Attention certains sujets abordés peuvent choqués les plus sensibles, tels que : suicide, maladies mentales, violence, homosexualité, religion et phénomènes paranormaux.
Chapitre 1 : Un sur six
Avec trois frères et deux sœurs, Ian n'avait jamais eu l'impression d'être unique, spécial. Pour lui, tout ce qui comptait était sa famille : leurs bien être, leurs opinions. Ce qui le concernait venait toujours au second plan, toujours. Depuis son enfance, Ian a toujours eu cette capacité à écouter, être là pour les autres et à s'oublier, toujours. Sans que sa fratrie ne s'en rende vraiment compte, il était le cœur et le ciment de cette famille qui n'avait jamais eu de chance dans la vie. Six enfants laissés à eux-même par un père alcoolique notoire et une mère mentalement malade enfermée en hôpital psychiatrique, voilà ce qui les forçait à se serrer les coudes et surtout qui poussait Ian a toujours être présent pour les autres, à être l'épaule sur laquelle s'appuyer ou l'oreille tendue pour les écouter. Chacun avait son rôle dans la maison et Ian avait pris sur lui d'être celui sur qui toujours compter. Ce qu'il n'avait jamais anticipé en se choisissant ce rôle, c'est que le jour venu où il aurait lui même besoin d'aide sa famille ne serait pas forcément au rendez vous. Malgré leurs promesses.
Pourtant quand ceci arriva rien était différent par rapport à d'habitude : Fiona était au travail, Lip donnait un cours à domicile et Debbie jouait dehors avec Carl et Liam tandis qu'Ian était à l'étage, dans sa chambre à étudier des notions d'artillerie pour ses cours de préparation militaire. Le maniement d'arme était ce que le jeune homme préférait lire car tout était limpide, contrairement à toutes ces notions de géométries. Tenir une arme, la préparer, la nettoyer et même l'utiliser était comme une évidence pour lui, presque un moyen de se détendre. Le calme de milieu d'après midi de la maison était d'ailleurs son moment préféré pour ce genre de lecture : en silence il pouvait feuilleter ses manuels, laisser ses pensées divaguer sans se préoccuper de rien ni de personne. Ces moments étaient pour lui ses pauses dans son rôle de frère, ces rares moments étaient pour lui ou du moins où il ne s'inquiétait pas pour les autres. Cette fois là n'échappait pas à la règle. Allongé sur son lit ses yeux parcouraient les pages de son livre, s'égarant en direction de la fenêtre où le mouvement des nuages dans le ciel détournait son attention.
Ian fut soudainement ramené à la réalité par le fort bruit d'une porte qui claque à l'étage. Détournant la tête de la fenêtre pour la porte, il cria s'en prendre la peine de se lever :
« Carl ! Arrêtes de claquer les portes ! Fiona va encore gueuler si on doit en réparer une ! »
Sans attendre de réponse il replongea le nez dans son livre, pour le relever quelques secondes lorsqu'une deuxième porte claqua, cette fois-ci au rez-de-chaussé. Soupirant, il laissa tomber son livre sur son lit et se leva. Carl avait toujours été turbulent mais en général il écoutait quand on lui disait quelque chose. Apparemment cette généralité ne s'appliquait pas aujourd'hui au grand regret du jeune homme. Tandis qu'il descendait les quelques marches séparant les étages, il maugréa à son frère :
« Sérieux Carl ! Qu'est ce que je viens de te dire ? Fiona va criser si... »
Il se stoppa net dans sa phrase quand il arriva en bas des escaliers et constata que la cuisine était vide. Un coup d'œil rapide au salon lui indiqua que tout le bas de la maison était vide. Fronçant les sourcils, il se dirigea vers la porte arrière de la maison et l'ouvrit pour se retrouver face à ses plus jeunes frères et sœur jouant dans le jardin. Voyant Ian sur le pas de la porte, ceux-ci s'arrêtèrent dans leur jeu. Debbie lui offrit son habituel sourire avant de lui demander :
« - Qu'est ce qu'il y a ?
