J'annote mon manuel de métamorphose. Je ne suis pas sûre de ce que j'écris, je relève la tête. Remus explique quelque chose sur les DCFM à Peter. Black, enfin Sirius, est affalé dans un fauteuil. Monsieur fait une pause. Il ne révise pas, il tient plutôt la place du geôlier d'Azkaban. Je m'étire, Remus me sourit :

"Ca va ?

— Oui, je ne dirai pas que réviser est mon activité préférée mais j'avance.

— Tant mieux. Je finis d'expliquer à Peter et j'arrive pour t'aider.

— Merci.

— Laisse Remus, j'y retourne."

Comme s'il lui faisait un cadeau ! C'est toi qui a voulu que je vienne, c'est à toi d'assumer... Pauvre Remus, quand va-t-il pouvoir réviser ? Sirius s'assoit à côté de moi. J'en ai assez d'être coincée ici, j'aimerai lui dire ses quatre vérités. Il me regarde, je me tais.

"Tu sais, si tu veux progresser, il faut rester focaliser sur ton but.

— Je connais mon but.

— Je vois bien depuis tout à l'heure que tu ne travailles pas vraiment."

Il marque un point.

"Tout ça n'est qu'un jeu. Apprendre, réviser, répondre à des questions. Tout est formaté. Ils attendent de voir certaines choses. Une formalité.

— Nous ne sommes pas tous comme toi à pouvoir réussir sans travailler tu sais !

— C'est pas ce que je dis. Seulement, ce n'est pas la peine d'apprendre des choses inutiles que tu ne retiendras pas pour le jour J."

Il prend mon manuel, tapote avec sa baguette. Plusieurs mots que j'avais entouré disparaissent. Il se saisit de ma plume et souligne d'autres paragraphes.

"Voilà. Cible, rien d'inutile, on a pas le temps pour ça."

On n'a pas le temps pour ça. C'est vrai. Je n'arriverai jamais à relativiser comme lui, mais les ASPIC n'ont pas une réelle importance. Tout ce qui compte est d'entrer au Conservatoire.

"D'accord. C'est logique.

— Merci.

— Mais comment peux-tu savoir ce qui est essentiel ? Tout me semble important !

— C'est simple : la définition, les applications et les contres, un ou deux exemples. Pour ce qui est de la théorie, il n'y a pas besoin de plus.

— C'est déjà trop. Et la pratique ?

— Pratiquer, pas le choix. Mais étudier le geste dans un bouquin, ça peut t'aider à y arriver facilement.

— C'est ce que tu fais ?

— Moi ? Non, pas besoin ! Mais Peter, ça a vraiment bien marché comme technique, pas vrai ?"

Il hoche la tête. Je me gratte les côtes, pensive. Je n'ai jamais appliqué une technique de révision très poussée. C'était toujours de l'apprentissage de dernières minutes, du bourrage de crâne. Je ne peux pas me permettre de rater mes ASPIC. J'ai un but, oui. ET même avec cela , j'ai du mal à me concentrer. Comment font-ils ? Je me tourne vers les garçons :

"Et vous, c'est quoi vos rêves ? Enfin, je veux dire, ce que vous voulez faire l'année prochaine ?"

Il y a un petit silence et puis Sirius prend la parole :

" Auror, toujours ! Contre tous ces tarés… Et leur chef de pacotille là !

— C'est vrai. Se battre pour notre liberté. Je voudrais que notre monde ne devienne pas un lieu où chacun à peur de l'autre. Un monde où on accepte la différence, moldu, sang-mêlé ou… sang-pur. Je… n'aime pas trop ces dénominations.

— Moi non plus Remus. "

Nous avons un faible sourire. Sang impur, voilà ce qu'il voulait dire, sang hybride.

— Moi, j'sais pas trop. Bien sûr comme Patmol et Lunard disent et puis… je sais pas, j'aimerai bien si je pouvais devenir cuisto…

— Toi cuisto ?! Ah je t'imagine trop Queudver !"

