Chapitre 8 : L'Héritier

Mandy était la dernière née de la fratrie et la seule fille du clan Milkovich. Par conséquent, ses frères avaient toujours eu à cœur de veiller sur elle et de la protéger des idiots qui lui tournaient autour. Elle avait toujours pu compter sur eux, sans même avoir besoin de le demander, mais elle n'avait jamais eu l'occasion de leur rendre la pareille. Veiller sur Mickey était donc nouveau pour elle, en particulier car de tous ses frères elle aurait parié qu'il serait le seul à n'avoir jamais besoin d'elle, à se débrouiller par lui-même. Elle prit alors son rôle très à cœur. Un peu trop peut être.

Depuis le jour où elle avait reçu un coup de téléphone des urgences, elle avait commencé à être plus vigilante sur son état. Son malaise de ses derniers jours avait, lui, complètement affolé son radar et elle était à présent à vérifier l'état de Mickey à chaque occasion. En général, elle passé le voir dans sa chambre une fois toutes les heures ou lui envoyait un message si elle n'était pas à la maison. Le jeune homme avait beau l'envoyé promener, elle revenait à la charge à son plus grand agacement. Cette fois pourtant, quand elle s'approcha à pas feutré vers sa chambre elle n'osa rien faire, rien dire. Elle le vit foncer les sourcils, penché au dessus du livre que Svetlana lui avait confié et entouré d'encore plus d'autres ouvrages tout autour de lui. Elle voyait ses traits tirés par la fatigue, devinant qu'il avait du passer la nuit debout, mais également par la concentration et son instinct lui murmura que son frère était sur quelque chose d'important. Elle prit sur elle de faire demi tour pour aller cuisiner le petit déjeuner.

De son côté, Mickey tourna et retourna les différentes pages sous ses doigts, se concentrant sur ce qu'il avait sous les yeux. Décidément sa session avec Gallagher avait dû le mettre dans de meilleures conditions qu'il le pensait car cela lui permit de remarquer ce qui lui avait échappé jusque là – et ce qui était sûrement la raison pour laquelle Svetlana lui avait donné ce livre. Il avait tout reprit du début à la lueur de cette nouvelle information et s'il comprenait le « pourquoi » maintenant, il n'arrivait pas à expliquer le « comment ». Il relut pour la énième fois le dernier paragraphe sans pour autant arriver à en sortir quelque chose de nouveau. L'odeur du café frais qui filtrait par sa porte à moitié ouverte n'aidait en rien à se concentrer. Il referma le livre d'un coup sec. Il avait besoin d'un autre regard sur la chose et d'un café. A vrai dire, à cet instant précis, il avait surtout besoin d'un café.

Son livre sous le bras, il retrouva sa sœur dans la cuisine en train de remplir des mugs de café frais. Il se laissa tomber sur l'une des chaises du comptoir et posa son livre de côté quand Mandy fit glisser une tasse fumante jusqu'à lui. Il la remercia d'un hochement de tête, elle lui répondit par un clin d'œil. C'était leur routine. Leur moment privilégié entre frère et sœur où aucun sujet de discorde n'était abordé, où pendant quelques minutes ils agissaient en silence, comme si tout allait bien. Jusqu'à ce qu'un nouvel élément de leur routine se mette en place et que le bruit d'un choc suivit de jurons vienne briser leur quiétude. Les deux Milkovich éclatèrent de rire tandis qu'Ian arriva jusqu'à eux en claudiquant :

« - Putain de merde qui a bougé la table basse ? Vous auriez pu prévenir au lieu de vous marrer comme des baleines ! Râla Ian en se laissant tomber dans la chaise à côté de Mickey et en attrapant son pieds pour le frotter et en atténuer la douleur.

- Elle est simplement à sa place idiot. Si tu regardais où tu mettais les pieds un peu, commenta Mandy avant de faire passer une autre tasse jusqu'au jeune Gallagher cette fois : tiens, un cadeau de paix pour avoir rangé ma maison sans te prévenir.

- Merci. » maugréa Ian en plongeant directement son nez dans sa boisson.

Ils déjeunèrent en silence pendant quelques minutes avant que ce ne soit Mickey qui se décide à parler à son tour :

« - Gallagher, il faut qu'on parle. » dit il calmement, le regard fixé sur sa tasse.

Mandy continuait de préparer le petit déjeuner, affairée a cuire des pancakes, tandis qu'Ian leva le nez de son café. Il tourna la tête vers Mickey, incertain de ce dont faisait référence l'autre homme. Après ce qui c'était la veille, il n'était plus certain de rien. Certes, Mickey avait rendu réel son fantasme mais il avait soufflé le chaud et le froid d'un coup, pour finalement laisser Ian à son propre sort et celui-ci ne savait plus quoi penser. La seule pensée clair dans son esprit, c'est qu'il n'était pas d'humeur pour le moment.

« - Je m'en contre fou, lâcha Mickey sans aucune raison.

- De quoi ? Demanda Mandy en se retournant vers son frère, curieuse de sa réaction : Tu parles de quoi ?

- Que Monsieur soit pas d'humeur. Il voulait qu'on lui donne les informations qu'on avait alors il va pas faire sa princesse quand je veux lui donner. »

Ian ouvrit de grands yeux en écoutant la réponse de Mickey, surpris qu'il formule à voix haute ce qui venait exactement de lui passé par l'esprit. Lui avait-il caché qu'il était capable de lire dans les pensées ? Si c'était le cas, il avait dû aussi le caché à Mandy au vu de sa réaction. En effet, elle le regardait avec inquiétude, posant sa main sur son front comme un mère qui vérifie si son enfant à de la température. Mickey eut un mouvement de recule :

« - Qu'est ce que tu fous à la fin ?

- T'es sûre que tu vas bien ?

- Lâche moi avec ça, une nuit blanche n'a jamais tué personne ok ?

- Peut être mais, elle se stoppa hésitante et jetant un regard vers Ian elle ajouta : Ian a rien dit. Ça m'inquiète si tu as des hallucinations.

- Des hallucinations ? Qu'est ce que tu... » se stoppa Mickey en tournant la tête et en voyant les yeux ronds d'Ian.

