Chapitre 6 : Corps à corps

« - Trop cool !

- Carl ! Gronda Fiona.

- Ben quoi ? Demanda le jeune garçon.

- Sérieusement ? répondit Fiona avant de rapporter son attention sur Ian : alors c'est vrai ? »

Ian acquiesça. Cela faisait une demi heure qu'il expliquait toute la situation à sa famille et étrangement, Fiona avait eu la même réaction. A croire que c'était génétique et, comme il l'avait fait lui-même, il pouvait l'observer tenter de mettre les différentes pièces du puzzle en place. Essayer de trouver un certain sens à tout cela :

« - Ok, alors laisse moi récapituler tout ça : les trucs qu'on peut voir dans les films d'horreur existent vraiment. Ce sont des démons qui peuvent prendre possession de corps et l'un d'eux est d'ailleurs dans celui de Lip. » Ian hocha la tête tandis qu'elle continua : « Il y a aussi d'autres êtres surnaturels qui peuvent voir, ressentir, combattre ces choses, qui peuvent voir le futur ou d'autres trucs du genre comme... comme toi ? » Nouveau hochement de tête pendant qu'elle prenait sa respiration et enchaîna : « Donc Monica était peut être pas si folle que ça alors...

- Je préfère émettre une réserve là dessus, commenta Ian, quelque chose me dit que ça lui a un peu rongé le cerveau tout ça.

- C'est bien leur genre de faire ça, ajouta Mickey qui n'avait pas parlé jusque là.

- Putain de merde, répondit simplement l'aîné des Gallagher. Putain de... mais pourquoi Lip ? Pourquoi ces... ces pouvoirs ? J'aimerai comprendre Ian, je te jure, mais plus tu m'expliques plus j'ai du mal à suivre. C'est... c'est...

- C'est normal. Même pour moi c'est encore flou. Ça fait même pas 24 heures que je sais tout ça et je digères encore les infos que Mandy et Mickey m'ont données.

- Et... vous savez pourquoi ils s'en prennent à notre famille ? Demanda Fiona en regardant les deux Milkovich.

- Honnêtement, c'est plus Mickey l'expert. Moi je joue juste le rôle d'assistante ou genre. » répondit Mandy.

Tous les regards convergèrent alors vers Mickey, le mettant mal à l'aise. Il avait horreur d'être le centre d'intérêt. Pendant un combat, quand il devait mettre en pièces des démons, pourquoi pas parce que c'était son élément mais dans ce genre de situation il rêvait de pouvoir simplement disparaître. Notamment quand il savait des éléments pouvant répondre à leurs questions. Il déglutit avec difficulté, cherchant le courage nécessaire pour leur expliquer la situation. En fait, la situation n'était pas si compliqué que ça, pas pour lui alors pourquoi ne pas leur balancer les informations. Point. Pourquoi avait-il soudainement autant d'intérêt pour un groupe de personnes qu'il connaissait à peine ? Pourquoi se sentait-il responsable d'eux, surtout de lui et de ce qui pouvait lui arriver ? Mickey prit une profonde inspiration et se lança sans réfléchir d'avantage :

« -C'est à cause de la prophétie, dit il sans préambule ce qui lui valut de nombreux froncements de sourcils – de Mandy également, il existe des prophéties...

- Comme dans Harry Potter ? Demanda Debbie.

- Euh... oui, si tu veux, répondit Mickey légèrement déstabilisé, bref il en existe une qui annonce – pour la faire courte – que les démons peuvent ouvrir les portes de l'Enfer s'ils mettent la main sur un être pur.

- Et quel est le rapport avec nous ? Demanda Fiona.

- Les médiums sont considérés comme des êtres purs parce qu'ils ont un don de clairvoyance, expliqua-t-il en fixant Ian.

- Ian ? Ils veulent Ian ? Demanda-t-elle en suivant le regard de Mickey. Pourquoi s'en prendre à Lip alors ?

