La pluie tape contre les vitres. Les bourrasques de vent me déconcentrent. Je relève mon archet. Je suis seule dans le dortoir, mais les voix en moi font un capharnaüm bien pire que la tempête dehors.
Je me répète les paroles de James. Celles de mes amies. A quel point les cartes ont été redistribuées depuis octobre. Je ne les aurai jamais crue capables de tout cela. Je m'appuie sur mon violoncelle. Je ne me serai jamais cru capable de cela. Et dire que rien ne serait arrivé si je n'avais pas vomi sur James Potter...
"Je crois que je ne te remercierai jamais assez"
Sa voix étrange, le léger rougissement imperceptible, la toux gênée. Le James Potter qui ne se cache pas derrière un rire. Me remercier assez ? Son refus d'en dire plus, l'inspiration et l'harmonica qui reprend. Lily qui a été si calme avec Mary. Qui a rangé sa raison de fer pour écouter ce que lui disait sa meilleure amie. Les missions de préfets-en-chef qui maintenant ne se font plus qu'en duo. Et James normalement si prolixe qui refuse d'en dire plus. Juste assez pour que je comprenne. Oui, rien ne serait arrivé si je n'avais pas eu cette crise. Est-ce que je devrai m'en réjouir ?
Depuis cette journée où Lily a découvert la relation de Mary, j'avançais dans la crainte que notre relation ne soit plus jamais la même. Evidemment cela est arrivée. Notre relation n'est plus la même. Mais rien n'a évolué vers le drame pressenti. Il y a quelques mois, Lily aurait refusé de comprendre, la scission aurait été nette et définitive. J'aurai dû être tenaillée entre mes deux amies, perdue, à devoir choisir qui croire, qui suivre.
Je n'aurai jamais pensé que tout se passerait si bien pour moi. Mes nouvelles relations se concilient avec les anciennes. Ce que j'aime est préservé, ce que je connaissais pas je le découvre. Et comme si cette situation agissait sur mon corps, je suis moins fatiguée, mes joues sont rosées, j'ai de l'appétit. Mes amies éloignées de ma maladie, les Maraudeurs barrage à mon secret, celui de Mary découvert je n'ai plus à être sa garante. Je me sens mieux.
Et l'équilibre précaire dans lequel j'avançais n'existe plus. Car tous n'ont d'yeux que pour Mary et Lily. C'est parfait, la menteuse est sauvée.
"Je veux dire, j'accepte qu'elle l'aime, elle n'a pas à me demander mon avis bien sûr, mais je n'arrive pas à comprendre… Elle est tombée amoureuse de Mulciber ? Il est arrogant, cruel, intolérant et j'en passe ! Il ne ressemble absolument pas à Mary !
— Je sais. Je ne comprends pas non plus.
— Alors, oui, j'ai décidé de ne rien faire, mais j'ai peur pour elle. Tu comprends ?
— Oui, moi aussi."
Lily soupire. Nous en avons déjà plusieurs fois discuté. Elle est sensible, je ne suis que d'un maigre recours. C'est avec Mary qu'elle pouvait avoir de longues conversations, moi je ne suis pas douée pour décortiquer un sujet épineux. Je ne sais pas quoi lui répondre, je suis d'accord avec elle. Nous ne pouvons rien faire de plus que d'attendre la fin de cette relation. Je suis persuadée qu'au plus tard en décembre ils auront rompu. Il ne peut en être autrement. Mary et moi serons au Conservatoire à travailler sans arrêt pour être les meilleures. Elle n'aura plus le temps de le voir quotidiennement. Et lui… Je suppose qu'il aura d'autres occupations. Je suppose que des échanges de lettres et des rendez-vous volés ne suffiront pas à ce Serpentard. Trop égoïste. Peut-être que je l'espère aussi, je serai l'épaule consolatrice de Mary et elle l'oubliera vite. Elle rencontrera un contrebassiste et ils auront les mêmes intérêts et les mêmes avis.