- Les portes. C'est encore toi qui les claque ? Questionna Ian en regardant son jeune frère.
- Non, j'ai pas bougé de là ! »
Ian regarda Debbie qui hocha la tête pour valider les dires de Carl. Ian fronça de nouveau les sourcils : les claquements aurait pu être expliqué par de simples courant d'air... si seulement il y avait le moindre brin d'air. Or cela faisait plusieurs jours que Chicago croulait sous la canicule. Ian était prêt à capituler et à se dire qu'il avait peut être simplement rêvé avoir entendu des bruits quand il entendit de nouveau un claquement au moment où il allait rentrer dans la maison. Il se stoppa dans son mouvement, tendant l'oreille à l'affût mais tout ce qu'il entendit fut le rire de sa sœur qui avait repris son jeu avec Carl.
« Chut ! Ne faîtes pas de bruit et restez là quoiqu'il arrive. »
Il ne prit pas la peine de vérifier qu'ils obéissaient, quand il s'agissait de se faire protéger les uns les autres les Gallagher se faisaient une confiance presque aveugle. Il rentra complètement dans la maison, refermant la porte derrière lui le plus silencieusement possible. Toujours aux aguets, il lança un coup d'œil circulaire dans la pièce à la recherche de ses différentes options en matière d'armes défensives. Leur batte devait être rangée à sa place mais par chance leur cuisine ne manquait pas de couteaux et Ian n'hésita pas à attraper un des couteaux à viande rangé dans son support sur le comptoir. Le manche ancré dans sa paume et la lame le long de son bras, typiquement une position défensive qu'il utilisait constamment lors de ses entraînements de combats à l'arme blanche, il avança à pas lent tout en cherchant à identifier une présence ou tout du moins un nouveau son inhabituel. Cette fois encore il ne trouva personne en bas et décida de jeter prudemment un œil à l'étage, juste au cas où. Tout aussi méthodiquement il grimpa les marches.
Ce ne fut qu'à l'instant où il posa son pied sur le sol du premier étage qu'un nouvel événement se produit : de nouveau une porte claqua. Juste en face de lui, il vit la porte de sa propre chambre se refermer d'un seul coup. Sans réfléchir davantage il se précipita vers la pièce, ses muscles tendus, prêt à se battre au besoin. Il ouvrit la porte d'un seul geste tout en levant son bras qui tenait la lame devant lui mais à sa grande surprise cette pièce aussi était vide. Il n'avait pourtant pas rêver, il avait bel et bien vu de ses yeux cette porte bouger. Il n'était pas... non il n'était pas fou. Il n'était pas Monica, il n'inventait pas ce genre de chose. Tout en rabaissant le couteau il vérifia si rien avait changé dans la pièce, après tout il y avait bien quelque chose qui trahirait le fait que quelqu'un était passé par là. D'accord il était rassuré qu'aucun rôdeur ne se soit introduit dans sa maison et ne risque de s'en prendre à sa famille mais il était à deux doigts de préférer cette option que de croire qu'il commençait à perdre la tête.
Pourtant tout était à sa place et Ian soupira, résigné. Il allait redescendre ranger son arme de fortune et prévenir ses jeunes frères et sœur que tout était en ordre quand un courant d'air glacé le traversa soudainement, le figeant littéralement sur place. Comme si ses muscles étaient glacés, jusqu'à l'os. En dépit de toute volonté il ne parvient pas à émettre le moindre geste. A la place un rire éclata derrière lui, un rire qui ne ressemblait à rien qu'il ait pu entendre de toute sa vie. Ça ne ressemblait en rien aux rires de Debbie quand il la chatouillait ou même à celui de Carl ou Lip quand ils riaient à une plaisanterie, non ce rire n'avait même pas l'air... humain. Un frisson parcouru le jeune homme : pour la première fois de sa vie il sentait la panique l'envahir. Il était pétrifié, n'avait aucun moyen de défendre. Pour se défendre contre quoi de toute façon ?