- Parce que... parce que généralement la transmission de tels dons se font au premier enfant. C'est pas des génies : votre mère a dû s'en le vouloir dire que c'était un de ses fils qui était doté de pouvoirs et comme Lip est le premier garçon né, ils ont pas cherché plus loin. »

Svetlana avait d'ailleurs essayé de lui expliquer plus en détails il y a quelques temps, une histoire sur le fait que cette transmission était un peu comme la transmission des gènes. Elle lui avait parlé du fait que certains gènes s'exprimaient tandis d'autres non et que c'était pour cette raison que quelque fois un parent pouvait être dépourvu de pouvoirs mais posséder ce genre de gênes et le transmettre à son enfant. Ou un putain de truc du genre mais comme à son habitude Mickey n'avait écouté que d'une oreille alors il ne pouvait certifier qu'il ne lui manquait pas des données dans cette théorie. Tandis qu'il repensait à cette histoire, le regard étrange que s'échangèrent Fiona et Ian ne lui échappa pas pour autant : peut être ne leur disait-il pas tout ce qu'il savait mais apparemment la pratique était réciproque.

« - C'était quoi ça ?

- ''Ça'' quoi ? Demanda Ian prit sur le vif

- Prenez moi pour un débile, je parle de ce coup d'œil entre vous, répondit il en agitant la main entre le frère et la sœur, le genre de regard qui veut dire qu'il y a quelque chose que vous ne nous dites pas et que vous vous demandez si c'est pertinent de le partager. Alors voilà le truc : crachez le morceau !

- C'est que..., commença Fiona ne sachant comment tourner sa phrase.

- C'est que je suis pas vraiment leur frère, lâcha Ian.

- Pardon ?

- Monica est notre mère mais notre père Frank, c'est en fait révélé ne pas être celui d'Ian. C'est tordu mais... il s'agit de son oncle. Techniquement parlant Ian est notre demi-frère/cousin ?

- Ce qui expliquerait que ni Lip, ni toi, commenta Mickey en regardant Fiona, n'ayez manifesté le moindre pouvoir même s'il est clair que votre mère est médium. Ça doit venir de son père, il doit lui avoir permis de déclencher le truc. Bref, ça nous permet peut être d'y voir un peu plus clair mais ça nous avance pas plus. Il faudra faire plus de recherches.

- Parle pour toi ! Répliqua Fiona. Tu parles de tout ça comme si t'avais toujours baigné dedans, alors que.. que ça fait plusieurs semaines que je vois mon petit frère changer et que ce soir ma famille a été attaquée, mon autre frère kidnappé dans l'affaire. Alors putain que oui ça m'aide de savoir ça.

- Très bien, j'avoue. Explique moi juste en quoi savoir que votre mère s'est tapée le frère de son mari va être utile pour savoir comment vous protéger et faire en sorte d'éviter que tout l'enfer se lance après son cul ? » Demanda Mickey en désignant Ian. Face au silence des Gallagher, il continua : « C'est bien ce qu'il me semblait. Maintenant on va établir un plan pour vous mettre à l'abri et ça va pas vous plaire parce qu'à partir de maintenant, vous ne pourrez plus avoir de contact avec Ian. »

§

Mickey avait eu raison : son plan n'avait en rien plu à Fiona et aux autres Gallagher mais ils avaient consenti à tout de même le suivre, comprenant les enjeux. Ils avaient pour ordre de rester chez Stan pour le reste de la semaine en limitant au maximum leurs sorties. Mickey leur avait expliqué que son ami était très paranoïaque en ce qui concernait les démons et qu'il avait installé une multitude de pièges qui les protégeraient. Durant ce temps, il s'occuperait de leur maison pour la rendre tout aussi sûre, renforçant les pièges basiques qu'il avait déjà installé et il viendrait les chercher pour les ramener chez eux quand tout serait fini. Théoriquement Mickey pensait que cette partie aurait été la plus compliquée. En pratique, ce fut gérer la situation avec Ian qui s'avéra plus compliqué que prévue. A bien des niveaux.

Une fois leur plan d'action mis en place, les Milkovich et Ian repartirent en voiture en prenant la direction du même quartier où Ian et Mickey avaient déposé Lip. En fait, ils s'arrêtèrent exactement devant le même bâtiment - qui Ian l'apprit par la suite appartenait à la fratrie. Ce n'était pas grand chose, un bâtiment de trois étages dont la moitié était abandonnée. Mickey et Mandy avait choisi de s'installer au deuxième étage et avait fait en sorte de s'aménager un grand loft avec chacun une partie un peu plus privée. Ils avaient expliqué que le premier et le dernier étage servaient d'avantage de sas de protection – et occasionnellement de zones d'entraînements et de tirs pour Mickey – bourrés de pièges anti-démon. L'autre endroit de l'immeuble qu'ils avaient pris la peine d'aménager légèrement était ce qui ressemblait à un sous sol : ils en avaient fait une sorte de prison démoniaque et c'est là que Mickey avait décidé de garder Lip jusqu'à ce qu'il parvienne à l'exorciser. Même si Ian était mal à l'aise avec cette idée, le fait que son frère soit en vie malgré le fait de dormir à même le sol et d'être enfermé dans le noir était déjà un soulagement.