Avait-il vraiment entendu la voix d'Ian ? Il était pourtant près à le jurer mais en voyant l'expression de surprise sur les visages des deux jeunes gens, Mickey commença à douter de lui. Son malaise avait peut être été plus important que ce qu'il pensait. Ou cela était dû au manque de sommeil ? Peu importait. Mickey secoua la tête, décidé à se focaliser sur ce qu'il voulait dire en premier lieu :

« - Bref, reprit-il en faisant glisser le livre sur le comptoir jusqu'à Ian, le fait est qu'il faut qu'on cause Gallagher. Tu voulais un partage des infos ? Je sais pas si c'est ce que tu avais en tête mais il faut que tu vois ça. Je t'ai marqué la page.

- Un livre de légendes ? Vraiment ? Demanda Ian en jetant un œil au titre. Maintenant les légendes sont aussi vraies ?

- Tu veux pas la fermer et prendre ce foutu bouquin, oui ! Répliqua Mickey.

- Du calme, rayon de soleil, intervint Mandy en déposant une assiette remplie devant son frère, mange ça et tais toi. Et toi, ajouta-t-elle en s'adressant à Ian, lis. La plupart des légendes rapportent des histoires vraies. Surtout les anciennes comme dans ce livre, alors si Mickey te dit que ça vaut le coup, crois le. »

Aucun des deux jeunes hommes n'émit le moindre commentaire. Pliant à ses requêtes, chacun s'affaira. Mickey entreprit de dévorer sa pile de pancakes tandis qu'Ian attrapa le livre et se leva pour aller s'installer sur le canapé avec son café. Confortablement assis, il ouvrit directement le livre là où une page avait été cornée. Ses yeux se posèrent sur la page de gauche, comportant une gravure illustrant le récit pour ensuite aller sur le texte en lui même. Le titre s'étalait – tout comme sur la couverture de l'ouvrage – en lettres calligraphiées dorées sur le haut de la page : « Le porteur de Lumière ». Ian entama alors sa lecture :

« Il était une fois dans un pays fort, fort lointain, un royaume dont la bonté de son roi n'avait d'égal que la sagesse de sa reine. C'était un royaume calme où la vie n'était pas toujours facile mais où celle-ci était paisible et c'était ce qui comptait. C'était également ce qui rendait envieux tous les royaumes environnants. Tous voulaient le conquérir et s'approprier ses terres où plaines, champs et montagnes s'accordaient pour créer le plus merveilleux des paysages. Le temps passait sans que rien ne vienne troubler l'ordre des choses. Les mois, les années filaient et néanmoins la seule chose marquante était l'absence d'un héritier, personne pour poursuivre le travail royal de la famille. Ceci attisa d'avantage les envieux à vouloir conquérir le royaume et peu à peu, certains commencèrent à courtiser le roi et la reine pour parvenir à leur but tandis que d'autres tentèrent leur chance par la force.

La sagesse de la reine lui fit dire qu'il était temps de songer à d'autres méthodes. Elle se faisait du soucis pour son royaume, son peuple, plus que pour le roi et elle-même. Elle se rendit donc au temple car il s'agissait là d'une époque où le dieu unique n'existait pas. Chaque dieu pouvait être acclamé, prié pour son indulgence et ce fut ce que fit la reine. Elle pria les dieux. Peu importe quel dieu, elle avait juste besoin qu'on lui vienne en aide. Qu'on vienne en aide à son royaume de nature si calme et qui n'avait demandé de guerre à personne mais luttait de son mieux. Le temps passa et chaque jour la reine allait au temple. Chaque fois, elle s'agenouillait devant les statuts, fermait les yeux et priait. Elle priait pour protéger sa terre, les siens. Elle priait pour qu'on lui envoi cet enfant qui permettrait tout cela.

Elle se rendit au temple encore et encore malgré les questions de son époux, malgré sa douceur et toute la volonté qu'il y mettait il ne comprenait pas pourquoi. Pourquoi elle se forçait à s'y rendre alors que rien ne se produisait, qu'aucun dieu ne luirépondait. Mais elle gardait la foi. Elle continuait. Un matin tandis qu'elle se rendait au temple quelque chose arriva enfin. Alors qu'elle empruntait son chemin habituel pour le temple elle croisa un enfant et sa mère faisant la manche. Le cœur sur la main, la reine s'arrêta auprès d'eux pour leur donner l'aumône et qu'elle ne fut pas sa surprise quand l'enfant refusa ses quelques pièces.

« - Non ma reine, s'exprima l'enfant avec la voix d'homme ayant déjà vécu toute une vie, aujourd'hui ce n'est pas à vous de donner mais de prendre. D'accepter l'offre qu'un dieu indulgent souhaite vous faire après avoir entendu vos prières. »

La reine resta sans voix face à ce jeune enfant qui semblait en savoir tant. Elle s'agenouilla près de lui et le pria de s'expliquer.

« - Je ne suis qu'un humble messager mais notre maître, dans sa grande miséricorde, a décidé de partager la lumière qu'il porte avec vous. Il a vu en vous la possibilité d'un futur et souhaite vous l'accorder. D'un simple accord de votre part il est prêt à vous offrir la descendance que vous espérez tant.

- Que dois je faire pour cela ? S'enquit la reine.

- Avoir la foi ma reine. Être dévouée et promettre que lorsque le temps viendra vous saurez servir notre dieu et accepter sa requête. »

Ses prières avaient été entendues et allaient être exaucées. La reine accepta avec la plus grande joie. Ils scellèrent le pacte puis la reine repartie en direction du château le cœur léger par le secret qu'elle portait.

Le temps passa. Les années continuèrent de défiler mais cette fois ci, le royaume eut l'honneur d'accueillir un héritier au trône. La reine donna même naissance à cinq beaux enfants à la santé vigoureuse qui furent tous éduqués dans la pure tradition royale. L'harmonie fut retrouvée et la reine retrouva la paix intérieure d'avoir pût aider son royaume. Tout était calme et paisible quand le couple royale eut une visite inhabituelle. La journée se finissait et les portes du château allaient se fermer au public lorsqu'un homme, qui n'appartenait visiblement pas au royaume, se faufila jusqu'à la cours et demanda à voir le roi et la reine. Curieux de cette soudaine demande, les deux majestés acceptèrent d'écouter cet étranger. Les portes s'ouvrirent alors sur un homme dans la force de l'âge, d'une beauté et d'une carrure remarquable. Quelque chose dans sa démarche parût familier à la reine mais rien ne lui fit se souvenir où elle avait pu croiser cet inconnu. L'homme approcha et s'inclina devant le couple, s'excusant de l' heure tardive de sa visite. Il lui fut alors demander de décliner son identité et ses intentions.

