Chapitre 7 : L'extraordinaire histoire de Mickey Milkovich
Soudain il n'y eut plus rien : ni fumée, ni lumière aveuglante. Pas même un bruit ne fut émis dans la pièce. Ian se laissa tomber sur le lit, comme vidé de toute énergie, et peu à peu la vie reprit autour de lui. La pièce fut alors remplie de pleurs d'enfants, de bruits de pas, de conversations mais Ian ne prêta aucune attention à tout cela, toute son attention était uniquement focalisée sur le jeune homme brun qui se tenait face à lui. Il était obnubilé par les émotions que dégageait le visage de Mickey : un mélange de tristesse et de colère et il ne comprenait pas pourquoi. Après tout il avait réussi un putain d'exorcisme, non ? Alors que c'était la première fois de sa vie ! Il voulut ouvrir la bouche pour demander quel était le problème mas fut coupé d'un geste de la main :
« - On se casse. » décréta Mickey, la voix encore rocailleuse.
Il grogna quand il constata que la cigarette qu'il avait laissée sur la table de nuit c'était entièrement consumée. Il sortit son paquet pour en allumer une nouvelle et parti, laissant derrière lui un Ian abasourdi. Pourquoi Mickey réagissait-il comme ça alors qu'il venait tout de même de lui sauver la vie ? A croire que ce type avait un problème d'ego parce que pour une fois il n'avait pas joué les héros. C'était-il trompé sur Mickey ? L'avait-il si mal cerné ? Certes il était indéniable qu'il lui plaisait physiquement mais hormis son statut d'exorciste, le type de film qu'il regardait ou comment il prenait son café que savait-il vraiment de Mickey ? Rien de profondément personnel et cela le dérangea soudain énormément qu'une fois encore le partage des informations soit à sens unique. Mais il n'avait pas le temps de se morfondre, il fallait qu'il rattrape Mickey. Il se leva, la tête tournant légèrement sous l'effort, et trottina jusqu'à rattraper l'autre homme.
Contrairement à l'aller, le retour se passa dans une toute autre ambiance et la tension était toujours palpable quand Mickey pénétra dans le loft comme une furie. Ceci attira l'attention de Mandy qui était rentrée et lisait, installée sur le canapé. Elle observa son frère jeter son sac sur la table et fouiller furieusement à l'intérieur.
« - Qu'est ce qu'il se passe encore ? Finit-elle par demander calmement.
- Qu'est ce qu'il se passe ? Répéta Mickey en se tournant vers elle. Demande à l'autre abruti ce qu'il se passe. » Ajouta-t-il bouillonnant de rage en désignant Ian, qui venait à son tour de rentrer, puis il se tourna pour attraper une arme dans le sac : « Moi je me tire de là, foutez moi la paix. » Conclut-il en quittant le loft aussi vivement qu'il y était rentré.
Mandy soupira et referma sur ses genoux le livre qu'elle tenait avant de se tourner vers Ian :
« - Ok. Qu'est ce qu'il se passe alors ?
- J'en sais foutre rien. Il est comme ça depuis la fin de l'exorcisme et il m'a à peine décroché un mot ! S'exclama Ian.
- Ok. Assis toi et raconte tout. Je vais tâcher de comprendre un peu mieux tout ce bordel. »
Ian suivit ses instructions et prit place à côté d'elle pour lui raconter leur excursion. Il se concentra pour n'omettre aucun détail qui pourrait expliquer la réaction de Mickey. Lorsqu'il eut finit, il regarda Mandy attendant impatiemment son verdict sur les événements.
« - Et il est comme ça depuis la fin de l'exorcisme ? Se contenta de demander la jeune fille.
- C'est le premier truc que je t'ai dit ! S'offusqua Ian
- Oui, oui. Du calme... mais... est ce que tu t'es rendu compte d'un truc pendant ton exorcisme ?
- C'est la première fois je te rappelle. Qu'est ce que j'aurais dû voir grosse maline ?
