La lettre est arrivée ce matin. J'ai reconnu immédiatement son écriture. Je l'ai rangée dans mon sac, sans la lire, comme si ce n'était qu'une lettre de mes parents. Mary et Lily connaissent mes relations tendues. Un mauvais jour et Magda ne les lit pas avant le soir, c'est tout. Je voulais être seule pour dissimuler ma réaction.
Le parchemin est déplié sur mes genoux. Les filles sont couchées, nos rideaux fermés, isolées. L'écriture, souple et élégante.
Je ne pense me tromper en vous affirmant ceci : votre décision est déjà prise.
Cela je l'ai vu lors de notre dernière rencontre et encore plus en lisant votre missive. Vous ne voulez pas mourir ma chère enfant. Non, vous ne le voulez pas. Et vous vous opposez à cela depuis des mois si ce n'est des années.
La malédiction de notre famille, le tribu de sang qui nous fascine, tout cela n'est rien opposé à votre amour de la vie. Vous m'avez parlé de vos amis, de vos passions, de votre violoncelle.
Cela vaut d'être vécu. Même au prix du sang.
C'est bien la seule chose que votre ancêtre puisse vous certifier avec assurance. Toute vie mérite d'être, dans son entièreté. L'existence est toujours un combat, il suffit juste de trouver les bons alliés.
Et vous les avez Magdalena.
C'est tout. Voilà, je voulais son avis, je l'ai. Je suis soulagée, triste et soulagée. Il a raison, je connaissais déjà la réponse : je ne veux pas mourir. Mais le coût de ma guérison est atroce. Je replie la lettre et la range dans le tiroir de ma table de chevet. J'éteins ma baguette. Triste, je ne m'arrêterai pas, je continuerai à ne prendre le remède que partiellement. Arrière-grand-père a raison, mais il est âgé, le sang, il s'y est habitué. Moi je lutterai tant que je le pourrai. Le sang est mon ennemi.
Un vent âpre fouette nos visages. Je rabats ma capuche et remonte mon écharpe. Quelle idée d'aller à Pré-au-Lard ! Il fait froid et les élèves se pressent dans les boutiques Je n'ai qu'une envie : retourner dans la Salle Commune. Avec le spectacle qui approche, j'ai bien autre chose à faire que de me promener en pleine ère glacière.
Nous furetons dans les magasins habituels, à la recherches de gourmandises et de parchemins. Chez Honeydukes, je remarque que les sucettes à l'hémoglobine ont disparu. Pas le succès escompté, c'est mieux ainsi, j'aurai pu être tentée d'en acheter. Je me rabats sur les plumes en sucre et les chocoballes. Dehors, les rues sont désertées, il y a peu d'élèves, tous essayent de rester le plus longtemps en intérieur. Je ne sais pas ce qui est le pire aujourd'hui, être dehors ou dedans ?
« Ah Magdalena !
— Mmh ?
— Houlà ! T'as l'air au bout de ta vie ! Allez venez, je vous invite aux Trois Balais ! »
Sans que nous ayons vraiment le choix, nous suivons James et ses acolytes. Le pub est plein à craquer. Nous nous faufilons entre les groupes. Ils trouvent une table pour tous nous accueillir. Je ne doute pas que leur popularité est à l'origine de ce miracle. Aux tables adjacentes, certains se serrent contre les autres.
Une fois leurs capes posées, Black et Lupin partent chercher des bièraubeurres. James et Pettigrew s'installent à ma droite, les filles à ma gauche. J'espère que James ne va pas faire de bêtises. Lily regarde autour d'elle, rougie, par le froid ou la gêne. Elle toussote, respire, enchaîne :
« Vous vous sentez prêt pour le concert ?
— Stressée, comme toujours !
— Aucunement, j suis prête, il n'y aura que la première note qui comptera.
— Et toi, Potter ?
— Hum et bien... Ben, ouais, bien, un peu stressé quand même.
— C'est ton premier spectacle ?
— Ouais. »
Par Merlin. Il est affreusement coincé ou mon esprit me joue des tours ? Et Lily fait sensiblement un effort pour lui parler. Je vis un moment historique. Qu'il se remue un peu, c'est lui qui nous a accosté ! Lily ne sait pas comment enchaîner la conversation et ce n'est pas Mary ou moi qui allons l'aider, nous nous amusons trop pour cela. C'est finalement Pettigrew qui sauve la situation en nous demandant si nous irons au bal accompagnées. Gêne, personne n'a de cavalier ou de cavalière. Les autres reviennent à ce moment avec nos boissons.
« Vous parliez de quoi ?
— Des cavaliers pour la Saint-Valentin.