« - Chers majestés, je ne suis qu'un humble homme de passage dans votre royaume pour une courte période. Je me nomme Astaroth, je viens d'une contré lointaine. Maître des terres de Vesper précisément. Il y a bon nombres d'années, son altesse la reine a croisé la route d'un de mes serviteurs qui en mon nom, l'a aidé dans une situation délicate et elle lui a promis que lorsque le temps viendrait, je pourrais venir m'adresser à elle. »

La reine reconnut alors dans le regard de l'homme, celui de l'enfant envoyé par un dieu pour lui offrir ses enfants. Elle se souvint de sa secrète promesse qu'elle avait alors faite et qu'elle devait aujourd'hui tenir. Quant à lui, le roi fut confus. Il regarda son épouse qui acquiesça et sans une question, il invita l'homme à poursuivre. Celui-ci demanda alors s'il était possible de répondre à ses deux requêtes : la première étant l'acquisition d'un lopin de terre pour le temps de sa présence dans le royaume, une sorte de prêt pour une durée temporaire. Le roi lui expliqua qu'il devait étudier cette demande avec ses conseillers avant de lui donner une réponse définitive mais qu'il ne voyait aucune raison qu'elle n'aboutisse pas en sa faveur et s'enquit de sa deuxième requête. Le chevalier expliqua qu'il s'agissait là de quelque chose de plus personnel, confidentiel et qu'il aimerait traiter de cela uniquement avec la reine sur ce point car c'était elle qui à l'origine avait fait cette promesse. Il lui demanda donc de venir chez lui quand il serait installé pour établir la suite de la demande de façon privée. La reine accepta malgré la réticence de son époux.

Très rapidement, le roi combla la première demande de l'homme et la reine vint alors le voir pour la deuxième partie de sa demande. Elle s'installa sur une des chaise de la modeste demeure curieuse de connaître sa part à accomplir, ce qu'elle devait faire. L'homme s'installa face à elle, le visage sans expression mais étant un étrange mélange de jeunesse ayant déjà vécu une éternité. D'une voix posée, il lui expliqua qu'il était temps de payer pour les vies qu'il lui avait donné. La reine songea que le moment était venu. Depuis l'instant où elle avait conclut cet accord avec le messager divin, une partie d'elle s'était douté qu'un sacrifice serait nécessaire. C'était après tout ce que les dieux réclamaient toujours et elle était prête à faire ce geste. Elle accepta de se sacrifier, de donner sa vie mais le dieu refusa. Il n'était pas question de sa vie, pourquoi songeait-elle même à offrir sa vie sans crainte ? Cela n'avait aucun sens, c'était dans la nature humaine d'avoir un instinct de conservation mais la sagesse de la reine allait au delà de tout cela. Elle lui expliqua que la vie lui avait apporté tout ce qu'elle désirait : des héritiers, un royaume calme, son époux était en pleine santé et entouré d'une famille qui l'aimait. Elle n'avait rien à espérer de plus pour combler son bonheur et pouvait partir en paix.

Le dieu vit alors en elle ce qu'il avait déjà perçu quand il avait entendu ses prières. Il voyait le potentiel qu'elle pouvait apporté à cette terre, le rôle qu'elle pouvait jouer et à aucun moment cela ne nécessitait de prendre sa vie :

« - Il y a un prix à payer pour exaucer une prière, un équilibre à chaque chose dans la vie mais cela ne nécessite pas toujours de retirer la vie de quelqu'un, quelque fois le sacrifice est tout autre. Un dieu a la vie immortelle, la capacité de concrétiser n'importe quel désir mais pour cela il a fallut faire un sacrifice : celui de la vie sur Terre. Être là en cet instant est temporaire grâce à la ferveur de croyant qui m'autorise d'être leur hôte mais je veux changer cela, je veux rééquilibrer ce qui m'a était volé et marqué la Terre. Vous êtes une humaine à la morale divine, prête au sacrifice, d'une générosité sans borne et pour cette raison vous êtes la personne parfaite pour m'offrir la seule chose que je désire : l'humanité, tout du moins la capacité à vivre parmi les hommes. Je ne veux pas prendre une vie, je veux en crée une nouvelle : je veux une descendance. Il s'agira là d'un enfant spécial, un être aux dons divins et qui pourra vivre parmi les hommes. Cet enfant engendrera lui même sa propre descendance qui possédera ses dons et à chaque génération ces donc se développeront de plus en plus jusqu'à atteindra cet être divin dont les pouvoirs seront à leur apogée et qui lui permettront d'ouvrir les portes de mon royaume. Grâce à lui le dieu Lucifer sera enfin libre d'apporter la lumière à ses terres de façon définitive. »

Ian releva les yeux, incertain de ce qu'il venait de lire et s'aperçut que Mickey était venu s'installer sur le canapé a côté de lui sans qu'il ne s'en rende compte. Il captura le regard de ce dernier, cherchant une quelconque réassurance dans le bleu azur des yeux de Mickey. Il sentit une certain douceur émanée de l'autre homme mais ceci n'empêcha pas sa voix de légèrement trembler quand il dit :

"- Dis moi que j'ai mal compris. Dis moi que...

- C'est une coïncidence ? Finit Mickey. Six enfants ? Un qui possède des dons ? Cette histoire de prophétie pour ouvrir la porte de l'enfer ? Je suis désolé mais c'est trop pour être une simple coïncidence.

- Mais là c'est pas que des simples démons que ça va libérer. De la façon dont c'est décrit, c'est, c'est...

- Lucifer lui même. Je sais, admit Mickey, mais ça nous donne un avantage de savoir ça.

- Ah oui ? Et comment ?

- Ouvrir les portes de l'enfer demande certains préparatifs, accueillir Satan en personne demande définitivement un rituel particulier avec des conditions bien précises. Ce qui nous amène à un autre point qui ne va pas forcément te plaire.

- On est plus vraiment à ça prés. De quoi il s'agit ? Maugréa Ian.

- On a quelqu'un sous la main qui nous permettrait d'obtenir ce genre d'infos...

- Tu crois que Svetlana peut avoir ce genre..., Ian se stoppa en voyant le regard de Mickey se remplir de compassion. Il reprit : Tu parles pas d'elle mais de Lip, n'est ce pas ?

