J'ai eu froid toute la nuit. Pire, j'étais glacée, tétanisée. J'ai massé longtemps mes membres pour les réchauffer. J'ai peur, je sens les symptômes, la fatigue et l'engourdissement. Je ne veux pas boire ce sang. Et je vais devoir en payer le prix. Courage.

Le ciel est de plomb aujourd'hui. J'ai enfilé un pull par dessus ma robe en laine et mes cheveux forment un châle autour de mes épaules. Dans la Grande Salle, tout le monde est surexcité, le match contre les Serdaigles débute bientôt. Les équipes sont déjà parties sur le stade. Nous nous préparons aussi.

Avec Mary nous sommes fébriles, mais pas à cause du match. Les dossiers d'inscription pour le Conservatoire de Londres remplissent toutes nos pensées. La sélection est ardue mais c'est enfin le coup d'envoi, nous ne devons rien lâcher. Mary espère intégrer la section chant et moi celle des instruments à cordes, mais avant tout nous passerons deux ans ensemble en cycle préparatoire. Si nous sommes acceptées. Une fois de plus, je croise les doigts sans y faire attention. Je m'imagine déjà avec Mary, loin de Poudlard, des Serpentards et du froid. Le soleil qui passe par les fenêtres du Conservatoire, l'auditorium et les vocalises, les grands artistes qui viendront nous donner des cours et tous ces élèves motivés autours de moi.

Pas comme ici, où je me suis entraînée seule le reste de la semaine, Potter m'a dit que les entraînements lui prenaient trop de temps. Ce à quoi j'ai répondu que s'il préférait le Quidditch à Lily, c'était son problème. Je crois qu'il ne l'a pas très bien pris. Je suis nerveuse ces temps-ci et je n'ai pas envie d'être conciliante. En tout cas, plus aucun Maraudeur ne m'a embêtée depuis.

Je retire ce que je viens de dire. Remus Lupin vient de s'asseoir à côté de moi dans les gradins, suivi de Pettigrew et de Black. Il me sourit. Qu'est-ce qu'il veut ?

« Ca va ?

— Oui.

— Ca n'a pas l'air, tu es toute pâle.

— Je te retourne le compliment ! »

Il rougit. Mais c'est vrai, il est pâle comme la mort et les deux cicatrices sur sa joue sont violettes. Il regarde ses amis et puis se retourne vers moi en chuchotant :

« James a... hurlé sur Sirius, tu sais. Après ce que tu lui as dit.

— Tant mieux.

— J'aurai préféré ne pas être là... En tout cas, je pense que Sirius a compris que tu étais une bonne amie à James.

— Alors, il va s'excuser ?

— Certainement pas ! »

Black me regarde avec des yeux noirs, il a tout entendu. Insupportable. Je souris à Lupin et me concentre sur le stade où l'arbitre vient d'apparaître. Nous nous levons tous en criant quand notre équipe entre sur le terrain. Le match commence. Potter s'empare du souaffle et vole vers les buts adverses.

« De quoi parlaient-ils ?

— Oh, rien d'important, Mary. Black pense que je me suis entichée de James.

— Quoi ? »

Lily se penche vers moi, l'air scandalisée. Tiens, tiens.

« Oui et je ne pense pas avoir besoin de vous dire que c'est complètement faux !

— Bien sûr, c'est évident ! »

Elle se redresse et enroule son écharpe autour de son visage. J'échange un regard avec Mary. Nous sommes d'accord, c'est étrange.

« Et pourquoi ils se sont criés dessus ? J'aurai jamais cru qu'ils pouvaient se disputer !

— En quelques sortes,... J'ai tout rapporté à James.

— Ah ah, bravo !

— Bah, il le méritait franchement. Avec ses histoires il m'a empêchée de m'entraîner ! »

Mary pouffe. J'ai un peu transformé la vérité et j'ai l'impression d'être une faible partie se cacher dans les jupes de sa mère, mais après tout, du moment que Black a été remis à sa place, ça me va.

Le match a duré longtemps, Nos poursuiveurs ont marqué beaucoup de buts, mais les attaquants de Serdaigle étaient déchaînés. Au final, les scores étaient proches et nous n'avons gagné que lorsque notre attrapeur a saisi le vif d'or en coupant la route de son homologue. Nous sommes qualifiés pour la finale !