L'idée de la captivité de Lip ne fut pas la seule chose à laquelle Ian dû s'habituer. En effet, peu à peu il prit les habitudes et les réflexes des Milkovich. Il étudia leur mode de vie et lut – et relut – toute la documentation que Mandy avait mise à sa disposition. Durant la semaine où Mickey n'avait cessé de faire des aller-retour entre le loft et la maison des Gallagher (ou des endroits où il était appelé pour des exorcismes), Ian avait quant à lui profité de ce temps en restant cloîtré pour en apprendre le plus sur ses nouveaux ennemis. Il n'avait eu de cesse de mémoriser chaque exorcisme qui lui passait entre les mains, de chercher chaque information sur ce qui lui permettrait de développer - ou à défaut ne serait ce que contrôler – son pouvoir. Il avait passé nuit et jour son nez fourré dans des livres, ne le relevant que lorsque Mandy lui demandait un coup de main ou qu'il avait besoin que Mickey le renseigne sur un détail qui lui échappait.

Mickey sentait très bien qu'Ian était en pleine boulimie d'informations, qu'il avait cet appétit insatiable pour tout savoir qu'il cherchait désespérément à combler et il sentait également que ce n'était qu'une question de temps avant que le jeune rouquin ne craque et implose sous ce trop plein de données. Il le laissa pourtant faire. Après tout il avait eu le même réflexe, à la différence que lui avait eu beaucoup plus de temps pour s'adapter à sa situation et beaucoup moins de pression. Il préféra donc garder un œil sur Ian, sans rien dire.

§

Il fallut un peu plus de deux semaines. Il fallut un peu plus de deux semaines pour qu'Ian craque pour la première fois alors qu'il était installé sur le canapé et que Mickey lui faisait réciter l'exorcisme de base avec sa gestuelle :

« - In nomine Patri, et...

- Patris, le corrigea Mickey, avec un 's'

- C'est ce que j'ai dis, non ?

- Non. Recommence.

- In nomine Patris, répéta Ian en exagérant délibérément sur le 's', et Filii, et sancti Spiritus...

- Spiritus sancti, le corrigea de nouveau Mickey, et ta main doit aller à gauche pas à droite en premier. »

Ian grogna de frustration et jeta la médaille qu'il tenait sur la table basse avant de se laisser complètement tombé dans le canapé. Il cacha son visage derrière ses mains et grogna de nouveau : cela faisait une heure qu'ils étaient là, avec Mickey, et il n'arrivait toujours pas à faire ce putain d'exorcisme. Il le connaissait pourtant par cœur mais plus il tentait de le réciter, plus les mots se mélangeaient dans son esprit et la frustration de ne pas y arriver, n'arrangeait en rien les choses.

« - Ça me gonfle ce putain de truc ! Râla Ian le visage toujours enfouie derrière ses mains, c'est la fatigue de faire ça depuis une heure, quand j'en aurais besoin je le ferais bien. On peut arrêter ?

- Comment tu t'appelles ? Demanda Mickey

- Quoi ? Répondit Ian en se relevant, totalement pris au dépourvu

- Ton prénom, répéta Mickey.

- Ian mais...

- Ça te vient naturellement, sans réfléchir. Si tu veux survivre, ça doit être pareil avec cet exorcisme parce qu'au moment où tu en aura besoin, crois moi qu'ils ne te laisseront pas le temps de réfléchir. Alors répète le moi, une dernière fois et concentre toi.

- Sérieux ? Plaida Ian mais devant le visage impassible de Mickey, il recommença : In nomine Patris, et Filii, et... Spiritus sancti... Amen ?