- Plutôt de ce qui le possède mais tu as compris l'idée. »

Ian détourna les yeux, incapable d'affronter cette idée. Il savait qu'à un moment donné il serait obligé d'aller voir son frère mais il avait fait en sorte de laisser Mickey gérer tout cela. S'éloigner de cette image de Lip qui n'était pas vraiment lui était tout ce dont il s'était senti capable jusque là. Mickey avait raison, il devait aller voir son frère. Mickey avait fait de son mieux jusqu'à présent pour exorciser Lip sans parvenir à réussir. La seule preuve de ses tentatives étaient les cris occasionnels qui remontaient jusqu'à Ian par les tuyaux. A chaque fois cela lui donné la chair de poule et il faisait en sorte de se changer les idées. Cette fois-ci pourtant il fallait qu'il monte au front, il n'avait pas le choix. Pas après l'exorcisme qu'il avait fait seul il y a quelques jours. Pas après ce qu'il venait de lire. Il fallait qu'il affronte lui même la situation. Il fallait qu'il fasse quelque chose. Même si cela le terrorisé.

Mickey vit la peur gagner peu à peu chaque trait du visage d'Ian. Il se doutait de ce que pouvait ressentir Ian, il l'avait plus ou moins vécu également. Il savait ce que c'était. Il retira avec toute la délicatesse dont il était capable le livre des mains du jeune Gallagher et le posa à l'écart. Il posa une main rassurante sur son épaule, autorisant celle-ci à remonter jusqu'à sa nuque où ses doigts épousèrent la peau d'Ian. Il sentit à la fois la peur le faire frissonner et la chaleur émaner de sa peau à ce simple contact. Ian le fixa sans rien dire et Mickey n'osa rien dire sur le moment. Son pouce traça inconsciemment de légers cercles sur la nuque de l'autre jeune homme. Mickey ouvrit la bouche pour finalement parler, quand il fut interrompu par la voix de Mandy juste derrière eux. Instinctivement il s'écarta d'Ian et accorda son attention à sa sœur quand celle-ci l'appela :

« - Mickey, c'est Iggy, lui dit elle en lui indiquant le portable dans sa main.

- Je suis occupé. Dis lui que je le rappelle.

- C'est Iggy, insista-t-elle soucieuse, maintenant. »

Mickey comprit à son regard qu'il n'avait pas d'autre choix. Il jeta un dernier regard à Ian avant de se lever pour aller récupérer le téléphone et quitta la pièce. Mandy attendit d'entendre la voix de son frère au loin pour finalement se rapprocher d'Ian. Elle posa lentement la main sur son épaule pour attirer son attention et lui demanda :

« - Ça va ?

- Tu savais ? Demanda -t-il à son tour en guise de réponse. C'est pour ça que tu m'as dit que Mickey devait lire ça ?

- Je me doute que c'est pas facile à digérer, répondit elle en venant se laisser tomber dans le canapé à son tour.

- Il veut qu'on aille parler à Lip. Enfin à...

- J'ai compris, t'en fais pas. Ça va pas être trop dur ? J'ai vu comment tu réagissais quand Mickey abordait ce sujet - et c'est compréhensible. C'est un sujet sensible.

- Comment tu réagirais si un démon possédait ton frère et que tu savais que la seule solution sûre pour le moment est de le tuer ?

- J'en sais strictement rien et honnêtement je peux pas - je veux même pas imaginé ça. Je suis sûre d'une chose par contre c'est que dans cette situation tu peux compter sur Mickey.

- C'est tout de même lui qui voulait lui faire la peau en premier lieu...

- Mais il ne l'a pas fait, défendit Mandy, c'est parce qu'au fond il comprend. Il s'est ce que ça fait . »

Ian la fixa intensément, cherchant à donner un sens à ce qu'elle venait de lui dire. Il ne savait pas grand chose d'eux, de Mickey, mais le peu qu'il eut appris fit immédiatement écho en lui. La voix de Mickey résonna dans sa tête. Il le revit parfaitement avoué qu'il était arrivé quelque chose à Mandy, qu'elle avait été possédée elle aussi. Il n'en savait pas les détails mais il n'arrivait pas à imaginer une situation où la douce Mandy qu'il connaissait devait être abattu par son surprotecteur de frère. Cela lui paraissait inconcevable.

« - Mickey m'a glissé un mot sur ce qu'il t'est arrivé, avoua Ian. Mais il ne m'a rien dit de précis, qu'est ce qu'il s'est passé ? »

Il aperçut la jeune fille se raidir sous la question. Elle commença a jouer nerveusement avec ses mains, posant son regard partout excepté sur lui avant de se décider à lui répondre.

« - Je sais pas vraiment. Enfin j'ai des images, des sensations qui sont restées mais c'est un peu comme une grosse cuite et j'ai oublié une bonne partie de ce que j'ai pu faire. Mickey, lui, sait toute l'histoire mais il refuse de tout me raconter alors je suppose que c'est pas joli-joli si j'ai seulement eu le droit à la version sans détails. »

Ian vit le regard de la jeune fille se voiler et sa mâchoire se crisper, comme si elle revivait tout cela. Aux vues de son attitude, il se douta que le peu dont elle se souvenait ne devait pas être réjouissant pourtant il mourrait d'envie de lui poser la question. Il voulait savoir, comprendre ce qu'était en train d'endurer son frère et Mandy était la seule personne à sa connaissance capable de lui donner une quelconque réponse. Il la fixait toujours intensément quand elle le ramena a la réalité :

« - Pose la ta question, dit elle sur un ton sec.

- Quoi ? Quelle question ? Tenta vainement Ian.

- Te fou pas de moi. Accouches, tu veux savoir ce dont je me souviens. Tu veux que je te raconte ce qu'il s'est passé je me trompe pas ?

- J'aimerai bien mais je comprends que ça soit ton histoire et que tu ne veuille pas...

- Je suis pas Mick, marmonna-t-elle, c'est pas que je veux pas c'est que c'est... J'ai dit a Mickey que je ne me souvenais de rien. Rien du tout et ça doit rester comme ça.

- Pourquoi...