Le reste de la journée, dans la salle commune, beaucoup imaginent déjà la confrontation finale. Cette année aussi, nous ferons face aux Serpentards. Leur équipe est composée de futurs joueurs professionnels qui ne reculent devant aucune bassesse pour vaincre. Les battre sera un défi.

Je me rapproche de Potter, entouré de ses fans :

« Tu te souviens que nous avons répétition avec la chorale ?

— Oui bien sûr...

— Tu n'en as pas l'air.

— Si, si.

— Ecoute, j'ai à te parler alors nous n'avons qu'à y aller ensemble. »


Dans les corridors des courants d'air me font frissonner. James reste silencieux. J'aimerai le féliciter pour son match, mais je me retiens :

« Lupin m'a dit que tu avais eu une altercation avec Black ?

— Oh oui, mais rien d'important !

— Même s'il est infect, je ne voudrais pas avoir créé...

— Ne t'inquiète pas. Je lui ai dit ma façon de penser et maintenant, tout va bien. Par contre il refuse de s'excuser...

— Je sais. »

Nous marchons sans rien ajouter pendant un moment, il se passe plusieurs fois les mains dans les cheveux.

— Mais, plus important... J'ai envoyé ma lettre à Lily !

— Quand ça ?!

— Elle l'a reçu ce matin. Tu crois qu'elle va me répondre ?

— Ca m'étonnerait. Qu'est-ce que tu as écrit ? Je t'avais dit de me faire relire !

— Pas besoin de t'inquiéter. J'ai fait comme tu m'as dit. Subtilité. Maturité.

— Je crains le pire. »

Moi qui pensait qu'il m'en voulait, je n'y étais pas du tout. Il est vraiment amoureux. Et il lui a déjà fait sa déclaration écrite... Est-ce pour cela que Lily était si étrange durant le match ?

« Enfin, peut-être qu'elle te répondra. »

Il voudrait que je mène l'enquête mais je refuse. Si elle ne m'en parle pas, je ne dois rien laisser filtrer. Si elle n'en parle pas, c'est qu'elle y réfléchit, qu'elle est touchée. C'est une bonne chose pour Potter, mais je ne lui dirai jamais.


Cours de Potions. Il fallait que ça finisse par arriver. Je ne sais pas si c'est à cause des effluves, du froid permanent, des chaudrons bouillants ou bien des soins que je me refuse à prendre, mais c'est arrivé. Devant tout le monde. Je me suis écroulée, j'ai tourné la tête vers Lily pour lui parler et tout s'est arrêté. A terre, aveugle, asphyxiée, et puis des bras qui soulèvent, qui portent hors de la classe. De l'air glacé, respirer, ouvrir les yeux :

« T'as le nez qui saigne. »

Je m'essuie. Mes doigts sont rouges. Il ne faut pas que ça recommence. Tout allait bien.

« James, je peux marcher...

— Certainement pas. »

Pourquoi est-il si gentil ? Ce James, c'est quelque chose... Peut-être bien un ami, je crois.

« Et t'endors pas Magda !

— Tu veux que je la porte ? »

Alors là. Je rouvre mes yeux. Black. Qu'est-ce-qu'il fait là ? On ne peut plus faire de malaise tranquillement ?!
Heureusement, James ne me confie pas à lui. Je lutte pour ne pas m'endormir, nous remontons les escaliers, contre James j'ai enfin chaud. Je voudrai me débrouiller seule, je n'ai pas la force de bouger.

Nous arrivons à l'Infirmerie. Tout de suite, Pomfresh me fait allonger.

« Tu n'as pas pris tes potions ?!

— Si, si.

— Tu es sûre ? »

Je me sens repartir. Je ne peux pas.

« En fait, j'ai cassé ma potion, ce matin, dans mon sac.

— Oh, cette potion là.

— Oui. »

Elle écarte les garçons de mon lit et leur somme de retourner en cours. Puis elle s'empresse de me ramener ma potion. Elle me la débouche et m'adosse à mon oreiller. Elle referme les rideaux autour de moi et me laisse seule pour ma dégustation. Le flacon pulse dans ma main. Je ne devrai pas faire ça, je ne veux pas boire ça. Pas être ça. J'ai mal, j'ai peut-être soif. L'odeur qui s'échappe du flacon est sucrée. Lourde, onctueuse, affolante. Je plonge mon index, il ressort rubis, d'un éclat précieux, magnifique. Il effleure ma bouche, maquille mes lèvres, goût exquis. Mon estomac se tort et vorace, je bois au goulot. Sauvagement, sans en laisser une goutte. Mon baptême de sang.

