Ch. 5 - La photo
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Hermione déposa un léger baiser au coin des lèvres du Serpentard puis glissa quelques mots à son oreille.
- D'accord, murmura-t-elle. J'irai avec toi...
L'étonnement froissa le front du blond et il ne put empêcher les coins de sa bouche de rebiquer. Il s'écarta vivement de la jeune femme lorsqu'il s'aperçut que son ami les avait vu, juste avant de leur tourner le dos. Blaise ne faisait aucun bruit mais ses épaules qui tressautaient trahissait son rire.
Drago se racla la gorge, comme pour atténuer sa gêne, tandis qu'Hermione tordait un regard cynique vers lui.
Elle se demandait où était passée l'arrogance légendaire de Drago Malefoy? À l'évidence, et au vu de son attitude depuis qu'ils étaient dans ce cachot, son assurance à toute épreuve avait foutue le camps.
Se pourrait-il qu'il ne soit plus le même que les années précédentes?
Aurait-il changé à ce point?
Hermione pensait que oui, du moins elle l'espérait... Elle observa le blond et vit la fameuse trousse en cuir posée à l'extrémité du canapé, légèrement enfoncée entre le coussin et l'accoudoir. Elle eut soudain l'irrépressible envie de savoir ce que Drago cachait là-dedans.
Elle se précipita au bout du canapé, se saisit de la trousse et se redressa rapidement.
- Hermione, qu'est-ce que tu fousbordel ?! Rend-moi ça tout de suite, gronda Drago.
- Oh mais rassure-toi Drago, je vais te la rendre ta trousse... dès que j'y aurais jeté un oeil, bien sûr... ajouta-t-elle en ouvrant lentement ladite trousse en cuir.
- Ce sont mes affaires, ça ne te regarde pas, merde, s'emporta-t-il en s'approchant d'elle d'un air menaçant.
- Taratata, fit-elle en brandissant sa baguette pour le dissuader. Un pas de plus et je te pétrifie pour te ranger dans un placard à balais, tu as compris?! Alors... ne fais pas l'andouille, c'est un conseil!
- Tu te sens forte, hein Granger! Bah vas-y, fais-toi plaisir, fouille mes affaires! Ce n'est pas comme si j'avais encore une vie privée après tout... Je comptais cramer toutes ces conneries de toutes façons, rugit-il en levant les bras rageusement.
Hermione tenait fermement la sacoche en cuir dans sa main et elle hésitait à regarder son contenu. Ce que venait de dire Drago l'avait touchée. Elle aimait bien le taquiner, parfois jusqu'à le mettre en rogne, mais pas en abusant comme ça de sa vie privée... Elle se sentait coupable et avait peur de ruiner cette once de complicité qui commençait doucement à naître entre eux depuis quelques temps. Elle ravala difficilement sa salive, se demandant si elle n'avait pas tout gâché, comme une imbécile...
- Excuse-moi Drago... murmura-t-elle en refermant soigneusement la sacoche. Tu as raison, je n'ai pas à regarder dans tes affaires sans ta permission...
- Ok... alors rend-la moi immédiatement, répond-il, un peu moins énervé mais les dents toujours serrées.
- Cependant... ajouta-t-elle en ignorant l'ordre du Serpentard, j'aurais aimé que tu me fasses suffisamment confiance pour partager de telles choses avec moi... avoua-t-elle, peinant à le regarder dans les yeux sans sentir ses joues s'enflammer sous le regard étonné de Drago.
- Je ne donne pas ma confiance si facilement, tu devrais le savoir, siffla-t-il en arrachant sa précieuse marchandise des mains d'Hermione qui la lui tendait, résignée. De plus, je ne vois pas en quoi cela te regarde, on n'est pas amis je te rappelle...
Heurtée par cette dernière réplique cinglante, Hermione se rembrunit et se laissa retomber sur le canapé. C'est alors qu'intervint Blaise, qui n'avait perdu aucune miette de la petite scène. Il posa le baladeur sur les genoux de la Gryffondor et prit son ami par le bras.
- Tu nous excuseras Hermione, j'ai deux mots à dire à cet tête d'âne bâté en privé... soupira-t-il en entraînant Drago à l'extérieur du cachot, le tirant par le bras, sans tenir compte de ses râles de protestation.
Ils firent quelques pas dans le couloir pour s'éloigner de la porte jusqu'à être hors de portée des oreilles de la jeune femme...
- Je peux savoir ce qui te prend au juste, grinça amèrement Drago.
- Fais-moi voir ce qu'il y a là-dedans que tu ne veux pas qu'elle voit, et dépêche, lui répondit Blaise avec empressement, avec ce regard sévère qu'il arborait chaque fois qu'il jouait les grands frères.
- Quoi? Mais qu'est-ce que tu me fais, là?
- J'ai dit dépêche!
