Bouquet de fleurs.
Alors que la musique habituelle du perchoir passe encore et toujours dans le poste de radio, le maitre des lieux se tient derrière son comptoir. Occupé à essuyer ses tasses comme il aime le faire à chaque fois, face à lui se tient Elisabec. Dans une heure, cette dernière ne sera plus là mais derrière le guichet qui se trouve à l'intérieur de la mairie. Elle ira y effectuer ses heures comme tous les jours mais ce soir, un fait inhabituel bouleverse son quotidien. En effet, alors que ses ailes tiennent une tasse de café bien chaud, un bouquet de fleurs est posé non loin de là.
- Un cadeau de ta sœur ? Se montre curieux le pigeon.
- J'aurais bien voulu. Non mais de quoi tu te mêles ?
- Un admirateur secret alors ?
- Oui. C'est la seule chose que tu sauras mon coco.
Après cette réponse, Robusto pose la tasse propre sur une petite étagère se trouvant sous le comptoir et en attrape une seconde pour recommencer les mêmes gestes.
- Savoir que tu as un admirateur secret ne te rend pas plus heureuse j'ai l'impression.
- Il faut dire que je n'ai pas le temps pour ses enfantillages. Je n'ai surtout pas envie de me retrouver sur un nid de pailles, passant le restant de mes jours à pondre des œufs.
Soupirant suite à cette triste pensée, Elisabec baisse son visage pour regarder son café. La surface de celui-ci est lisse, arrogance déguisée pour tromper le fait que tout peut la perturber tôt ou tard.
- C'est bizarre mais ce bouquet m'a été envoyé après le soir où ma sœur a invité ce type à la maison.
- Quel type ?
- Antoine, notre facteur. Elle aurait pu trouver mieux franchement et puis facteur n'est pas un métier stable, il lui faut autre chose.
- Je pense que tu vas un peu vite en besogne.
- Vraiment ? Vas-y, énerve-moi bien surtout, c'est ma soirée.
- Ben oui. Ce bouquet était accompagné d'un petit mot ?
- Non mais je sais que c'est lui. Pas besoin de quelques phrases pour savoir qui est l'expéditeur, voyons. Une femme sait ce genre de choses.
- Dans ce cas, ce bouquet peut venir de n'importe qui. Si cela se trouve, c'est un homme du village qui en pince pour toi.
- Vraiment ? Tu crois que je vais accepter les avances d'un pic-vert ou d'un chat ? Il ne manquerait plus que ça. Mes enfants auraient de drôles de gueule avec un tel mélange que je n'ose même pas leur infliger ça.
- Je ne dis pas de les accepter mais au moins, tu pourrais le remercier pour cette délicate attention.
- Désolée mais ce n'est pas trop mon genre d'agir de la sorte. Je ne veux pas de mâle dans ma vie, est-ce bien clair pigeon de malheur ?
- Il faut croire que tu souhaites finir seule.
- Et c'est exactement ce que je veux. Hourra, il est intelligent cet emplumé.