Je repose la bouteille, j'ai même léché ma main. Je me dégoûte. Je me sens tellement mieux. Je me mets sous une couverture. Juste quelques instants.

« James ?

— Oui ?

— Je me doutais que tu serais encore là.

— Sirius est sorti. »

James ne dépasse pas la frontière des rideaux, il parle bas.

« Tu sais bien, hein ? Je veux dire...

— Oui, pas un mot, à personne.

— Et Black ?

— J'en fais mon affaire, mais il voudra savoir. »

Ne lui dis rien. Je n'ai plus la force de parler. Il s'en va. Toute la fatigue accumulée ces dernières semaines me plombe. L'effet du sang ? Je l'ai bu. Je n'ai eu aucune retenue, je suis un monstre. Ca y est, je suis un monstre. Un jour peut-être que je serai prête à mordre, peut-être deviendrai-je comme mes ancêtres. Une paria et une honte.


Je ne me sens pas bien. Coupable et sale. Et je ne peux en parler à personne. Qui pourrait comprendre ? Qui pourrait envisager que moi, une élève comme les autres, ait bu ce sang avec gourmandise ? Avec délectation ? Je ne comprends pas pourquoi mes barrières se sont effondrées sans prévenir, pourquoi toute cette bassesse s'est répandue. Ce besoin que je sentais monter en moi en même temps que mon corps se suppliciait. Je savais que je finirai par craquer. J'avais beau me seriner le contraire, au fond de moi je le savais. Je suis un monstre, je suis réellement ce que mon père voit quand il détourne le regard.

Je ne peux en parler à personne. Je me sens seule. Et je suis seule. J'ai eu mon malaise vendredi, je suis sortie le soir. Mais je n'ai pas su affronter mes amies, je n'ai su que leur mentir une fois de plus. Désolée de vous avoir inquiété. Non, rien de grave, un malaise, oui, une chute de tension mais rien de grave, c'est Pomfresh qui l'a dit. Ca ne devrait pas se reproduire.
Elles se doutent de ma duplicité. Leur sourire contrit, leurs gestes contenus et puis ces non-dits que j'ai moi même provoqués. J'ai menti trop longtemps et aujourd'hui, le mur se fissure. Je ne peux que colmater en espérant que cela tienne. J'ai envie de m'enfuir.

Mais je suis coincée ici, obligée de mentir encore et encore. Continue Magda. Sale hypocrite. Je suis anémique, je suis plus fragile qu'avant. Oui, je suis tombée, je n'avais pas bien pris mes médecines. Je serai plus sérieuse, moins entêtée. Non rien de grave, rien qui justifie que j'ai besoin de me panser continuellement, d'ingérer toutes ses potions. Rien qui justifie ce besoin de sang pour survivre.

Mon archet glisse de ma main. Je vais devoir le boire. Contre ma volonté, avec un vif plaisir. Je n'ai plus le choix. Sinon, je serai de plus en plus faible et tout le monde saura. Je renifle, je refuse de pleurer. Il ne manquerait plus que cela. Je n'arrive pas à jouer, je suis venue dans la salle d'entraînement pour jouer et je n'y arrive même pas. J'abandonne mon violoncelle contre le mur. Dans mon sac, je prends du parchemin, de l'encre, une plume. Je vais lui écrire. C'est l'unique personne a qui je peux parler sans appréhender son jugement. Lui aussi est dans cette situation. Sang pourri et monstrueux.

Je m'installe à une vielle table bancale. Je respire profondément, je veux tout dire, d'un trait, sans rature, sans réécriture.

Cher arrière-grand-père,

Je vous écris car je sais que vous garderez les secrets de cette lettre. Pour ne rien vous cacher, je ne vais pas bien et vous êtes le seul à qui je puisse me confier. Le seul qui puisse comprendre.
J'ai eu un malaise cette semaine. Je ne suis pas restée longtemps à l'Infirmerie de notre Collège, mais pour sortir j'ai dû me contraindre à boire ce qu'ils m'imposaient. Du sang. Peut-on imaginer pire torture ?

