sujet.

« Et bien, James... Dis-moi plutôt, comment se passe tes entraînement de Quidditch ? Le match contre les Serdaigle et la semaine prochaine mais ce n'est pas une raison pour ne pas t'occuper de la chorale ! Samedi prochain, quinze heures ! Même si tu es fatigué, où que les Serdaigle vous battent, je...

— Nous battre ! Impossible, ils ont un niveau bien trop faible comparé à nous ! »

Les Serdaigle qui restent encore dans la pièce se retourne vers nous l'air farouche. Quel manque de discrétion ce Potter ! Et surtout, quelle confiance ! J'espère qu'il ne se trompe pas. Je ne suis pas une grande admiratrice du Quidditch, mais je ne tiens pas à ce qu'il soit trop déprimé pour venir jouer avec nous ! Et en vérité, je préfère que l'on gagne !

« Mary qu'est-ce que tu en penses ?

— Je pense que nous gagnerons, mais je parie que ce ne sera pas aussi facile que ce que croit James !

— Impossible, ma chère ! Et d'ailleurs je repars retrouver mon équipe de suite ! »

Et il nous abandonne là. Je hausse les épaules, cet individu est un tourbillon incontrôlable. Les autres élèves partent rapidement, après nous avoir salué. Beaucoup me félicitent même et je finis rouge pétante. Je n'aime pas que l'on me remarque autant. Jouer devant une salle pleine, oui, c'est comme si je disparaissais derrière mon violoncelle, seule la musique prévaut. Mais quand l'instrument est rangé, je n'ai plus d'armure, je redeviens moi, et leurs regards sont insupportables.

« On y va Mary ?

— Oui. »

D'un geste de baguette, elle finit de ranger les chaises, et fait disparaître les bouts de parchemin éparpillés.

Nous retournons vers notre Salle Commune. J'aimerai lui dire mes doutes. Bientôt, Lily apprendra la vérité. Comment croit-elle pouvoir la lui cacher ? Elle disparaît, sans prévenir, apparaît quand on ne s'y attend pas et ne donne jamais de bonnes excuses... Peut-être parce que je sais la vérité, tout m'apparaît différemment. Après tout, je n'avais jamais trouvé cela étrange avant. J'acceptais son côté indépendant, son besoin d'être seule et de se gérer. Lily non plus n'a jamais trouvé cela étrange. Evidement, nous sommes un trio de solitaires, Lily passe des heures à lire et travailler, je passe des heures à jouer du violoncelle et Mary a s'exercer au chant. Notre relation est propice aux secrets. Nous sommes deux à en avoir et si Lily... Je ne l'imagine pas nous cacher quelque chose, elle est trop franche, trop vraie...

« Ils vont bientôt nous donner les dossiers d'inscription.

— Comment ?

— Pour l'année prochaine.

— Oh oui. Ca approche à pas de géant. Bientôt, nous partirons d'ici... »

Mary hoche la tête. Est-ce qu'elle continuera à le voir après être diplômée ? Avec tout ce qu'il se passe à l'extérieur. Il n'est pas du bon côté, clairement, c'est un serpentard, bien sûr, mais ce n'est pas cela, ça se voit dans ses yeux. Ce n'est pas quelqu'un de bien. Je ne pense pas qu'il aime réellement Mary. Comment le pourrait-il ? Pour lui elle ne doit être qu'une sang-mêlée. Je ne peu rien dire, je dois me taire, elle ne m'écoutera jamais.

« Alors tu vas vraiment t'y inscrire ? C'est tout tracé pour toi.

— Hein ?

— Où as-tu la tête Magda ? J'ai l'impression que tu m'écoutes à peine, tu es encore plongée dans notre répét' ? Je te parlais du Conservatoire de Londres !

— Si, si, bien sûr, je compte passer les concours dès que possible !

— L'entrée est si sélective et ils reçoivent des dossiers du monde entier...

— Nous avons toutes nos chances, nous avons travaillé trop dur pour ne pas y arriver !

— Nous ?

— Tu comptes bien t'y inscrire Mary, non ?

— Et bien, je pense que...oui. Mes parents vont sûrement rechigner, ils me voient plutôt faire du droit magique, mais... c'est hors de question !

— J'ai hâte que nous y soyons. »

Je le sais, j'y serai enfin à ma vraie place. Plus besoin de suivre des cours insipides, et autour de moi, il n'y aura que de la musique et des gens passionnés. Je travaillerai d'arrache-pied, je serai la meilleure, je prouverai que je peux réussir, que je n'ai pas besoin d'aide. Je tousse, un glaire ferreux me monte à la gorge, je me plie en deux et essaye de respirer lentement tout en ravalant ma bile, ou quoi que cela puisse être. Mary me prend par les épaules et me relève doucement. Je reprends souffle. Mary fait comme si de rien n'était, pourquoi ? Pourquoi ne dit-elle rien ?