- Tu vois quand tu veux, répliqua Mickey, un sourire au coin ce qui lui valut un léger coup de poing dans l'épaule de la part du jeune Gallagher. Se levant du canapé, il ajouta : bon allez, suis moi. »

Ian lui lança un regard interrogateur mais quand Mickey ne lui répondit, il opta pour le suivre – ayant avec le temps appris que c'était souvent l'option la plus simple avec le jeune homme. Ensemble ils sortirent du loft et descendirent à l'étage inférieur. Ian suivit Mickey jusqu'à un coin d'où Mickey tira plusieurs matelas de sport et commença à les étaler par terre.

« - Un coup de main ça serait pas de trop, commenta Mickey.

- Ça sort d'où tout ça ? Questionna Ian tout en s'attelant à la tâche. Et tu comptes surtout faire quoi avec ?

- Avec Mandy on est allé les piquer dans notre ancien collège il y a quelques jours. On s'est dit que ça finirait par te soûler la théorie et qu'un peu de pratique te ferait du bien, expliqua Mickey en évitant soigneusement de dire que cela avait été son idée.

- Et t'as quoi en tête ? Du corps à corps ?

- Ça te permettrait de te défouler un peu.

- Je suis pas contre l'idée que ça devienne un peu plus physique. » répondit Ian avec un regard suggestif.

Mickey se contenta de lever les yeux, nerveux de répondre quelque chose qu'il pourrait regretter. Ou au contraire, ce qui lui trottait dans la tête depuis le jour où ils étaient revenu au loft. A la place, il retira ses chaussures, son sweat-shirt et s'installa au milieu du tatami improvisé qu'ils venaient de faire. Ian fit de même et se plaça face à lui. Ils prirent position et commencèrent à échanger des coups, évitant délibérément de frapper trop fort ou au visage.

A chaque fois que leurs peaux rentraient en contact, ils pouvaient l'un et l'autre ressentir comme une décharge traverser leurs corps. Chaque coup était plus une excuse pour toucher l'autre, se rapprocher sans pour autant avouer que chacun avait les mêmes idées qui leur traversaient l'esprit. Depuis deux semaines, ils avaient développé une sorte d'amitié, c'était rendu compte qu'ils avaient des choses, des goûts en commun mais à aucun moment l'un ou l'autre n'avait osé émettre le moindre geste de peur de faire fuir l'autre. Se retrouver là à volontairement toucher l'autre était une bénédiction, et une agonie car la tentation de vouloir pousser les choses était grande.

A plusieurs reprises, ils se retrouvèrent au sol avec les membres entremêlés mais restant dans un cadre de combat. Cette fois-ci encore, Ian se servit des connaissances qu'il avait appris à l'entraînement militaire pour frapper Mickey au niveau des jambes. Il le déséquilibra, le faisant tomber au sol et passa au-dessus de lui pour le bloquer. D'un mouvement rapide il bloqua fermement les bras de Mickey au dessus de sa tête et coinça ses jambes avec l'aide des siennes. Il releva la tête et son regard croisa celui de Mickey.

Soudainement l'un et l'autre cessèrent d'émettre le moindre mouvement. Ils restèrent là, sans bouger, le regard plonger dans celui de l'autre et sentant une chaleur envahir leurs membres, comme si une combustion spontanée opérait sur eux. Mickey déglutit difficilement, incapable pour la première fois de faire le moindre commentaire. Ian fut le premier à retrouver fonction de son corps et tendit qu'une de ses main resta sur le bras de Mickey, son autre main commença à redescendre, effleurant le corps de Mickey jusqu'à sa taille où ses doigts s'agrippèrent à sa hanche. Lentement il se déplaça et se positionna entre les cuisses de Mickey. Ses mains allèrent continuer leur lente découverte du corps de Mickey quand la voix de Mandy résonna dans la cage d'escalier, les ramenant à la réalité. Ses pas approchant, ils se relevèrent. Ils étaient encore accroupis quand Mandy apparue dans la vision périphérique de Mickey :

« - Hé ! Débile ! Réponds surtout pas quand je t'appelle. Je vous cherchais de partout, qu'est ce que …, s'interrompit-elle en voyant les yeux brillants et fuyants des garçons ainsi que leur peau encore rosie par l'excitation avant de finir sa phrase, vous êtes en train de faire ?

- Combat, répondit Mickey en se relevant complètement et en continuant d'éviter de regarder sa sœur. Qu'est que tu veux grognasse ?

- Je dois sortir, dit-elle sans poser plus de question. Je dois rejoindre Iggy, il a besoin d'un véhicule pour aller chercher papa.

