Je me réveille en sursaut. il est sept heures moins le quart. La première épreuve des ASPIC commencent dans deux heures. Mais ce n'est pas ce qui m'a tirée du sommeil. Non c'est le rêve que je faisais. Je ne me rappelle déjà plus des détails mais il était là. Il était là et c'était un rêve agréable ? Un rêve sans ASPIC, sans stress, un rêve sécurisant.
Je me lève et titube jusqu'à la salle-de-bain. Je ne suis pas très bien réveillée, encore à moitié dans mes brumes. Je m'arrête, secoue la tête. Ce n'est déjà plus qu'une sensation lointaine, un jeu de l'inconscient. Une situation que Sirius avait prédit, il est insupportable. Je passe mon visage sous une eau fraîche. J'enchaîne avec une douche, chaude cette fois.
Quand je sors de la salle-de-bain, les filles sont debout. Mary part se préparer, Lily est déjà habillée.
" Tu te sens prête Magda ?
— Sans aller jusque là, je me sens assez confiante… Je crois.
— Pareil.
— N'ais pas peur, tu es brillante ! En fait, je ne me fais aucun souci ni pour toi ni pour Mary !
— Je ne me fais pas non plus de souci pour toi Magda !
— Mmh."
Ma belle assurance me fuit quand j'en ai le plus besoin ? Et bien, il n'y a plus qu'à continuer. Je ne jette même pas un dernier coup d'oeil à mes cours. Trop tard. Une fois Mary prête, nous descendons dans la Grande Salle. Comme d'habitude maintenant, nous nous y rendons avec les Maraudeurs. Ils discutent et rient mais ce n'est pas commes les autres jours. Il y a une tension en plus. Tout va se jouer dans la semaine à venir. Notre avenir, l'adieu à Poudlard. Avant que les nouvelles de la Gazette ne deviennent réelles.
Je ne touche presque pas à mon petit-déjeuner. J'ai une boule dans l'estomac. Je crois que je ne suis pas la seule, les septième et les quatrièmes années sont les plus silencieux, ceux qui ont tous une tête de déterré.
Au bout d'un moment, les professeurs nous font sortir. Le départ va bientôt être sifflé. En plus de la pression, il y a une même tension qui nous parcourt. Inconsciemment, on le sait, c'est le passage pour devenir de vrais sorciers.
"Magda ?"
— Tu n'as pas l'air bien Sirius. Tu regrettes de ne pas avoir révisé ?
— C'est pour toi que je m'inquiète, oui ! Oh, c'est bon, je rigole !
— Très amusant vraiment.
— Allez, ça va aller !"
Sirius pose son bras sur mes épaules. J'ouvre la bouche pour dire quelque chose mais le professeur MacGonagall arrive dans le Hall.
" Vous allez pouvoir rentrer ! Deux par deux et dans le calme, vos places sont par ordre alphabétique !"
Nous avançons, sans le vouloir, comme ensorcelés. Sirius a les yeux fixés devant lui, sa mâchoire se contracte. Il n'est pas si sûr de lui qu'il veut bien le faire croire. Son bras me pèse mais il ne me gêne pas autant que je l'aurai cru. C'est comme si nous étions bons amis. Ce que nous sommes, finalement.
Nous passons l'huis. Des tables individuelles en lignes. Je dois partir vers la droite. Son bras glisse dans mon dos. Il me souffle :
"A tout à l'heure, bonne chance.
— Toi aussi."
Je ne mets que quelques instants à trouver ma place. Plus à me faire à l'absence de Sirius. Ou plutôt à celle de mes amis, tous éloignés dans la Grande Salle. Je m'asseois.
Les copies ne sont pas encore apparues.
Je n'aurai jamais cru que cette semaine passerait si vite, s'asseoir devant une table, passer quatre heures devant des questions, attendre de passer devant le jury. L'esprit se focalise et tout passe à une vitesse folle. Comme un air de violoncelle et il ne me reste déjà plus que deux épreuves à passer.
Le violoncelle. Je n'arriverai pas à réviser dans le dortoir. Je le vois, poser, le vernis brillant. J'ai envie de jouer et aucune envie de réviser les Potions. Pourtant, c'est l'une des matières les plus importantes.