— Alors ? Personne n'a personne ? Allez Lily tu vas bien y aller avec James !
— Certainement pas !
— Allez si tu n'oses pas, accepte au moins de danser une fois avec lui !
— Patmol !
— Quoi ? Roh, vous n'avez pas d'humour, aucun goût pour le défi ! »
Dommage qu'elle n'ait pas répondu, j'aurai voulu savoir. Mais nous enchaînons sur d'autres sujets. Au fur et à mesure, Lily et James se détendent. Une chose est sûre, Lily n'a jamais réagi ainsi face à James. Hélas, nous en venons à discuter de la chose la plus ennuyeuse qui soit : les ASPIC.
« Il faut déjà commencer à réviser, c'est la clé Peter, n'est-ce pas Remus ?
— Et bien, c'est plus sûr.
— Vous êtes fous ! Il y a d'autres choses à faire que ça !
— Comme quoi, Black ?
— Vivre sa vie !
— Pff, et après Poudlard ? Pas d'ASPIC, pas d'études supérieures !
— Etudes supérieures, la barbe ! Moi, je veux de l'action, direct je pars à l'aventure !
— Par les temps qui courent ? »
Mary les a réduit au silence. Par les temps qui courent, on ne part pas à l'aventure. On se cloître, on ferme ses volets, on ne sort pas la nuit. Ils sont plus nombreux à rôder. Ils sont plus nombreux à mourir. Sorciers, gobelins et autres créatures, massacrés dans leurs lits. La Gazette du Sorcier en parle tous les jours. Ce qui n'était que de simples rumeurs il y a quelques années, s'est transformé en marée noire. Des temps sombres ont commencé. On ne peut pas lutter.
« Tu sais, ça ne sert à rien d'avoir peur. Si je pouvais, si on pouvait, on se battrait contre eux.
— On peut les vaincre. Les gens ont peur et se laissent faire !
— Bien dit !
— Mais c'est la cause à défendre ou juste vous battre qui vous intéresse ?
— La cause bien sûr !
— Tu ne serais pas prête à te battre, toi Lily ?
— Evidemment que si ! »
Tous se mettent à parler avec énergie de plans de bataille et de liberté. Avec Pettigrew, nous sommes les seuls à rester muets.
« Tu es prête ?
— Autant qu'on peut l'être je crois. »
Nous attrapons deux hiboux et attachons à leur patte nos précieux dossiers d'inscription.
« Voilà...
— Il n'y a plus qu'à attendre.
— Ca va être long.
— Et si l'une d'entre nous est recalée ? Mes parents me forceront à faire du droit...
— Ca n'arrivera pas, Mary.
— Tu as l'air si sûre. Tu ne doutes pas ? Et si tu étais...
— Je ne serai pas recalée. Je ne ferai rien d'autre que de la musique. Mes parents ne pourront pas me forcer.
— T'en as de la chance. »
C'est dans ces moments là, où Mary doute et où j'ai l'air forte que je sais qu'elle n'a pas décelé l'entièreté de mon mal. Parce qu'au final, j'ai de la chance. C'est vrai, mes parents ne me forceront jamais la main. Parce qu'ils savent bien que le violoncelle est toute ma vie. C'est lui qui m'a toujours soutenu quand eux n'étaient pas là. Et sans lui, au final, je n'existe plus.
J'ai froid et je suis fatiguée. Je dois bientôt boire. C'est vite devenue une habitude. La petite friandise qu'on s'offre quand on a fait des efforts. Pourtant, je fais tout pour ne pas faiblir. Je vais y arriver. Je leur donnerai tort. Tous les jours, je résiste, tous les jours je gagne un peu de terrain sur cette dépendance. Et quand, contrainte je bois, j'essaye de ne pas trop y penser, de ne pas trop savourer.
Je m'enferme dans une cabine des toilettes, prends le flacon et avale à grandes goulées. J'ai la chair de poule, des frissons de délectation. C'est détestablement bon. Je m'empêche de lécher le rebord, revisse, range la bouteille. J'essuie ma bouche. Dans le miroir au-dessus du lavabo, je vois une fille aux yeux creux et aux joues roses. Refouler le dégoût.
Je sors. Dans les couloirs il n'y a quasiment personne, beaucoup sont en cours. Une fois n'est pas coutume, je vais aller à la Bibliothèque. Lily a raison sans ASPIC, pas d'études supérieures, pas de Conservatoire, pas de vie. J'ai encore dans ma bouche le goût ferreux, je passe ma langue sur mes dents, il reste du sang entre chacune d'elles. J'avale ma salive, stop. Je dois arrêter. J'ai bu, c'est fini, je n'ai pas le droit de laisser mes pensées divaguer, de laisser cette envie m'envahir. Le traitement est pris, c'est tout. Je passe à autre chose. J'aurai dû rincer ma bouche.