Mais arrière-grand-père, j'ai aimé, j'ai bu l'entièreté du flacon sans retenue, je me suis délectée.

Je suis devenue ce que je redoutais. Je suis tombée dans la plus terrible bassesse. Mes mots sont rudes mais je sais que vous êtes le seul à les comprendre pleinement. Moi qui était faible de corps, je suis maintenant faible d'esprit.

Ce n'est plus qu'une longue déchéance. Aujourd'hui du sang animal et demain quand ils verront que je continue à dépérir ? Si je continue à prendre ce sang, je vais perdre ma volonté. Je me dégoûte déjà.

Alors, arrière-grand-père, répondez à ma question, par pitié répondez-y : cela en vaut-il le prix ?Ma vie vaut-elle cette souillure ?

Ne vous trompez pas, je ne souhaite pas mourir. Mais vivre ainsi, je ne pense le pouvoir.

J'espère que cette lettre vous trouvera dans de bonnes dispositions,

Je suis désolée de vous importuner,

J'attends impatiemment votre réponse,

Votre arrière-petite-fille,

Magdalena Von Kaltstein

Je plie le parchemin et inscris le nom de Lothar Von Kaltstein. Nous y sommes. Je lui parle à égalité, lui qui subit la malédiction de la plus ignoble manière, lui qui voit vieillir les êtres aimés, lui qui a enterré sa femme, enterrera son fils et sa petite-fille. Que va-t-il me répondre ? Je suivrai ces directives, s'il me dit de boire, alors je boirai.


J'ai envoyé ma lettre. Sans me laisser réfléchir pour ne pas hésiter. Et je suis retournée vers ma tour, je dois affronter mes amies, elles ont beau m'avoir laisser un répit, je les connais assez pour savoir qu'elles voudront connaître la vérité, mes explications vaseuses n'ont pas pu les satisfaire. Je respire profondément, je vais y arriver.

Je rentre dans le passage de la Salle Commune. Il est tard, c'est presque l'heure du couvre-feu et la salle est pleine de mes camarades. Les Maraudeurs font leur boucan habituel. Mary et lily doivent être dans le dortoir. Je n'ai pas le temps de m'y diriger que James saute hors de son fauteuil et fonce sur moi :

« Magda ! Enfin sortie de ton trou !

— Pas la peine de parler si fort.

— Mais toujours aussi mal aimable !

— Je te retourne le compliment, Black !

— Arrêtez deux secondes ! Dis Magda, je suis sûre que t'as rien mangé depuis un moment. Voilà, j'en étais sûr ! Allez, viens, c'est ma tournée ! Repas spécial Maraudeurs !

— Qu'est-ce que tu racontes ? On va où là ? Et pourquoi tu viens toi ?!

— On a à parler. »

James m'entraîne hors de notre tour sans me laisser le choix. S'il continue, je le rappelle de suite Potter ! Je ne veux pas de sa sollicitude, de ses airs de chevalier servant ! Qu'il me laisse ! Je n'ai rien à faire dans les couloirs avec lui et Black ! Il me tient fermement par la main, Black marche nonchalamment à côté. Nous passons par des passages secrets et descendons rapidement sans croiser personne. Enfin, nous débouchons au premier étage, nous prenons les escaliers vers le hall et les sous-sols ? Où-est-ce qu'ils m'entraînent ? Après Pré-au-Lard et la pièce va-et-vient, que me réservent-ils ?

Nous prenons un couloir et ils s'arrêtent devant une nature morte représentant des fruits. Black chatouille la poire et le tableau pivote. James me pousse en avant.
Des elfes de maison emplissent une pièce aussi immense que la Grande Salle et disposée de la même façon avec cinq longues tables. Dès que nous entrons les Elfes s'agitent dans tous les sens, certains allument des fourneaux, d'autres disposent des plats et encore d'autres nous empressent de nous installer.

« Qu'est-ce-que...

— Bienvenue dans les cuisines de Poudlard ! »

Jamais je ne mettais demandé à quoi pouvait ressembler les cuisines du château, ni qui nous préparaient tous ces plats. Devant nous, ils ont déjà disposé un plat de côtelettes fumantes, de la purée et des petits pois. Les garçons se servent. Je remplis mon assiette. Au moment de me servir en viande, je me stoppe. Elle est rose, cœur rouge, le jus coule sensuellement sur les os. Je me détourne, mon estomac se tort, de dégoût et d'envie. Je salive.