Lily et Mary sont dans leurs lits à de relire des leçons. Mais vu leur excellent niveau, elles n'en auront pas pour longtemps. Le soleil est encore haut, je fourre mes grimoires dans mon sac. J'ai vraiment hâte d'en finir. Apprendre des choses inutiles qui ne me serviront jamais tout ça pour satisfaire des professeurs qui m'oublieront. Je passe une main dans l'encolure de ma robe, à rester dans mon lit, j'ai trop chaud, je sens ma peau rugueuse là où les plaques de stress sont apparues. Je me lève, j'entends d'ici la voix de père et mère. Les ASPIC sont la clé, concentre-toi, ce n'est pas cher payer, et caetera, et caetera. Non pour le moment, j'ai tout sauf envie de réviser.
Mais il le faut bien. Je sors du dortoir. J'entends des cris dans la Salle Commune, ce n'est pas là que je pourrai réviser. Je remonte le tunnel, passe le portrait de la Grosse Dame et longe plusieurs couloirs et passages secrets. Je vais aller dans ma salle d'entraînement, j'y ai toujours été parfaitement concentrée.
La pièce est pareille que la dernière fois. Ma chaise, ma table. Mais la poussière est retombée comme un linceul grisâtre, comme si nous l'avions abandonnée depuis des mois. D'un mouvement de baguette, j'envoie des volutes de crasse se perdre dans les recoins. J'entrouve une fenêtre, la vue n'a rien d'exceptionnelle ici. A quel chapitre en étais-je ?
Le soleil a tourné, je n'ai revu que quatre chapitres. Je tourne encore quelques pages, je me force. Et puis ce bruit m'énerve, depuis quelques minutes, comme un vieu grincement, en fait c'est même ça qui m'a sorti de ma concentration. Pas comme un grincement, comme un souffle. Je relève la tête, personne.
"Qui est là ?
— Ton pire cauchemar !"
James apparaît soudainement et se rue sur moi. Je crie, recule avec ma chaise et manque de basculer en arrière.
" Je t'ai bien eu !
— Mais qu'est que tu fais là ?! Tu m'as fait une peur bleue !
— Je me promenais.
— Tu te promènes d'une étrange façon !
— Qu'est-ce que tu fais ?
— Je révisais.
— Tu veux de l'aide ?
— Non, c'est bon, j'avais terminé, je ne crois pas pouvoir faire plus de toute manière"
Je me lève et remballe mes affaires. Je sens le regard insistant de James sur moi. Il pense sûrement que je devrai réviser plus que je ne suis pas assez sérieuse.
" Qu'est-ce qu'il y a ?
— Mmh, rien, enfin, ça va t'énerver, mais j'ai l'impression que tu ne vas pas super bien.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
— T'as l'air fatigué, Patmol et moi, on trouve que…
— Ah non, ça suffit ! Vous n'allez pas jouer les magicomages avec moi ! Je sais me gérer ! Tout le monde est fatigué, c'est normal c'est la semaine des ASPIC !
— Oui, mais toi, tu…
— Je quoi ? Je suis plus faible, c'est ce que vous pensez ?
— Non, non pas du tout ! Mais on veut pas que tu te surmènes."
Je respire profondément. Je dois me calmer, je ne dois pas m'énerver. Mais c'est une des raisons pour lesquelles je voulais que personne ne sache pour ma maladie.
"Je vais très bien, d'accord ?
— Ok."
Très bien, il n'ose plus rien dire. ! Je prends mon sac, James m'emboîte le pas. Il m'a énervé. Il m'a suivi ici pour me surveiller ! Ils me croient si faible ! Je déteste cette manière dont ils ont de se mêler de tout. Je m'arrête soudain devant la porte, me retourne vers James.
" C'est Sirius qui t'a envoyé ?
— Euh… Pas vraiment, enfin… Vous avez passé pas mal de temps ensemble et il avait l'impression que ça n'allait pas.
— Et il n'a pas osé venir me poser la question en face !