Sirius s'esclaffe, il se moque des gens trop facilement.

"Au final, je ne sais pas trop, je crois que je n'ai pas vraiment envie que notre septième année se finisse."

Remus regarde pensivement le plafond. Pour les gens comme nous, pour les gens comme lui, partir de Poudlard, l'endroit qui vous a accueilli sans jugement, c'est comme une fin.


Je tourne l'archet entre mes mains. Le prolongement de ma main comme devrait l'être ma baguette. J'avance petit à petit. Au fil du temps, je progresse en même temps que notre nouveau groupe d'amis. Et dire que tout se terminera bientôt, quelques semaines à peine deux mois et le Poudlard Express nous ramènera à Londres pour la dernière fois. Je me lève et regarde par la fenêtre. Les drapeaux des maisons flottent au-dessus du stade de Quidditch, le Lac Noir imperturbable et la Forêt Interdite dans laquelle je n'ai jamais osé aller. Tout ça je ne le verrai plus. Est-ce que je suis triste ? Est-ce que je vais regretter de partir ? De ne plus être avec mes amis ? Je passe une mèche derrière mes oreilles. Tout ce que j'ai pu trouver à Poudlard, est-ce que je vais le perdre ?

Un bruit de porte. Je me retourne, James. Je l'attendais pour une de nos répétitions. Il s'installe à côté de moi. Il garde le visage baissé, il respire un grand coup :

"Ca y est, je l'ai fait.

— Comment ?

— Je lui ai fait ma déclaration. Hier soir, dans le parc.

— Oh… Tu as bien joué ?

— Ah ah ! Est-ce que tu ne devrais pas plutôt me demander ce qu'elle m'a répondu ?

— Désolée ! Qu'est-ce qu'elle t'a répondu, alors ?

— Elle aussi, elle a dit qu'elle aussi !"

Il me prend dans ses bras. Lily a accepté de sortir avec James. Impossible, incroyable. Tout à fait possible. Le soleil persistant, l'ondée imperceptible du lac, Lily assise à côté de James, l'harmonica dans ses mains.

— Félicitation, James.

— Merci et c'est grâce à toi !

— Pas vraiment, c'est toi qui a tout fait au final."

Je n'ose pas lui demander des détails. C'est leur histoire, leur nouveau jardin secret. Je lui souris, il est ailleurs. Avec la fin de l'année il sera bien occupé, c'en est fini de notre duo.


"Là regarde ! Elles sont là !"

Mary s'agrippe à mon bras. Les deux hiboux grands ducs noirs planent au-dessus de notre table. Ils descendent lentement et nous tendent leurs pattes en même temps. Je détache l'enveloppe. Le rapace s'ébroue avant de s'envoler avec son comparse. Je regarde Mary et caresse du bout des doigts le sceau du Conservatoire. Je suis si sûre, si hésitante.

"Ouvrez les, les filles ! Je n'en peux plus d'attendre !"

Lily trépigne, j'ouvre. Je parcours les lignes à toute vitesse, relis, une, deux, quatre fois. Oui. Oui! Je regarde Mary. Un large sourire, elle réalise.

"Nous sommes acceptées pour la seconde étape !"

Mary crie de joie. Un grand cri d'exaltation. Un souffle tremblant. La seconde étape.

"Ecrit et épreuves orales, oeuvres imposée et libres… Je vais devoir jouer du Bach ! Classique, technique, et toi ?

— Mmh du Mirabella Sirenna, pas facile.

— Ils n'ont choisi que des artistes connus, c'est normal ?

— Je pense. Ils mettent le niveau haut et nous laisse l'épreuve libre pour montrer notre personnalité."

Maintenant il n'y a plus qu'à s'entraîner encore et encore. Je masse ma nuque, ce n'est pas le moment de se relâcher. Je dois cibler mes objectifs.