Nous arrivons devant le portrait de la Grosse Dame et en même temps qu'il pivote, la réponse me vient. Elle ne dit rien parce qu'elle sait.


Cela fait plus d'une demi-heure que j'attends Potter. Il m'a complètement oubliée ! Il doit sûrement s'entraîner pour le match de samedi, ou bien il est en train de faire une mauvaise blague. Ce n'est pas possible, ne grandira-t-il jamais ? Et c'est lui qui m'a affirmé qu'il n'oublierait pas ! Menteur ! Quelqu'un ouvre la porte de la salle, je me retourne en criant :

« Te voilà enfin !

— Du calme Kalstein ! T'énerve pas comme ça.

— Black ? Où est...

— James ? Il s'entraîne bien sûr. »

Je charge mon violoncelle sur mon dos, le traître, il va m'entendre !

« C'est lui qui m'envoie. En fait, cet entraînement n'était pas prévu, mais McGonagall leur a obtenu le terrain, alors...

— Je n'en ai rien à faire ! Le Quidditch n'est pas plus important que la musique ! Loin de là !

— Oh, c'est bon ! »

Je le contourne et sors. J'aurai peut-être dû le remercier d'être venu me prévenir, mais de un, je n'en ai pas envie, et de deux, je suis persuadée qu'il ne l'a pas fait de bonté de cœur non plus. De toute manière, après être restée tout ce temps à attendre, je suis glacée et je ne rêve plus que d'une chose : le feu de la Salle Commune. Black se place devant moi, il a l'air énervé. Qu'il dégage ! Ce n'est pas le moment !

« T'es vraiment imbuvable, toi !

— Laisse-moi passer.

— Je ne suis pas venu que pour ça, alors écoute moi deux secondes, ça va aller très vite ! J'ai bien remarqué ton petit jeu ! Et tes yeux énamourés quand tu le regardes ! Mais James c'est mon meilleur pote et je te laisserai pas lui faire du mal ! S'il aime l'autre bécasse, ne te mets pas en travers de son chemin ! Il en a rien à faire de toi, tu m'entends ?! »

Qu'est-ce qu'il raconte ? Il est complètement idiot, ou quoi ? Moi, regards énamourés, Potter ? Il se fout de qui ? Lily, bécasse ? Une vague de rage monte en moi, comme jamais je n'en ai ressenti. J'oublie le froid, la fatigue et ne pense qu'à lui exploser sa sale tête.

— Tais-toi Black ! J'en ai plus qu'assez de tes manières ! Je ne suis pas amoureuse de Potter et il faut être complètement idiot pour le croire ! De plus, de quel droit traites-tu Lily de bécasse ? Tu es pitoyable ! »

Je pars à grands pas mais il m'agrippe le bras. Je me dégage sèchement.

« Laisse-moi rire... Je n'aime pas les gens comme toi Kalstein. Des nantis qui ne connaissent rien à rien. Je m'étonne que toi et Mary soyez même amies avec Evans. Surtout vu avec qui vous traînez... Une Gryffondor et un Serpenttard, on aura tout vu... Tu n'es pas quelqu'un de confiance et je ne laisserai pas James se faire embobiner !

— Qu'est-ce que tu racontes ?!

— Figure toi que Peter vous a surpris... Je ne l'ai pas cru au début, mais je me suis renseigné... Mary et Mulciber... Ca n'a pas l'air de te déranger. Vous n'avez vraiment rien à faire à Gryffondor ! »

Comment peuvent-ils savoir ? Personne n'était là, personne n'a pu nous entendre. Mais s'il sait, alors le secret de Mary est en danger... Et si Potter apprend ça, il rompra notre pacte. Il ne doit pas aimer les mystificateurs comme moi. Tant pis, je m'en moque, je m'en moque !

« Tu ne sais rien de Mary, alors laisse la tranquille.

— Je sais qu'elle fricote avec le mec qu'il l'a tabassée l'année dernière et dont nous, les Maraudeurs, l'avons sauvée... C'est suffisant.

— Ecoute, je me fiche de ce que tu penses de moi. Mais laisse Mary tranquille. Elle fait ce qu'elle veut, personne n'a le droit de la juger.

— Tu sais Kaltstein, Poudlard, c'est bientôt fini, dehors c'est la guerre, tu ne pourras pas te cacher derrière de belles paroles éternellement.

