"Voilà, c'est là."
James fait trois aller-retours devant le mur et la porte apparaît. Les filles sont bouches bées. Nous rentrons dans une pièce qui n'a rien à voir avec celle que j'avais découverte la dernière fois. Plus grande, le mobilier confortable a disparu. Il y a du matériel d'entraînement dans des bacs en bois et deux mannequins au milieu de la salle. L'éclairage chaleureux est devenu une lumière blanche qui vient de je ne sais où.
Naturellement James et Black s'avancent pour prendre la parole quand Lily les coupe :
— C'est donc ici, la fameuse Salle-sur-Demande…
— Oui, on a pensé…
— Comment l'avez-vous découverte ? L'Histoire de Poudlard ne laisse aucun indice sur sa position !
— Secret de Maraudeurs !
— Vraiment ?
Elle hausse les sourcils mais n'insiste pas. Telle que je la connais, elle reviendra à la charge. Ma lecture de l'Histoire de Poudlard remonte à des années, je ne me souviens pas qu'on y mentionne cette pièce. En vérité, c'est un livre beaucoup trop ennuyeux pour des premières années.
Très vite, nous proposons différents exercices en choisissant à chaque fois le meilleur d'entre nous comme professeur. Je me retrouve donc toujours en éternelle élève, en position d'apprentie, en faiblesse. Prévisible. Se rendent-ils compte que j'ai tout à apprendre ? Plus la séance avance, plus j'ai l'impression de n'être qu'une simple figurante.
Sorts d'immobilisation, sorts d'attaque et de protection. Ils enchaînent les noms et les techniques. Ils sont jeunes, pleins de vie, forts et agiles. Est-ce normal que je ne sois qu'une masse lourde et grinçante ? Que je n'arrive pas à appliquer une attaque banale ? Des années à me laisser aller, à ne me focaliser que sur la musique, ne me forçant jamais à rien, on fait de moi une sorcière pitoyable.
Je respire un grand coup et relève mon bras. Protego, protego, protego ! J'y suis déjà arrivée, je peux le refaire ! Mieux ! Plus fort ! Mon bouclier se brise, je suis projetée en arrière et je me retrouve sur les fesses. Black me tend sa main. Je l'ignore, un peu vexée.
" Tu n'y vas pas de main morte.
— On est là pour ça."
Je me relève sans son aide. Je suis certaine qu'il s'amuse bien à montrer sa supériorité. Peu importe, les Von Kalstein sont des battants, des rageurs aux dents effilées. Je me remets en garde.
"T'en veux encore ? Très bien, j'aime ça Kalstein !
— Von Kalstein. Allez, arrête de lambiner !"
Des courbatures. Partout. Nous nous entraînons plusieurs fois par semaine, les jours passés n'ont pas terni notre volonté, bien au contraire. Chaque matin dans la Gazette, des lieux saccagés, des disparitions, des meurtres. Aussi bien chez les moldus et les sorciers que chez les créatures magiques. Tous ceux qui s'opposent à Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom ne donnent plus signe de vie… Peu à peu… Le journal parle même de géants...
Alors qu'est-ce que quelques muscles fatigués ? Ils sont tous galvanisés, une énergie palpable parmi mes amis. Ils sont des guerriers. Presque. Je me demande pourquoi. Envie de prouver, d'être, l'aventure, exister ? Protéger ceux que l'on aime ? Est-ce suffisant au sacrifice ? Quand votre famille vous attend en sécurité chez vous ? Je suis pathétique. Il n'y a rien de plus juste à faire que de se battre. Seulement parfois, j'aimerai tout arrêter, pouvoir m'allonger et fermer les yeux un instant. Tout oublier.
Une fois de plus je me morigène et me frictionne plus fort. Je suis faible. Mentalement et physiquement. Une pleutre et une incapable, mais qu'importe. Je combattrai toutes ces faiblesses une à une. Je sais que je suis sûre la bonne voie. Mes amis sont là, nous sommes ensemble. Nous vaincrons. Le baume finit par pénétrer ma peau. Je referme le pot et me rhabille en hâte. J'ai maigri. L'appréhension, les examens, le Conservatoire. La guerre.