"Du coup, je pense arrêter nos entraînements de DCFM.

— Ah ?

— Je ne peux pas me concentrer sur tout. Il faut que j'ai mes ASPIC. Tous et avec de bonnes notes. Sans compter le violoncelle…

— Je vais faire comme toi Magda. C'est vrai, on doit se focaliser maintenant, sur ce qui est vraiment important pour nous… Enfin je veux dire…

— T'inquiète, on a compris."

Les yeux de Mary s'égarent, s'échappent dans la Grande Salle, fixent les Serpentards. Le Serpentard. Il n'y a plus de temps pour les broutilles.


"Comment ça tu veux arrêter ?"

J'esquive le sort et lance un stupéfix. Réussi. Sirius l'éclate avec un protego.

"Question de survie, si je puis dire !

— Qu'est-ce que tu racontes ? Tu t'es améliorée en plus !

— Oh un compliment ! Merci c'est trop !

— Tarantallegra !

— Protego ! J'entendais plus par là, réussir mon concours au Conservatoire !

— Pff !

— Stop, j'en peux plus !"

Je m'assois dans un fauteuil qui vient d'apparaître. Il n'y a que Remus et Peter qui s'entraînent encore. Mary n'est pas venue et Lily discute avec James, main dans la main, collés l'un à l'autre dans un canapé.

"Hé, c'est un lieu public ici !"

Sirius s'écroule dans un second fauteuil. James lui balance un coussin en pleine tête.

"Franchement Magdalena, je suis pas sûr qu'arrêter soit…

— J'ai pris ma décision.

— Bien."

Il ne dit plus rien. Il est vexé parce qu'il ne pourra plus se défouler sur moi.

" Et tu ne vas pas arrêter nos révisions collectives quand même ?

— Non, je n'ai jamais autant appris en si peu de temps !"

Je me détourne et regarde Remus et Peter. Oui, je fais bien d'arrêter, je manque de sommeil, je dois garder mon énergie pour les révisions. Dans quelques semaines, ce sera passé. Bien sûr, nous ne nous entraînerons plus jamais tous ensemble. Dehors, ce sera différent. Nous serons peut-être comme des étrangers.

"Tu n'as pas peur de partir ?

— De Poudlard ?

— Oui.

— Non. Il y a trop de choses à faire dehors. J'ai hâte de vivre. Ici, au final, c'est super, mais on est enfermé, on est surveillé. C'est limite Azkaban, non ? J'ai envie de connaître autre chose."

Il n'a pas tort. Dehors, retour au manoir Van Kalstein. Et lui où ira-t-il ? Chez les Potter sûrement.

" Où veux-tu aller après ?

— A Londres ! Le Chemin de Traverse ou le côté moldu, tiens !

— Le secret sorcier sera mal gardé alors !

— Tu ne sais pas ce que tu dis !"

Je me relève sans l'écouter.

"Il faut que j'y aille, ça fait des jours que je dois écrire à mes parents pour leur annoncer mon admission aux concours.

— T'es pas pressée toi.

— Ils peuvent bien attendre."

Il pouffe. Je fais un signe aux autres et m'en vais. Je remonte les escaliers jusqu'à notre tour. Je ne compte pas leur écrire une longue lettre, juste le nécessaire. En allemand pour leur faire plaisir mais sans plus. J'attrape une plume et une encre violette. En quelques minutes, j'ai fini. Je vois déjà leur réponse. Parfait, n'oubliez pas de rester concentrée, la réussite n'est pas encore vôtre. Je signe, replie le parchemin et le cachette.