"J'arrive à lui parler normalement, je crois, la plupart du temps, mais parfois, tu vois, ça me revient en tête et je ne pense qu'à ça"
Cela fait plus de deux semaines, mais il en faudra plus pour que Lily finisse d'en discuter pour trouver une solution. Je l'admire car contrairement à moi, elle n'a pas abandonné. Elle a eu la sagesse de ne pas s'opposer à Mary malgré ce qu'elle sait des Serpentards. Notre agression dans les couloirs, la violence des chers amis de Mulciber… Nous la connaissons mais Mary en a-t-elle réellement conscience ? Lily n'y croit pas mais elle a la douceur de n'en rien montrer. Elle continue à chercher un échappatoire à leur relation destructrice. Comme j'aime Lily et cette force qu'elle a pour les autres. Hélas ce n'est pas avec moi qu'elle trouvera de l'aide. J'en suis incapable.
"Il est presque dix heures, on devrait y aller si on ne veut pas arriver en retard."
Nous attrapons nos sacs et sortons par le portrait de la Grosse Dame. Dès que nous avons quitté la tour, nous ne parlons plus de Mary. Nos discussions restent discrètes, personne ne doit entendre. Le secret est déjà connu par trop de monde. De plus, ce ne sont pas les sujets qui manquent. Poudlard s'excite en attendant le prochain match de Quidditch, la semaine prochaine, où s'affronteront les Serdaigle et Poufsouffle. Pour nous ce n'est pas le match le plus trépidant et pour moi cela reste du quidditch. Il y a aussi les ASPIC qui approchent à grands pas, les devoirs et les révisions. Je n'en peux déjà plus mais au moins mes amies m'aident là où je pêche. Ce n'est pas une mince affaire, il y a du boulot. En attendant la lettre d'admission au concours du Conservatoire, cela m'occupe en un sens.
Quand nous arrivons devant la porte de la salle de Métamorphose, Remus et Mary sont déjà là. Ils sortent de leur Etude des moldus. Ils parlent du contenu du cours (les automatisations en usine) et ils demandent quelques explications à Lily. Je décroche. Ce n'est pas une matière que je suis et je ne veux pas qu'elle pollue le peu des autres connaissances que j'ai réussi à retenir ! Je regarde autour de moi, les autres élèves arrivent. Je vois Mulciber qui se tient loin de nous et le reste des Maraudeurs qui approche. Le professeur McGonagall arrive à ce moment et nous fait rentrer.
Je m'installe à ma table habituelle, sors mes affaires de mon sac et me retourne vers Lily. Mais ce n'est pas elle assis à côté de moi. Qu'est ce qu'il fait là ?
"Pourquoi tu t'es assis là Black ? C'est la place de Lily.
— Pas aujourd'hui !"
Il pointe une table où je vois mon amie installée avec James. Je me retourne vers Mary, elle hausse les épaules en souriant. D'habitude, Lily m'aide toujours pendant ce cours ! Si nous avions su, Mary serait venu à côté de moi ! Mais, trop tard, le professeur McGonagall a commencé à parler. Je chuchote :
" Tu n'étais pas obligée de prendre sa place ! Mary aurait pu…
— Chut, j'écoute le cours."
Quel impudence ! Je me tourne vers le tableau. Une craie blanche trace élégamment le sujet du jour : "ASPIC, métamorphose et révisions". Je suis déjà fatiguée. Je renote les instructions proprement sur un parchemin.
"Tu sais que ce que tu fais n'a aucun intérêt, Kalstein ?
— Je ne t'ai pas demandé ton avis Black.
— C'est pas comme ça que t'auras tes ASPIC ma vieille !"
Ma vieille ! Ma vieille ?! J'attrappe ma baguette, cette fois...
"Ah parfait ! Mademoiselle Von Kalstein, je vois que vous êtes motivée, venez près de moi ! Vous allez montrer l'exercice à la classe !