Je sors de la salle-de-bain, charge mon violoncelle sur mon dos et descends. James m'attend. Je lui fait signe et il me rejoint. Nous partons vers la salle va-et-vient. Nous avons définitivement abandonné l'autre salle, glauque, froide et éloignée des couloirs principaux. Mes rencontres successives avec Mulciber ou d'autres Serpentards m'ont convaincue que c'était une bonne chose. Et puis maintenant, nous avons une cheminée !
La pièce qui s'ouvre à nous ressemble à une salle de classe en plus confortable. Je m'assois dans un fauteuil crapaud tandis que James reste debout à côté. S'il veut s'asseoir un sofa n'est pas loin. Des pupitres se mettent à notre hauteur et les pages de nos partitions se tournent toujours au bon moment. Oui, il est tellement plus agréable de s'entraîner ici que je me demande pourquoi nous ne l'avons pas fait avant. Mais je n'aurai jamais laissé James m'amener ici, mener la danse alors que c'était moi le professeur, lui l'élève. Moi ayant une dette à essuyer je devais le faire à ma manière. Dans le froid et la contrition.
Malgré ma part du marché remplie, James n'a pas changé son attitude envers moi. Il ne fait plus aucun doute que nous sommes amis. Je le corrige sur un accord et reprends mon archet. Des amis, oui. Même s'il me parle peu de Lily. Leur relation a changé. Plus de conflit, mais des discussions. Parfois, je les vois revenir ensemble de la Bibliothèque. Lily ne m'en parle pas plus. Je ne sais pas où ils en sont, mais ils y sont à deux. Ce qui me semblait impossible il y a quelques mois pourrait bien arriver.
"C'était pas mal. On progresse.
— Ouais, le plus dur reste d'apprendre à lire ces fichus papelards.
— Tu ne pourras pas faire sans. On ne va pas faire la chasse au 78 tours jusqu'à la fin de l'année.
— Si ça tenait qu'à moi...
— Tu me remercieras plus tard, tu verras. En attendant, je vais m'entraîner pour mon concours.
— Je te laisse alors."
Il s'en va en me faisant un signe de la main. Je n'aurai jamais pensé que James aimerait autant s'investir dans la musique. Lui qui parle fort, parade pour attirer l'attention. Il ne tirera aucune gloire instantanée de ce que nous faisons maintenant. La Saint-Valentin passée, les éloges reçues, il n'y a plus rien à attendre. Juste le geste abouti, la note sûre, peut-être, après plusieurs semaines. Jamais je n'aurai pensé qu'il était capable de se plonger dans le calme studieux des arpèges.
Je fouille dans mon sac, sors la partition. Celle que je présenterai en juillet prochain. Si mon dossier est retenu et il le sera. Concerto pour violoncelle 927 en mi majeur par Alberto Cello. Mort au milieu du dix-neuvième siècle, plus d'un millier d'oeuvres composées depuis ! Un des maître ! Il hante une belle demeure de Saint-Marin et ne cesse de s'y produire, jouant de son violoncelle, celui là même sur lequel il s'est tué, empalé sur la pique.
Mais l'interpréter est plus qu'un défi, je dois décortiquer et repenser… Je saisis ma plume, rature une note et corrige de nouveau ma partition.
Les semaines s'écoulent, nous sommes déjà à la fin du mois de mars. Entrainements. Combats et sortilèges. Entraînements. Musique et violoncelle. Mais nous sommes loin de la monotonie. Les Maraudeurs font maintenant acte de présence quotidienne. C'en est étouffant. Le matin, au petit-déjeuner, ils s'assoient près de nous, le midi et le soir aussi. James parle à Lily, Lily parle à James et tout cela dans un calme parfait ponctué de rires ! De rires ! Mary et moi n'en revenons toujours pas. Le changement est plus que radical si l'on repense aux années précédentes.
Nous avons d'abord pensé que ça ne durerait pas. Lily allait craquer et leur demander d'aller jacasser ailleurs. Mais ce n'est pas arrivé. Nous avons cru qu'elle refuserait de parler à James plus que nécessaire. Mais ce n'est pas arrivé. Entre eux, de nouveaux liens se sont créés. Jamais nous n'aurions cru cela possible. Et pourtant. L'impossible est en train de se produire sous nos yeux.
Malheureusement, le rapprochement des deux préfets-en-chef nous contraint encore plus à cohabiter avec les Maraudeurs. James a saisi sa chance et passe plus de temps avec Lily. Réunions, rondes de préfet-en-chef, réunions… Lily a-t-elle saisi sa chance ?