J'hésite à faire demi-tour. Mais c'est comme un test, je dois le supporter. Arrêter ce suçotement. Je reprends ma route et quand je l'aperçois, je comprends que j'aurai dû retourner aux toilettes ou m'isoler dans mon dortoir. Maintenant, quelques pas nous séparent, il est seul lui aussi. Il me voit, ses yeux se plissent, une vraie tête de Serpentard. Et bien, je n'ai qu'à passer à côté en l'ignorant. Après tout, je suis censée ne rien savoir, à part que je suis celle qui lui a éclaté le nez il y a quelques mois. Il avance. Moi aussi, ce n'est pas le moment de reculer. Il me laisse passer à côté de lui avec un petit sourire sadique. Et puis, je l'entends se tourner, je ne m'arrête pas :
« Tu as intérêt à ne rien dire Von Kaltstein. Je ne serai pas aussi indulgent qu'elle. En plus, je t'en dois une. »
Mulciber part. Il a une voix froide et dure comme une lame. Je suis maintenant sûre qu'il a parlé à Mary de notre altercation. Et qu'elle l'a empêché de se venger. Trop de contenance dans sa menace, il m'en veut et il n'attend que le bon moment. Tomber sur moi, dans ce couloir désert a dû être une petite victoire en soi pour lui. Des mots qui valent pour attaque, pour asseoir sa supériorité. Je déguerpis.
La Grande Salle est totalement transformée. Les cinq tables ont disparu pour laisser place à des tables rondes aux nappes de dentelle blanche ornées de bouquets de roses. Elles forment un large cercle autour d'un espace vide. Des chandelles valsent dans les airs. D'épais rubans rose pâle et rouge s'entrelacent le long des murs. L'estrade où se tiennent d'habitude nos professeurs est libre, prête à être investie par la chorale. Pour le moment des instruments jouent un air doux et calme. La Salle se remplie peu à peu. Nous devons ouvrir le bal après le repas, et revenir au milieu et en clôture.
Lily est Mary se dirige vers une petite table. Ni elles ni moi n'avons de cavalier. Je dépose mon violoncelle derrière l'estrade. Quand je me retourne, les Maraudeurs se sont installés à côté de nous. Moi qui comptait passer une bonne soirée... Mais plus je me rapproche, plus je les entends parler avec calme. Peut-être que tout n'est pas perdu. Peut-être que James a enfin retenu des leçons de mon enseignement !
Ils sont tous habillés de manière élégante. Robe de sorcier aux coupes droites, smocking moldu revisité... Je m'étonne qu'aucun d'entre eux n'ait de cavalière. Au même moment, une Serdaigle prend place à côté de Pettigrew. Il lui sourit et ils se mettent à chuchoter. Il y en a au moins un... A part s'ils attendent tous leurs amies. J'espère que James aura eu l'intelligence de ne pas dire oui à une invitation !
Je n'ai pas le temps d'envisager plus la question que le professeur Dumbledore se lève pour nous faire un discours. L'importance de l'amour et de la solidarité. La force de la fraternité dans l'adversité. Les heures obscures qui nous guettent et le besoin impératif de comprendre l'autre. Quelles paroles plombantes pour la Saint-Valentin. Mais aux vues des troubles qui règnent, que pourrait-il dire d'autre ? Il se rassoit sous les applaudissements. Les plats apparaissent immédiatement après. Je les fixes pantoises, es Elfes de Maison se sont surpassés, chaque aliment a la forme d'un cœur et ressemble à un petit bijou. Un régal.
« Le discours de Dumbledore n'était pas joyeux, on aurait presque était gêné de fêter la Saint-Valentin.
— Je trouve qu'il a raison d'en parler. Tout le monde doit être conscient de ce qu'il se passe dans notre monde. Ce n'est pas une question de moment. »
Lily. Nous parlons peu de ce qu'il se passe dehors. Bien sûr, elle est affectée, elle fait partie des sorciers en danger. Qui sait ce qui nous attends dans quelques mois ? J'évite de regarder des Serpentards. Mary acquiesce. Elle qui sort avec un de ces futurs Mangemorts ou je ne sais quoi. A-t-elle si confiance en lui ? Pourquoi ? Comment peut-elle s'emballer pour la défense des nés-moldu et des moldus, alors qu'elle même fricote avec l'ennemi ? Comment peut-elle être si incohérente ? Renier ses origines tout en les portant en étendard ?