- Que tu l'as fait à mains nues gros malin ? Répliqua Mandy sur le même ton. Et je suis prête à parier que ni Mickey, ni moi on connaît le sermon que tu as utilisé parce qu'à mon humble avis tu as – sans t'en rendre compte – utilisé tes pouvoirs pour la première fois.
- Que.. que, répéta Ian surpris avant de se reprendre, comment j'aurais pu ne pas m'en rendre compte ?
- Le truc de la chaleur et des picotements aurait pu être un indice ? Suggéra Mandy. A moins que ça soit un truc dont Mick ne m'ait jamais parlé. Et – mais là tu pouvais pas le savoir – le truc de la lumière, là, n'est définitivement pas normale.
- Alors... alors c'est bien non ? Je veux dire que c'est ce qu'on voulait, je suis bien là pour développer mes dons. Alors pourquoi il réagit comme si c'était la fin du monde ?
- Parce qu'avec mon abruti de frère il y a une différence entre comment il devrait réagir et comment il réagit vraiment. Ce qu'il faut savoir c'est qu'il aime avoir une zone de sécurité et là, c'est mort.
- Comment ça ?
- Maintenant les démons savent qu'ils n'ont pas le bon Gallagher. Ils savent que c'est toi qu'il leur faut.
- Mais j'ai exorcisé le démon. Comment ils pourraient...
- Ok. On aurait peut être dû préciser ce point, le coupa Mandy. ''Exorciser un démon'' ce n'est pas vraiment le tuer, c'est plutôt le renvoyer d'où il vient a.k.a. L'Enfer. Précisément là où sont ceux qui te veulent. Du coup le démon que t'as renvoyé avec tes dons va pouvoir tout leur balancer. »
Sous les yeux ronds d'Ian, elle continua :
« - Relaxe, tu pouvais pas savoir. Et puis ça allait finir par arriver, je vois pas à quoi s'attendait Mick.
- Mais... si je l'avais tué à la place ? Ça nous aurait gagné un peu de temps ?
- Peut être. Mais tu ne peux pas vraiment tuer un démon – pas que je sache – juste le piéger définitivement en tuant son hôte et ça tu l'aurais fait ? Demanda-t-elle et Ian baissa les yeux, c'est ce qu'il me semblait. J'aurais pas pu non plus. Peut être que Mickey non plus et c'est ce qui le fait chier au fond. » Elle posa une main réconfortante sur la jambe d'Ian et ajouta : « Tu veux bien me rendre un service et ne pas te monter la tête pour ça mais plutôt apporter ce livre à Mickey?
- Tu sais qu'il est parti avec une arme, hein ? Je suis presque sûr qu'il serait capable de me tirer dessus avec si j'allais le voir maintenant.
- Alors tu te serviras du bouquin comme d'un bouclier, plaisanta Mandy.
- Sérieusement...
- Sérieusement, c'est de la part de Svetlana. Iggy me l'a filé tout à l'heure et à ce que j'ai pu lire ça devrait pas mal l'intéresser. Puis surtout, Mandy s'interrompit mal à l'aise, j'aimerai éviter qu'il soit seul après ce qui vient de se passer. Tu sais il était pas à l'hôpital pour rien et si j'y vais moi, ça va l'agacer encore plus. J'ai le sentiment qu'avec toi... il sera différent mais ne lui dit pas que je t'envoie parce que je m'inquiète, ok ? »
Ian ne répondit pas et, à la place, serra la main de la jeune fille qui s'était nerveusement mise à jouer avec la couverture du livre. Depuis qu'il les connaissait, aucun des Milkovich n'avait mentionné à nouveau le jour où il les avait rencontré à l'hôpital. Il n'avait jamais su – ni demandé – pourquoi Mickey s'était retrouvé sur ce lit ce jour là mais cela devait être assez important pour que, des semaines plus tard, le visage de Mandy ai la même expression d'inquiétude que le premier jour.
« - Je m'en occupe. » dit-il doucement en prenant le livre des mains de Mandy avant de déposer un délicat baiser sur sa tempe pour la rassurer. Elle lui répondit par un sourire gêné. Il la laissa alors seule, décidé à affronter l'autre Milkovich.