Peu à peu la pièce se mit à tourner autour de lui, ses mains tremblèrent de façon incontrôlable. Alors qu'il se débattait mentalement pour retrouver le contrôle de son corps tout ce qui en résultat fut l'accélération de sa respiration et la sensation que son environnement s'obscurcissait. Ce n'était pas une impression, au fur et à mesure que ses yeux refusaient de fonctionner normalement, sa tête commença à marteler. La pièce tourna de plus en plus jusqu'à ce que tout s'arrête soudainement. Jusqu'à ce qu'il perdit connaissance et s'écroula sur le sol, restant là un long moment avant que sa famille ne le retrouva dans cet état.
§
Ian ne put jamais expliquer ce qui c'était passer ce jour là. Principalement parce qu'il ne le savais pas vraiment lui même mais également parce qu'il sentait le regard incrédule de sa famille sur lui quand il tentait en vain de mettre des mots sur ce qu'il avait ressenti. Ils ne comprenaient, n'essayer même pas de comprendre et mettait ça sur un manque d'hydratation ou de sucre ou de n'importe quelle excuse qu'ils avaient invoqué mais qu'Ian n'avait pas pris la peine d'écouter car eux même n'avait pas pris la peine de l'écouter lui.
Le fait est que depuis cela, d'autres choses se produisirent. D'autres événements qu'Ian garda pour lui cette fois-ci. Des portes qui claquaient de nouveau sans raison, des frissons qui le parcouraient alors qu'il faisait une chaleur étouffante, cette sensation d'être épier dans des moments où il était seul ou même ses murmures qu'il avait l'impression d'entendre. Il commençait à croire qu'il perdait la tête, que le soleil l'avait trop fort quand même ses rêves furent investit par des éléments étranges. Enfin ce n'était pas vraiment des rêves, il pouvait ressentir tout ce qu'il voyait tout la peine et la douleur que son imaginaire produisait, son corps les subissait quitte à ce que ses muscles soient toujours douloureux au réveil. Ces nuits étaient agités, il voyait de plus en plus d'horreur, de membres inhumains, de cris qui semblaient venir d'outre tombe au point que plusieurs fois son entourage du venir le tirer de cette horreur en pleine nuit car il hurlait dans son sommeil et était trempé de sueur. Dans les moments où ces terreurs le laissaient en paix, des rêves en apparence anodins venaient prendre place. Si dans un premier temps cela soulageait Ian et lui permettait de retrouver un tant soit peu de sommeil, ceci prit rapidement une autre tournure quand il se rendit compte que chacun de ces rêves se produisait dans la réalité et ce, quelques temps à peine après qu'il l'ait rêvé.
Dès lors, il en était persuadé : il perdait totalement la tête. Il était bel et bien le fils à sa mère, il était bel et bien aussi foutu que Monica. Cette pensée seule le rongeait. Il était habitué à la maladie mentale de sa mère, depuis son enfance ça avait toujours été comme ça : une suite de hauts et de bas encore et encore. Ça n'avait jamais été facile a supporté mais avec le temps toute la famille était passé outre, laissant presque leur mère se débrouiller seule jusqu'au jour où elle n'en avait plus était capable. Les Gallagher ont toujours eu comme principe de ne compter que sur eux même, qu'ils n'avaient pas besoin d'aide, de se faire suivre ou quoique ce soit pourtant retrouver leur mère au milieu de la cuisine, les veines entaillées presque jusqu'à l'os avait chamboulé tous leurs principes et les avait mené à la faire interner. Pas que dans le passé elle ait été une mère exemplaire de toute façon. Jamais présente au sens figuré, son absence au sens propre n'allait pas faire de différence dans leurs vies.
En dehors des quelques questions occasionnelles de Carl, ce fut la dernière fois que le sujet de leur mère fut mis sur le tapis. Personne n'en parlait jamais, personne ne voulait ou peut être n'osait le faire. Dans cette situation, Ian s'imaginait mal parlait de son mal être de ressembler à sa mère à Lip ou Fiona. Ils le regardaient avec déjà assez d'inquiétudes à chaque fois qu'ils le réveillaient de ses cauchemars, pas la peine de leur avouer que ceci n'était que la partie immergé de l'iceberg qui venait de chambouler sa vie.
