Appétit.
En fin de journée, je décide de me rendre au muséum afin de faire étudier mes fossiles pour que je puisse savoir exactement ce que je tiens dans ma besace. Lorsque je rentre dans le bâtiment des sciences, je remarque la présence de Thibou, ce qui est un peu normal puisqu'il est le gardien des lieux. Toutefois, au lieu d'être debout et les yeux grands ouverts à chaque fin de journée, je le vois assis sur le sol, occupé à manger. Autour de lui reposent des dizaines de boîtes vides et forcément, je me pose des questions devant un tel spectacle.
- Bonsoir Thibou, est-ce que tout va bien ?
- Bonsoir Jaysher et oui, tout va bien.
- Tu en es sûr car c'est la première fois que je te vois manger sur ton lieu de travail.
- Je sais que ce n'est pas conforme à ma façon de vivre mais j'ignore pourquoi mais j'ai un appétit insatiable aujourd'hui.
- Il est vrai que garder un musée doit vous fatiguer son hibou.
- Tu m'étonnes.
Continuant de manger, Thibou ne me demande si j'ai quelque chose pour lui afin qu'il procède à un examen. Je ne peux lui en vouloir car je ne connais pas du tout la charge de travail qu'offre le gardiennage d'un tel lieu. Toutefois, il pourrait s'en remettre à Céleste et à Robusto car la première n'est pas vraiment débordée tandis que le second… Ben ça dépend des jours. Soudain, alors que je continue à regarder le hibou, une drôle d'idée me traverse l'esprit et la tentation de lui jouer un mauvais tour se fait sentir.
Rapidement, je fouille dans mon sac et trouve une boîte à couvercle vert, dans lequel repose un insecte. J'ai bien envie de vérifier à quel point il a faim le loustic et c'est avec cette motivation que je lui tends la boîte.
- Tiens Thibou. Je m'étais acheté ça pour le manger chez moi ce soir mais comme tu sembles plus affamé que moi, je suis d'accord pour te le céder.
- Merci, articule-t-il entre deux boules de riz, c'est vraiment très gentil.
Au lieu d'être vigilant, Thibou s'empare de ma boîte, l'ouvre et glisse une boule de riz à l'intérieur. Une fois que l'aliment est bien mélangé avec l'insecte, il attrape le tout et l'enfonce dans son bec en prenant bien soin de mâcher un peu. Lorsque l'oiseau avale son bien étrange repas, je ne peux m'empêcher de rigoler, ce qui attire son attention.
- Un souci Jaysher ?
- Tu as tellement faim que tu ne regardes même pas ce que tu manges.
- Ce que je mange ?
A cet instant, Thibou regarde la boîte translucide que je lui ai confiée quelques secondes plus tôt et aperçoit le couvercle coloré. A ce moment, un éclair de lucidité lui traverse l'esprit et c'est le visage bleu qu'il me pose une question.
- Attends … Tu n'as pas osé me faire manger un in…
- Si !
Et là, j'éclate de rire devant ma blague bien pourrie. J'en peux tellement plus que je suis obligé de me tenir les côtes dans les mains tellement elles me font mal. Les larmes aux yeux, je continue d'observer le rapace qui tourne de l'œil et s'écroule sur le dos, les pattes tendues vers le plafond.
- Arrête Thibou, ce n'est pas drôle.
Dis-je entre deux éclats de rire. Au bout de quelques minutes, l'oiseau ne se relève toujours pas et c'est à mon tour de m'inquiéter. Très vite, je bondis sur lui et le prends dans mes bras afin de le secouer.
- Allez Thibou, arrête ta blague, elle ne vaut pas mieux que la mienne.