« Ca ne va pas ?

— Juste un haut le cœur, ça va.

— C'est à cause du sang. »

— Patmol !

— Qu'est-ce que tu viens de dire ?

— C'est bon, ho. C'est le sang qui te met dans cet état ? On le sait, pas la peine de le cacher. »

Tout s'embrouille. Comment sait-il ça ? D'où ? Stop Magda, arrête. Nie, nie, ne brise pas le secret. Mens ! J'embroche un morceau de viande et le dépose dans mon assiette. Il suinte, qu'est-ce que je fais ?!

« Tu es complètement fou mon pauvre Black.

— J'ai vu tes médicaments à l'infirmerie. Et c'est du sang que t'avales. Alors tu peux faire semblant autant que tu veux, mais pour ma part, je te laisserais pas partir tant que tu n'auras pas dis ce que tu caches.

— J'ai la confirmation que tu es fou ! Du sang ? Et puis, quoi encore ? Je ne cache rien, et même si c'était le cas, je ne vois pas en quoi ça vous regarde !

— Ca regarde James ! Il t'a aidée et pas qu'une fois ! Il s'inquiète toujours pour toi ! Tu lui dois des explications ! »

James ne dit rien. Il a l'air ahuri par la situation. Autant que moi. Black a vu mes médicaments. Il a vu de quoi je me gave. De quel droit ? Quelle enflure !

« Black ! En premier, tu m'insultes et maintenant, tu mens sur mon compte ! Je ne suis pas une saleté de monstre, ok ?! Je ne bois pas de sang ! »

Je me suis levée d'un bond, je tremble, je le déteste. Je voudrais le frapper, lui et son air suffisant. Je ne dois pas pleurer.

« Personne ne parle de monstre, ici.

— Cornedrue...

— C'est bon Patmol. Magda, écoute moi. J'ai vu les bouteilles moi-aussi. Sirius ne voulait rien entendre de mes explications. Quand il se méfie de quelqu'un, il ferait tout pour... Enfin, il te déteste pas, hein, mais...

— Moi je le déteste.

— James n'a pas dit que je t'appréciais non plus !

— S'il-vous-plaît ! Tu n'es pas un monstre Magda ! C'est aussi ça que je voulais te dire ! Tu ne dois pas avoir honte où je sais pas quoi, on connaît quelqu'un qu'a une maladie spéciale aussi, et jamais on l'a jugé ! T'es pas seule...

— Je ne bois pas de sang, combien de fois je vais devoir vous le dire ! Et évidement que je ne suis pas seule, j'ai Lily et Mary.

— C'est pour ça qu'elles ne viennent jamais te voir à l'Infirmerie. »

Black a touché juste. Evidement, j'ai toujours refusé qu'elles viennent me voir. Cette ambiance malsaine, tout autour de votre lit, autour de votre linceul, à sourire alors que vous vous sentez si diminuée, si misérable, immonde. Et entendre parfois de l'autre côté de l'infirmerie, loin de la frontière des paravents, des rires et des éclats de voix. Un Maraudeur qui en appelle un autre. Cornedrue, Queudver, Patmol. Lunard. Lunard, les souillures de son visage, les cicatrices, les lames qui l'on tranché. Lunard, lune. La pleine lune et les cours d'astronomie où il ne venait pas. Nos regards qui se croisent, la peur d'être découverts, le secret, la distance et la sollicitude. La connivence de deux monstres qui s'ignorent. Evident. J'avais toujours ignoré cet autre malade chronique. J'avais refusé la réalité. Alors qu'en face de moi, j'ai mon reflet. Un corps condamné.

« Pas comme vous avec Lupin, c'est ça ? »

Ils ne me répondent pas. Je suis sonnée, ils ont fouillé dans mes secrets et sans le vouloir m'en ont dévoilé un.

« Qu'est-ce que tu veux dire ?!

— Rien du tout, sauf que vous devriez vous mêler de ce qui vous regarde ! Et j'en ferai de même ! »

Je pars, je m'éloigne d'eux, je cours à travers les couloirs et remonte les escaliers sans regarder derrière moi. J'espère qu'ils ne me suivent pas. Avec leurs connaissances du château, ils pourraient arriver avant moi à la Grosse Dame. Mais peu importe, je ne le saurai pas, mon chemin vient de croiser celui de Rusard. Le couvre-feu est passé.