La volière est calme. Ils dorment, somnolent, observent. Je suis insignifiante à leur hauteur, rien du tout. Juste dans mes mains ce morceau de parchemin à emmener loin. Pourquoi le font-ils ? Pourquoi obéissent-ils ? Contrat, sortilège, stupidité ? Une chouette vient vers moi, j'attache ma missive. Quel temps perdu, une nouvelle à laquelle ils s'attendent et qui les émouvra si peu. Parce qu'ils ne doutent pas de moi, parce qu'ils ont tout fait pour que je réussisse. C'est une forme d'amour en soi. Je caresse les plumes. Nous faisons tous comme nous pouvons.


"Tu sais où est Mary ?

— Non.

— Vous n'avez pas vu Mary par hasard ?"

Aucun Gryffondor ne l'a vu. Et au bout de quelques minutes ils ont tous déserté la tour.

"Ecoute Lily, descendons au stade, elle nous y rejoindra si elle n'y est pas déjà.

— Mmh t'as raison."

Dans les gradins pas de trace d'elle. Je fronce les sourcils, où a-t-elle bien pu passer ? Elle ne raterait un match pour rien au monde. Surtout pas la finale entre Gryffondor et Serpentard. Le dernier match de notre septième année. J'ai un mauvais pressentiment. Lily s'installe à côté des Maraudeurs. Cela fait à peine deux semaines qu'elle sort avec James et tout est devenu si naturel. Elle est bien entourée, acceptée, même Sirius qui semblait ne pas la trouver assez bien pour son meilleur ami à changer de comportement. Je n'aurai jamais imaginé que ça se passerait aussi bien. C'est une bonne chose que l'imagination me fasse défaut.

"Vous n'avez pas vu Mary par hasard ?

— Non, pas du tout.

— Qu'est-ce qu'elle fait ?

— T'inquiète Lily, elle va bien finir par se pointer !"

Nous attendons. Mais quand les équipes entrent, quand le coup de sifflet retentit, elle n'est toujours pas là. Très vite les Serpentards passent à l'offensive, les cognards fusent, très vite James marque les premiers points. Tous les Gryffondors sont debout et tapent du pied. Les Serpentards huent, les autres Maisons scandent avec nous. Je regarde autour de moi, mes amis sont entrés dans le match, Lily ne lâche pas James des yeux, Sirius insulte l'équipe adverse, Remus et Peter crient des encouragements. C'est une cacophonie, Mary n'est toujours pas arrivée. Dans les gradins serpentards, je vois Mulciber qui se fraye un passage à travers des deuxième années. Il vient d'arriver. Rosier lui donne une grande tape dans le dos. Cette enflure. Je prends le bras de Lily :

"Je sais où est Mary. Je vais la chercher !

— Attends je viens avec toi !

— Non, profite du match ! Tu pourras nous raconter ce qu'on a manqué comme ça ! Je reviens vite !"

Je ne lui laisse pas le temps de répondre, je descends les marches quatre à quatre. Le parc est vide, une douce brise, le soleil, je respire. Des cris de joie explosent. Serpentard. Je me mets à marcher d'un bon pas, je remonte vers le château. Et puis je cours.

Elle ne peut être que là-bas. Les portes du château sont grandes ouvertes. Il n'y a personne, tout le monde est au stade. Les escaliers. Les passages secrets. Le cinquième étage. Les couloirs sombres, les salles de classes délabrées. Abandonnées. Elle pleure.

"Mary ?"

Elle est là. Recroquevillée, elle renifle, me regarde en essuyant ses yeux. Je ne dis rien, elle non plus. Sa tête retombe, elle gémit. Une plainte aiguë, tremblante, un refus plein de douleurs. Comme à l'hôpital, comme ces mourants qui se débattent et refusent de mourir. Je me laisse glisser à côté d'elle, tout contre elle. Je la prends dans mes bras, elle ne résiste pas, elle pose sa tête contre mon épaule, des larmes dans mon cou. Je la serre fort. Je ne dis rien, je n'ai rien à dire. Tant pis pour le match, tant pis pour toutes ces foutaises.