— Tout… Tout de suite, professeur McGonagall."
Black pouffe, je lui mets un coup de coude en passant derrière lui.
"Oups, pardon."
Je me positionne à côté du professeur, face à la classe. Les Gryffondors m'encouragent, et les Serpentards me dédaignent… Quand je pense à mon niveau en métamorphose, je ne vais me ridiculiser.
"Bien. La métamorphose est une des matières les plus conséquente et complexe à passer aux examens. Les correcteurs et le jury seront intraitables. C'est pourquoi, dès maintenant, les cours seront consacrés à une pratique rigoureuse. Mademoiselle Von Kalstein, transformez ce bureau en horloge à pendule s'il-vous-plaît.
— Bien madame."
Je racle ma gorge en me concentrant. Nous avons vu ça en cours d'année, je n'avais pas totalement réussi, mais bon… Il suffit juste de passer d'une base mécanique simple à complexe. De tiroirs à des rouages. En plus de la modification des matériaux… Bois en métal, ok… Je visualise. J'inspire et enchaîne les mouvements de baguette. Le bureau tremble, j'insiste, il se soulève. Et d'un coup, les planches de bois se détachent et se fondent ensemble. En quelques instants, une sorte d'horloge bossue a remplacé le bureau. Ce n'est pas si mal, j'avais fait pire la dernière fois. De toute manière, le professeur ne m'a certainement pas choisi pour réussir.
"Vous pouvez vous rasseoir."
Je me réinstalle pendant qu'elle explique les points positifs et négatifs de mon exécution. Le professeur McGonagall est stricte mais elle ne fait jamais de reproche injustifié. Je note. Positionnement du bras, volonté et visualisation. J'ai l'impression de tout avoir fait…
"J'aurai pensé que tu savais au moins faire ce genre de sort Kalstein. Remarque vu ton niveau en défense, ça ne m'étonne pas !
— Désolée de te décevoir !
Black continue à m lancer de petites piques tout au long du cours. Il jacasse et jacasse sans jamais se faire prendre ! Lily pourquoi m'as-tu laissée ?
A la fin du cours, je rassemble à la hâte mes affaires et je rejoins Mary. Nous attendons Lily qui met un temps fou à sortir. Quand elle arrive, elle rit, accompagnée par tous les Maraudeurs. Je ne comprends plus rien.
J'aimerai des explications mais on ne me dit rien. Je ne suis pas le genre de personne à qui l'on se confie facilement. J'en suis consciente, ce n'est pas négatif cela m'évite bien des déboires. Mais là je sèche, Lily et James. Ce ne sont pas des amis, ce ne sont plus des ennemis. Alors quoi ? Ils ne sortent pas ensemble mais nous n'en sommes plus loin. Dans les couloirs, j'ai entendu des élèves en parler. Il paraîtrait. On dit. Tu les as vu ? Elle est terminée l'époque des parades de paon et des cris retentissants. Maintenant, je n'ai affaire qu'à un James mystérieux qui remercie sans en dire plus. Et Lily qui ne veut rien dire alors que nous voyons très bien ! Je n'aime pas ce genre de faux secret même pas camouflé !
Et les voir s'entraîner en binôme tandis que je galère à répéter inlassablement le même mouvement de baguette toute seule dans mon coin… J'aimerai les voir main dans la main, que cette tension amoureuse entre eux disparaisse et qu'ils profitent de nos trois derniers mois à Poudlard. Trois mois seulement, trois mois déjà. J'ai un pincement au coeur. Quitter Poudlard pour toujours, c'est presque inconcevable. Je sais que ce qui m'attend dehors sera grandiose mais ici, nous avons tout. C'est étrange de le réaliser comme…
"Attention !"
Un chaudron me frôle le nez en même que je suis tirée en arrière. Il s'écrase contre le mur dans un grand fracas.
"Désolé ! Je suis désolé, je pensais maîtriser le tir !
— C'est pas grave Peter… Tu vas me lâcher Black ?"