— Von Kaltstein, et ce ne sont pas de belles paroles. Tu juges sans connaître. Potter me connaît assez pour savoir s'il veut continuer de me côtoyer ou pas. Alors dis lui toutes les vilenies que tu veux sur moi, mais Mary n'a rien a faire là dedans. Toi, moi et Potter c'est tout. »

Cette fois je me détourne et il ne me retient pas. J'ai cru que j'allais le frapper mais je me suis retenue à temps. Jamais je n'ai autant perdu mon sang froid. J'ai cru qu'il allait me frapper, il était en colère, pire même. J'avais compris qu'il était protecteur, voir possessif, mais sa haine des Serpentard dépasse tout. Il déteste tout ce qui est lié à eux. Pas étonnant qu'il ait coupé les ponts avec sa famille. Pourvu qu'il ne s'en prenne pas à Mary ! Qu'est ce que je vais bien pouvoir faire ?

J'arrive enfin dans mon dortoir. Je me rends compte que j'ai les jambes qui tremblent.


Cette incertitude, cette impression que tout va partir en vrille. Et ne rien pouvoir faire d'autre que d'attendre. Black a-t-il mis sa menace à exécution ? A-t-il tout dit à Potter ? Quand vont-ils s'en prendre à Mary ? La mettre dans la tourmente ? Je peux le dire sans me tromper, Mulciber n'est aimé d'aucune Maison si ce n'est de la sienne. Quand Poudlard saura que Mary s'est acoquinée avec lui, que se passera-t-il ? Que dira Lily ?

Je n'ai plus peur que Potter balance mon secret pour me punir. Les conséquences seront toujours plus terribles pour Mary. Personne ne se préoccupera d'une camarade malade quand sa meilleure amie fricote avec un des pires serpentards...

Mais qu'est-ce-que je peux faire ? Attendre ou agir ? En parler à Mary ? Ou à Potter ? Mais si Black bluffait seulement, s'il ne disait rien ? Je dois attendre mais j'ai le sentiment que je n'aurai pas à attendre longtemps.

Je me lève, mes amies dorment encore, une faible lumière grisâtre descend du ciel. J'ai passé une mauvaise nuit à repenser à mon altercation avec Black. Mon corps est cotonneux mais je sais que je ne me rendormirai pas. Je prends mon sac et me dirige en silence vers la salle-de-bain. Je sors ma dernière fiole de sang et la vide dans le lavabo. Je vise directement l'évacuation, la cascade de sang coule et disparaît. Une fois vide, j'essuie le goulot et referme la bouteille avant de la remettre au fond de mon sac. Je fais disparaître les quelques traces de sang qui témoignent de mon acte. Quand je rendrai la bouteille à Pomfresh, la mince pellicule rougeâtre recouvrant le verre lui fera croire que j'ai bu sans rechigner. Je respire un grand coup, je suis toujours sûre de moi, tout va bien, je n'en ai pas besoin. Quand ce sera fini, je pourrai aller voir père et lui dire que j'ai gagné.

Je retourne me coucher. Dehors, il s'est mis à neiger. Je n'arriverai pas à me rendormir. Depuis quelques mois, depuis que James Potter est rentré dans mon quotidien, tout est chamboulé, mon secret que je croyais parfaitement hermétique semble connu par plus de personne que je ne croyais. Mary, elle ne m'a rien demandé. Je ne suis pas naïve au point de croire qu'elle me prend pour une simple anémique... Je dois la protéger à tout prix de Black.

Je me lève et m'habille en hâte. Je prends un paquet de partitions et descends dans la Salle Commune. J'ai encore du temps avant que les élèves se lèvent et partent déjeuner. Autant travailler. En arrivant en bas de l'escalier, je remarque immédiatement les prospectus colorés disposés en dessous du tableau d'affichage. Enfin, la documentation pour les écoles supérieures. Là, le sceau du Conservatoire de Musique Magique de Londres : cinq baguettes à l'horizontale et une clé de sol. Je prends deux exemplaires. Ils sont assez épais, ce qui ne m'étonne pas vu leurs sélections drastiques. Je m'installe à une table et me met à étudier leur protocole de sélection.

« L'accès au cycle supérieur pour les disciplines vocales et instrumentales se déroulera de la manière suivante :

Etape numéro un :

Un dossier d'inscription (voir ci-joint) à retourner avant le vingt février mille neuf cent soixante-dix-huit, mettant en évidence votre intérêt et vos compétences musicales (note : le jury appréciera d'avoir les preuves de votre maîtrise musicale) […] Une réponse vous sera faite début Mai.[...]
Etape numéro deux :
Le cas échéant, vous serez reçu courant Juillet pour les épreuves de sélection écrite et orale qui jugeront de vos compétences en musicologie. […] Les modalités de ces épreuves vous seront fournies par hibou. »

Le dossier d'inscription n'a pas l'air très complexe à remplir, mais il faut fournir une lettre de motivation. Je sais déjà que cela va me prendre du temps contrairement aux justificatifs attestant de mon niveau musical. J'écrirai une lettre à mère pour qu'elle me fasse parvenir les prix que j'avais remporté.