— J'ose supposer qu'il savait qu'il se ferait enguirlander.
— Toi aussi !
— Oui, mais j'ai le sens du sacrifice.
— A d'autre !"
Je sors. Je n'ai plus envie d'en discuter. Si j'ai appris une chose, c'est que James et Sirius sont du genre curieux enquiquineurs et plus on entre dans leur cercle proche, plus on en fait les frais. Au moins, il n'est pas venu ici pour jouer les entremetteurs, j'ai eu peur avec ces insinuations et Merlin sait que je n'ai pas besoin de cela en ce moment. James me hèle de nouveau, je me retourne.
— Non, franchement Magda, je m'inquiète. C'est pour ça que je suis venu.
— Je vais bien. Vraiment, je suis peut-être plus fatiguée à cause des révisions mais c'est tout.
— Tu me le jures sur ta baguette ?
— Sur ma baguette. Et je ne suis pas en sucre, vous savez ?
Il s'ébouriffe les cheveux, gêné mais rassuré. Bien, le sujet est clos.
La chorale finit de chanter l'hymne de Poudlard. Applaudissements. Mary revient s'asseoir à côté de nous. C'était la dernière fois qu'elle chantait à un festin. La dernière fois qu'elle chantait à Poudlard. Aujourd'hui, c'était la journée des au revoir.
Dernière dans le parc, dernière dans la Bibliothèque, dernière fois à vivre là où nous avons vécu durant sept années. Dernière fois, où nous voyons Dumbledore se lever pour discourir.
Mais c'est l'une des premières fois que je vois la Grande Salle si belle, décorée de nos couleurs Rouge et Or. Tous les Gryffondors se regardent, grands sourires, nous savons ce qui va arriver, évidemment.
"Une année se finit ! Une année qui vous a fait grandir et où nous avons tous beaucoup appris. Mais que serait une année à Poudlard sans la coupe des Quatre Maisons ? Il est temps pour moi de vous annoncer qui a remporté le plus de points ! Mais avant cela, n'oubliez pas, ceux qui la remportent ne sont pas forcément ceux qui gagnent. A la quatrième place, avec 332 points, Poufsouffle !"
Un tonnerre d'applaudissement s'élève de la table des Blaireaux. Ils ont perdu, pourquoi sont-ils aussi surexcités ? Dumbledore attend tranquillement qu'ils se calment avant de reprendre :
"A la troisième place, Serpentard avec 367 points !"
Pour le coup, pas un bruit, James et Sirius ont une moue pleine de mépris qui leur rend leurs visages de gamins insupportables.
" A la deuxième place, 383 points, Serdaigle !"
Nous les applaudissons avec force, sauf les Serpentards qui se contentent de petits tapotements blasés.
" Et à la première place avec 391 points, Gryffondor !"
Toute notre table se lève, crie, à tape du pied et des mains. La coupe de Quidditch et maintenant celle des Quatre Maisons ! Depuis le temps que nous ne l'avions pas gagné ! Sirius siffle.
" Gryffondor ! Gryffondor ! Gryffondor !"
Nous crions jusqu'à ce que Dumbledore, amusé, nous fasse signe de nous calmer. Nous finissons par nous rasseoir.
" Maintenant, je vous souhaite un excellent festin de fin d'année !"
Les plats apparaissent sur la table. Les Elfes de Maison se sont surpassés. Savent-ils que nous sommes si heureux ? Que les Gryffondors ont tout gagné ? Que certains ne reviendront jamais ? Je remplis mon assiette, je me sens euphorique. Etrangement.
"Magda !
— Pardon, tu disais ?
— Ca fait bizarre, hein ? Dire qu'on ne verra plus jamais un festin pareil."
Nous nous regardons, Lily, Mary et moi. Oui, et en même temps, j'ai hâte. Et peut-être un peu peur.
"Non mais regarde-les… James ! Tu ne vas pas…"
Il n'écoute pas Lily et continue à faire son spectacle. Le jus de citrouille a quitté les cruches et vole en grosses bulles le long de la table des Gryffondors, valse entre les bougies illuminées.
"Jus de citrouille pour tout le monde !"