L'individu qui m'a sauvé de l'impact, c'est évidemment lui. Il m'enserre les épaules comme les serres d'un hibou sur le cou d'un lapin, c'est très gênant. Il me regarde, fronce les sourcils et puis me lâche.
"Tu devrais me remercier je t'ai encore sauvé la vie !
— Il ne faudrait pas non plus exagérer. Pourquoi vous vous mettez à balancer des chaudrons ?
— Il faut savoir utiliser tous les éléments de son environnement pour se défendre ! Mais bon, tu n'es pas encore à ce stade de ton entraînement ! D'ailleurs, il faut bouger sa baguette comme ça et pas comme ça pour bien stupéfixier !
— Je me passe de tes commentaires !"
Je retourne dans mon coin en m'écartant d'eux. C'est juste que je n'étais pas concentrée sinon je réussi parfaitement mon mouvement. Voilà comme ça, enfin plus, là, comment il a fait déjà ?
"Viens t'entraîner avec nous Magdalena.
— Merci Remus, mais vous êtes sur des sorts plus compliqués avec Mary.
— On progresse plus vite en groupe.
— C'est vrai."
Il me sourit, voilà quelqu'un de gentil. Et puis c'est un solitaire, je sais qu'il me comprend. Je rejoins leur duo. J'avais préféré commencer à m'entraîner seule, peut-être pour me prouver que j'avais progresser, que je pouvais y arriver seule, mais la vérité c'est que je n'avance pas vraiment, je ne fais que divaguer. Quand il ne s'agit pas de musique je ne fais que divaguer.
"Tu devrais bouger ta baguette plus comme… comme ton archet en fait. Je pense, tu vois, avec des mouvements qui prolongent ton bras.
— Mais c'est ce que je fais déjà, enfin je crois.
— Oui, mais ce que veut dire Remus, c'est que ta pensée, ta volonté doivent se prolonger dans ton bras. C'est ça qui fera la force du sortilège."
Je me concentre. Depuis le début de notre entraînement, il est vrai que je ne suis pas concentrée, que je ne réfléchi pas au geste. Avec mon violoncelle je ne fais qu'un, nos mouvements sont naturels. Ma baguette, c'est un outil, ce n'est pas moi. Mais c'est ma baguette, alors...
"Magda ?
— Oui !"
Nous passons le reste de l'heure à répéter le même mouvement. Ils me guident, positionnent mon bras, me montrent. Ils me parlent de la volonté nécessaire pour produire des sorts d'attaque et de défense. Leurs explications me rappellent vaguement des cours de quatrième années. Cette fois, j'écoute, retiens et applique. Je sais que ce que j'apprends aujourd'hui, je l'utiliserai demain. Cette fois, la réalité et là. Hélas. Et à force je m'améliore, je ressens mon bras levé, mon poing, ma baguette et l'éclair rouge qui jaillit.
"Ca a marché !"
Je n'en reviens pas ! Je recommence le mouvement, prononce la formule, un éclair rouge fracasse le mur d'en face ! Je vise un mannequin à l'autre bout de la salle et le touche en plein dans l'épaule !
"Vous devriez devenir professeurs tous les deux ! Jamais je n'ai autant progressé en si peu de temps !
— Oh tu sais, ça fait un moment que tu répètes les gestes !
— Pas de fausse modestie Remus. Magda a raison, nous sommes géniaux !"
Nous éclatons de rire. Je me retourne pour regarder Lily. Je vois Black qui nous regarde avec l'air pensif et mauvais. Il prépare une mauvaise blague. Il se baisse soudain alors que d'autres chaudrons fusent au-dessus de lui.
" Non les filles il n'y a rien entre James et moi."
Mary me lance un regard entendu.
"Bon, nous nous sommes rapprochés, j'ai appris à mieux le connaître.
— Et ?