« Comment ça une colle ?

— J'ai pas vu l'heure passer hier soir et je suis rentrée trop tard...

— Tu vas devoir faire quoi ?

— Nettoyer la salle des trophées. »

Face au regard réprobateur de Lily et à celui amusé de Mary, je décide d'éviter les Maraudeurs toute la journée et même plus. Au cours d'astronomie, je reste le nez penché sur mes parchemins. Lupin et de l'autre côté de Lily, il a l'air bien, j'évite de le regarder.

Enfin et trop vite, vient l'heure de ma punition. Rusard m'attend avec un seau et une éponge. Sans cérémonie il prend ma baguette et s'éloigne avec sa chatte. Il ne me reste qu'à m'activer, sinon je suis bonne pour recommencer jusqu'à ce que le concierge soit satisfait. J'en ai pour tard, donc. Je fais un tour dans la pièce, elle est encombrée d'un bric-à-brac de métal et de poussières.

« Hey Magda !

— Qu'est-ce que vous faites là ?! »

James et Black viennent d'apparaître derrière une vitrine.

« On vient t'aider, c'est à cause de nous si t'es là.

— Et puis on a pas fini notre discussion.

— Oh si on l'a fini, Black ! Et merci, mais je n'ai pas besoin de votre aide. »

Ils ne m'écoutent pas et dupliquent des éponges. Ils se mettent à laver les étagères avec une certaine technique. Evidement, ce n'est pas leur première retenue ici.

« Mais vous avez vos baguettes !

— Oui et un honneur aussi !

— Ce n'est pas la peine de vous montrer si mature. Je préférerai en finir vite plutôt.

— Rusard se doutera de quelque chose. Ce vieux hibou repère tout.

— Tu ferais mieux de t'y mettre Kaltstein, Rusard ne te fera pas de cadeau. »

Je n'ai pas la force de le corriger une énième fois et je me mets à frotter. Pendant, la demi-heure qui suit, ils se taisent. Je leur jette des coups d'œil mais ils restent concentrés. Nous continuons ainsi pendant un moment, et puis Black finit par rompre le silence :

« Ecoute Kalt... Magdalena. Pour ce que je t'ai dit et tout ça, oublions...

— Je n'en crois pas mes oreilles !

— Ca va pas la peine d'en rajouter. Je me suis emporté ça te va ? J'ai cru que, enfin...

— Que j'étais une folle, fan de serpentard et accro à James ?

— Mmh...

— Oui, ça ne semble pas plus logique aujourd'hui qu'hier, ravie que tu t'en rendes compte !

— Ca doit être ton sale caractère qui m'a mis sur une fausse piste ! »

Il confond avec lui ! Je ne réponds rien, je suppose qu'avoir obtenu son repentir et déjà quelque chose d'exceptionnel. Mais il ne s'est pas excusé, problème d'orgueil ?

« Et pour hier...

— N'en parlons plus James, ok ? Vous vous êtes trompés et je me suis trompée aussi sur Lupin. Voilà tout. »

Je me remets à dépoussiérer une étagère pleine de médaille de quidditch.

« D'accord. Mais si tu as besoin, on est là. »

James. Un vrai Gryffondor, un ami a qui on pourrait confier sa vie. Dans ma main, la médaille du meilleur poursuiveur de 1976, James Potter. Le camarade en or, l'ami en or. Je ne lui réponds pas. Nous continuons à astiquer pendant une heure et puis, j'entends Rusard revenir. Quand je me retourne, les deux autres ont disparu. Je regarde de tous côtés mais ne les vois pas.

« Qu'est-ce que t'as à tournicoter dans tous les sens ?! T'es pas là pour fainéanter ! »

Rusard s'arrête net en constatant la propreté de la pièce, il regarde ma baguette qu'il tient dans sa main et me fixe l'air soupçonneux. Enfin, il me la tend.

« Déguerpis et que je ne te revois plus !

— Merci, monsieur. »

Je pars sans demander mon reste.


Ma tenue est noire, évidement. Mes épaules sont découvertes, la combinaison est légère, les jambes du pantalon sont larges. Je peux positionner mon violoncelle sans gêne. J'ai relevé mes cheveux avec ma broche d'argent. Je n'ai pas d'autres bijoux. Les filles voulaient savoir ce que je porterai pour la soirée de la saint-valentin.