§
Depuis qu'il s'était installé avec les Milkovich, Ian n'avait jamais vraiment mis les pieds en dehors du loft pour visiter le bâtiment, à l'exception faite de l'entraînement qu'il avait eu aujourd'hui. Pensant donc trouver Mickey là, il se dirigea vers les escaliers quand il entendit des coups de feu résonner au dessus de sa tête. Évidemment. Plutôt que de descendre les marches, il prit la direction de l'étage supérieur. Même par curiosité, Ian n'était jamais monté jeter un œil là haut et pourtant, dès l'instant où il quitta la cage d'escalier, il savait qu'il connaissait cet endroit. Comme s'il l'avait déjà vu. L'absence de vitres aux fenêtres, les murs décrépis et Mickey tirant sur des cibles improvisées face à lui : il avait déjà vécu ce moment. Tout ceci lui était étrangement familier.
Il s'avança en direction de Mickey, serrant le livre contre lui, et alla s'appuyer sur le mur à quelques mètres à côté de l'autre homme. Mickey ne se tourna pas mais le fait qu'il cessa de tirer montra à Ian qu'il le savait là. Il fixait la cible droit devant lui, l'arme toujours levée. Il ne dit rien et Ian constata qu'il allait devoir être celui qui brise le silence. Observant de profil les réactions de Mickey, il se lança :
« - Alors t'es le type de mec que ça défoule de tirer un coup ? »
La seule réponse qu'il obtint fût de nouveaux tirs et Ian réalisa son erreur de tactique.
« -Merde, désolé. Je voulais pas dire ça comme ça, s'excusa-t-il. J'ai parlé avec Mandy. Je suis désolé. J'ai compris que j'avais merdé mais je savais pas non plus ! » De nouveaux coups de feu retentirent mais Ian continua : « Putain Mickey ! Tu pourrais au moins me regarder ? Je te parle là mais j'ai l'impression de causer au mur ! »
Mickey baissa son arme et pendant un bref instant Ian crut qu'il allait enfin lui adresser la parole. Pendant une courte seconde Mickey en eut l'envie mais lorsqu'il abaissa son arme il sentit la tête légèrement lui tourner. Il alla jusqu'à la table où il avait déposé ses munitions, tentant de garder bonne figure mais plus il avançait, plus sa vision se troublait. Il posa lentement son arme sur la table et en agrippa le bord pour maintenir son équilibre. Malgré cela il sentait que quelque chose n'allait pas. La nausée commençait peu à peu à l'envahir, sentant la bile remonter il resserra son étreinte sur le meuble. Tout se passait au ralenti. Il avait beau lutter pour repousser ce sentiment, il avait l'impression que quelqu'un diminuait la lumière dans la pièce et continuait à la faire tourner, de plus en plus vite. Ses mains devinrent de plus en plus moites, les faisant glisser sur le bois qu'il tentait en vain de tenir. Le fait de sentir ses genoux trembler n'arrangeait rien. Sa bouche devenait pâteuse et sa gorge se serrait, refusant de lui laisser émettre le moindre son.
Son état n'échappa pas à Ian dont il entendait la voix mais il n'arrivait pas à comprendre le moindre mot. Comme si la voix d'Ian n'était qu'un écho lointain auquel il n'arrivait même pas à répondre. Il aurait voulut lui dire qu'il se sentait mal, quitte à mettre sa fierté de côté, mais sa langue refusait de fonctionner. A la place, il avait l'impression qu'un marteau piqueur avait démarré dans son crâne et prenait un malin plaisir à lui labourer le cerveau. Il ne voyait presque plus rien, l'obscurité était presque totale devant ses yeux. Ses genoux finirent par céder et ses mains par lâcher prise. Pourtant il ne sentit pas son corps s'écrouler sur le sol comme il s'y attendait. Au lieu du ciment froid, ce furent deux mains fermes qui le rattrapèrent. Il pouvait ressentir leur emprise autour de sa taille et de son épaule : Ian le tenait. Il le savait. De nouveau il entendit des mots résonner, cette fois près de son oreille. Des mots que son esprit devait détourner car il était possible qu'Ian lui ait dit « Je suis là Mickey. Je te tiens, reste avec moi. » C'était impossible pas après son comportement. A moins que... ? Mais Mickey n'eut pas le temps de se poser d'avantage la question avant d'être définitivement happé par l'obscurité. Plus de lumière, plus de sons, plus de mains chaudes et rassurantes sur son corps. Le black out.