— Et c'est tout ! Vraiment ! Enfin, il est plus calme, gentil et intelligent que je le pensais… C'est vrai. Il a changé ! Du coup, on discute beaucoup mais…
— Vous avez l'air d'avoir beaucoup de points communs.
— Peut-être… Plus que ce que je croyais. Mais nous ne sommes pas amoureux ! D'ailleurs, je l'ai tellement repoussé qu'il doit bien l'avoir compris !"
Elle rougit, j'entends une pointe de déception dans sa voix. James n'aurait donc rien tenté ? Pas un mot, pas un geste pour la conquérir ? Je ne l'aurai pas cru capable de tant de retenue, ce n'est plus James Potter ! Mary trépigne à côté de moi. Elle voudrait poser plus de questions mais si elle le fait, Lily se sentira en droit de faire la même chose. Et Mary n'a rien envie de dévoiler. Je repousse une mèche derrière mon oreille, si c'est à moi de le faire alors :
"Tu es amoureuse de lui."
Voilà. Une bonne affirmation sur un ton calme, spécialité Magdalena. Lily écarquille les yeux, bouche entrouverte et la légère rougeur devient incendie sur tout son visage.
"Pas du tout ! C'est juste un… un ami !"
Oui. Je n'ai pas besoin d'autres réponses. Je souris.
"Bon. Je dois aller réviser à la bibliothèque !
— Et moi je vais m'entraîner avec James.
— Tu ne lui dit rien de cette discussion hein !
— Bien sûr Lily, tu me connais ! Comme une tombe !"
Elle est gênée, elle attrape une pile de lire en disant que de toute manière ce n'est pas si important que cela, elle n'a rien à cacher et puis elle a beaucoup de chose à réviser.
"Tu viens avec moi Mary ?
— Non, je vais profiter du dortoir pour chanter.
— D'accord, à tout à l'heure les filles !"
Elle part en coup de vent. Je me tourne vers Mary, elle se retient de rire.
"Nous sommes d'accord ?
— Elle a complètement craqué sur lui !"
Nous nous installons dans la salle va-et-vient. Je sors mon violoncelle et l'accorde. James furète à gauche à droite et met un temps fou pour s'installer. Je relève la tête, un peu agacée :
"Qu'est-ce-qu'il y a ?
— Hum, rien. Il faut que je te parle d'un truc.
— Oui ?
— Je, voilà, je veux me déclarer officiellement à Lily !"
Il passe une main dans ses cheveux. D'accord, Lily se persuade qu'il n'est plus intéressé par elle, et lui est devenu si mature qu'il veut faire les choses correctement, voire romantiquement, et plus comme un jeune coq qu'on a envie de transformer en rôti. C'est plutôt bon.
— Et en quoi je peux t'aider à faire cela ? Tu es très proche d'elle maintenant, tu peux lui parler sans problème.
— Non, je veux vraiment qu'elle voit la différence avec l'ancien James. J'ai toujours beaucoup parler et là je voudrais être plus subtil.
— Subtil...
— Te moque pas ! Donc, je veux lui jouer une musique qui… qui puisse lui dire ce que je ressens."
Je ne dis rien. Je n'ose même pas rire face à son idée clichée et niaise tellement il est sincère. Je repense à Lily il y a moins d'une heure, complètement déstabilisée.
"Ok. Si je comprends bien, tu veux que je t'entraîne ?
— Oui maître ! Et à choisir la bonne musique, j'hésite entre plusieurs justement."
Il étale plusieurs partitions sur une table qui vient d'apparaître. Il a dû faire de longues recherches pour trouver tous ces morceaux. Je les regarde longuement. J'en écarte d'office certaine trop complexes. Je tapote de la main pour tester les rythmes. Il n'a sélectionné que des musiques sorcières, des récentes que Lily connaît et d'autres plus anciennes de l'époque de nos parents. Je me concentre sur celles-ci. Il m'en montre une du doigt.
"Elle, elle me plait bien !"