Dans tous les cas, moi non et si Remus et Peter sont discrets et n'empiète pas vraiment sur mon besoin d'indépendance, Black lui… Séparé de son meilleur ami, son besoin d'attention est décuplé. Et il ne peut se contenter du reste de son équipe. Il doit faire du bruit, montrer qu'il existe et enquiquiner tous les Gryffondors. S'il n'est pas à faire le beau auprès des années inférieures, il cherche à parader devant Mary et moi. Insupportable et fatiguant. Il n'y a que quand il est avec James qu'il se désintéresse de nous.
Quand il n'a pas cours je le trouve toujours à squatter la salle va-et-vient ou la Salle Commune. Parfois accompagné des autres souvent seul. Je ne supporte pas sa présence bruyante, surtout quand je joue. J'arrive à la dernière ligne droite. Les mois qu'ils me restent à Poudlard sont les derniers pour donner tout ce que j'ai. Je pose ma plume sur ma partition.
"Je m'ennuie…"
Black est affalé dans un des canapés de la Salle Commune. Il n'y a personne d'autre que nous. J'inspire fortement, profondément. Ce n'est pas comme s'il m'empêchait de me concentrer depuis plus de vingt minutes. Impossible de se débarrasser de lui. James ? Pas présent. Remus ? En cours. Peter ? Apparement toujours avec sa petite amie. On ne peut compter sur personne. Lily ? Pas présente. Mary ? En cours. Je n'en peux plus.
"Excuse-moi, mais j'essaye de jouer au cas où tu ne l'aurez pas remarqué !
— Pff. Viens plutôt jouer aux échec avec moi !
— Certainement pas !
— Pourquoi tu ne t'entraîne pas dans ton dortoir ?"
— Je te ferai dire que j'étais seule avant que tu ne débarques en trombe ! J'étais au calme !"
Je pose ma partition devant moi. Définitivement, je ne pourrais pas travailler avec lui dans les pattes. J'aurai dû aller dans mon dortoir. J'ai été attiré par le feu de la Salle Commune et par les rayons de soleil qui traversent enfin les hautes fenêtres. Le printemps enfin là, je n'ai pas résisté. Et lui qui débarque et gâche tout ce merveilleux tableau. J'avais juste eu le temps d'accorder mon violoncelle… Je n'ai pas envie de remonter dans ma chambre. Je n'ai pas non plus envie que Black dicte ma conduite. J'ai décidé d'être ici, alors j'y reste.
"Tu n'as rien d'autre à faire Black ? Je ne sais pas moi, aller embêter quelques Serpentards par exemple ?!
— Je suis passé à autre chose Kalstein. Il est temps de grandir !
— Par Merlin, c'est lui qui me dit ça !
— Que veux-tu, le monde change."
Il a l'air sérieux. Le regard sombre, bien plus profond que d'habitude, la tête appuyé sur sa main, tournée vers moi. Le monde change. Soudainement, il paraît plus mature, plus adulte.
" Alors change aussi Black et arrête de m'embêter !
— Je ne t'embête pas. Je te divertis.
— De quoi ? Raah, laisse moi travailler. J'ai un concours à passer, moi !
— Bla, bla, bla…
— Tu ferais mieux de réfléchir à ce que tu veux faire au lieu d'empêcher les autres de réaliser leurs rêves !
— Quelles grandes paroles ! Je sais parfaitement ce que je veux faire très chère. Et aux vues de mes capacités, je n'ai absolument pas besoin de travailler.
— Mais bien sûr, et qu'est-ce-que tu veux faire exactement ?
— Auror, bien sûr !
— Tu te surestimes je crois."
Il passe ses mains derrière sa tête, ne daigne pas me répondre. Auror ? Un métier d'élite ! Un simple sorcier ne peux pas y accéder ! Bien entendu, Black est l'un des élèves les plus doués de notre promotion, mais je doute que cela suffise. Il est avant tout, un beau parleur qui aime frapper plus faible que soi. Enfin du moins, aimait. Et dire que je pensais la même chose de James i peine quelques mois. Je lorgne Black, il a fermé les yeux. Peut-être. Oui, peut-être que lui aussi je l'ai mal jugé. Peut-être qu'il a changé.
Je m'entraîne dans mon dortoir dès que je le peux mais quand Mary y chante je préfère trouver un autre endroit de solitude. J'aime à la savoir dans la tour Gryffondor et non n'importe où dans le château, seule avec l'autre.