- Il y a des choses qu'il ne m'a pas dites parce qu'il savait que ça aurait été difficile pour moi de les entendre. Il a pensè que c'était une bonne chose que je les ai oublie, alors même si je n'ai que quelque images de ces moments, je vais prétendre que ce n'est pas le cas. Tu comprends que ça doit rester entre nous, on est d'accord ? »

Ian acquiesça. Si Mandy lui faisait assez confiance pour lui confier quelque chose qu'elle ne partageait pas avec son propre frère, c'était la moindre des choses que de garder son secret. Mandy ouvrit la bouche avant de la refermer rapidement et de se mordre la lèvre inférieur. C'était un geste qu'il avait déjà vu Mickey faire lorsque qu'il était anxieux. Ian se douta que c'était un tic de famille et la laissa parler à son rythme. Elle finit par soupirer avant de finalement pendre la parole.

« - C'est... Je sais pas par quoi commencer. J'ai l'impression que ça c'est passé il y a une éternité et que ça n'a duré que le temps d'un claquement de doigts. Je me souviens d'avoir voulu suivre Mickey un jour, je sais plus où il allait mais il est passé par une allée et j'ai suivi. J'ai eu comme un frisson et d'un coup c'est comme si je perdais connaissance. Sauf qu'en fait, c'était pas le cas. A partir de là c'est confus. J'ai ces images, ces horribles images de sang sur mes mains, de corps à mes pieds. J'entends ce cri qui hurle au secours et même si je veux l'aider, je ne peux parce que je n'ai pas le contrôle. Je vois surtout... » Elle se coupa submergée par l'émotion de ce souvenir particulier. Elle prit une profonde inspiration avant de poursuivre : « Je vois surtout mes doigts en train de serrer la gorge de Mickey de toutes mes forces et le voir peu a peu cesser de lutter, finit elle dans un murmure. Je ne sais pas comment il a fait pour s'en sortir mais je suis contente que ça soit le cas. Tu comprends pourquoi il ne doit pas savoir ce que je viens de te dire. Même si c'est lui qui a failli y rester, ça le tuerait de savoir que je sais ce qu'il s'est passé et que je me sens coupable. Ça... »

Elle fut interrompu par un vacarme retentissant dans la direction où était parti Mickey quelques minutes plus tôt, puis ils entendirent Mickey crier. Paniqués, les deux jeunes se levèrent d'un bond du canapé et coururent le rejoindre. Ils arrivèrent sur le pas de sa porte et se figèrent sous la surprise. La plupart des affaires étaient étalée par terre, la commode est renversée et un trou béant entouré d'une traînée rouge était apparu dans l'un des murs. Ils furent soulagés en constatant que Mickey était là, assis sur son lit et tenant sa main couverte de sang frais.

« - Putain Mickey tu m'as fait peur, s'exclama Mandy, qu'est ce que...

- Va chercher Iggy, la coupa t il, il t'attend comme d'habitude et tu l'emmène directement chez Joe. Je dois m'occuper du truc d'Ian avant mais dis lui que je m'occupe de lui juste après.

- Mickey, commença Mandy

- Est ce que j'ai donné l'impression que c'était une putain de conversation ? Vas y. Point. »

Mandy voulut répondre mais s'abstint et se contenta de lui lancer un regard noir avant de quitter la pièce, furieuse à son tour. Sans aucun commentaire, Ian disparu quelques secondes avant de revenir et de s'asseoir auprès de Mickey. Il prit la main blessée du jeune homme et déposa dessus la serviette mouillée qu'il avait rapporté. Il tapota légèrement pour nettoyer la blessure et Mickey grimaça sous la douleur sans pour autant dire quoique ce soit. Lorsque la blessure fut propre Ian laissa la serviette sur la main et se contenta de dire :

« - Tu devrais mettre de la glace dessus, ce serait plus efficace. Vous avez une trousse de soins quelque part ?

- Pourquoi tu fais ça ? Demanda naïvement Mickey.

- Si on laisse traîner ça va te faire un mal de chien. Les articulations de la main sont fragiles, je le sais je me suis blessé une fois à l'entraînement.

- Tu sais ce que je veux dire. Je suis pas spécialement agréable avec toi, je te donne des ordres, je te dis presque rien sur moi...

- Tu as un problème de gestion de la colère, tu es sexuellement frustrant, le coupa Ian puis, sous le regard presque choqué de Mickey, il marqua une pause avant d'ajouter : Ben quoi ? On est pas en train de jouer à pointer des évidences te concernant ? Parce que j'en ai d'autres en stock si tu veux mais ça va pas m'empêcher d'agir comme je le fais. Tu as déjà eu ce sentiment que tu avais une connexion avec une personne que tu connais a peine ?

- Non, mentit Mickey en évitant soigneusement le regard d'Ian.

- OK, ben appelle ça... Une intuition de médium, dit il en plaisantant. Le fait est que j'ai pas besoin d'avoir entendu la voix de ma cinglée de mère ou que tu sois sympa avec moi pour savoir que je peux avoir confiance. Au contraire. »

Mickey déglutit en entendant les paroles du jeune Gallagher. Bien qu'entendre ces mots étaient agréables, ils n'en restaient pas moins rares qu'on lui dise. Mandy et occasionnellement Iggy étaient peut être les seules personnes à penser ça de lui, et encore ils ne l'avaient pas forcément formuler à voix haute. Le fait est qu'Ian lui dise ça le perturbait, le mettant presque mal à l'aise. Il décida de retourner dans sa zone de confort en revenant sur le sujet de leur précédente conversation :

« - Si je dois retrouver Iggy, on ferait mieux de se mettre au boulot tous les deux. Prêt ?

- On va dire que oui. De toute façon j'ai pas trop le choix.

- On a toujours le choix tu sais Ian, répondit sérieusement Mickey .

- C'est une réponse très sage, maître Mickey.

- Oh va chier. On peut rien dire avec toi ! Aller ferme là, on y va. » râla t il un sourire au coin des lèvres tout en jetant la serviette sur la table basse et en se levant. Ian lui emboîta le pas, décidé a prendre le taureau par les cornes. En y songeant, il ne savait pas vraiment ce qu'il allait devoir - et pouvoir - faire mais il se dit qu'il valait mieux qu'il se mette dans cet état d'esprit s'ils devaient aller voit Lip.