§
La lumière était éblouissante. Tout ce qu'il percevait était un halo de lumière où occasionnellement des silhouettes d'ombres passaient. Des murmures bourdonnaient dans ses oreilles sans qu'il ne puisse comprendre ce que lui disaient les voix. Il avait beau se concentrer, il ne parvenait ni à voir, ni à entendre mieux. Le néant. La seule chose qui frappa Mickey fut de nouveau cette sensation d'étouffer, comme si sa poitrine se serrait sous la force d'un étau. Il sentait le contenu de son estomac menacer de ressortir. Il lutta pour repousser ce malaise jusqu'à ce que la douleur soit trop forte et éclate. D'un coup il rouvrit les yeux, ramené à la réalité. La vague de nausée fut encore plus forte et il se releva du matelas sur lequel il était, tourna la tête et vomit à même le sol. Il rendait ses tripes avec l'impression que cela ne finirait jamais.
Quand le flux se calma enfin, il vit une main lui tendant un mouchoir entrer dans son champ de vision. Il l'attrapa, s'essuya la bouche et laissa tomber le mouchoir au sol avant de relever la tête et de croiser le regard de sa sœur. Un regard rempli d'inquiétude. Cela lui brisa le cœur de savoir que Mandy se faisait autant de soucis pour lui. Il aurait tout fait pour arranger ça. Alors il fit la seule chose qu'il savait faire pour changer les idées de sa sœur, il tenta de la vanner :
« - Tu vois, quand je te dis que ta cuisine est à gerber...
- Ta gueule abruti. J'ai pas envie de me marrer. Y a aucune raison, répliqua sèchement Mandy.
- Aller quoi. T'as perdu ton sens de l'humour ?
- Je préfère perdre mon sens de l'humour que mon frère, je te signale. Espèce de débile.
- Mandy...
- Non. Y a pas de ''Mandy''. Tu te rends compte de ce qui aurait pu arriver si Ian n'avait pas été là avec toi ?
- C'était juste un petit malaise. Tu dramatises, répondit Mickey.
- Je... Je dramatise ?! Explosa Mandy.
- C'est ça. Crie un bon coup. Je l'attendais ton sermon, marmonna Mickey.
- Tu parles que je vais t'en donner du drame et j'ai toutes les raisons du monde de gueuler, cria-t-elle. Tu passes ton temps à me mentir, à faire comme si t'allais bien et tu te mets en danger. Je dois faire quoi moi ? Te fliquer comme un gosse ? Je suis pas ta mère Mick. Moi qui croyais qu'on se disait tout. Si j'avais pas forcé Ian à aller te voir, on t'aurait sûrement retrouvé dans...
- Qu'est ce que tu lui as dit ? la coupa Mickey qui sentait la nausée le reprendre.
- Rien, princesse. Même si je pense qu'il mérite de savoir.
- C'est pas ses putains d'affaires, d'accord ? Trancha Mickey
- Parce que savoir que sa mère s'est pendue, qu'il est le fils bâtard de la famille – et j'en passe – ce sont nos affaires peut être ?
- On doit veiller sur son cul. C'est différent, maugréa-t-il.