Elle chante tous les jours, préserve sa voix et étudie comme une forcenée. Mais ne va-t-elle vraiment plus le voir ? Je n'y crois pas, ils se sont réconciliés évidemment. Elle est devenue plus discrète, même à mes yeux. Et lui doit l'encourager à progresser. Je n'arrive pas à l'imaginer ainsi, il doit être offusqué que Mary ne pense pas exclusivement à lui. C'est ça, un vrai Serpentard.
Je tourne les pages du grimoire. La Bibliothèque est silencieuse si ce n'est quelques chuchotements de temps en temps. Avec mon dortoir, c'est bien le seul endroit où Black ne vienne pas. J'appuie ma joue contre ma paume. Ce chapitre est long. Je griffonne quelques mots importants sur mon parchemin. Ceci dit je me retrouve ici, contrainte et forcée. Pour le Conservatoire mes notes doivent être maximales. J'essaierai au moins d'avoir des Acceptables... En arrivant ici, j'ai apperçu James et Lily étudier à une table. J'aurai pu les rejoindre mais je me suis assise loin d'eux, heureuse qu'ils ne m'aient pas vu. Ils étaient à la fois proches et éloignés l'un de l'autre, je n'avais pas envie de m'immiscer dans cette ambiance. Amoureuse. Lily en es-tu consciente ? Que jamais cela n'aurait dû être possible ? Il y a quelques mois, jamais tu n'aurais envisagé de discuter et de réviser avec James Potter !
Mais tout cela ne me regarde pas. Plus. J'ai fait ma part de marché. Et si je me serai bien passer de cette aventure, au final, j'ai pu découvrir le vrai James Potter. Quelqu'un de bien. Qui mérite peut-être bien l'amour de Lily. Une goutte d'encre est tombée de ma plume et a tâché mon parchemin. Je l'efface d'un coup de baguette. Reprenons.
J'ai finalement appris à faire un protego descent mais il me reste de nombreux efforts à faire. La chose la plus importante que m'ont appris nos combats, c'est que l'on a souvent moins d'une chance. Il ne faut jamais hésiter.
Mes cours viennent de finir, je passe rapidement à l'Infirmerie. Pomfresh me donne plusieurs fioles que je range soigneusement dans mon sac. Ensuite, je me tiens droite, elle fait tourner sa baguette autour de moi en marmonnant.
" Bien, tu es en pleine forme."
Si elle savait que je ne prends pas la moitié de mon traitement ! J'avais raison de me méfier. Les magicomages testent sur moi sans aucune retenu. Je la remercie, et monte vers ma tour.
Il n'y a pas grand monde dans la Salle Commune, mais quand j'arrive dans le dortoir je suis surprise d'y trouver Lily. D'habitude, je suis toujours la première ici. Elle est sur son lit, adossée à ses oreillers, elle ne fait rien. Elle lève des yeux pensifs quand je rentre.
" Tu révasses ?"
Je pose délicatement mon sac empli de fioles sur mon coffre. Je me retourne vers elle. Elle hésite :
"Il faut que je te parle Magda.
— Qu'est-ce-qu'il y a ?"
Elle va me parler de James. De son coeur qui hésite ? Qu'est-ce-que je vais bien pouvoir dire ?! Je deviens la confidente des amours de mes amies ! Moi !
" C'est pas facile, je ne sais pas quoi faire. En fait, j'ai été très en colère, et… Je crois que je n'ai pas bien réagi… Et maintenant, je m'en veux parce que je peux comprendre…"
Qu'est-ce-qu'il a encore fait ? Il s'est cru en droit de l'embrasser et elle l'a repoussé ? Elle se sent mal parce qu'elle sait qu'il l'aime mais pas elle ? Je vois la scène, James tentant de lui prendre la main, et la claque cinglante de Lily. Mais elle a bien fait, tant pis pour…
"Je ressens ça comme une trahison en un sens… Mais je dois te le dire, je peux pas garder ça secret… Mary… Elle sort avec Mulciber !
Elle est au courant. Dois-je faire semblant de ne rien savoir ? Nier pour couvrir Mary ? Pour me couvrir.
— Je les ai vu ensemble. Dans un vieux passage secret que James m'a montré…"
Je ne dis rien. Il est si facile de mentir pour soi, mais quand il s'agit des autres je ne sais pas quoi faire.