Comme le soir où ils avaient ramené son corps inanimé, les deux garçons empruntèrent l'escalier sombre qui menait à la cave. Contrairement à cette fois là, ils allumèrent la lumière sur leur chemin et Ian pût constater que plus ils avançaient, plus le nombre de dessins aux murs augmentait. Il avait déjà vu des symboles de ce genre dans ses livres et Mickey lui avait expliqué qu'il s'agissait de signes de protection ou de pièges en fonction de leur signification. Il ne fut donc pas étonné que Mickey en ai entièrement tapissé les murs menant à sa prison improvisée. Ils arrivèrent plus vite qu'Ian ne l'aurait voulut et se retrouver face à cette porte en fer comme dernier obstacle lui donna soudainement envie de rebrousser chemin. En parfaite synchronisation, ce fut le moment exact que choisit Mickey pour déposer avec douceur sa main sur le bas de son dos, l'encourageant à rester. Comme la toute première fois où le jeune Milkovich l'avait touché ainsi, il sentit une chaleur se développer dans sa poitrine et son corps se mit en mouvement comme s'il n'était plus maître de son corps mais que Mickey en avait pris le contrôle. Ils poussèrent la porte qui s'ouvrit dans un grincement et entrèrent.

Ian s'était imaginé mille et un scénario sur ce qu'il se passait dans cette pièce et sur l'état dans lequel il allait retrouver son frère, pourtant la vision qu'il eut lui fit oublier de respirer pendant un court instant. Il s'était imaginé du sang, de la torture, des brûlures, un corps privé de nourriture, etc... Il avait imaginé des choses si affreuses que de voir Lip assis sur une chaise à laquelle il était ligoté, semblant parfaitement bien, le déstabilisa.

« - Peu importe ce qu'il se passe, rappelle toi que ce n'est pas Lip.» lui murmura Mickey au creux de l'oreille.

Il rompit alors le contact physique entre eux et passa à côté d'Ian pour aller rejoindre l'autre homme dans la pièce. Sur son chemin, il attrapa une autre chaise qui traînait et vient s'installer juste en face du démon. Il se laissa tomber dans la chaise avec toute la désinvolture dont il était capable.

« - Ben alors Mickey, on vient accompagné maintenant ?! Demanda le démon. Face au visage impassible de Mickey le démon continua : tu crois que amené un petit copain va me convaincre de quitter ce corps ? Tu m'as confondu avec un humain qui a des émotions, petit.

- En fait non, garde ce corps aussi longtemps que tu le peux, on est là pour autre chose aujourd'hui. On a des questions pour toi.

- OK. Je suis pas Google non plus.

- Azazel, gronda Mickey, on sait pourquoi vous avez besoin de Gallagher. Vous voulez pas seulement ouvrir la porte de l'enfer, vous voulez surtout faire venir le Big Boss. La question c'est : comment ?

- A ton avis ? Tu es un garçon intelligent Mickey, la preuve en ai, répliqua le démon en baissant les yeux avec un demi sourire aux lèvres.

- Possession. Je sais encore faire deux plus deux en effet. Je veux savoir comment on en arrive là. Je veux connaître le rituel.

- Quel curieux petit garçon . Tu sais que la curiosité est un vilain défaut !

- Passe moi tes faux sermons à deux balles. Le rituel, en quoi il consiste ? Insista Mickey.

- Pourquoi je devrais te le dire ? On a l'avantage, tout se met en place. Pourquoi gâcher tout ça ?

- Disons voir, commença Mickey en simulant la réflexion, parce que peut être tout peut capoter si vous avez un véhicule pour Lucifer, comment dire, indisponible ?

- Tu compte me torturer pour m'arracher les informations ?

- Ça serait pas la première qu'on fait cette petite danse toi et moi, répliqua le jeune Milkovich calmement.

- Tu n'oserais pas. Pas avec lui dans la pièce, précisa le démon d'un signe de tête en direction d'Ian qui se figea sous l'attention qui lui était portée. Je me souviens de lui dans la maison. Vu son âge et son attitude je dirais... Hum... Petit frère. Donc non Mickey, tu ne me feras rien.

- Alors c'est moi qui m'en charge, répondit Ian à la surprise de tout le monde et notamment la sienne. Tu n'es pas mon frère et je ferai ce qu'il faut pour le récupérer.

- Courageux mais si tu joignais le geste a la parole.» le provoqua Lip.

Ian déglutit incertain de la marche à suivre. Il commença à se rapprocher de Mickey, espérant par un quelconque moyen qu'il lui indiquerait quoi faire. A son grand soulagement Mickey se leva de sa chaise et l'entraîna jusqu'à une table qu'il n'avait pas vu jusqu'à maintenant. Dessus différents objets à l'apparence plus ou moins inoffensive, Ian en reconnut certains de ses recherches : de l'eau bénite, une croix d'argent, un couteau à la lame gravée, etc... Ses yeux étaient rivés sur les ustensiles quand Mickey s'adressa a lui à voix basse :

« - T'es pas obligé tu sais.

- J'en suis pas si sûr, il me semblait qu'on en avait déjà parlé, mais ça ira. T'en fais pas.

- OK, répondit Mickey en cherchant néanmoins une certaine réassurance sur le visage d'Ian. Il ajouta d'un air sous entendu : contente toi de ce qu'il y à sur la table et commence doucement. Je m'occupe de la conversation. »

Ian hocha la tête et attrapa la bouteille d'eau bénite qui lui semblait être l'objet le plus inoffensif de la table. Ensemble ils retournèrent près de Lip : Mickey sur sa chaise et Ian derrière le démon. Les regards des deux jeunes se croisèrent pendant une brève seconde avant que Mickey ne se concentre sur la tâche à accomplir.

« - Tu veux toujours pas nous parler du rituel ? demanda t il

- Tu veux toujours pas accepter de finir en enfer ? » Répliqua le démon sur le même ton.

Ian observa Mickey pour voir sa réaction et pu voir son regard se durcir et sa mâchoire se crisper suite à la réponse de Lip. Il prit alors sur lui de dé-bouchonner la flasque qu'il tenait. Silencieusement il fit couler un filet d'eau dans le col de son frère. La réaction fut immédiate : une légère fumée s'éleva de sa peau brûlée tandis que le démon contenait un grognement de douleur soudaine. Un sourire satisfait apparu sur le visage de Mickey et Ian s'arrêta, invitant Mickey à continuer son interrogatoire.

« - On parlait donc du rituel, reprit Mickey.