Toutes ses pensées commençait pourtant à le ronger et pour la première fois de sa vie Ian ressenti le besoin de parler à quelqu'un, d'être écouter et conseiller. Après avoir à maintes reprises tenter de se convaincre de parler à Lip ou Fiona, il se retrouvait en cet après midi caniculaire devant la porte de l'église Sainte Hedwige. Pas que la religion soit quelque chose à laquelle il ait jamais accordé de l'attention mais il avait toujours entendu parler de la capacité d'écoute des prêtres. Enfin c'est ce qu'il avait vu dans les films parce que sa réalité ressemblait plus au pervers prêtre Peter de l'église Saint Timothée à côté de chez lui mais il était prêt à donner une deuxième chance aux hommes d'Église vu sa situation. Puis il n'avait plus l'âge d'être enfant de chœur alors qu'est ce qu'il risquait à mettre les pieds dans cette église ?
En dépit de tout ce qu'il pouvait se dire pour se rassurer, Ian n'était pas franchement à l'aise. Les grands murs de pierres ornée de vitraux, les longues rangées de banc en bois brut, tout était austère et froid et lui donnait l'impression de ne pas être à sa place. Il avisa vers le fond de la bâtisse une sorte de petite cabine avec des rideaux de chaque coté et présuma qu'il s'agissait du confessionnal. L'un des rideaux était ouvert tandis que l'autre était fermé, une paires de pieds dépassant de celui-ci, indiquant que l'espace était déjà occupé. Ian alla de l'autre coté et tira le rideau derrière lui. Ce qui semblait être le siège à ses pieds avait une étrange forme, sûrement pour inviter les fidèles à se mettre à genoux mais Ian ne put se résoudre à jouer le jeu jusqu'au bout et s'assit du mieux qu'il put sur l'objet pour attendre. Attendre quoi ? Il ne savait pas bien. Sûrement que la petite fenêtre grillagé face à lui s'ouvre. Alors il attendit, ce qui lui parut une éternité avec que finalement un panneau de bois coulisse et laisse entrevoir un visage de l'autre côté.
« - Bonjour mon enfant et bienvenue dans cette Église. C'est la première fois que je te vois parmi nous, je me trompe ?
- Bonjour mon père. En effet j'habite plus près de Saint Timothée, mon père.
- Alors que puis-je faire pour toi ?
- Pardonnez moi, parce que j'ai péché... ? Répondit Ian d'une voix qui trahissait son incertitude quant à la marche à suivre.
- C'est la première fois ?
- Ça se voit tant que ça ?
- Dans le sens où j'ai l'impression que tu essayes de faire comme dans les films, on peut dire ça mais ce n'est pas l'important Dieu aime tous ces enfants peu importe leurs erreurs du moment qu'ils les reconnaissent. Alors qu'est ce qu'un jeune homme comme toi peut vouloir confesser ?
- Il les aime tous, hein ? Même ceux qui doivent brûler en enfer selon la Bible ? Répliqua le jeune Gallagher plus amer qu'il ne l'aurait voulu.
- Corriges moi si je me trompes : gay, n'est ce pas ?
- Vous allez me dire que je peux racheter mon âme si je prie assez ? Demanda Ian sarcastique
- Tu peux prier autant que tu veux mon enfant, je te l'ai dis Dieu nous aime tous mais au moins je comprends mieux tes réactions face à la religion, au fait que ce soit la première fois que tu mettes les pieds dans une église dans un acte de foi. On ne va pas là où on ne se sent pas la bien venu.
- Les prêtres peuvent être gay ?
- Si on se fit au fait que la plupart des gens imaginent Dieu comme un homme et que je lui dédie ma vie... on peut voir ça comme ça. Peu importe qui on aime, on aime une personne et le reste n'est qu'une question d'accessoire. C'est ma façon de voir la religion.
- Ok, alors je change ma question : vous êtes vraiment prêtre ? »
Face à l'incrédulité de sa question, un léger rire échappa de l'homme d'église.