Je regarde, je me fige. Oui, cette musique, un doux chant de cygne. Je la déteste. La chambre blanche, les lumières sélénites incapables d'éclairer la pièce, la nuit qui n'en finit pas, les magicomages qui marchent dans les couloirs, le sang dans la bassine, la déchirure dans mes poumons. Le sifflement d'air dans ma gorge. Mes parents absents, l'été de ma deuxième année, la fin du mois d'août. Ma rentrée à Poudlard qui a failli ne jamais avoir lieu. Le violoncelle dans un coin et cette partition connu sur le bout des doigts.
"C'est beau, non ?"
Sans m'en rendre compte je me suis mise à la jouer. Je m'arrête.
"Non. Ce n'est pas du tout fait pour toi.
— Hein ? Pourquoi ?
— C'est une musique sur l'absence plus que sur l'amour. Pas trop adapté pour ta déclaration.
— Aouch ! Alors et que penses-tu de ça là ?"
Je m'éloigne des bras blancs et tordus de douleur de la fillette de douze ans que j'ai été et je m'accroche à une autre musique. Je m'extrais de ce que l'on ne peut changer, parce que cela ne sert plus à rien d'y songer, il n'y a rien à changer, une gamine enfermée tout un été, des parents ravagés incapable d'aimer, les larmes d'yeux caves, les doigts tendus sur les cordes. Et là c'est la jeunesse qui appelle la douceur, l'espoir, une caresse, des lèvres, un baiser, être ensemble. Le printemps, la chaleur de l'été qui croit et c'est fou comme je t'aime, être toujours avec toi, je t'aime, je t'aime si fort…
"Oui, c'est celle là, elle est parfaite pour toi et Lily.
— Moi et Lily. James et Lily… Potter."
— Ne vas pas trop loin ! Concentre toi déjà sur ta déclaration !"
Je pouffe, le souvenir est parti. James passe plusieurs fois les mains dans ses cheveux, complètement gêné. Cette musique est parfaite pour eux. Une force et un allant inaltérable vers la vie. Du soleil à travers des fenêtres grandes ouvertes.
"On s'y met ?"
Deux mains s'abattent sur mes épaules, je retiens un cri. Je viens de passer le passage secret et il n'y a personne d'autre dans la Salle Commune. Black se tient devant moi et me fixe droit dans les yeux.
"Bien… Magdalena… J'ai cru comprendre que tu t'entendais plutôt bien avec Remus et Peter, non ? Et je ne parle même pas de James…
— Depuis quand m'appelles-tu par mon prénom, Black ?
— Il va falloir t'y faire et crois-moi ça me fend le coeur aussi.
— Ca ne serait pas trop te demander de me lâcher ?!
— Si ça l'ait. J'ai besoin que tu m'écoutes bien. Entre James et Lily ça vole comme sur un balais… C'est bien, mais tu vois…
— Tu veux pas partager ton meilleur ami ? C'est pathétique, lâche-moi !
— Ecoute moi un peu !"
Il me lâche. Qu'est-ce que ses parents ont fait pour qu'il soit aussi bourrique ? S'il recommence ses scènes d'intimidation, il va le regretter !
"J'avoue… Je t'ai jugé trop vite, même si à mon avis je ne suis pas tombé si loin de la vérité… Disons que tu n'es pas si mégère que ça.
— Charmant.
— Bref. Pour ce que tu as fais pour Cornedrue, je te dois ma reconnaissance. Et je vais t'aider !"
Il écarte les bras, conquérant. Il veut un câlin ?
— Je n'ai pas besoin de ton aide, merci, au revoir, à plus tard !"
Je me retourne pour monter à mon dortoir.
"Ce n'est pas ce que dise tes notes ! Et si je ne me trompe pas l'entrée au Conservatoire est très sélective. Si tu loupes tes ASPIC, adieu Londres !"
Je me fige. Il s'est renseigné ! Il veut me faire du chantage ?
" Il se trouve que je suis plutôt bon et je vais t'aider à n'avoir que des O !