Je la vois lui tenir la main, l'embrasser. Sa confiance en lui. Le printemps, l'été, la liberté. La musique et puis se promener avec lui dans Londres. Elle y croyait. Je le savais, Lily aussi, les Maraudeurs aussi ! Un Serpentard, un horrible serpent, il l'a utilisé et puis il l'a…

"Il m'a dit qu'on n'avait rien à faire ensemble !

— Comment ?

— Qu'il valait plus que moi. Que je n'étais qu'une… qu'une...qu'une...traînée de sang-mêlée !"

— Comment peut-on dire des choses pareilles ?! J'ai envie d'aller voir et de le… On va aller le voir ensemble, oui, et on…

— Non, je ne veux plus jamais le croiser ! Je peux pas."

Une traînée de sang-mêlée. Je le hais. Mary pleure. Je ne l'ai jamais vu comme ça, désespérée. Je la tiens dans les bras, sans force, elle qui affronte toujours ses problèmes, qui ne se laisse jamais faire.

"Viens, montons dans notre dortoir. Les couloirs sont vides."

Nous nous tenons par la main comme des enfants. Je la ramène en silence. Notre chambre sent la vanille. Le parfum de Lily, son odeur d'amoureuse. Les rayons du soleil laissent voir la poussière qui vole paresseusement dans l'air. Mary se couche, elle remonte sa couverture sur elle et ne bouge plus.

Je vais dans la salle-de-bain et lui remplis un verre d'eau. J'ai les yeux rouges. Je respire lentement. Quand je reviens, elle s'est remise à pleurer. Je pose le verre à côté d'elle. Il cogne contre le bois de sa table de chevet. Un bruit sourd. Je lui caresse les cheveux. Je suis désolée Mary. Mais je ne peux pas le dire. Ce serait trop cruel parce que je n'ai jamais cru en vous deux.

Je prends mon violoncelle, son poids est rassurant, paisible. Je joue.


"On a gagné ! On a la coupe !"

Lily surgit en claquant la porte contre le mur. Je sursaute, Mary ne se réveille pas.

" Combien ?!

— Notre attrapeur a eu le vif d'or au moment parfait ! On a fini à 250 contre 140 ! Mais… Mary dort ?

— Viens, je vais t'expliquer."

Je referme la porte. Dans le couloir, j'entends les échos des hourras qui montent de notre salle commune.

"Mulciber l'a larguée, c'est ça ?

— Oui.

— Comment tu as su ?

— Il a débarqué bien après le coup de sifflet. Et puis, je ne sais pas, j'ai senti."

Les poings de Lily se serrent. Je n'en rajoute pas plus. Mary lui dira si elle veut. Les détails, les insultes. La haine.

"Qu'est-ce qu'on fait ?

— On la laisse dormir. Et puis on verra si elle veut participer ou pas à la soirée.

— La soirée ?

— Oui ! A croire que James avait prévu de gagner ! Ils ont installé des banderoles ! Et il m'a dit que ce soir, il y aurait de la bièraubeurre pour tous !

— Et d'autres choses je suppose !

— Sûrement !

— Chère préfète-en-chef, vous avez bien changé !

— Oh, c'est la fin de l'année et puis on ne gagne pas tous les jours face aux Serpentards !

— C'est sûr !"

Elle descend, je la suis en jetant un dernier coup d'oeil à la porte close. J'espère qu'elle dort bien.


Mary avale cul sec son whisky Pur Feu.

" Il m'a fait rater le match, il ne m'empêchera pas de fêter dignement notre victoire !

— Dignement, tu es sûre ?

— Roh, Magda ! Prends ça et bois avec moi !

— Je ne sais pas si…

— Même McGo sait qu'on boit ce soir ! Je suis certaine qu'elle aussi de son côté ! Au trois balais, tiens !"

J'avale une longue gorgée. Autant y aller franchement.

"Ce gros connard de merde ! Raah, arrêtons d'en parler ! Viens Magda, allons saluer nos stars !"