« - Soyons sérieux, tu n'es pas venu me parler du droit des gay chez les catholiques ? Si malgré ton aversion envers l'ordre religieux tu es ici, c'est que tu dois nous voir comme ta dernière option pour soulager ton âme. Alors je t'écoutes.
- Honnêtement, je ne sais pas trop, commença Ian, je crois que j'ai juste besoin de parler même si je ne sais pas par où commencer.
- Depuis quand as tu ce besoin de parler sans trouver personne vers qui te tourner.
- Depuis, Ian déglutit à la pensée de ce souvenir, l'autre jour où un truc étrange c'est passé. Enfin ça m'a paru étrange mais peut être que ma famille a raison et qu'il n'y avait rien de bizarre. Peut être que je me monte juste la tête, ou que je la perds comme Monica...
- Monica ?
- Ma mère...
- Bien que je pense qu'il faudrait approfondir ce sujet, parles moi plutôt de ce qu'il s'est passé.
- C'est ça le soucis, soupira Ian, je... je suis pas trop sur de savoir. J'ai l'impression d'avoir vu et d'avoir entendu des choses qui n'étaient pas vraiment là. Ce frisson qui m'a parcourut, ça m'a littéralement glacé, figé sur place puis trou noir, j'ai perdu connaissance. Depuis ça, j'ai l'impression que ça continue, qu'on m'observe, que j'entends des chuchotements même quand je suis seul. Je perds la tête, hein ?
- Dis moi, commença le prêtre et Ian pouvait voir à travers la grille qu'il fronçait les sourcils soucieux, ta mère – Monica ? - tu dis que tu perds la tête comme elle mais es tu sûr qu'elle soit folle ?
- Pourquoi l'aurait – on placé dans un asi... un centre spécialisé sinon ?
- Mais avec ce qu'il t'arrive aujourd'hui, en es-tu sûr ?
- Que... quel est le rapport ?
- Disons que je suis un homme de foi à l'esprit très ouvert. Pas uniquement dans le fait que selon il ne faut pas suivre ce qui est dit dans la Bible à la lettre mais aussi dans le fait que, ce qu'on peut y lire, peut aussi être vrai. La ligne est mince je sais, mais je pense que certaines choses nous échappe et que les personnes qu'on pense folles, ont elles accès à ces choses, cette dimension ou je ne sais pas comment appeler ça.
- Comme... une sorte de médium ou genre ?
- En quelques sorte, un sourire se dessinant sur ses lèvres il continua, c'est à moi de passer pour le fou maintenant, n'est-ce pas ? »
Ian le fixa sans répondre, malgré la grille entre eux, leurs yeux rentrèrent en contact et sans savoir pourquoi ce qu'il venait d'entendre faisait écho en lui, comme si cela donnait un certain sens à ses ressentis des derniers jours. Le prêtre repris :
« - Tu es venu ici parce que tu n'as trouvé personne dans ta famille pour t'écouter mais peut être que tu n'avais pas bien fait le tour. Il y a peut être quelqu'un qui pourrait t'écouter, te comprendre ou que toi tu pourrais écouter et voir différemment. Enfin, ce n'est qu'une proposition. Au final c'est ton choix.
- Je vais y penser. » murmura Ian, plus pensif qu'il ne l'était en arrivant.
§
Après sa visite à Sainte Hedwige, Ian passa plusieurs jours à tourner et retourner la conversation qu'il avait pu avoir avec le prêtre et à se demander ce qu'il devait faire. Il avait passé plusieurs nuits sans dormir et pas uniquement à cause de ses cauchemars. Jusqu'alors il avait toujours vu la situation comme lui devenant aussi fou allié que sa mère, mais maintenant il commençait à envisager que peut être – peut être – il y avait des choses sur sa mère qu'il ignorait. Des choses qu'il devait éclaircir pour peut être mieux comprendre ce qu'il lui arrivait.