En un tour de baguette, le jus de citrouille se déverse en fine pluie dans nos verres. De la belle magie. Qui aurait cru il y a quelques années que James Potter en serait capable ? Certainement pas moi. Je n'aurai jamais pensé le trouver intéressant ou drôle et encore moins devenir son amie.
Quand les desserts apparaissent, je n'ai déjà plus faim. A Halloween, j'avais abusé à en vomir sur James Potter. Maintenant, il tient la main de Lily. Je me sers une part de tarte à la mélasse.
Si je comptais passer une dernière soirée tranquille à Poudlard, c'est raté. Nous sommes dans la salle va-et-vient, les Maraudeurs nous y ont entraîné et ils avaient prévu leur coup. Pour preuve, le tourne-disque de James sur une table basse et à côté, des bièraubeurres et trois bouteilles d'alcool. Heureusement, Lily, Préfète-en-chef jusqu'à demain soir coûte que coûte, s'est précipitée dessus et a vidée deux des bouteilles avant que James ne réussisse à l'arrêter :
" Pitié Lily pas celle-ci !
— On ne va pas se saouler pour notre dernière soirée ici ! Je n'imagine même pas le résultat dans le train demain !"
Intérieurement, je la remercie encore mille fois. Plus jamais je ne veux me sentir aussi vaseuse ! Nous sommes assis en cercle dans des fauteuils moelleux. La bouteille de liqueur d'aubépine est vide, nous avons pris un teint cuivré. Nous n'avions pas besoin de plus ! Remus se lève et positionne un vinyle. C'est une musique sorcière à la mode : les Krampus de la rime. Je ne pensais pas qu'il écoutait ce genre de groupe.
" On fait une partie de bataille explosive ?
— Non merci !
— Rabat-joie, Magda !
— Merci, mais je n'en peux plus de ce jeu !
— Parce que tu perds tout le temps !
— Parce qu'il n'est pas intéressant, Sirius ! Aucune logique, c'est du pur hasard !
— Et si on faisait un action ou vérité plutôt ?"
De quoi parle-t-elle ? Peu importe, ce doit toujours être mieux que la bataille explosive.
" Chacun à notre tour on doit choisir entre "action", on à un gage, ou"vérité", on doit répondre sincèrement à une question. Celui qui vient de jouer choisi toujours le prochain gage ou la prochaine question.
— C'est bizarre.
— Ca doit bien faire depuis l'école primaire que je n'ai pas joué à ça !
— Moi aussi, mais je me dis que ce n'est pas une si mauvaise idée…
— Et puis, c'est ça ou une bataille explosive.
— Qu'est-ce que vous avez contre ce jeu ?!"
Mary et Lily sont toute excitée. Ce n'est peut-être pas si mal ? En tout cas, je ne choisirai qu'action. Franchement, qui dit la vérité ? Les moldus sont parfois si étranges.
" Allez, on commence !
— Attends ! Pour pimenter tout ça, je propose…
— Patmol t'es génial !"
Sirius sort une bouteille de whisky Pur Feu de son sac. Remus soupire en se frottant les yeux mais il n'arrive pas à dissimuler son sourire. Peter s'esclaffe, il s'attendait à un mauvais coup.
" Tu l'as eu où ?
— Hier soir, dans les cuisines, les Elfes m'ont rencardé !
— C'est quoi ce trafic ?!
— Secret de Maraudeurs !
— Encore un ! Finalement ce jeu va peut-être nous servir !
— En tout cas, celui qui échoue, bois un coup !
— Qui commence ?
— Puisque tu demandes Queudver, ce sera toi !"
Il choisit action, je ne suis pas la seule à ne rien vouloir dévoiler. Mais en voyant Queudver faire le tour de la salle en faisant des roues grotesques, je comprends très vite que choisir action est la sanction pour n'avoir pas pris vérité. Peter tombe une dernière fois avant de nous rejoindre tout rouge.
"James, action ou vérité ?
— Vérité !
— Quelle est ta plus grande peur d'enfant ?