Des bruits me parviennent des dortoirs et je ne sais que je ne vais pas tarder à voir apparaître mes amies. Elles ne sont pas de ceux qui mettent du temps à se préparer. Je rédige rapidement une lettre avec un bout de parchemin et une plume oubliés sur un coin de table. Nous sommes jeudi, je n'ai aucun cours, je n'aurai qu'à aller voir les hiboux tout à l'heure. Le temps de signer et Lily et Mary sont arrivées dans la Salle Commune.

Je donne son dossier d'inscription à Mary, pendant que Lily va jeter un coup d'oeil aux autres cursus. Sur mes épaules, j'ai toujours ce poids. Quand Black va-t-il parler ?


Je ne m'attendais pas à ce qu'il vienne me voir. Mais voilà, James Potter est devant moi, tout essoufflé. Je suis venue dans la salle d'entraînement après avoir posté ma lettre. C'est le milieu de l'après-midi, et je ne me trompe pas en disant qu'en ce moment, il devrait être en cours de Sortilège.

« Tu ne devrais pas être en cours ?

— Je suis venu te parler. Je voulais qu'on soit tranquille... Sans personne pour nous interrompre. »

Black n'a pas perdu de temps. Le visage de Potter est fermé, je ne l'ai jamais vu comme ça.

« Sirius m'a dit... avec qui Mary sortait.

— Mmh...

— Et que tu le savais très bien. Que tu l'approuvais même.

— Mmh.

— C'est tout ce que tu as à dire ?

— Vous croyez quoi ? Que je ne lui en ai pas parlé ? Elle sait très bien ce qu'elle fait. Nous n'avons pas le droit de la juger ! Je n'ai jamais dit que j'approuvais James, mais elle est libre de faire ses choix. Et Black devrait le comprendre. Vous n'avez pas à intervenir.

— Ce mec est dangereux !

— Ce n'est pas l'avis de Mary. Alors, c'est comme ça.

— C'est comme ça ? Tu ne veux pas la protéger ? Il faut l'aider ! Ce mec est un futur mangemort, tu ne te rends pas compte !Il ne peut pas l'aimer !

— Mary n'est pas sous Imperium, d'accord ?! Elle n'a pas besoin d'être aidée. Il ne suffit pas d'arriver avec ses gros chaudrons ! Elle l'aime ! Elle me dit que lui aussi ! Elle ne m'écoute pas et elle ne vous écoutera pas plus ! Elle croit en lui, alors laissez-la tranquille !

— Tu veux prendre le risque qu'il lui arrive quelque chose ?

— Excuse-moi James, mais quelle est ta solution miracle exactement ?

— Je ne sais pas, mais...

— Voilà, exactement ! Vous ne savez pas. Je me suis fait insulter par Black, tu sais ? Il ne te la peut-être pas dit ! Il a l'air de me prendre pour une mangemort en puissance, mais vous ne pouvez pas plus à cette situation que moi ! Je déteste ce Mulciber, ok ? Mais si Mary a confiance en lui, c'est son choix ! On ne sépare pas les gens comme ça. On est au vingtième siècle, mince ! »

Il ne dit plus rien pendant un moment. J'ai dit tout ce que j'avais à dire, peut-être de manière décousue mais le principal est là. Laissez Mary tranquille.

« Tu sais ce mec il deviendra un mangemort, c'est sûr. Ca fait flipper quand on y pense, tous ces serpentards, complètement tarés... Et nous on ne peut rien faire...

— Même s'ils détestent les moldus, ça ne veut pas dire qu'ils vont... Enfin, on n'y changera rien ! Le Ministère de la Magie les combat.

— Tu parles, ils n'ont rien fait pour empêcher que le problème ne s'étende... Tous les jours il y a des morts. »

Je ne sais pas quoi lui répondre. Il a sûrement raison... Mais moi je n'y peux rien, si déjà j'ai réussi à le convaincre pour Mary et le serpentard, c'est déjà ça. Potter semble en plein dans ses réflexions, mais qu'espère-t-il pouvoir changer à une telle situation ? Nous ne pouvons rien faire.

« Alors ? Vous laisserez Mary tranquille ?

— Pour le moment... Mais crois-moi les Maraudeurs vont avoir un œil sur elle maintenant !On ne laissera pas tomber un des nôtres ! »

Je soupire, je suppose que j'ai évité le pire.

« Quant à Sirius, désolé, il est parfois assez vindicatif... Tu sais avec sa famille il a dû apprendre à...

— Franchement James, je n'en ai rien à faire de ses histoires... Il a vraiment était blessant, alors s'il veut s'excuser, il n'a qu'à venir me voir. »

Je m'apprête à le laisser en plan mais après tout, Black le mérite bien :

« Oh, et tu seras peut être heureux d'apprendre que selon Black, Lily n'est rien d'autre qu'une bécasse. »