Autour de moi, j'ai l'impression de ne voir que des adultes, des visages décidés, infaillibles. Chacun avec leurs convictions, leurs secrets et leurs faiblesses. Ce qu'il se passe dehors me fait peur, je l'ignore, je ne veux pas m'y confronter. J'ai mes propres démons et pas la force de les affronter. Pourtant, je suis concernée. Si mes amis risquent leurs vies, je ne peux me cacher. Ce serait collaborer, accepter. Mais je n'ai ni l'inconscience de James ni le courage de Lily. Je ne suis que moi.
Les plats apparaissent et disparaissent, tandis que la discussion se poursuit. J'aimerai parler d'autre chose mais ne trouve rien pour les arrêter. J'entends sans vraiment écouter et acquiesce quand il le faut. De vrais Gryffondors, qui foncent têtes baissées vers les coups, les blessures, la mort. Mais, nous parlons du plus grand mage noir de notre époque ! Plus puissant que Grindelwald. Qu'est-ce-que je pourrai faire, moi et mes cinq pauvres BUSES ?
« Ca va être à nous Magda ! James. »
Mary se lève et à sa suite, tous les membres de la chorale, disséminés ici et là à différentes tablées. Je regarde mon assiette à dessert, vide. C'est la musique qui sera venue interrompre leurs paroles de guerre. Si elle pouvait faire plus. Je suis Mary, ouvre la housse de mon violoncelle et vérifie les accords. Le temps que tous s'installent, je suis prête. James se tient de l'autre côté de l'estrade, il a l'air confiant. En tout cas, il est habitué à être l'objet des regards. Il sourit à la salle avant de se tourner vers moi pour me faire un clin d'œil. Espérons que tout se passe bien.
Pour l'ouverture du bal, nous ne devons jouer qu'une seule chanson. Le club de musique prendra la suite, puis les instruments enchantés. Les lumières se tamisent, les effets du repas ont disparu. La chorale est prête. Mary se poste devant la scène :
« J'espère que vous avez tous profité de ce festin ! Maintenant, et pour ouvrir le bal, nous vous présentons une des plus belles chanson d'amour de notre époque. »
Elle oublie de spécifier qu'il s'agit d'une musique moldue. Inutile de provoquer les huées de certains. Ils s'en apercevront bien assez tôt.
J'inspire, lève mon archet. Silence, un, deux. Trois. Les cordes vibrent. Personne n'ose encore se lever, ils écoutent, attendent de saisir le sentiment. Deux, trois. La chorale chante.
Premier couplet, deuxième, harmonica. Parfait. Peu à peu, les uns et les autres se regardent, certains se lèvent, se retrouvent. Des couples se forment timidement et la piste se remplie de quelques danseurs maladroits. Les professeurs forment des paires comme pour donner l'exemple.
Mais pour le moment, la majorité des élèves écoutent tout en bavardant. Je ne peux m'empêcher de regarder discrètement certains Serpentards qui chuchotent. Ils comprennent.
Je me détourne, Lily danse avec Lupin. James a les yeux braqués sur eux. Il joue sans faute, mais sa concentration est focalisée sur Lily. il rêve d'être à la place de Lupin. Et Lily, préférerait-elle les bras de James ? Les préférerait-elle si elle savait que Lupin est un loup-garou ? Qui voudrait danser avec un hybride ? Qui voudrait danser avec nous ?
Je retourne le problème sur moi, pitoyable. Alors que Lily sait déjà, c'est indiscutable. Ce que moi je me suis refusée à voir, centrée sur moi-même, elle l'a vu depuis longtemps. Et elle lui sourit parce qu'il n'y a pas de problème. Lupin n'est pas du genre à mentir comme moi. Ce n'est pas un grand mystificateur. il est moins coupable que moi.
Quand ils entament le dernier couplet, je regarde James. Il hoche la tête. L'harmonica s'arrête, le violoncelle embrasse les voix. Refrain, une fois, refrain, deux fois, Trois fois et harmonica. James a enclenché la tirette. Les couleurs s'envolent et forment des voiles transparents qui glissent entre les danseurs. Tous s'arrêtent pour regarder. La chorale continue de chanter, plus intensément, ils n'étaient pas prévenus. Ils sourient et en un geste, Mary fait reprendre le refrain une quatrième fois, puis une cinquième. Enfin, final, James et moi finissons en une dernière note.
Il y a un silence et puis les applaudissements. J'adore cette sensation. Nous faisons une révérence et puis nous descendons. Le club de musique est déjà prêt à prendre la relève. Le temps d'accorder leurs instruments et une nouvelle musique commence.
« C'était quoi ça ?! C'était génial !
— Ca ? C'était du James Potter !
— Je ne pensais pas que ça marcherait aussi bien !
— Tu ne nous avais pas dit que tu allais faire un truc pareil !