- Foutaises ! S'exclama Mandy. Tu veux le savoir pour savoir si tu peux lui faire confiance mais toi tu veux qu'il te fasse confiance aveuglement. Tu sais le pire ? C'est qu'il le fait. Je sais pas pourquoi mais il le fait. Il a risqué sa putain de vie, mis à découvert ses pouvoirs tout ça pour te sauver et toi t'es pas fichu de ne serait-ce que dire ''Merci'. Gros con. »
Il n'aurait su dire si c'était symptomatique ou dû aux vérités que sa sœur lui crachait au visage mais il fut de nouveau heurté par une vague nauséeuse. Une fois encore il se pencha et se mit à vomir sur le sol de sa chambre. Il entendit sa sœur soupirer, exaspérée :
« - J'espère que ça fait un mal de chien au moins. Ça serait bien fait pour toi. »
Mickey se contenta de répondre en levant son majeur, en attendant que la nausée reparte. Quand il se sentit mieux, il leva la tête et accepta la boîte de mouchoirs que Mandy lui tendit. Lorsqu'il la débarrassa de l'objet, elle croisa les bras sur sa poitrine :
« - Et je te préviens – malade ou non – je nettoie pas ta merde ! Prévint-elle. La prochaine fois, prend un seau parce que j'ai appelé le médecin et il faut que tu te reposes pendant au moins deux-trois jours. Et crois moi mon vieux que tu vas rester au lit pendant tout ce temps là ! Même s'il faut que je t'attache pour ça. » Lâcha-t-elle avant de tourner les talons pour quitter la pièce. En passant devant la commode de Mickey, elle s'arrêta et prit quelque chose que Mickey n'avait pas vu jusque là : un livre. Il était prêt à jurer que c'était le même qu'il avait vu dans les mains d'Ian avant de perdre connaissance. Mandy fit demi-tour et jeta le livre sur le lit à côté de lui :
« - Tiens. Ça devrait te faire passer le temps. C'est Svetlana qui te l'envoie. » expliqua-t-elle avant de tourner de nouveau les talons pour, cette fois-ci, laisser réellement Mickey seul. Il jeta un œil sur l'objet à la couverture en cuir usé, dont les pages étaient cornées. Il put distinguer le mot ''légendes'' en lettres dorées avant d'être de nouveau frappé pas la nausée. A ce rythme, cela allait être une longue journée.
§
Vingt quatre heures. Ce fut le temps maximal qu'il parvint à rester au lit. Ceci était uniquement dû au fait qu'il avait passé une bonne partie de ce temps à rendre ses tripes et l'autre à dormir. A présent cela faisait deux heures qu'il fixait le plafond sans nausées mais également sans l'envie de dormir. Il rongeait son os, tentant de rester coucher comme lui avait répété pour la énième fois Mandy quand elle était passé le voir tout à l'heure avant de partir faire des courses. Malgré sa bonne volonté à vouloir satisfaire sa petite sœur, il soupira d'ennui et finit par se lever. Il se rendit lentement dans le salon, légèrement étourdi après avoir passé tant de temps allongé. Il pensait trouver Gallagher sur le canapé en train d'étudier comme à son habitude mais la pièce vide et un son familier au dessus de sa tête lui démontra qu'il se trompait. Il traversa le salon, se tenant occasionnellement aux fournitures sur son passage. Pendant une seconde il voulut faire un crochet par la cuisine mais son nœud à l'estomac lui indiqua que ce n'était pas une bonne idée pour le moment et il traça directement vers la porte d'entrée.
Après une volée de marches qui lui coupèrent le souffle un bref instant, il pénétra dans son champ de tir improvisé. A l'exacte place où il se tenait la veille, Ian était là en train de s'entraîner consciencieusement. Tout en s'avançant il pouvait voir chaque muscle du dos d'Ian tendu, ses épaules contractées sous la concentration. Si cela avait été son genre, il se serait laisser aller à dire que la vue était plutôt agréable. Plus qu'agréable même, mais plutôt que de l'admettre, il se glissa dans ses vieille habitudes – comme on se glisse dans son vieux jean préféré, par confort. Il attendit qu'Ian baisse son arme pour ouvrir la bouche afin de ne pas trop le surprendre ou du moins éviter tout accident :
« - Qui t'as dit que tu pouvais te servir de mes armes ? »
Ian vire-volta en sursautant, visiblement surpris. Ses yeux pétillèrent en voyant Mickey devant lui, l'air beaucoup plus en forme que la dernière fois qu'il l'avait vu. Il ouvrit et referma la bouche plusieurs fois d'affilées, tel un poisson hors de l'eau. Mickey eut presque envie de rire mais l'envie de se jouer de l'autre jeune homme fut la plus forte :
« - Alors ? Demanda-t-il faisant de son mieux pour paraître agacé.