" Tu n'as pas l'air surprise.
— Non… Juste, je n'étais pas sûre qu'ils se voyaient encore…
— Alors tu le savais !"
Elle s'est relevée d'un bond. Elle est en colère, évidemment.
" Depuis quand ?!
— Quelques mois… Ecoute, je lui ai parlé, mais elle dit qu'elle sait ce qu'elle fait…
— Elle sort avec un raciste ! Il hait les moldus et les nés-moldus ! Il hait les gens comme elle !"
Elle se tait pendant un moment les poings serrés. Oui, Mary nous a menti, en quelques sortes. Pas vraiment. Oui, elle sort avec un pro sang-pur qui hait les gens comme elle… Et pourtant… Se fait-elle manipuler ? Lily était bien amie avec Rogue et on sait tous avec qui il traîne aujourd'hui.
— Et toi, tu ne m'as rien dit...
— Qu'est-ce que tu voulais que je fasse ? Mary m'a dit qu'ils...qu'ils sortent ensemble depuis longtemps, très longtemps."
Je m'assoie à côté. Elle a l'air sonné.
" Tu sais, les Maraudeurs sont au courant. Je ne sais pas comment mais ils l'ont su. Mais je leur ai demandé de ne rien faire. Je veux dire, je ne suis pas d'accord avec Mary mais si elle n'est pas en danger…
— Alors ce n'est pas Mulciber qui l'a attaqué l'année dernière.
— Apparement.
— Je ne sais pas. Moi aussi j'ai fait confiance à un Serpentard. Et je n'aurais pas dû."
C'est le moment que choisit Mary pour entrer. Il n'y en aurait pas eu de pire. Lily est à peine calmé et Mary semble dans tous ses états. Elles se regardent en centaures de faïence. Lily prend une énorme inspiration rageuse :
— Je ne te comprends pas !
— Et alors ? Je ne demande la permission à aucune d'entre vous !
— Mais qu'est-ce-que tu crois qu'il va se passer ? Où est-ce que tu penses que ça va te mener ? C'est un mangemort en puissance !
— Arrête-là, tout de suite Lily. Je le connais. Maintenant, c'est simple, si tu n'es pas d'accord, ne me parles plus. Parce que je n'arrêterai pas de le voir.
— Tu n'es pas sérieuse… Tu sais que je te comprends… J'ai vécu la même chose avec Severus… Et lui était ce que je craignais.
— Mais je ne suis pas toi et William n'est pas Rogue !"
Lily pince les lèvres. La discussion a baissé d'un cran. Je n'ai servi à rien, même pas d'arbitre. J'attends. Mary hoche la tête, elle me regarde à la recherche d'un appui qui ne vient pas et puis elle sort.
" On la retrouvera au dîner.
— Parfois l'amour fait faire de ces choses… "
Et là, je comprends quelque chose. Peut-être.
Quand nous descendons vers la Grande Salle, Mary est déjà installée. Nous nous asseyons mais elle ne nous parle pas. Mary doit accepter que personne ne comprend sa relation et Lily doit assimiler la découverte, la trahison. Une amie que l'on pensait connaître par coeur, à qui l'on se confie depuis des années sans retenue. Et aujourd'hui, vous la trouvez embrassant celui qui devrait être son pire ennemi. Ce que je crains pour moi est hélas arrivé à Mary. Elle reste silencieuse, mange sans sourcils froncés ou d'air buté. Elle est sûre d'elle, déterminée à faire ce qu'elle entend. Je la revoie pleurant dans mes bras. On ne pleure pas et on ne pardonne pas à n'importe qui. Qu'elle soit manipulée ou non, elle l'aime.
Lily reste tout aussi stoïque. Le parallèle avec Rogue est frappant. Elle repense sans doute à ces années complices. Aux insultes qui ont tout brisé. Au halo de magie noire qui l'entoure comme un linceul. Elle a peur pour Mary. Comme moi. Je mâche lentement. Sauf que Lily s'est aussi rapprochée de son ennemi juré, un Gryffondor certes, mais qu'elle hait depuis des années. Et aujourd'hui, ils sont amis, plus que cela ?
La confiance, la trahison. L'amour. Elle comprend sûrement Mary, bien plus que moi. Alors c'est pour cela, que maintenant, elle pose ses couverts, se tourne vers Mary et lui parle.