— C'est mon cadeau de Saint-Valentin, chérie Mary !
— Me parle pas comme ça, ça me donne des frissons !"
Elle grimace. Tout c'est bien passé mais James et moi avons pris un risque. Je n'aurai jamais osé faire cela seule. Cette surprise aurait pu surprendre les choristes et créer un blanc. Heureusement, Mary est enchantée a en oublier son rigorisme. Nous nous rasseyons, le temps de respirer. Une musique douce et romantique émane maintenant de la scène.
Autour de nous, beaucoup hésitent encore à danser. Cela ne va pas continuer longtemps, les plus jeunes doivent partir dès vingt-deux heures et les sixièmes et septièmes années à minuit trente, demain nous avons cours.
Au bout d'un certains temps la piste est remplie. Je regarde les couples évoluer. Sans grand intérêt. Ah, Mary s'est mise à danser avec Lupin. Je jette un coup d'œil à Mulciber qui pavasse sans sembler s'intéresser à elle. A notre table, il ne reste que James, Lily et moi, tous les autres dansent. Evidemment, Black n'a pas perdu son temps, il est déjà avec une troisième partenaire différente. En même temps, il a du succès, il en profite. Je me rends soudainement compte du silence qui nous entoure, personne ne parle. Je ne suis pas douée pour détendre l'atmosphère. J'aimerai partir, mais où ? Enfin, Lily se décide à parler :
"C'était très beau ce que tu as fait avec l'harmonica.
— Tu ne danses pas ?"
Ils ont parlé en même temps. Tu ne danses pas ? Il ne compte pas l'inviter tout de même ?! Mais non, il se contente de sourire, gêné. Elle évite de répondre à sa question, il enchaîne sur le système chromatique de son harmonica, quelle technique utiliser pour l'activer sans dénaturer le son, le jeu du souffle et est-ce que ça ne t'ennuie pas tout ça ?
« Non pas du tout, je ne pensais pas que tu t'investissais autant... Surtout dans la musique.
— J'ai plus d'un tour dans ma baguette !
— Je vois ça. »
Pour eux, je ne suis plus là. Je crois que Lily rentre dans son jeu. De séduction ? Pas si sûr, mais... Black revient s'asseoir lourdement sur sa chaise :
« Les autres ne sont pas revenus ? Et toi Kaltstein, toujours posée là ?
— Von Kaltstein. Et je ne suis pas la seule à rester ici !
— Mouais, mouais. En attendant, moi, je suis exténué, mais vois-tu, je ne peux refuser aucune danse !
— Quel beau parleur...
— Je t'en prie. »
Mary et Lupin finissent par revenir aussi. Quant à Pettigrew, je pense qu'on ne le reverra pas de sitôt. Les filles se mettent à parler du talent de danseur insoupçonnés de Lupin. Il est gêné d'être le centre de l'attention. Applaudissements. Il est sauvé, nous devons déjà retourner sur scène. Deux chansons nous attendent cette fois-ci. Nous nous réinstallons rapidement pour ne pas laisser le temps aux danseurs timorés de partir. Le morceau commence par un solo de violoncelle. J'inspire et je me lance. Rien de compliqué mais, il faut y mettre du sentiment. Je relève légèrement la tête, j'ai l'impression que toute la salle me regarde, même Black a arrêté de pavoiser. Je refixe mon regard sur mon violoncelle, pas de déconcentration, James me rejoint... Maintenant. Et, trois, quatre, les voix.
Je dois accompagner sans interruption, James vient à différents moments soutenir avec son harmonica. Cette fois il n'enclenche pas ses couleurs. Je me concentre entièrement sur les accords mais je capte les mouvements du slow devant moi. Mais en quelques minutes qui m'ont paru des secondes infimes, nous arrivons à la dernière partie, je relève mon archet. Silence, je regarde les chanteurs, Mary, un geste, silence. Troisième musique, troisième chant. Cette fois la majorité de la chanson est assurée par James qui joue avec les cappella de la chorale, je viens en refrain, en fond. Quand nous finissons, nous avons encore le droit a des applaudissements.
En descendant, j'ai en moi ce sentiment de satisfaction, le même que lorsque je joue dans des concerts durant l'été. Transmettre une mélodie, qu'elle soit aimée, quoi de plus appréciable ? Un exercice plus exténuant qu'il n'y paraît, je prends mon verre et le bois d'un coup. Un long frisson me parcourt et je me retiens pour ne pas recracher. Une main crispée sur le visage, je me retourne vers les Maraudeurs.
« Qui a mis de l'alcool dans mon verre ?!
— Pas si fort ! Tu sais ce qu'on dit : avec de l'alcool, la fête est plus folle.