- Va te faire foutre Milkovich ! »

Ian refit tomber quelques gouttes d'eau mais cette fois le démon retint tout grognement malgré l'évidente brûlure. Il tourna sa tête comme il le put pour faire face à Ian et s'adressa à lui :

« - C'est tout ce que tu as gamin ? Un peu d'eau pour me faire peur ? »

Mickey se leva et prit la flasque des mains d'Ian. D'un geste de la tête il lui indiqua la table, lui indiquant d'aller prendre autre chose de plus convainquant aux yeux du démon. Il profita qu'Ian lui tourne le dos pour enfoncer de force le goulot dans la bouche de Lip et l'obliger à en avaler le contenu. Mickey observa le démon lutter contre la douleur de son action. Il lui murmura alors d'un ton féroce :

« - Continue à jouer au con et c'est moi qui prend les choses en mains. »

Il retira la flasque d'un geste sec, écorchant la lèvre de Lip au passage, et retourna s'asseoir pendant qu'Ian revenait à sa place. Ce dernier constata que la tension entre les deux hommes avait accrue mais ne fit aucun commentaire là dessus et se contenta de laisser Mickey poursuivre son travail :

« - Ce rituel, donc, reprit Mickey d'une voix plus suave, les étapes pour arriver à la possession ?

- Disons que les invitations ont été envoyées et que le buffet est presque prêt, répliqua le démon.

- Quoi? Bégaya Ian dont le fait d'être novice à la situation rendait hermétique aux insinuations.

- Je me doutais qu'il y aurait des sacrifices, clarifia Mickey, combien?

- Le nombre qui plaît à notre maître.

- Mais c'est pas 666 le chiffre du diable ?! S'exclama Ian

- Pas mal pour un novice. Un peu cliché mais on est pas loin.

- Combien ? Répéta Mickey agacé

- Mickey, Mickey, Mickey, Mickey... Je suis pas un service de renseignements. Ce que je viens de te dire est de la pure courtoisie mais je vais pas faire tout ton travail. Surtout si cela gâche le mien.

- Toi et moi on sait que je vais le gâcher. Que tu parles ou non. La différence va être l'état dans lequel tu vas finir.

- Je tremble. » répliqua le démon sarcastique.

Ian releva la lame qu'il avait ramenée et entailla - par surprise - la chair au niveau du cou, à quelques millimètres de la jugulaire. Il retira la lame qu'il essuya sur l'épaule du démon :

« - Combien ? Demanda t il d'un ton autoritaire que Mickey ne lui avait jamais entendu prendre.

- Ian ! Ian ! Pitié arrêtes, c'est moi ! S'exclame Lip d'une voix paniquée. Je t'en supplie...

- Lip ? Demanda Ian déconcerté par ce changement soudain et baissa sa garde.

- In nomine patris... » commença Mickey ce qui eu pour effet immédiat de faire hurler le démon.

Le visage de Lip perdit toute trace d'humanité qu'il avait feint. La peau de son visage rougit, fumant légèrement. De son côté, Ian se crispa sur le manche du couteau. Il sentait la colère l'envahir et il fallait qu'il se calme . Mickey arrêta son sermon, ne prêtant plus attention au démon qui se mit à lui hurler dessus.

« - Je vais te tuer Milkovich. Je vais te mettre en lambeaux. Arracher ta peau à main nue et traîner te carcasse dans tout l'enfer. Je vais te faire me supplier d'arrêter, te faire pleurer comme...

- Ça suffit ! » cria Ian.

Si Mickey n'avait même pas daigné écouter les menaces qui lui était adressées, Ian l'avait fait et cela n'avait en rien calmé sa colère. Au contraire cela l'avait mué en rage. Il sentait chaque fibre de son corps prête à exploser et il avait l'impression que la terre tremblait, accompagnant sa fureur. Celle ci était focalisé sur le démon, la chose devant lui qui était dans le corps de son frère mais qui n'était en rien son frère. Il sentit sa respiration se saccader et ses mains picotées. A cet instant précis il n'avait qu'une envie c'était envoyer cette chose au diable. Faire n'importe quoi pour protéger Lip, Mickey. Mickey... Il sentit Mickey à côté de lui, la main sur le manche qu'il tenait dans une tentative de l'apaiser. Il fut ramené à la réalité par le bruit de la table retombant sur le sol, faisant tomber tous les instruments installés dessus et réalisa que le démon le fixait stupéfait. Il entendit que Mickey s'adressait à lui mais il était trop obnubilé par la colère pour détourner le regard et l'écouter. Ce n'était pas l'avis de Mickey qui lâcha un instant Ian pour venir placer ses mains de chaque côté de son visage et le força à tourner la tête pour le regarder. Il aperçut alors les yeux rempli de colère du jeune Gallagher s'adoucirent quelque peu lorsqu'ils se posèrent enfin sur lui mais il le senti encore tendu sous ses doigts. Il prit une voix calme, tentant d'apaiser :

« - Hé hé ! Tout va bien. Regarde moi, insista t il quand Ian voulut de nouveau regarder le démon, te laisse pas embobiner par ses stupidités. Les démons comme lui sortent constamment ce genre de connerie.

- Il possède mon frère, il donne aucune info... Il mérite pas de s'en sortir comme ça, grogna Ian.

- Ça va pas être le cas, continua Mickey sans prêter attention a Lip qui s'était mis à baragouiner, fais moi confiance.

- Comment ?

- C'est lui l'héritier ?! S'exclama le démon assez fort pour rapporter leur attention. Et tu le savais...

- Je t'ai dis que je ferais foirer tes plans, rétorqua Mickey sans lui accorder un regard et continua de fixer Ian : j'ai un sort qui devrait permettre à ton frère de reprendre le contrôle de son corps. Momentanément.

- Impossible, cracha le démon. Tu ne peux pas faire ce sort.

- En effet, moi non, répondit calmement Mickey en daignant enfin accorder son attention au démon, mais lui si. Après tout, tu viens de le dire toi même : c'est l'héritier. Alors si quelqu'un en a le pouvoir ça doit être lui, non ? »

Azazel ne répondit pas et se contenta de lancer un regard noir à Mickey : ce qu'il venait de dire était incontestable, ils le savaient l'un et l'autre. Néanmoins Mickey était également conscient qu'Ian n'était pas réellement maître de ses pouvoirs et que la frontière entre le sort qu'il prévoyait et un véritable exorcisme était mince entre les mains du jeune Gallagher. Il devait pourtant prendre le risque. Il était vital qu'il parvienne à obtenir des informations du démon, qu'il le veuille ou non, mais il ne pouvait néanmoins se permettre ses techniques habituelles sur le frère d'Ian. Voir ce dernier soulagé et apaisé par son idée, le rassura. Si Ian était calme, ils auraient plus de chance d'obtenir les résultats qu'ils souhaitaient. Pour la première fois depuis très longtemps Mickey était confiant : Ian réussirait le sort. Pour la première fois, Mickey avait confiance en quelqu'un d'autres qu'en lui même.