Mary range sa bouteille dans une poche de sa jupe et zigzague vers l'équipe de Quidditch dont la plupart ne sont pas en meilleur état qu'elle. Les sixièmes et septièmes années on sut se fournir en alcool et les Maraudeur n'y sont pas étrangers.

"Elle est complétement ronde !

— Que veux-tu ? Parfois il faut savoir se sacrifier pour la cause.

— Bois moi ça ! Tu m'en diras des nouvelles !"

Sirius verse un liquide bleu dans mon verre.

"Qu'est-ce que c'est ?

— Tequila naine. Une tuerie."

Je manque de m'étouffer en buvant.

"Par Morgane ! Mais c'est…

— Ouais, ça l'est ! Attends, faut que j'aille en verser dans le verre de Remus pour le détendre un peu ! Je reviens !"

Je regarde l'heure, presque deux heures déjà. Les plus jeunes sont partis se coucher. Mary est en pleine discussion avec des cinquièmes années. Elle a l'air d'avoir oublié l'autre. James et Lily sont enlacés dans un coin à moitié caché par des rideaux, je me détourne. Ils ont bu aussi. Je tourne sur moi-même, ma robe fait comme une fleur. J'ai troqué la noire contre une robe d'été prune, fluide, presque Gryffondor. Dans ma poche je sens un bout de parchemin. La lettre de mes parents. Reçue ce matin, ils n'ont pas tardé à répondre. Poursuis tes efforts, ne te relâche pas, garde tes objectifs en tête, réussis tes ASPIC. Ce que j'attendais d'eux, sans surprise. Je sors ma main de ma poche, je la regarde. La peau translucide, le bout des doigts bleui. Ils n'ont aucune confiance en moi, ils me croient faible. Je ne le suis pas. Je finis mon verre. L'archet, la baguette, le verre comme une extension de ma main. Je pouffe, je suis saoule aussi. Je repars vers Sirius qui bataille avec Remus.

"Il n'en veut pas, ne le force pas. Tiens sers moi plutôt un verre !

— Ah ah, mais t'es ronde !

— Ne la ressers pas !

— Ca va Lunard ! On est entre nous !

— Tu es aussi bourré qu'elle !

— Peut-être bien !"

Remus se passe une main sur le visage. Je lui tapote le bras, l'alcool me donne de l'audace tactile. Le pauvre, il est dépité. La moindre des choses que je peux faire. J'essaye de lui verser un peu de mon verre dans le sien.

"Arrête Magdalena ! Mais vous êtes pas possibles !"

Soudain, un grand bruit. James vient de sauter sur une table. Il se redresse, les joues rouges, il lève une grosse chope et hurle :

"POUR GRYFFONDOR !"

Sirius nous saisit Remus et moi et se met à sauter sur place :

"GRYFFONDOR ! GRYFFONDOR ! GRYFFONDOR !"

Je le rejoins. Autour de nous, tous les autres se mettent à sauter sur place. Nous nous agglutinons à eux. Nous crions. De la joie. Ensemble et il n'y a rien de meilleur. Des sourires, des regards et tous on est comme en plein vol. Et je saute de plus en plus haut, et je lève mes bras haut, plus haut. Il fait chaud, je pense à ma robe qui se soulève en même temps que moi. Ma main qui s'appuie contre l'épaule de Black, pour me propulser plus haut encore. Et sa main, contre ma taille qui me soutient et me brûle.

"GRYFFONDOR ! GRYFFONDOR ! GRYFFONDOR !"

La musique est plus forte. On saute, on danse, je n'ai jamais été aussi détendue. C'est sa tequila. Je tourne sur moi-même, je tourne encore et encore. Je vois Remus sort de la piste. Ce n'est pas son truc. Ce n'est pas mon truc, j'avance pour le rejoindre quand Sirius me retient :

"Allez reste avec moi ! J'ai pas de cavalière !

— Ca m'étonne pas !"