— Et puis, la dernière fois, t'avais l'air de bien encaisser !
— Pas si fort !
— Vous l'avez vraiment fait les gars ?!
— Ne fais pas ton rabat-joie non plus, Lunard ! Et puis, c'est que du cidre de fée, rien de plus...
— Du cidre de fée ? Ca m'étonnerait ! Le goût est trop fort !
Je ne sais pas ce qu'ils ont mis et si c'est du cidre de fée, il n'est pas pur ! J'ai les joues brûlantes, je me sens... Euphorique. Mary sirote tranquillement. J'ai besoin de manger si je veux pouvoir jouer correctement ! Lily s'assoit à côté de moi à ce moment là. Où était-elle ?
« Ne bois pas !
— Hein? »
Trop tard, elle prend une gorgée. Rien. Ils n'ont pas piégés son verre. Ils n'ont pas osé, les pleutres. Je leur jette un regard mauvais, si je pouvais me venger... Mais j'ai juste envie de boire. Mary se penche vers Lily :
« C'était qui le gars avec qui tu dansais ?
— Un Serdaigle.
— Tu le connais ?
— Pas très bien, mais il m'a invitée donc bon...
— Plutôt pas mal. »
Ah lui là-bas. Oui, plutôt pas mal. James regarde dans la même direction que moi l'air de rien. Pourvu qu'il ne fasse pas une scène de jalousie !
« J'avais juste envie de danser. J'adore les musiques que vous jouez ! Elles sont vraiment très connues chez les moldues ! »
C'est bien ce que je pensais, elle n'est pas du tout intéressée par ce Serdaigle. Je me penche au-dessus de mon verre, il est de nouveau plein. C'est pas possible. Je goûte, oui, oui. C'est ça. Ils ont mis de la fée prune avec. Ca a ce petit goût, comme grand-père m'avait fait goûter il y a deux ans, en cachette de père. C'est à la fois bon et mauvais. De l'alcool somme toute.
« Magda ?
— Arrête de boire ça ou tu ne pourras plus jouer et regarde plutôt ! »
Mary me prend par l'épaule et me force à regarder la piste. James danse. Lily danse. Ils dansent ensemble. James Potter et Lily Evans dansent ensemble ! Je veux dire, ils se touchent, les bras enlacés, les mains nouées. Et ils dansent, ils ne sont pas écartés l'un de l'autre, droit comme des piquets, non non. Je ne suis pas seule à être surprise, ça va jaser dans tout Poudlard. Je repose mon verre, je remplis mes yeux de cette scène incroyable. Ils rigolent, même. Ils rigolent ensemble !
« Mais qu'est-ce-qu'il se passe ?
— Si je le savais Magda...
— Ah ah, alors ça Kalststein, tu t'y attendais pas, hein ? Allez, pour fêter ça... »
Black m'attrape et me pousse sur la piste. Je suis propulsée en avant et je manque de m'affaler. Non mais, s'il recommence à me chercher, il va me trouver ! Soudain, il se place devant moi et me prend la main. Qu'est-ce-qu'il...
« Tu veux danser ? Avec moi ? T'es sérieux Black ?
— Ecoute Kaltstein, voir mon meilleur pote heureux, ça me rend heureux. Et je dois l'avouer, c'est un peu grâce à toi. Alors, prends ça comme un remerciement !
— Merci, mais non merci !
— Personne ne refuse de danser avec le plus beau sorcier de tout Poudlard ! »
Il est hallucinant d'orgueil ! Je n'ai pas envie de danser avec quelqu'un qui m'a empoisonné la vie durant des semaines ! Il pose une main sur ma taille. D'accord... Après tout, il s'est presque excusé. Nous valsons, il est bon danseur. En fait, c'est agréable de danser avec quelqu'un d'autre qu'un homme de sa famille ! Et puis c'est vrai qu'il est beau, ça ne gâche rien. Mais quel caractère... Ca me donne envie de lui écrabouiller le pied tiens...
« N'essaye même pas.
— Comment ?
— Si tu veux jouer un sale coup, évite que ça se voit. En d'autres termes, arrête de fixer mes pieds !
— N'importe quoi !
— Tu ne résistes vraiment pas à l'alcool !
— Si, mais pas à votre mélange ! »
C'est vrai, pompette, je le sens. Il faut pas que ça m'empêche de jouer. J'ai encore le temps avant la dernière montée sur scène, mais bon... Black me saisit soudainement par la taille et me fait faire une envolée complète autour de lui. Je vois plusieurs robes de danseuses voleter, même Lily. Je reprends pied, bien sûr, c'est la chorégraphie, après il prend ma main et je tourne.