- Mandy... Mandy m'a dit qu'il y avait pas de soucis pour...
- C'est bon arrête de paniquer, dit-il en craquant devant l'expression d'Ian. Je déconne, du moment que tu me les rends comme tu les as trouvé.
- Tu veux dire crasseux ? Moi qui comptais te les nettoyer, plaisanta Ian à son tour – plus détendu.
- Va te faire foutre, répondit Mickey sans pouvoir retenir le sourire qui gagnait ses lèvres. Mes armes sont toujours impeccables petit con. »
Ian ne répondit pas et se contenta de lui rendre son sourire en soutenant son regard. Un silence s'installa. Un silence calme qui ne dérangea nullement aucun des deux hommes. C'était comme si les mots n'étaient pas nécessaire pour trouver la présence de l'autre agréable. Comme si le simple fait d'être là, l'un avec l'autre était amplement suffisant. Enfin presque, car Mickey ressenti cet irrésistible besoin de se rapprocher d'Ian. D'effacer la distance comme la veille durant leur combat. Et tandis qu'il se cherchait des excuses, des raisons d'aller vers Ian, celui-ci posa son arme et vint se placer à côté de lui le plus naturellement du monde. Il déposa une main sur le bras de Mickey et l'autre sur sa joue. Sous ce geste, Mickey senti l'intégralité de son corps se crisper. Ian scruta attentivement son visage, à la recherche de quelque chose qui lui échappait.
« - Tu devrais être coucher, se contenta de dire Ian gentiment tout en laissant retomber sa main de la joue de Mickey.
- Lâche moi, répondit Mickey sur le même ton, tu vas pas commencer à être sur mon dos comme Mandy.
- C'est ta sœur, c'est normal. Puis, apparemment, elle a l'air d'avoir de bonnes raisons.
- Pardon ?! S'exclama Mickey en reculant d'un pas, qu'est ce que t'en sais ?
- Je te rappelle que je vous ai rencontré à l'hôpital. Faut pas avoir fait Bac +12 pour faire le lien. A défaut de vraiment savoir ce qu'il se passe.
- Parce que ça te regarde pas, marmonna Mickey.
- Je sais, répondit calmement Ian en s'approchant de nouveau. Mais j'admets que j'apprécierai de plus en savoir sur vous. De... de te connaître plus. »
Ce que lui avait dit sa sœur lui revint en plein visage. Sous le regard de chien battu d'Ian, il sentit son mur de protection s'effriter et comme chaque fois que cela arrivait, il se recroquevilla dans sa coquille. Se cacher derrière la colère était sa défense mais contrairement à son habitude, il laissa la vérité filtrer à travers sa rage :
« - Oh vraiment ?! Tu veux connaître l'extraordinaire histoire de Mickey Milkovich ? Ben vas-y, assis toi je vais te la dire.
- Mickey, c'est pas ce que je voulais dire.
- Non mais si ! Ouvre grand tes oreilles ! Aller, tu veux savoir quoi, hein ? Tu veux que je te raconte que toute mon enfance était une suite de cauchemars remplis de monstres comme ceux que tu as eu ? Que ma mère est morte quand j'avais dix ans et que c'était la seule qui parvenait à me calmer et me rassurer quand je voyais ces démons ? Non, j'ai mieux ! Je suis sûr que tu vas préférer l'histoire du père qui maltraite ses gosses, notamment son abruti de fils qui a peur de choses imaginaires et que les coups de remettent pas à sa place. Tu veux peut être que je te décrives la peur qui me rongeait d'avoir ses visions mais aussi que mon père découvre que c'était pas la seule chose que j'essayais de lui cacher ? Parce que c'est tellement drôle d'avoir un néo nazi homophobe comme père, qui s'en prend à vous quand sa petite fille perd la tête. Forcément que c'était de ma faute ! Je lui ai filé un truc, je lui ai retourné la tête avec toutes mes histoires à la con. C'était sûrement pas parce qu'un putain de démon l'avait possédé, c'est trop débile comme idée voyons ! Même si ça faisait des années que j'en parlais, que c'est à cause de ça que j'ai..., se coupa Mickey soudainement : c'est pas concevable !