- Tu te fou de moi ? Demanda son frère en relevant soudainement la tête.

- Je fais juste l'aller-retour. Il a plus de voiture depuis que Colin le lui a défoncé lors de sa dernière course. C'est pour rendre service à Iggy.

- Sérieusement ? Pourquoi Iggy se fait même chier à aller le récupérer.

- Parce que c'est Iggy ? Que les autres sont encore en taule ? J'en sais foutre rien, tu lui demanderas quand tu le verra si tu veux. Tout ce que je sais, c'est qu'il m'a demandé ça la semaine dernière et que j'ai dis oui.

- La semaine dernière, répéta Mickey incrédule, Et tu trouves pertinent de le dire que maintenant ?

- Tu m'avais l'air, commença-t-elle avant de jeter un coup d'œil vers Ian, occupé. D'ailleurs tu m'as l'air de l'être encore alors je vais y aller ! A toute !

- Mandy ! Appela-t-il mais sa sœur avait déjà disparut. Elle est pas possible celle là...

- Euh... Mickey ? Demanda Ian, rappelant sa présence à Mickey.

- Quoi !? répliqua-t-il sur la défensive. Voyant le regard surpris d'Ian il se reprit : Quoi ?

- Ça va aller ?

- J'espère pour elle, maugréa-t-il.

- Tu veux... Tu veux qu'on reprenne ? » Proposa-t-il timidement.

Mickey l'observa attentivement des pieds à la tête. La tentation était grande mais il estima qu'il était plus prudent de se retirer. Peu importe l'attirance mutuelle qui semblait se développer entre eux, il ne devait pas – il ne pouvait pas – y céder. Il rassembla ses pensées avant de répondre presque à contre cœur : « Non ça ira pour aujourd'hui. Il faut pas abuser des bonnes choses. »

C'est en terminant sa phrase qu'il s'aperçut de son double sens mais il était trop tard pour se reprendre : un sourire illuminait déjà le visage d'Ian. Le jeune rouquin savait qu'il était loin de la subtilité avec les sous-entendu qu'il lançait à Mickey mais jusqu'à maintenant il était le seul à jouer à cela. Pour la première fois, et même si cela signifiait mettre un holà, Mickey répondait et il était prêt à accepter tout ce que le jeune Milkovich concédait – consciemment ou non – à lui donner. Même si ce n'était pas grand chose. Prêt à continuer de jouer, Ian s'approcha de nouveau. Il diminua l'espace entre eux, une lueur prédatrice dans le regard, mais fut de nouveau interrompu : cette fois ce fut la sonnerie du portable de Mickey qui brisa l'instant. Mickey soupira à la fois soulagé d'avoir une excuse pour s'éloigner de la tension sexuelle grandissante et à la fois déçu de devoir s'éloigner d'Ian. Il quitta néanmoins le champs d'attraction gravitationnelle de son compagnon pour répondre au téléphone :

« Milkovich, répondit-il les yeux toujours fixés sur Ian. A quel point ?... A peu près 20 minutes. Envoie moi l'adresse par message. » conclut-il avant de raccrocher et de glisser l'appareil dans sa poche. Ian leva un sourcil interrogateur, attendant que Mickey lui explique la situation. Celui-ci était tiraillé : le coup de fil était pour une simple possession apparemment, quelque chose à laquelle il devrait amener Ian s'il voulait le conditionner à tout ce qui se préparait. Après tout, il emmenait bien Mandy à ce genre de job mais l'option d'exposer de nouveau Ian à des démons le dérangeait. Quelque chose en lui refusait l'hypothèse qu'Ian soit proche d'un danger.

« - Alors ? » questionna Ian, brisant le cour de ses pensées.

Il était temps qu'il agisse convenablement, qu'il arrête de penser avec l'hémisphère sud de son corps – ou peu importe quelle autre partie de son corps qui tentait de prendre les commandes dernièrement – et qu'il mette réellement le jeune Gallagher en situation :

« - Prêt pour un cas pratique ? Répondit Mickey.

- Sérieux ? Demanda Ian incrédule.

- Tu veux vraiment que je change d'avis ?