C'est ainsi qu'après cinq jours de grande et intense réflexion, il prit la décision d'aller voir sa mère. Décision qu'il prit sans prévenir aucun de ses frères et sœurs. Il prit même le parti de mentir sur ses activités : pour sa famille, il travaillait au Kash'n'Grab tandis qu'il avait prévu d'exceptionnellement poser un jour de congé que Linda, sa patronne, lui avait accordé. Alibi mis en place, il était maintenant dans le L en route pour la clinique Alton. Il jouait nerveusement avec les petites peaux autour de son ongle du pouce, ses cuisses sautillant frénétiquement, quand il entendit le nom de son arrêt résonnait dans les hauts parleur du métro. Sursautant presque, il se leva d'un bond et descendit sur le quai prenant la direction de la clinique.
Dans son souvenir, le chemin a parcouru été plus long pourtant au bout de quelques minutes à peine, il était devant un énorme portail forgé. Il le fixa intensément, prêt à faire demi tour au dernier moment mais finit par la pousser et par pénétrer dans l'établissement. Le plus long fut de mettre la main sur quelqu'un à l'accueil, de lui expliquer qui il était et qui il venait voir. Après avoir prouver à un nombre improbable de personnes en blouse blanche qu'il était bien Ian Gallagher, il était finalement assis sur une chaise, à une des quelques tables installées dans la pièce commune.
Plus le temps passé, plus Ian commençait à douter que venir voir Monica soit réellement une bonne idée. Il avait toujours eu une relation compliqué avec sa mère et il ne savait jamais sur quel pied danser avec elle. Il était assez vieux pour lui en vouloir plus que Debbie ou Carl mais un lien particulier, quelque chose qu'il ne saurait identifier le pousser à vouloir l'avoir dans sa vie plus que Fiona ou Lip ne l'aurait voulut. Rien n'était blanc ou noir dans la vie et sa relation avec Monica était un exemple concret.
Il était encore perdu dans ses pensées quand une porte derrière lui s'ouvrit. Ian se leva d'un bond et se tourna pour faire face à l'infirmier qui venait de rentrer, une femme blonde sur ses talons : Monica. Elle était plus petite que dans son souvenir ou alors c'était seulement lui qui avait encore grandi depuis la dernière fois qu'il l'avait vu mais ça n'avait pas vraiment d'importance. Le seule chose qui frappa réellement Ian fut les yeux de sa mère qui se mirent à briller quand elle posa son regard sur son fils, un sourire se dessinant légèrement sur ses lèvres. Si l'espace d'une seconde le jeune homme pouvait tout mettre de coté et être honnête, alors il reconnaîtrait que, oui, sa mère était une belle femme. Quand elle ne devenait pas une épave, évidement.
Monica s'avança timidement tandis qu'Ian essuya rapidement ses mains moites sur son jean. Ils s'installèrent face à face sur leur chaise et l'infirmier s'éloigna de quelques mètres pour leur laisser un peu d'intimité.
« - Salut, dit timidement Ian ne sachant pas trop quoi dire d'autre.
- Bonjour mon grand ! Qu'est ce que tu as changé... tu es si beau ! S'exclama Monica en posant délicatement sa main sur celle de son fils. Comment tu vas ?
- C'est toi qui demanda ça ? Répliqua Ian laissant échapper un léger rire nerveux. C'est plutôt ironique...
- Je savais que tu viendrais. Je le savais que c'était toi quand on m'a dit que j'avais une visite. Ça ne pouvait être que toi... Je le savais. Je sais quand mon bébé ne vas pas bien... »
La prise de sa main fut plus ferme sur celle du jeune homme et lorsqu'elle chercha son regard, tout ce qu'elle vit fut le regard triste et blessé de son fils. Ian n'avait pas eu le courage de cacher sa détresse, a quoi bon vu qu'elle avait raison : d'une manière ou d'une autre elle savait toujours quand il allait mal, que quelque chose n'allait pas comme si... Ian secoua la tête et libéra sa main de celle de sa mère : d'accord il était là pour avoir des réponses mais cette idée était tout simplement surréaliste. Totalement folle.