- Mickey, je suis désolé, murmura Ian.
- Je veux pas de ta pitié Gallagher. J'en ai rien à foutre. Tu voulais connaître le merveilleux passé des Milkovich ? Voilà un aperçu. Au moins tu sais que d'autres ont eu une vie bien merdique. Heureux? »
Il ne s'en était pas aperçu mais pendant tout son speech il s'était rapproché d'Ian. Tous ses muscles étaient tendus, sa respiration et les battements de son cœur s'étaient considérablement accélérés et le fait de n'être qu'à quelques centimètres de Gallagher n'arrangeait en rien les choses. Être face à ce regard rempli de compassion pour lui – compassion dont il n'avait jamais fait l'objet – transforma la rage qui avait commencé à le ronger. L'adrénaline de la colère se mua en un autre sentiment qu'il connaissait bien : la luxure. Être excité, ça il pouvait gérer. Cela faisait des jours qu'il gardait ça sous contrôle mais habituellement il était à une distance raisonnable de l'objet – ou plutôt l'homme - de son désir. Là, alors qu'ils pouvait respirer le même air, son self contrôle devint difficile à gérer.
Ian voulait qu'il se dévoile, qu'il l'aide à contrôler ses pouvoir, qu'il le protège, qu'il soit honnête ? Ian voulait beaucoup de choses, trop à son goût quand tout ce qu'il désirait, lui, était de tout oublier pendant un instant. De s'oublier. Alors il cessa de lutter contre lui même. Il garda son regard ancré dans celui d'Ian et se laissa lentement tomber à genoux. Pendant une brève seconde, Ian crut qu'il faisait de nouveau un malaise et allait réagir. Il se stoppa quand il réalisa que les mains de Mickey s'étaient posées sur sa ceinture. D'un geste ferme et sûr de lui, Mickey dégrafa le pantalon d'Ian. D'un seul mouvement il se débarrassa du jean et du caleçon du jeune homme. Ian voulut protester, dire que ce n'était pas le moment, que Mickey devait se reposer avant tout et qu'ils pourraient toujours faire ça plus tard.
Toute protestation disparue de son esprit dès l'instant où il sentit les lèvres de Mickey se poser sur lui. Par de langoureux aller-retour de sa bouche et une utilisation habile de sa langue, Mickey fit oublier à Ian tout ce qu'il s'apprêtait à dire. Tout ce qu'il parvenait à faire, c'était se concentrer sur l'autre homme et ses mains fermement accrochées à ses hanches. Sous l'effet des soins administrés par Mickey, il laissa ses doigts se perdre dans la chevelure brune pour accompagner le mouvement et des gémissements s'échappèrent de sa gorge. Lentement ses hanches suivirent également le mouvement. Mickey entreprit alors d'accélérer le rythme, arrachant d'autres gémissements à Ian. L'une des ses mains quitta la hanche d'Ian et glissa le long de sa cuisse, alla caresser l'intérieur de celle-ci puis s'aventura jusqu'à son entre-jambe pour aller accompagner les succions que réalisait sa bouche dans cette zone.