Vérité, pour certain le choix de ceux qui n'ose pas. Est-ce que ça signifie qu'il n'y a pas de bonnes décisions ? En même temps si c'est ce genre de question, il n'y a aucun risque. Aucun risque qu'on découvre que je mens. L'image fugace de mon Epouvantard en troisième année me revient. Du sang, une grande jatte pleine de sang, à en dégouliner sur le sol. Je l'avais transformé en crème glacée. Prophétique si je me fis à ma délectation quand je bois mes médecines.
— Et bien, c'était, c'était les loups-garous.
— Quoi ?!
— Bah ouais !"
Remus éclate de rire suivi des autres garçons. Lily a le regard entendu de celle qui sait mais Mary a l'air perdu. Je fais celle qui ne comprend pas non plus.
"Lily ?
— Vérité !
— Pourquoi tu n'es pas sortie avec moi plus tôt ? J'ai souffert !
— Trop immature.
— Bam James !
— Ne fais pas le malin Sirius c'est ton tour, action ou vérité ?
— Action évidemment !
— Bois cul-sec !
— Mais c'est à moi de dire James et il n'a rien perdu !"
Nous n'avons pas le temps de l'arrêter qu'il a déjà englouti son verre. Sirius pousse un cri de victoire. Quelle stupidité. Et c'est déjà mon tour.
"Action ou vérité ?
— Action.
— Comme Sirius, tiens."
Je foudroie James du regard, il est beaucoup trop en forme ce soir.
"Détache tes cheveux !
— C'est nul !
— Ce n'est pas à toi de choisir Magda.
— Et c'est un bon gage, je trouve !
— Simple et efficace."
Je grommelle en enlevant les rubans qui retiennent mes cheveux. Je les détresse lentement en espérant que l'on passe à Mary, mais non, ils attendent tous que j'ai fini. Je les brosse d'un coup de main et les rejette derrière moi. En quelques instants, des mèches reviennent me chatouiller les joues. Je devrai les couper.
"Ca te va bien , on a pas l'habitude de te voir comme ça.
— C'est moins strict !
— Allez, au suivant !"
Les tours s'enchaînent jusqu'à ce que les bouteilles soient vides et les gages deviennent de plus en plus idiots et comiques. Je réussis à esquiver toutes les vérités. Finalement, j'adore ce jeu. Au bout d'un moment, nous nous mettons à bailler les uns après les autres, il est minuit passé. La semaine a été dure.
"On dort ici ?"
Mary a à peine émit l'idée que la salle s'est tapissée d'oreillers et que sous nos pieds poussent des matelas géants. Ils sont si épais que je perds l'équilibre et tombe à genoux. Sirius attrape un coussin.
"Combat !"
Et il me l'envoie en pleine tête. Je vacille en arrière et passé le choc je lui rebalance, mais il esquive. Les autres n'en attendent pas plus pour se mettre à jeter des sorts de propulsions et la salle fait pleuvoir des oreillers au-dessus de nous. Le 78 tours se déplace dans un coin tranquille, les vinyles s'enchaînent seuls. J'entends les premières notes des Sorcières de Belleville quand Lily saute sauvagement sur mon dos. Nous nous affallons sur un pouf géant. Je l'achève d'un coup de traversin et cours me réfugier derrière un fauteuil.
Je n'ai pas le temps de souffler que Sirius me rejoint. Il ne dit rien, j'attends son mauvais coup, il jette un coup d'oeil derrière son épaule, me regarde :
"Tu sais, ça te va vraiment bien les cheveux dé…"
Maintenant ! Je lui balance de toutes mes forces un oreiller en pleine tête et repars en courant. J'entends Sirius crier derrière moi :
" Saltus Nubem !"
Un énorme nuage violet se forme sous mes pieds, je m'enfonce dedans et soudain je suis à un mètre du sol. Le nuage devient élastique et m'éjecte. J'atterris tout droit sur Remus et lui écrase le visage avec mon front, nous tombons. Je reste quelques secondes sonnée, le temps de bénir les matelas et puis je roule sur le côté pour le libérer. Il est tout rouge, je lui ais couper la respiration. Mes cheveux sont complètement emmêlés.
"Lunard, sale traître !