« - Dis moi chéri... supplia Monica
- Comment... commença Ian mais les mots restèrent coincer dans sa gorge, incapable de formuler sa question. Il respira un bon coup avant de reprendre : Comment tu pouvais le savoir ? C'est complètement fou !
- Ça a commencé ? Je l'ai senti. C'est froid... continua Monica, le regard ailleurs. Ça donne des frissons mais ça ira, tu es fort. Tellement fort mon chéri.
- De quoi tu parles ? Questionna Ian cherchant une réponse rationnelle à sa mère qui commençait à délirer.
- C'est les voix ! Il te le faut pour te protéger ! S'exclama Monica perdant tout sens logique. Elle agrippa soudainement les mains d'Ian avec une force qu'il ne lui connaissait pas : Ils ne m'auront pas comme ça tu sais, alors ils vont venir chercher celui qui est comme moi mais tu peux éviter ça... C'est une petite souris qui me l'a dit. Une toute petite souris... Non ! Un rat ! Un vilain rat et ils ne l'aiment pas ! Ils veulent la petite souris, il veulent jouer avec. Elle est toute petite... elle leur file entre les doigts ! Pas content, non ils lui en veulent, il la déteste ! Ils veulent le rat... le.. la.. la souris... Mi... Mi.. Mimi.. C'est une souris tu sais ? Comme quand t'étais petit, tu te souviens de la souris? Elle tourne et elle fait coucou sur son char ? Tin tin.. tin tin tin..., commença a chantonner une musique qu'Ian savait avoir déjà entendu quelque part.
- C'est.. tu parles de Disney ? De Mickey... Mouse ?
- C'est lui.. c'est lui la souris ! Tu dois le trouver... sinon ils vont te trouver mon chéri. Il n 'y en a qu'un sur six comme toi. Tu dois te cacher mon bébé... Laissez moi ! Cria soudain Monica en lâchant Ian et en retournant soudainement la table entre eux : Ne le touchez pas ! »
Ian recula sur sa chaise, surpris tandis qu'il ne fallut que quelques secondes à l'infirmier pour venir s'occuper de Monica. Celle-ci commença à se débattre, hurlant encore et encore à des personnes qui ne semblait pas présentes et occasionnellement à son fils « d'aller le trouver, de se cacher ». D'autres membres du personnel pénétrèrent dans la pièce afin de maîtriser Monica. Une infirmière s'approcha d'Ian, totalement perdu, et le prit gentiment par le bras, l'invitant à quitter la pièce. Ce qu'il fit, sans se faire prier.
Rapidement il reprit la direction de la maison, encore plus perdu qu'il ne l'était à l'arrivée. Il avait voulu des réponses, savoir si des choses aussi étranges existaient, qu'il n'était pas seul dans cette situation et qu'on pouvait l'écouter sans le prendre pour un fou. La vérité était autre:sa mère était cinglé malgré des choses troublantes qu'elle avait pu lui dire. Sa folie voulait que des personnes soient après lui, qu'il doive trouver Mickey Mouse pour se cacher et rester en sécurité. Ses troubles mentaux avaient définitivement touché le fond mais le fait qu'elle sache pour les voix, les frissons et surtout que depuis son enfance elle sente toujours sa douleur le perturbait au plus au point.
Ian tourna et retourna dans son esprit sur tout le trajet du retour. Une fois chez lui il ne parvient pas à mettre cette histoire de côté et passa la soirée à écouter distraitement ses frères et sœurs, se déplaçant plus par habitude qu'autres chose, son esprit emplit par sa visite à Monica. Même une fois couché, il lui fallut se tourner de nombreuses fois dans son lit avant de finalement céder à l'appel de Morphée, enfin fatigué d'avoir surmené son intellect.