« - Oh putain ! Mickey ! » lâcha Ian, les yeux fermés et la tête en arrière, profitant de chaque attention accordée à son corps. Il renforça sa poigne dans la chevelure de Mickey, s'agrippant comme il le pouvait pour ne pas perdre pied. Tout se passait comme dans un rêve et Ian avait dû mal à réaliser vraiment ce qui se passait, que l'autre homme était réellement à genoux devant lui. Mickey approfondi ses gestes et Ian lâcha un nouveau râle quand il sentit son corps s'insinuer dans l'étroitesse de la gorge de Mickey. Il sentit chaque fibre de son corps se crisper délicieusement sous l'approche de l'extase. Il eut suffit d'une dernière caresse de Mickey pour le faire exploser. Il cria le nom de Mickey sous le coup de l'orgasme, sans pouvoir se contenir. Ce dernier continua ses aller-retours buccaux, les ralentissant néanmoins considérablement. Des étoiles apparurent sous les paupières closes d'Ian sous l'effet du plaisir. Encore une fois, il eut l'impression de rêver, que ceci était trop irréaliste pour se produire, que son cerveau lui jouait des tours et qu'il allait se réveiller. Puis cela le frappa. Aussi fortement que l'orgasme que lui avait provoqué Mickey et il ouvrit vivement les yeux. Il réalisa alors pourquoi cet endroit lui avait été familier alors qu'il n'était jamais venu, pourquoi il avait l'impression que toute cette situation n'était qu'un fantasme : parce que cela en avait été un. Il avait rêvé de tout ça quand il était encore chez lui à se demander s'il reverrait un jour Mickey en chair et os. Ce qu'il avait crû être de simples rêves érotiques étaient-ils donc prémonitoires également ?
Il n'eut pas le temps de prolonger sa nouvelle réflexion, ramené à la réalité par la sensation de vide quand Mickey rompit le contact avec lui. Il rabaissa la tête pour faire face à Mickey. Ce dernier se releva tout en essuyant d'un revers de main la salive qu'il avait sur le menton, un sourire satisfait placardé sur le visage. Ses traits s'étaient visiblement détendus, toute trace de son précédent coup de colère avait disparu. Il apprécia la vue, regardant une dernière fois Ian des pieds à la tête et mémorisant cette image pour une future utilisation personnelle. Sa langue humidifia sa lèvre inférieur inconsciemment et Ian sentit un frisson le parcourir sous l'effet de ce simple geste. Mickey ouvrit la bouche, semblant vouloir dire quelque chose mais il se ravisa, préférant mordre sa lèvre inférieur. Ian reconnut le tic nerveux de Mickey et haussa les sourcils l'invitant à parler, ou peu importe ce qu'il avait en tête à ce stade Ian était partant pour tout.
Les yeux de Mickey se posèrent une fois encore sur le corps à moitié dénudé d'Ian avant que Mickey ne prenne une profonde inspiration et tourne les talons. Dos à Ian il se contenta de dire : « -T'as raison, je ferais mieux de retourner me coucher. », avant de partir. Le voyant agir, la seule chose qui traversa l'esprit d'Ian fut un « Sérieusement ? ». Il allait sérieusement le laisser là, le pantalon aux chevilles sans rien dire ou faire de plus ? Comme s'il lisait dans ses pensées, Mickey se stoppa dans l'encadrement de la porte et resta dos à Ian pour ajouter avant de sortir : « Sérieusement. Et oublie pas de ranger tout ça. ».
Une fois seul, Ian remonta lamentablement ses vêtements avant de se souvenir que Mickey parlait sûrement de ses armes et non de son équipement personnel. En quelques secondes à peine, il passa de l'extase à se sentir totalement pathétique. Il fallait qu'il parle à Mickey, il était hors de question qu'ils en restent là. Son prénom résonna dans la cage d'escalier : Mandy était de retour et avait besoin d'un coup de main pour remonter les courses. La conversation avec l'autre Milkovich devrait apparemment attendre. Il soupira, résigné à rejoindre Mandy.
De son côté, Mickey retrouva son lit de bien meilleure humeur qu'il ne l'avait quitté. Il se laissa tomber sur son matelas et attrapa le livre qui traînait sur sa table de nuit. Il en tourna les pages, continuant sa lecture là où il l'avait laissé quand il tomba sur une page spécifique. Il se redressa, le livre en mains et murmura : « Putain de merde, c'est pas possible. ».
Notes: Le voici, le voilà : le nouveau chapitre ! Un peu moins d'action démoniaque et un peu plus d'action... charnelle (?). Etant novice dans ce genre d'écrit j'espère avoir délivré quelque chose qui reste néanmoins agréable à lire ! Les commentaires sont appréciés, alors n'hésitez pas :)
& Rdv au prochain chapitre ;)