James et Lily dansent. J'aperçois Mary qui virevolte seule et à moitié avec un garçon de je ne sais pas quelle année. Plus jeune oui, oui. Sirius me prend les mains. Nous dansons n'importe comment. c'est pas une valse. C'est pas de la musique de vieil aristocrate ! Je tourne, je glisse, je ris, je sautille, il tourne, il saute les jambes écartées, me fait faire une pirouette grotesque, rit.

"Stop, j'en peux plus, j'ai soif.

— Moi aussi."

Nous partons vers la table qui sert de bar, je trouve un peu d'eau. Sirius me tend un nouveau verre, whisky cette fois.

"Hé !

— Quoi ?

— Il est où Peter ?

— Queudver ? Pourquoi, tu t'intéresses à lui aussi ?

— Aussi ?

— Mmh… Il doit être dans notre dortoir.

— Dort déjà ?

— Non, il fume je pense.

— Il fume, lui ?

— Ouais, enfin de l'herbe quoi. Pas du tabac.

— De l'herbe ? C'est moldu ça… Oui, oui...

— Quoi, ne me dis pas que t'as jamais essayé ?

— J'ai une tête à fumer ? Je viens d'une famille renommée ! Ho !"

Il me tire vers l'escalier. Au passage il hèle Mary et Remus. Depuis quand dansent-ils ensemble ? Le temps passe si vite. Nous montons à toute vitesse. Remus lève les yeux au ciel. Ouais, ouais, tu peux les lever au ciel si tu ne dis rien !

Peter est adossé à des oreillers, il nous sourit tranquillement. Il y a une drôle d'odeur, je racle ma gorge.

"C'est pas illégal chez les moldus ce truc ?

— On s'en fiche Mary, on est des sorciers ! Allez venez !"

Nous nous asseyons en cercle. Peter, grand vaudou, nous tends un petit petit cône racorni fumant.


"Je suis préfète, je te dis !

— Arrête-toi là !

— Je dois avertir McGonagall de l'illi...licité dont nous sommes victimes !

— Tu racontes n'importe quoi !"

Sirius me bloque le passage. Je suis à peine arrivée au bout du couloir qui donne accès à notre tour. Au moins l'air est respirable ici. J'entends la musique sourde et la Grosse Dame qui grogne dans son sommeil. Je m'affale par terre, les pierres sont froides. Je suis crevée.

"Je sais pas comment Peter fait pour fumer ça !

— Avoue t'es sortie parce que tu supportais pas.

— Pff ! Et pourquoi t'es là d'ailleurs, toi ?!

— Parce que personne d'autres ne voulait t'empêcher de jouer à la préfète. Ils trouvaient ça très marrant !

— Même Remus ?!

— Ouais, il s'est bien détendu lui !

— Moi qui comptait sur sa bienveillance… Maraudeur un jour, Maraudeur…

— Pourquoi ?

— Hein ?

— Tu t'intéresses à lui ?

— Tu peux pas comprendre."

J'essaye de me relever, Sirius me hisse. Une fois debout, il ne me lâche pas. Qu'est-ce qu'il a ?

"Dis-moi.

— Rien.

— Quoi ?

— Rien je te dis. Juste, on est pareil lui et moi."

Il déglutit. La musique qui cogne, le silence dans les couloirs, les torches brûlent. Ses mains sur mes joues, ses yeux me fixent, sa bouche.

" Ok ?

— Ok."

Ses lèvres contre les miennes. Son souffle, mes mains sur ses bras. Son corps qui se rapproche du mien. Il s'écarte. Pourquoi il m'embrasse, pourquoi je ? Il me sourit.

Remus ouvre le portrait de la Grosse Dame.

" Vous étiez ici ! Revenez, la fête est pas finie !"


Alors ? hé hé ?
Je n'avais plus d'inspiration, et un soir c'est venu d'un coup ! La suite bientôt (j'espère !) !