§
Un long couloir sombre, a peine éclairé par les lumières de la nuit qui filtraient par les fenêtres. Malgré l'obscurité, Ian reconnaissait ce long corridor d'un blanc immaculé : c'était celui d'Alton mais il avait beau réfléchir, il ne parvenait pas à se souvenir comment il était arrivé là. Il avançait à pas feutrés cherchant une raison de sa présence quand il entendit soudain sa voix s'élever à une dizaine de mètres de là où il se trouvait :
« - Vous pensiez que j'allais vous aider peut être. Vous faîtes erreur et ne comptez pas sur lui non plus, il est trop malin pour se faire avoir ! »
Monica. La voix de sa mère était la seule chose qu'il percevait, comme si tout le bâtiment avait été déserté par tout le monde excepté eux. Instinctivement les pas d'Ian le guidèrent en direction de là où provenait la voix. Il fallait qu'il aille la voir, le sentiment urgent de la rejoindre lui fit presser le pas. Il courait presque quand il entendit de nouveau la voix de sa mère.
« - Je préfère encore être perdue que de vous laisser m'avoir. Je ne peux pas vous arrêter mais je peux vous ralentir. Il vous arrêtera lui ! Il le protégera et vous renverra là où est votre place abominations ! »
Un rire inhumain s'éleva peu de temps après. Un rire comme Ian n'en avait entendu que dans ses pires cauchemars et généralement cela ne présageait rien qui vaille. Un grand fracas retentit soudain, accentué par le silence qui régnait dans le bâtiment. Ian accéléra alors, courant maintenant à en perdre haleine et pourtant la porte ne semblait pas se rapprocher, comme si quelque chose l'empêchait d'avancer. Ses poumons étaient en feux, les muscles de ses cuisses étaient douloureux comme ils ne l'avaient jamais été malgré toutes ses heures d'entraînement mais Ian tenu bon, serrant la mâchoire pour supporter la douleur.
La porte était enfin à moins d'un mètre de lui. Il lutta de toutes ses forces et finit par atteindre la poignée. Il ouvrit la porte à la volée et se retrouva face à une image qu'il aurait préféré ne jamais avoir à voir. Face à lui se trouver le corps inerte de sa mère, pendue par un drap au plafond et sa robe de nuit en lambeaux comme si un animal venait de l'attaquer. Il eut a peine le temps de voir deux « M » sanglant gravés dans l'avant bras de sa mère avant que l'obscurité le gagne soudainement.
Ian se releva d'un bon, totalement désorienté et scruta autour de lui pour se repérer : un coup d'œil rapide lui permis d'identifier sa chambre et qu'il était presque trois heures du matin. La présence de Fiona à ses côtés lui confirma qu'il avait encore cauchemardé et qu'elle avait sûrement dû se lever pour venir le réveiller et le calmer. Il s'en voulait de faire subir ça à sa famille, surtout qu'il n'arrivait pas à expliquer à ce rêve là et il ne ressemblait en rien à ce dont il avait pu rêver jusque là.
« - Désolé, marmonna Ian à Fiona, je voulais pas te réveiller.
- Pourquoi tu t'excuses ? Demanda sa sœur soucieuse, tu ne m'as pas réveillée. Tu as encore fait un cauchemar ?
- Je.. j'ai pas crier ou quoi ? Alors, pourquoi tu es là ?
- C'est moi qui venait te réveiller mais si ça va pas, je pense que ça peut attendre demain matin... ça fera pas une grande différence.
- Quoi ?! Non, qu'est ce qu'il se passe ? S'inquiéta Ian cherchant instinctivement la présence de ses jeunes frères dans la chambre.
- Monica... » murmura Fiona détournant légèrement le regard.
Ian se raidit au nom de sa mère et ce, notamment à cause du cauchemar qu'il venait d'avoir. Il n'osa pas ouvrir la bouche de peur d'entendre la suite. De peur d'entendre ce qu'inconsciemment il savait déjà mais ce fut plus fort que lui, il brisa le silence :
« - Quoi 'Monica' ? Dit-il lentement pour empêcher sa voix de trembler
- Ils viennent de la retrouver. Elle... elle s'est suicidée. »
Voilà enfin le (vrai) premier chapitre. Je me suis surprise moi même à le faire centrer sur Ian alors que la fic porte le nom de Mickey... Bref. Mis en place en douceur, j'espère que cela vous aura plus. N'hésitez pas à donner votre avis !
Xo. Orangemma.