Le blond souffla bruyamment et finit par ouvrir la sacoche et la donner à son ami. Blaise la prit dans ses mains et fouilla rapidement à l'intérieur. La trousse contenait quelques bricoles moldues comme des stylos ridicules, appartenant sûrement à Hermione, une boucle d'oreille dépourvue de sa jumelle, un paquet de chewing-gums, ce qui ressemblait au bouchon d'un flacon de parfum et un autre truc en cuir: un porte-feuille. Il ouvrit chaque compartiment les uns après les autres. Dans le premier il y avait d'étranges rectangles de papier.
- Ce sont des billets, c'est de l'argent moldu, expliqua Drago.
Ensuite Blaise ouvrit le deuxième compartiment qui était plein de pièces, moldues elles aussi. Puis il ouvrit le troisième...
- Je suppose que c'est ça que tu ne voulais pas qu'elle voit, n'est-ce pas, demanda le métis en levant un regard entendu à son ami qui trouvait soudainement ses chaussures très distrayantes.
- Ouai... marmonna-t-il, se sentant tout piteux.
- Il est certain qu'elle serait... surprise de trouver ça, précieusement rangé dans tes affaires... sourit-il. Tu m'expliques?
- Et bien... Elle avait acheté des appareils photos jetable – je t'en montrerai un – et on avait passé la soirée à prendre des tas de photos en se promenant et... dans l'euphorie du moment... j'ai pris quelques photos d'elle...
- À son insu...
- Ouai, peut-être...
- Et aussi pendant qu'elle dormait... insista Blaise en arquant un sourcil d'un air taquin.
Drago tordit la bouche, cherchant quoi dire pour se justifier, regrettant déjà sa confession. Il croisa alors le regard amusé de son ami.
- Je t'en prie, ne me regarde pas comme ça. Je me sens déjà suffisamment ridicule...
- Mais non Drago, ne te met pas dans cet état pour quelques photos. Je suis sûr qu'elle trouverait ça mignon...
- Mignon?! Mais de quoi tu parles? Elle serait furieuse. Flippée, tout au mieux...
- Tu l'aimes, n'est-ce pas, demanda Blaise en lui tordant un regard amical.
- Oh ça, c'est un bien grand mot! Disons que... je me suis habitué à sa présence, fit Drago en croisant les bras sur sa poitrine.
- Ouai, bien sûr... Je crois que tu as tendance à oublier à qui tu t'adresses, mon vieux. Tes bobards ne prennent pas avec moi, je te rappelle! Et visiblement, Hermione est trop intelligente pour se laisser berner, alors un conseil, sois franc avec elle.
- C'est bon, t'as fini ? ronchonna le blond.
- Sérieux mec, va lui parler. Explique-lui pour les photos, je suis sûr qu'elle comprendra, lui sourit-il en lui tapotant l'épaule. Moi je vais retourner dans notre salle commune, et toi mon ami, tu vas retourner voir cette fille et lui dire ce qu'elle veut savoir, l'encouragea Blaise en lui rendant la sacoche, puis il s'en alla rejoindre leur dortoir.
Drago retourna dans la salle où l'attendait Hermione. Sitôt qu'il entra, elle se leva du canapé et, le regard incertain, elle l'encouragea à parler le premier. Drago décida de suivre le conseil de son ami.
Sans préambule, il ressortit les photos de la sacoche et les lui tendit en s'efforçant d'avoir l'air assuré. Son arrogance naturelle aidait bien d'habitude, mais cette fois il avait du mal à assumer. Il lui laissa quelques secondes pour examiner les photos et attendit qu'elle lève les yeux sur lui pour s'expliquer. Les secondes paraissaient longues et sa gorge commençait à s'assécher. Il craignait la réaction de la jeune femme, peur qu'elle se sente offensée et qu'elle lui en veuille au point de ne plus vouloir le voir.
Hermione fronça les sourcils en faisant défiler les photos dans ses mains, puis, contre toute attente, elle se mit à sourire.
Pourquoi souriait-elle? Se moquait-elle de lui? Ou était-ce le genre de sourire nerveux qui annonçait une crise de nerfs imminente?
Le blond essayait d'analyser les mimiques de la Gryffondor et fut surpris lorsqu'elle pouffa de rire en découvrant la dernière photo.
- Celle-là est ma préférée... lui montra-t-elle en souriant malicieusement. Pourquoi ne m'as-tu pas dit que tu voulais des photos de nous? Ça aurait été amusant qu'on le fasse ensemble.
- Tu... Tu n'es pas fâchée?
- Pourquoi Diable serais-je fâchée?
- Ça me paraît évident, ces clichés ont été pris à ton insu, j'étais certain que tu piquerais une crise... sourit-il tout crispé, en baissant la tête comme un enfant pris en flagrant délit.
- Tu étais persuadé que ça me mettrait en colère et pourtant tu as quand même fait ces photos... asséna-t-elle en fronçant les sourcils, sans pour autant perdre son sourire radieux.
- Oui, je-
- Pour quelle raison? le coupa-t-elle.
- Parce que tu étais la seule que je pouvais prendre en photo, vu qu'il n'y avait personne d'autre, dit-il en essayant de s'en persuader lui même.