- Oh non ! C'est parti, on va où ? On a besoin de quoi ? Non mais attends, vous mettez pas votre matériel dans la voiture ? Faut qu'on appelle Mandy ! A moins que t'es des réserves à l'appartement ? Oui t'en a sûrement... Mais on va y aller comment du coup ?... »

Mickey cessa d'écouter, fasciné par l'excitation soudaine d'Ian et réalisa qu'il y avait bien longtemps qu'il avait perdu cette joie de vivre pour devenir la personne grincheuse et sarcastique qu'il était à présent. A moins que ce soit le fait de rester enfermé depuis tout ce temps dans le loft qui est sérieusement attaqué le cerveau d'Ian. Peu importe, pour l'instant il faisait face à un gamin de cinq ans le matin de Noël et ils devaient encore s'activer s'ils voulaient partir en chasse.

§

Mickey avait été optimiste en disant vingt minutes à son client. Il avait fallu plus une grosse demi-heure pour arriver à canaliser la soudaine énergie d'Ian, mettre la main sur le matériel planqué dans le loft et finalement faire le trajet en métro. Pendant tout le chemin Ian n'avait pas cessé de lui poser des questions auxquelles il répondit patiemment – à son plus grand étonnement car en général ce genre d'attitude lui tapait sur les nerfs. Durant la conversation, les garçons s'étaient mis d'accord qu'Ian pourrait suivre Mickey dans la pièce – ce qui le réjouissait énormément – mais à la seule et unique condition qu'il devrait se contenter d'observer et de mémoriser le déroulement de la séance. Ian était tellement heureux de voir enfin en pratique ce qu'il étudiait depuis des jours qu'il ne s'aperçut même pas qu'ils étaient arrivés à leur arrêt et Mickey dû le sortir in extremis du wagon par la manche avant que les portes ne se referment derrière eux.

L'adresse que Mickey avait reçu n'était qu'à un pâté de maison de la station de métro. Une fois sur place, ils laissèrent les cris retentissant jusqu'à l'entrée les guider jusqu'au bon appartement. Le jeune Milkovich ouvrant la marche, ils arrivèrent devant une porte ouverte où un homme leur indiqua la pièces des festivités d'un mouvement de tête. Plus ils s'approchèrent, plus Ian sentait les battements de son cœur accélérer dans sa poitrine. Il se forçat à prendre de grandes inspirations pour tenter de se détendre, ce qui n'échappa pas à Mickey. Celui-ci se stoppa juste devant la porte close où ils étaient attendus et jeta un œil vers Ian : « - Alors prêt? Ça va le faire ? »

Ian se contenta de hocher la tête, de peur que sa voix ne tremble et trahisse son anxiété. Mickey l'observa une dernière fois des pieds à la tête avant de pénétrer dans ce qui s'avéra être une chambre d'enfant. Ian se figea devant le spectacle qui s'étala sous ses yeux : voir des démons posséder des adultes était une chose, voir un enfant à peine plus âgé que son petit frère Liam en était une autre. Il n'eut pas le luxe de plus paniquer face à la situation que Mickey était déjà en action. Aidé des autres personnes présentes, il avait sorti le matériel dont il avait besoin du sac qu'il avait amené. Rapidement il avait attaché l'enfant avec des liens et déposé sa médaille sur la table de nuit. Il recula et observa l'enfant :

« - Depuis combien de temps ? Demanda-t-il tout en s'allumant une cigarette au plus grand étonnement d'Ian.

- Ça fait deux jours qu'il est allongé, répondit l'homme à côté de lui, il était fiévreux alors avec ma femme on a cru à une grippe mais lorsqu'elle a voulu lui apporté à manger ce matin.. elle l'a trouvé... il était...

- Je vois, l'interrompit Mickey voyant la douleur du père pour trouver les mots pour décrire son fils. Ça ne devrait pas être long mais vous devriez sortir. Croyez moi vous ne voulez pas le voir d'avantage comme ça. »

Le père hocha la tête et après un dernier regard vers son enfant il quitta la pièce, refermant la porte derrière Ian. Celui-ci continua d'observer Mickey tandis qu'il échangeait sa cigarette à peine entamée – qu'il posa en équilibre sur le bord de la table de nuit – contre sa médaille. Il s'approcha alors de l'enfant et d'un mouvement rapide et fluide se plaça juste au dessus de lui, sa médaille collée au front du démon laissant échapper de la fumée et commença à réciter son exorcisme.