« Pourquoi avez-vous l'air si septique ? Ca ne va pas ?

— Si, tu es très élégante, mais...

— Tu manques de couleur...

— Oh ! J'ai une idée !

Mary fonce dans la salle-de-bain et en ressort avec un tube de rouge à lèvre. Du maquillage ? Pour moi ? Il a une couleur brun-rouge, sombre et sobre.

« Laisse-moi te le mettre.

— Je ne t'ai jamais vu le porter Mary.

— C'est nouveau, je l'ai eu à Noël. »

J'espère que je n'ai pas sur ma bouche, un cadeau de Mulciber. Je me regarde dans le miroir, avec mes lèvres foncées, j'ai l'air plus mature. Une belle couleur, comme le sang qui me badigeonnait il y a quelques jours.

« C'est gentil Mary, mais je me préfère sans.

— Tu es sûre ? Moi je trouve qu'il te va bien.

— Ca ne me ressemble pas. »

Voilà, pas de couleur. Noir et blanc, c'est parfait. Sain et sans danger. Devant leur regard déçu, je me souviens du foulard offert par mes parents. Je le sors de ma malle et le noue autour de mon cou.

« Alors ?

— Parfait ! »

Voilà, au moins, je n'aurai pas à chercher une tenue pendant des heures à notre prochaine sortie à Pré-au-Lard. Dans les couloirs, j'ai entendu des filles en parler, apparemment, elles, ne vont pas seules à ce bal... D'ailleurs, Mary viendra-t-elle ? Je veux dire, c'est une fille populaire, alors aura-t-elle un cavalier, ou bien Mulciber ? Impossible, ce serait trop choquant. Et Lily ? Elle n'a jamais mentionné la lettre, n'a pas parlé de James plus que besoin. Serait-elle prête à y aller avec lui s'il lui demandait ? Mieux vaut ne pas essayer. S'il se précipite, il aura usé de sa dernière chance pour rien.

Cependant, c'est bientôt l'anniversaire de Lily. James m'a bien envoyé une lettre, il pourrait en faire de même pour Lily. Ou quelque chose d'approchant, peut-être d'un peu plus amoureux. Je n'ai aucune idée là-dessus.
Mary et Lily essayent aussi leurs tenues. Des robes simples qui leur vont à ravir.


Les jours passent sans que rien ne change. Je suis rassurée. Je ne bois pas toutes mes bouteilles de sang. Je ne le fais que lorsque je faiblis, lorsque j'en ressens la nécessité vitale, lorsque le sang évaporé doit être remplacé. J'apprends à faire la différence entre l'envie et le besoin. Entre le monstre et la sorcière.
Sirius Black ne me cherche plus d'ennui depuis un moment, il s'est calmé aussi vite qu'il s'était emporté. Tant mieux, il commençait à me fatiguer. Même s'il connaît mon secret et qu'il ne m'a laisser tranquille que grâce à lui. Il lui arrive encore de venir au répétition de James et moi. Mais nous ne nous entraînons quasiment plus qu'avec la chorale, ce qui m'évite sa présence.
La chorale. Ils sont géniaux. Quand nous l'avons proposé à Mary, elle a refusé de leur faire écouter les disques. Elle aime vraiment construire un chant du début à la fin. C'est une difficulté qui lui sied.

Parfois, quand nous sommes seules à parler musique. J'aimerai l'arrêter et lui poser des questions sur sa relation avec l'autre. Elle ne m'en parle pas, je peux le comprendre après tout, elle ne me parle pas de ce qu'elle a pu percevoir en moi. Mais à chaque fois qu'elle n'est pas avec nous, qu'elle s'éclipse et qu'elle arrive en retard, j'ai peur. Je ne sais pas à quoi m'attendre. Mulciber me fait peur.

Il n'est jamais venu me voir, même pas après que je l'ai pétrifié. Il m'ignore comme les Serpentard m'ont toujours ignorée. Parfait, mais son manque d'animosité ne me permet pas de le cerner, il reste flou. Mauvais et illisible. Dangereux.

« Lily pense que tu sors secrètement avec quelqu'un.

— Tu ne l'a pas démentie ? C'est un peu la vérité en soi... il ne faut jamais qu'elle l'apprenne Magda.

— Je sais. Ne t'inquiète pas. Mais, elle est trop perspicace, elle voit bien que tu as l'air... Ailleurs.