— Mary et Lily m'aident déjà.
— Oui, mais elles sont occupées. Et puis ce ne sont pas des Maraudeurs !"
Je lève les yeux au ciel en me retournant vers lui.
"Je refuse ton aide. Merci.
— Stop ! Ce n'est pas seulement mon aide que je te propose, mais aussi celle de Remus. Je sais que tu trouves qu'il est un prof génial. Alors cesse de me remercier et viens avec moi !"
Il m'attrape par le poignet et me traîne hors de la tour Gryffondor. Je me dégage et puis après une hésitation, le suit. Autant qu'il aille au bout de son délire et me laisse tranquille. Nous prenons plusieurs passages secrets et au bout de quelques intersections, je reconnais où il m'emmène.
"La salle va-et-vient ?
— Oui !"
Nous arrivons devant le tableau des trolls "dansants". Black y fait trois aller-retours et une porte apparaît. Il entre. Moi aussi.
Une grande table, une bibliothèque qui court le long d'un mur immense. Remus et Peter assis côte à côte. Le premier expliquant au second une figure complexe dessinée à l'encre verte. Ils lèvent la tête vers nous.
"Tu amènes notre nouvelle recrue Patmol ?
— Pour te servir Lunard ! Mais un peu plus et elle ne voulait pas venir !
— Pourquoi vous travaillez ici ? La Salle Commune est assez grande pour…
— La Salle Commune est beaucoup trop distrayante Kalstein !
— C'est vous qui mettez le bazar, oui !
— Je croyais que tu avais décidé de l'appeler par son prénom, Sirius ?
— M'en parle pas Queudver ! Une grossière erreur !"
Il contourne la table renfrogné, Remus a un sourire en coin. J'ai dû rater une blague. Peter suit du regard Black. Je crois qu'il le trouve très cool. Il ne devrait pas… Remus voilà quelqu'un de bien !
"Viens t'asseoir Magdalena !
— Ne me donne pas d'ordre, Black !
— Je croyais que tu avais aussi dit que tu parlerai de manière plus civilisée à Magdalena ?
— Oui bon. Je verrai ça quand elle arrêtera de m'appeler Black !"
Le sourire de Remus s'agrandit. Il se moque de moi aussi ?! Peter, je ne sais pas qui tu pourrais prendre en modèle, James n'en parlons pas. Lily plutôt. Oui, Lily est parfaite, quelqu'un de fort qui ne se laisse pas faire et qui a du répondant !
" Tu m'écoute Kal...Magdalena ?
— Non, mais continue.
— Ca ne m'étonne pas que tu sois une cancre, franchement !
— Si tu continues à m'insulter, je pars ! Je devais étudier mon violoncelle, j'ai autre chose à faire que…"
Black pose devant moi un livre de potion.
"Que de réviser tes ASPIC ?
— Je révise déjà mes ASPIC…"
Enfin à peu près, je fais ce que je peux. C'est vrai que malgré mes efforts, je passe plus de temps à jouer qu'à réviser sé n'ai aucune excuse. Je regarde tout à tour les trois Maraudeurs. Deux me sourient, le troisième est une teigne. PAr Merlin, où je me suis fourrée ? Depuis que les Maraudeurs se sont rapprochés de nous, je les vois partout et maintenant Black a décidé de régenter ma vie. Ou bien mes révisions, ce qui est quasiment pareil à la fin de la septième année ! Du parchemin, de l'encre et une plume apparaissent à côté de moi. Si je n'ai pas le choix. Lily, Mary, Remus, James, Black… Les meilleurs de la promotion, je devrai en profiter. Sans aide, je n'atteindrai pas mon rêve. Ca me fait mal de l'avouer mais c'est vrai. C'est une chance.
"Et bien cher Sirius, on commence ?"