Plus Mickey sermonnait et plus le corps du jeune garçon prenait des positions avec des angles inhumains. Au bout de quelques minutes, ce fut trop pour Ian qui imaginait son petit frère à la place de l'enfant. Il détourna les yeux pour chasser cette image pendant quelques secondes. Ce fut le laps de temps nécessaire pour qu'un vacarme retentisse juste à côté de lui. Relevant les yeux, il constata qu'un des hommes resté avec Mickey était au sol à quelques pas de lui, inconscient, tandis que l'autre avait disparu, sûrement par la fenêtre à présent explosée de la chambre. Il vit avec horreur l'enfant à présent seul sur le lit, assis avec un bras tendu devant lui et un sourire diabolique sur les lèvres. Son horreur s'accrut quand il réalisa que Mickey avait été projeté sur le mur face au lit. Suspendu dans les airs, il semblait être étranglé par une force invisible. Il battait des pieds et des mains sans pouvoir bouger, luttant comme un forcené pour obtenir la moindre bouffée d'air.

Cette vision fut tout ce qu'il fallut à Ian pour partir au quart de tour : en un éclair il se retrouva auprès de Mickey, tentant de l'aider à retrouver le sol. Rien y faisait. Il avait beau pousser, tirer : l'autre garçon ne décollait pas d'un pouce. La seule réaction fut un rire qui éclata dans son dos. Ian fit volte face et fixa l'enfant avec haine. En fait, il ne voyait même plus d'enfant. Aussi étrange que cela pouvait paraître tout ce qu'il pouvait voir à présent était une monstrueuse créature. Délaissant Mickey, il avança vers le lit et commença à reprendre le sermon là où Mickey avait été interrompu. Le démon continua de rire comme si de rien n'était, maintenant toujours Mickey au mur.

Plus Ian se rapprochait, plus il sentait un picotement se développer dans ses mains et envahir le reste de son corps, accompagné d'une chaleur qui grandissait dans sa poitrine. Il était à moins d'un mètre de la créature quand il se figea et arrêta son sermon. Le démon le fixa :

« - Alors tu ne veux plus jouer ? » demanda-t-il faussement déçu.

La chaleur s'empara alors de tout son corps. Il sentait ses paumes en feu. Sans qu'il puisse s'en apercevoir, tout ce passa très vite : il se jeta sur l'enfant, plaçant sa main sur son front ce qui le fit hurler de douleur et lâcher son emprise sur Mickey, qui tomba lourdement au sol. L'air emplit alors de nouveau les poumons de Mickey et il s'étrangla presque sous cette arrivée soudaine d'oxygène. Il voulut se relever pour aller aider Ian mais la strangulation l'avait mis légèrement K.O. Avec le reste de force qu'il avait, il parvint péniblement à se redresser, s'accrochant aux meubles qui l'entouraient. Il toussait sous l'effort, incapable de rejoindre Ian malgré ses efforts. Il mit fin à toute tentative lorsqu'Ian se remit à parler, sa main toujours sur le front du démon. Les yeux de Mickey s'écarquillèrent quand il réalisa que le latin qu'il entendait n'était pas celui du sermon, du moins pas de celui qu'il avait commencé à utiliser au début de cet exorcisme. La panique commença à l'envahir quand une lumière éblouissante apparue sous la paume d'Ian. Il rassembla tout son souffle pour hurler « Non » à Ian mais sa voix se perdit et tout ce qu'il émit fut un grognement incompréhensible. Il ressaya une nouvelle fois mais en vain : la lumière irradia la pièce tandis qu'une fumée noire sortait par la bouche de l'enfant, disparaissant dans le sol au fur et mesure.

Mickey serra la mâchoire, refusant d'admettre ce qui venait tout juste de se produire : la possession était finie. Ian avait exorcisé l'enfant. A mains nues.


Notes: Yay ! Voilà la suite, en espérant que l'attente est valut le coup ! Double bonus Shameless a repris ! Yay ! Et comme les fêtes sont passées normalement je n'ai plus d'excuse (travail mis à part) pour ne plus reprendre un rythme un peu plus rapide d'écriture. En tout cas n'hésitez surtout pas a donner votre avis (en bien ou mal) ou juste dire ce qui vous passe par la tête - un peu de feed-back me permettrait de ne pas avoir l'impression de me perdre dans mes intrigues ^^ Et si jamais ça vous tente, retrouvez moi ici : .com