- Je vois bien que tu mens Drago...
Le jeune homme se sentit encore plus mal à l'aise et son regard chercha désespérément quelque chose à quoi se raccrocher et se perdit finalement dans les prunelles ambrées qui le sondaient.
- Est-ce que je peux garder celle-ci, lui demanda-t-elle.
Elle lui montra une photo qu'il avait prise lors de leur unique virée en voiture.
Ils s'étaient promenés tout un week-end dans la voiture empruntée à Mr Granger, avalant les kilomètres en quête de dépaysement. Elle lui avait appris à conduire quelques semaines auparavant et avait insisté pour qu'il prenne le volant lorsqu'ils étaient sur des petites routes désertes. Elle semblait persuadée que son compagnon de route finirait par trouver cela plaisant, et encore une fois, elle avait vu juste.
Drago ronchonnait au début, mais rapidement il fut grisé par la sensation de vitesse et de puissance lorsqu'il était au volant de cette mécanique typiquement moldue. Rien de comparable avec les balais qui manquaient cruellement de confort, c'était tout à fait différent et, bien qu'il ne voulut pas l'admettre avec des mots, son expression parlait pour lui: il adorait conduire!
Il avait voulu garder une trace de ce week-end exceptionnel et avait pris quelques clichés avec l'appareil photo jetable lorsque Hermione était au volant, concentrée sur sa conduite et trop occupée à chantonner sur les chansons qui passaient à la radio en hochant légèrement la tête en rythme.
Par moment elle semblait oublier la présence de son passager et le Serpentard en avait profité pour immortaliser leurs profils.
Ce souvenir fit naître un sourire sur les lèvres de Drago, le même sourire qu'elle, un sourire plein de nostalgie.
- Cette virée en voiture était mémorable... murmura-t-il.
- Oui... on a eu des bons moments, je ne peux pas le nier.
- Je n'aurais jamais cru vivre ce genre de choses dans le monde moldu, sans aucune magie et... avec toi.
- Je ne sais pas très bien comment je dois le prendre, s'interrogea-t-elle en tordant ses sourcils, perplexe.
- Au début c'était un vrai cauchemar, je ne te le cache pas, rit-il.
- C'était si horrible que ça? S'exclama-t-elle, dépitée.
- Hermione, tu n'as pas l'air de comprendre ce que j'essaie de te dire... Cette année a été la meilleure année de ma vie... avoua-t-il timidement.
La jeune femme fut grandement surprise par cet aveu. Elle eut d'abord du mal à le croire et pensa qu'il se payait sa tête. Mais rapidement elle se rendit compte qu'il était sérieux. Elle laissa échapper les photos de ses mains et attrapa le visage de Drago, le rapprochant tout près du sien jusqu'à ce que leurs fronts et leurs nez se touchent.
- Drago... soupira-t-elle en fermant les yeux. Je... Il faut que tu saches que-
- Tu ne sais pas comment le dire, n'est-ce pas? la coupa-t-il.
- Comment? Dire quoi? fit-elle, déstabilisée.
Elle eut un mouvement de recul en lâchant le visage du jeune homme mais ce fut lui qui saisit le sien entre ses mains, gardant ce léger contact au niveau de leurs fronts.
- S'il n'y avait pas les cours à Poudlard... serais-tu restée avec moi là bas, demanda-t-il la voix moins assurée qu'il ne l'aurait voulu. Si... Si on t'avait déchargée de tes obligations envers moi... serais-tu encore avec moi dans cette maison, Hermione?
- Me l'aurais-tu seulement demandé? En aurais-tu eu le courage, Drago?
Ils se regardèrent dans les yeux un moment, n'osant pas rompre ce contact, ce lien fragile et invisible qui semblait les unir presque malgré eux et les attirer l'un vers l'autre comme un élastique.
- Reste avec moi... souffla-t-il faiblement.
- Es-tu sûr de le vouloir vraiment? Tu sais comme je peux être insupportable quand je m'y mets, plaisanta la jeune femme qui ressentait le besoin de détendre un peu l'atmosphère.
- Hermione... ne m'oblige pas à te supplier, tonna-t-il en serrant les dents d'impatience.
- Je dois te poser une question avant de pouvoir te répondre.
- Je t'écoute...
- J'aimerais savoir, comptes-tu rester collé à mon front toute la nuit ou vas-tu te décider à m'embrasser avant Halloween?
Il n'en fallut pas plus pour Drago, c'était le feu vert dont il rêvait depuis longtemps. Il esquissa un rictus et posa délicatement ses lèvres sur la bouche entrouverte d'Hermione qui glissa ses doigts dans la chevelure blonde.
Aussitôt, leur langues se rencontrèrent et se caressèrent doucement. Ils s'étaient déjà embrassés auparavant, mais jamais avec cette douceur et cette tendresse. Les mains de Drago remontèrent dans les cheveux ondulés tandis que celles d'Hermione glissèrent vers le bas jusqu'à trouver leur place sur le torse du Serpentard, où elles percevaient les battements frénétiques de son coeur.