— C'est toi qui lance tes sorts n'importe comment !
— Tu vas voir !"
Sirius fonce sur Remus avec deux coussins, je m'éloigne sans demander mon reste. Je masse mon crâne et esquive plusieurs projectiles avant de repérer Mary derrière une pile de couverture, elle se cachait là, la fourbe. Je lance un wingardium leviosa et envoie un coussin géant s'écraser sur elle. Elle crie et rit en même temps :
" Pitié Magda ! Je me rends !"
— J'en peux plus !
— Moi aussi !"
Je l'aide à se relever et nous partons nous protéger dans un coin. Quelques minutes plus tard, Lily nous rejoint. Nous nous serrons les unes contre les autres pendant que les Maraudeurs s'amusent entre eux.
"J'ai pas envie que Poudlard se finisse.
— Pareil.
— J'ai l'impression qu'on a commencé notre dernière année hier seulement."
J'avais si hâte de partir. Ce soir, j'aimerai que Poudlard ne s'arrête jamais, que tout continue. Avec mes amies près de moi et les cris des garçons autour de nous.
Au bout d'un moment, ils finissent par se calmer. Nous pointons le bout de nos têtes, ils se sont affalés par terre. Nous les rejoignons, je baille. Sans vraiment nous concerter, nous nous installons pour dormir. La musique s'est arrêtée. Lily part près de James si bien que je me retrouve d'un côté avec Mary et de l'autre avec Sirius. Les flammes des bougies diminuent doucement, il est sur le dos comme moi. Nous nous regardons. Il n'y a plus que quelques chandelles qui brillent au fond de la pièce. Plus personne ne fait de bruit, j'entends le souffle régulier de Mary. J'ai les yeux qui se ferment. Le bourdonnement en moi revient, comme une berceuse. Je veux l'écouter, ne pas dormir. Il prend l'extrémité d'une de mes mèches entre ses doigts, j'ai le coeur qui ripe. Mais je n'ai pas de mot, pas envie de l'envoyer paître ni de lui dire autre chose.
Je lui tourne le dos, c'est trop pour moi. Il va mal le prendre je devrai me retourner, je n'ai pas envie de le vexer, pas ce soir, mais je suis engourdie, je respire lentement, les brumes m'envahissent. Il va croire que. Je l'entends qui se retourne et puis la chaleur de son dos contre le mien.
Le train finit par s'arrêter dans un crissement. La fumée se répand doucement sur le quai. Nous nous levons pour tirer nos malles. Je regarde autour de moi pour m'imprégner une dernière fois de l'ambiance si particulière du Poudlard Express. J'attrappe mon violoncelle et le hisse sur mes épaules.
"Tiens Magda, ta malle."
Je prends la poigné à la place de Sirius. J'évite d'effleurer sa main. Ce matin quand je me suis réveillée, nous étions encore collés l'un à l'autre. Je me suis levée comme si de rien n'était. Lui aussi. J'ai évité d'y repenser, j'ai dû mal à analyser ce que je ressens.
"Merci."
Je sors dans le couloir, ma queue de cheval se balance derrière ma nuque et me chatouille. Je n'ai retrouvé qu'une seule de mes attaches. Je n'ai pas l'habitude. Nous descendons du train. Je cherche Mory des yeux avant de me souvenir que je vais rentrer en transplanant. Il y a un monde fou sur le quai, je suis mes amis. Nous trouvons un endroit tranquille pour nous dire au revoir.
"On se voit cet été, hein ?
— Oui ! Grosse fête à Godric's Hollow !
— Ca ne va pas gêner ta famille ?
— De toute façon, il faut bien que tu la rencontres Lily !"
Elle rougit. Peter et Remus aperçoivent en même temps leurs parents et nous disent au revoir.
"Les miens aussi sont arrivés ! Là-bas !
— Je viens avec toi, je vais me présenter."
James carre ses épaules et avance droit devant lui. Lily nous embrasse et court le rejoindre.
"Adieu Cornedru ! Il est pas en confiance !
— Crois moi, ça se voit."
Mary se tourne vers moi. Elle me prend dans ses bras.