« T'es vraiment légère toi !
— Hein ?
— Pourtant tu bouffes comme quatre !
— Charmant ! »
Il a un don pour être désagréable ! J'espère que Lily se débrouille mieux que moi avec son cavalier. Ca a l'air. Enfin, la musique arrive à son terme.
« Allez, on en redanse une Kaltstein ! »
Cinq danses plus tard, je reviens enfin à ma table. Je suis exténuée ! Lily et James se sont arrêtés de danser il y a un moment déjà. Des petits-fours sont apparus après le départ des moins de sixièmes années, j'en engloutis plusieurs. Je me verse de l'eau après avoir pris soin de vider mon verre avec un coup de baguette. Black, bon prince, et parti chercher une autre partenaire. Son enthousiasme aura au moins eu le mérite de faire baisser mon niveau d'alcoolisation.
« Sirius aime vraiment danser.
— Je viens justement de le remarquer... Remus.
— Mais tu danses très bien, vous étiez parfaitement synchro.
— Je crois que l'on peut remercier nos cours de bonne tenue aristocratique, alors ! »
Il rit. Je me rends compte qu'il était tout seul à table avec Lily et James... qui ont l'air dans une grande discussion. Qu'est-ce-qu'il se passe ?! On a forcément mis quelque chose dans leurs verres ! Et où est Mary ? Je regarde à gauche et à droite et ne la vois nulle part. Elle ne serait quand même pas partie le rejoindre quelque part...
« Mary est là-bas. Elle danse avec un Gryffondor de cinquième année. Il ne va pas tarder à se faire prendre d'ailleurs. »
Mary danse avec un jeune homme roux, taillé comme un batteur. Le professeur McGonagall vient de le repérer, elle lui tapote l'épaule et... Et évidement, Lupin a tout de suite compris que je cherchais Mary. Que j'ai eu peur qu'elle ne soit partie rejoindre... L'autre. Chacun des Maraudeurs sait. Je remercierai presque Lupin de ne pas en dire plus. Ca ne devrait pas m'étonner de lui. Mais j'ose espérer que James et Black ne lui ont jamais parlé de moi.
« Tu joues vraiment bien du violoncelle.
— Merci.
— Mary m'a dit que vous postuliez au Conservatoire de Londres ?
— Oui !
— J'espère que vous allez être reçues alors. C'est bien de pouvoir concrétiser ses rêves. »
Je voudrais lui demander ce qu'il compte faire l'année prochaine et puis je me ravisse. Qu'est-ce-qu'il pourrait me répondre ? Tu sais les loups-garous n'ont pas accès aux études supérieures, tu sais pour moi, il sera difficile de travailler, car enfin, qui voudrait employer un monstre ? Lupin. Il doit souffrir tellement plus que moi. Je suis une hybride à forme humaine, on aura toujours plus de compassion pour moi que pour lui. Pour la première fois de ma vie, je pense que nos lois sont mal faites et que personne ne devrait avoir peur de dire ce qu'il est, personne ne devrait être rejeté pour ce qu'il est. J'aimerai lui dire, que je le comprends, mais à quoi bon ? Il ne veut pas être découvert autant que moi je refuse de me dévoiler. Je lui souris. Mary s'assoit en face de nous.
« Jim s'est fait prendre. C'était couru d'avance en même temps !
— McGonagall t'a disputée ?
— Un peu, mais ça va elle n'a puni personne. Pour une fois !
— Ah, ah, attention si elle t'entend, c'est maintenant que tu vas te prendre une heure de colle ! »
Lily et James se rapprochent de nous. Je fais comme si de rien n'était et tout le monde fait de même. Lily toussote :
« Tu dansais avec qui Mary ?
— Oh, Jim, un ami. »
Jim, un ami, juste un ami. Si elle n'était pas Gryffondor, je jurerais voir là une technique de Serpentard. Mulciber déteint sur elle. Bien que la duplicité ne soit par leur apanage, j'en sais quelque chose. Jim, juste un ami, peut-être bien mon amour secret, Lily. Mary trouble les pistes.
« Où est Patmol ?
— Encore sur la piste.
— Il est intenable !
— Je n'aurai pas pensé qu'il aimait tant danser.
— C'est bien la seule chose qu'il doit aimer de son héritage, Lily. »
Lily. James appelle Lily par son prénom ! Disparu le Evans. Et elle lui répond comme si tout cela était parfaitement normal ! Que s'est-il passé entre eux ? James pourrait-il y arriver ? Je n'y crois toujours pas.