Ce match de quidditch entre Poufsouffle et Serdaigle est une délivrance ! Des jours que je ne fais que réviser. Remus et Black, enfin Sirius, sont des tueurs. Je n'aurai pas cru qu'ils s'investissent autant. Et dire que Peter devait subir ça seul ! Je suis un peu sa sauveuse finalement ! J'ai un niveau plus bas que lui, alors j'attire toutes leurs foudres. Heureusement que j'ai peu de matière à passer...
Je m'affale sur les gradins. J'ai passé la nuit à rêver de fiches de révisions. Je vois les Maraudeurs assis un peu plus loin, pour une fois ils assistent au match tous ensemble. James relève la tête et dès qu'il voit Lily, il bouscule ses amis et vient s'asseoir à côté d'elle. Evidemment le reste de la troupe suit. Heureusement, je suis à l'autre bout du banc, mes amies sont mon rempart. James et Lily parlent comme à leur habitude, James est s'entraînent toujours à jouer sa déclaration, il n'est pas encore prêt.
Aujourd'hui le soleil illumine le parc et le stade. Je suis bien. En descendant du château, il y avait une brise pleine des odeurs de la serre botanique, le chien du garde-chasse a aboyé, j'ai entendu des jeunes années rire. Et j'ai pensé que c'était un de mes plus beaux moments à Poudlard. Peut-être parce que l'un des derniers. Je ne sais pas, je me sens à ma place, là, assise sur un banc en haut d'une estrade à regarder les joueurs foncer et éviter les cognards.
Sans que je m'en aperçoive, le match touche à sa fin, les Poufsouffle ont gagné. Leur Maison les ovationne pendant que nous repartons. Les Maraudeurs restent avec nous, je n'y prête plus attention, j'ai la tête ailleurs.
"J'en peux plus d'attendre leur réponse ! Pas toi Magda ?
— Le mois de Mai approche, peut-être la semaine prochaine ?
— Mmmh, j'ai besoin de savoir !"
Les semaines ont filé à toute allure depuis que nous avons envoyé nos hiboux. Et malgré tout ce qu'il s'est passé, nous n'oublions jamais vraiment que nous attendons que la baguette tombe. Si nos dossiers ne sont pas acceptés, c'en est fini. Si je réfléchis posément, notre niveau est parfaitement acceptable et même plus. Je me consacre depuis tant d'années au violoncelle que je me sentirai détruite s'ils ne m'acceptaient même pas en audition. J'évite d'y penser, nous aurons bientôt la réponse, étape par étape, je dois me concentrer.
Me concentrer et réviser. Je jette un oeil à Remus qui discute avec Lily. Cela aurait été parfait s'il avait été mon unique professeur. Mais Sirius Black ? Il m'enfonce plus qu'autre chose ! Pour lui tout semble si évident, il passe les explications basiques, parle un langage incompréhensible à mes oreilles de cancre. Il n'est absolument pas pédagogue ! Mais sans lui, Remus ne serait jamais venu vers moi. Il ne m'aurait pas proposé son aide. Pas plus que je ne l'aurais fait. Nous serions chacun restés de notre côté, dans notre sécurité précaire. Pas d'interférence, pas de problème. Bien que depuis sa première année, son quotidien avec les trois autres a dû être tout sauf calme... Au final, ça a été sa chance. Sans eux, il serait resté seul. Monstre parmi les sorciers. Solitaire, triste, honteux. Au final, peut-être que tout cela est ma chance ?
Ce chapitre vous a-t-il plu ? Les choses avancent et je crois que dans le prochain chapitre, il y aura... chut ! (En tout cas, j'avais hâte de vous publier le chapitre 13 donc pardonnez moi s'il y a des fautes ! Mea culpa !). D'ailleurs dites-moi si vous trouvez que le "niveau" d'écriture a baissé. Pour moi c'est un défi d'écrire à la première personne et surtout de parler du quotidien d'adolescents, je trouve que parfois j'y arrive et d'autres... c'est le crash ! J'expérimente différentes choses et peut-être que cela pertube parfois la lecture ! XS