" On se retrouve pour l'épreuve du Conservatoire. Tiens moi au courant par hibou.
— Oui, ils vont vraiment finir par nous donner la convocation au dernier moment.
— On aura qu'à se retrouver devant l'entrée !"
Je hoche la tête. Elle nous salue une dernière fois et elle transplane. Je me retrouve seule avec Sirius. Ce n'était pas prévu.
"Ecoute…
— Je…"
Nous avons parlé en même temps. Je lui fais signe de commencer.
"On ne se verra qu'après ton concours alors.
— Oui. Il est dans deux semaines, normalement.
— Tu te sens prête ?
— Evidemment.
— Tu ne doutes jamais !
— Et c'est un Maraudeur qui me le dit !"
Il me fixe un moment, je ne dis plus rien. Il cherche quelque chose de sa poche. Il sort un de mes rubans.
" Mais c'est…
— Tu me crois si je te dis que je l'ai trouvé sous mon oreiller ?
— N'importe quoi. Tu me le rends, s'il-te-plaît ?
— Il est un peu à moi maintenant, non ?
— Non ! Enfin tu… Peu importe, j'en ai plein de toute manière !"
Ce n'est qu'un ruban noir et j'ai autre chose à faire que de convaincre cet enquiquineur. Morgane le sait, je n'arriverai pas à le forcer, pas avec le sourire supérieur qu'il arbore ! Je saisis ma malle. James le hèle au même instant. Il lui répond et puis avant que j'ai eut le temps de m'éclipser il se retourne vers moi.
" Je t'enverrai des lettres, tu me répondras, hein ?
— Oui, oui."
J'ai répondu mécaniquement, bien sûr je ne vais pas te snober. Mais... Et je voudrais. Il fait un pas vers moi et puis il me fait un signe de tête et s'éloigne. Il disparaît dans la foule et émerge plus loin, près de James. Je le vois dire poliment bonjour aux parents de Lily. Ca ne lui ressemble pas. Il se retourne, me repère et me salue une dernière fois. Lily et James aussi. Je secoue ma main comme si j'étais heureuse.
J'ai la tête qui tourne. Poudlard c'est fini. Je respire et puis je transplane.
La lettre du Conservatoire a fini par arriver. Je suis convoquée dans dix-huit jours, j'ai donc plus de temps que je pensais pour m'entraîner. J'ai prévenue Mary comme promis et j'ai tout de suite reçu son hibou de réponse. Elle passe deux jours après moi. Il y a plus d'aspirants que je ne le pensais.
Je me suis préparée un emploi-du-temps strict mais il ne me pèse pas. Après tout, j'aime le violoncelle. Cela fait déjà quatre jours que je suis rentrée et j'ai l'impression que Poudlard et loin, très loin déjà. Alors que j'avais ce goût doux amer à la gare de King Cross, je ne pense plus qu'à la rentrée prochaine. Poudlard est fini, je vais enfin me consacrer exclusivement sur la musique.
Et pourtant je n'arrive pas à me concentrer. je repose mon archet pour la énième fois. Je vais lui répondre. J'arrête de tergiverser, je lui écris rapidement et je pourrai m'entraîner calmement. Je m'assois à mon bureau, déroule un parchemin, trempe ma plume dans l'encre. Qu'est-ce que je vais lui dire ? J'ai dit que je lui répondrais mais je ne vois pas ce que je pourrai lui confier. Faisons simple.
Bonjour Sirius,
Oui, je vais bien. Je suis contente de voir que vous vous amusez si bien avec James. Ce n'est pas la peine de te culpabiliser pour cela. Les responsabilités viendront bien assez tôt. Et puis pour le moment vous ne pouvez pas faire grand chose.
Je passe mon concours le 22 juillet, c'est un peu plus tard que ce que je pensais mais ce n'est pas grave. Je m'entraîne beaucoup.
Je vous tiendrai au courant,
A bientôt,
Magdalena
Je grimace, ce n'est pas terrible. Je suppose que ça pourrait être pire. Je cachette ma lettre. Je l'enverrai plus tard. Ou plutôt maintenant, oui, je vais lui envoyer maintenant.