« Ah vous entendez ? Ca va être à nous ! »
Déjà ? La fin du bal approche et je ne l'ai pas vu venir. Il s'est passé trop de choses, je ne pensais pas passer une si bonne Saint-Valentin. J'ai même été dans les bras d'un garçon ! Bon certes, c'était ceux de Black, mais tout de même ! Après tout, c'est vrai, il ne faut pas cracher dans la potion !
Je réajuste ma broche avant de monter pour la dernière fois sur scène. Je m'assois, cale mon violoncelle, prends mon archet. Je suis prête. James sourit largement. Il est heureux, à le voir ainsi on a aussi envie de l'être. Nous allons finir sur deux musiques, une des Scarabées du son, si ce n'est pas un nom de sorcier ça, et l'autre, un slow, d'un certain Ben E. King. Ce sont mes préférées, je vais y mettre tout mon cœur. James et moi devons jouer en alternance avec des périodes communes. Mary donne le tempo.
Je reste focalisée sur les cordes qui vibrent. Harmonica, j'entends leurs voix qui s'élèvent, fortes et pleines d'optimisme. Voici le soleil. James, c'est beau. C'est bien toi. Mon violoncelle est le nuage qui part, l'harmonica, la lumière qui apparaît. James. Qui est devenu pour moi, l'ami, le confident malgré moi, qu'il me manquait tant. Je ne lui dois plus rien, les présentations sont plus que faites avec Lily. Et pourtant, il avait l'air si heureux. Elle était si souriante. S'il le veut, je l'aiderai encore. Parce qu'avec cette musique, tout est bien, tout pourrait être mieux. Même si comme tout, cette chanson est trop courte et déjà le long son sourd de la finale.
Je ne bouge pas, j'aimerai faire durer l'instant, que le chant reprenne sans fin. Je me place pour la dernière. Le slow de clôture. Mary s'avance de deux pas :
« Merci à tous ! Et pour clôturer ce bal, un dernier slow, celui qui nous a le plus ému. Alors s'il-vous-plaît, ne ratez pas l'occasion d'inviter celle ou celui qui détient votre cœur ! »
Les bras grands ouverts, elle repart en arrière. Je l'imagine jeter un coup d'œil à Mulciber. Non, je ne dois pas penser à cela. Rester concentrer. Pour ce slow, on compte sur mon instrument. L'harmonica introduit, violoncelle et chant. Les uns et les autres hésitent et puis, plus que durant tout le bal, des couples se forment sur la piste. Lily et Lupin sont assis. Je vois Pettigrew enlacé à sa petite copine et Black qui refuse la proposition d'une septième année pour rejoindre notre table. Les Serpentard sont soit assis, soit partis pour ne pas entendre notre musique hérétique. Un, deux, notre soliste, un Poufsouffle à la voix grave s'avance pour entamer le refrain avec mon violoncelle. Et le chœur arrive derrière. Et l'harmonica revient. Il revient avec ses couleurs, cette fois, un rouge framboise mêlé à des volutes bleues. Elles se mettent à voler entre les danseurs, à les enlacer, tandis que la chorale entame ses derniers refrains. Et puis les voix s'arrêtent, l'harmonica s'amenuise, le violoncelle reste, long, dans la nuit, tout va bien, reste.
Je relève l'archet. C'est fini. Je me lève. Les couples se séparent et se tournent vers nous pour nous applaudir. Révérence. Mary appelle le club de musique qui grimpe sur scène, je me décale à côté de James. Nous faisons de nouveau une révérence sous les applaudissements.
« On a trop géré, Magda !
— C'est vrai ! Et cette soirée a été un véritable succès pour toi ! »
Il sourit, me prend la main, la tend en l'air et l'abaisse en même temps que notre dernière révérence. Nous descendons de scène, sans plus de cérémonie la salle se vide. Je range tranquillement mon violoncelle dans sa housse et le hisse sur mon dos. Ils sont encore tous à notre table quand j'arrive.
«Et bien Kaltstein, tu joues vraiment bien.
— Merci, Black. En quel honneur ai-je droit à ce compliment ?
— Quelle suspicion ! »
Nous partons de la Grande Salle, les Maraudeurs en avant, sauf Pettigrew, mais je pense qu'il est occupé à souhaiter une bonne nuit à une certaine Serdaigle.
« Franchement, ces deux dernières musiques, vous avez mis le paquet. Surtout toi Magda, je crois ne t'avoir jamais entendu jouer comme ça.
— C'est vrai, même aux répétitions !
— Vraiment ? C'est peut-être l'alcool qu'ils nous ont fait boire ! Je devrai en prendre pour l'audition du Conservatoire !
— Quel alcool ?! »
Lily paraît scandalisée. Mary et moi nions tout en bloc. Il vaut mieux ne rien dire, cela risquerait de faire baisser la soudaine popularité de James.