— Je ne peux pas inventer plus d'excuses. Ca se verrait trop. »

C'est exact. Je préférai quand même la prévenir, j'ai hésité avant de le faire. J'avais une appréhension à amener ce sujet. Ma dernière altercation avec Mary m'a suffie. Mais au final, en tant qu'amie, il était de mon devoir de lui en parler. Parce que si Lily découvre que Mary sors avec Mulciber, ça pourrait être la fin de leur amitié. Incompréhension et douleurs. Si tu sors avec lui, c'est que tu penses comme lui ?

Bien sûr, je ne lui parle pas des révélations des Maraudeurs. Je ne comprends toujours pas comment Pettigrew a pu nous surprendre. Mais ils ont promis de ne rien dire. Nous avons en quelque sorte scellé un pacte. Et s'ils s'avisaient de parler, je ne sais pas de quoi je serai capable. Mais sûrement à bien plus de cruauté que si c'était moi qu'ils trahissaient. Je n'ai pas à m'inquiéter, au final, moi aussi je connais des secrets.


J'ai toujours envié l'anniversaire de Lily. Peut-être même que j'ai toujours envié Lily aussi. Son courage, sa force, sa droiture. Son anniversaire est le jour où elle semble briller encore plus. Beaucoup d'élèves lui souhaitent, Lily, populaire préfète-en-chef, Lily porte-parole, Lily belle intellectuelle, Lily protectrice, toujours prête à aider. Lily, mon modèle. Cheveux feu, contre cheveux cendre. Elle est ce que je ne suis pas, elle m'inspire.

Lily a ses défauts mais je la trouve bien meilleure que moi. Et nos anniversaires espacés d'un mois, sont les exemples parfaits de ce qu'elle a et de ce que je n'ai pas. Il faut dire que nos personnalités et nos comportements diffèrent. Nos anniversaires ne pouvaient que l'être aussi. Le mien passé en petit comité, entouré d'une famille taiseuse et guindée, le sien, entouré d'amis, toujours en lumière. Il faut dire que Lily parle à un nombre mirobolant d'élèves, elle attire la sympathie, l'échange, le sourire. Dans ces moments, si je suis là, je baisse les yeux, je disparais. On ne m'y attend pas.

Lily est populaire. Je m'étais déjà faite cette réflexion. Moi, amie avec une fille populaire ? Ou plutôt, moi amie avec deux filles populaires ? Moi avec amie avec Lily, Mary et James, trois élèves populaires ? C'est pour cela que tous ont le regard braqué sur James et Lily. Vont-il voir la création d'un couple en or ? Pathétique.
Je me ferai presque l'effet de ce pauvre Pettigrew, condamné à être le sous-fifre des trois autres Maraudeurs. Sauf que je suis moins timorée et bien plus classe.

Je sors de ma malle un paquet et me retourne vers Lily. Nous sommes dans le dortoir et avant de sortir petit-déjeuner, comme notre rituel annuel l'exige, nous allons offrir nos cadeaux.

« Joyeux anniversaire !

— Merci les filles ! »

Elle ouvre le cadeau de Mary. Une veste verte à la dernière mode sorcière. Très belle. Mon présent est moins recherché. Un roman historique écrit par une sorcière italienne dont j'ai dû mal à prononcer le nom. Lily nous prend dans ses bras.

Quand je vois les hiboux arriver dans la Grande Salle, je me demande si sa joie ne va pas être de courte durée. Un volatile se pose devant elle avec un paquet rouge et or. Sans aucun doute possible, c'est James. Elle lit d'abord la petite carte pliée en deux qui l'accompagne, se fige et déballe le cadeau. Elle rougit. Elle essaye de reprendre contenance et tourne vers nous ce qu'elle a reçu. « Poudre d'étoiles » est indiqué sur un pot de porcelaine.

« Qu'est-ce que c'est ?

— Regarde. »

Elle prend une pincée de poudre argentée et souffle vers le plafond. D'un coup, la poudre éparpillée forme une nébuleuse scintillante. Elle se mouve lentement, s'étend, se recompose, silencieuse au-dessus de nous. Toute notre table s'extasie devant le phénomène.

James, je ne sais pas ce que tu as écrit dans ta lettre, mais tu viens de marquer des points. Peut-être bien ceux qu'il te manquait.