« - Ok, alors je vais avoir besoin que tu remontes à l'appartement chercher deux, trois trucs pendant que je commence à installer. Tu vois le placard dans le salon où Mandy range ses conneries de magazines et tout ? demanda-t-il ce qui lui valut un hochement de tête d'Ian : Derrière il y a une boite et j'ai besoin que tu récupère cinq bougies à l'intérieur. Elles sont blanches normalement. Dans la cuisine, prends le gros paquet de sel dans le placard. Et dans ma chambre attrape le chapelet sur la commode avec une des craies qu'il y a dans le cendrier à côté.

- C'est tout ?

- Oui. Vas y, je commence à faire ce qu'il faut ici." Répondit-il en prenant la lame des mains d'Ian et en le poussant gentiment vers la sortie. Il attendit d'être seul pour se tourner vers Lip, l'arme toujours en main : " A nous deux maintenant."

§

Lorsqu'Ian redescendit du loft quelques minutes plus tard, il faillit lâcher tout ce qu'il tenait sur le pas de la porte. Il ne lui était pas venu à l'esprit de demander ce à quoi penser Mickey quand il disait "qu'il allait commençait à tout préparer" et avec du recul il se dit qu'il aurait mieux fallut qu'il le fasse. Sur le coup, il eut crût à un carnage, que quelque chose c'était produit et que Mickey avait dû se défendre mais en regardant plus attentivement tout le sang qu'il voyait était placé de façon précise à former des symboles. Il y en avait au moins un sur chaque mur et d'autres au sol, autour de la chaise où était assis son frère. Ce dernier avait également un peu de sang sur ses bras et son visage. Pendant une seconde, Ian se demanda si Mickey avait utilisé le sang de Lip pour faire tout cela mais réalisa rapidement en voyant Mickey, qu'il avait utilisé son propre sang pour cela. En effet, la main qu'il avait blessée tout à l'heure était à présent emmaillotée dans un bandage de fortune, dont la partie au niveau des phalanges était de nouveau rouge.

Il s'approcha de Mickey, qui remettait en place ses outils sur la table, et déposa ce qu'il portait juste à côté. Sans rien dire, Mickey attrapa les bougies et les déposa sur chaque symbole tracé par terre puis utilisa la craie pour compléter le cercle au sol ainsi que dessiner un autre symbole sur l'arrière de la porte qu'il ferma. Finalement il utilisa le sel pour faire le tour de la pièce, sécurisant le tout. Il prit ensuite le chapelet qu'il tendit à Ian :

« - Ça c'est pour toi, ça t'aidera à focaliser ta concentration plus qu'à réaliser le sort. Prend le.

- Et ensuite ? demanda Ian.

- Ensuite, tu vas devoir faire ce que je te dis et si tout se passe bien on devrait pouvoir parler à Lip.

- A part enfoncer le clou quand Lip perdra le contrôle, rappelle moi pourquoi on fait ça ?

- Tu l'as dit, Azazel ne donne aucune information mais il peut se jouer de toi car il partage ce que sait ton frère. La réciproque est vraie. Si tu réussi, tu pourras vérifier que ton frère va bien et il pourra nous dire ce que sait Azazel vu qu'il aura aussi accès à ses infos. Enfin en grande partie.

- Tu es sûr que ça marche ?

- On en sera sûr que si on essaye. Prêt ? »

Ian soupira et hocha la tête. Incertain de ses capacités. Certes Mickey lui avait dit qu'il apprendrait à contrôler ses pouvoirs mais il avait seulement pensé au fait d'avoir enfin la main sur ses rêves, pas d'activement les utiliser pour un sort. Il ne s'en croyait pas tellement capable et ceci malgré l'exorcisme qu'il avait fait la dernière fois qu'il avait accompagné Mickey. Mais si celui-ci l'en croyait capable, il était prêt à lui accorder le bénéfice du doute et à essayer. Ian suivit Mickey et s'installa comme il le lui indiquait face à son frère. D'une main, il prit le chapelet et se concentra sur la sensation des perles entre ses doigts. Il ferme les yeux, laissant la voix de Mickey le guider. Il suivit ses instructions à la lettre : répétant chaque mot qu'il devait dire, mimant chaque geste qu'il lui indiquait de faire. D'une certaine façon Mickey avait de nouveau le contrôle totale de sa personne mais pourtant il ne se sentait en rien différent, pas comme cela avait pu être le cas il y a juste un moment. Désobéissant aux indications du jeune Milkovich, Ian ouvrit un œil pour établir la situation : tout était exactement de la même façon. Le manque de résultat n'échappa pas a Mickey également et il fronça les sourcils en voyant qu'Ian n'était plus concentré. Cela ne fonctionnait pas. Il réfléchit, il lui fallait un plan B pour déclencher ce qu'il fallait chez Ian pour qu'il utilise ses pouvoirs. Il tenta de se remémorer les fois où cela c'était produit, cherchant le dénominateur commun, et cela fit tilt : la colère. Chaque fois qu'Ian avait manifesté ses pouvoirs devant lui, il était en colère. Il avait beau le vouloir calme pour contrôler ses pouvoirs, apparemment il allait devoir l'énerver s'il voulait déclencher quoique ce soit.

« - T'es sérieux la ? Tu peux faire un effort ? Demanda t il en mettant le plus d'agacement possible dans le son de sa voix.

- J'essaye, se plaignit Ian

- Et moi j'essaye de gagner le prix Nobel, mais si tu mets aucune volonté ça va pas marcher.

- Vas chier c'est la première fois !

- Bouh hou. Tu veux que je pleure peut être ?

- Je t'emmerde Mickey. C'était ton idée, fallait pas t'attendre à grand chose.

- C'est sur que j'aurai pu demander à n'importe quel péquenaud dans la rue cela aurai été pareil, râla Mickey. Tu sais quoi, on devrait s'épargner tout ça et tuer Lip tout de suite. Je vais m'en charger pour être sûr de réussir.

- Tu touches à lui je te préviens que ça va mal aller.

- Ah ouais ? Et là tu seras capable de faire quelque chose du premier coup au moins ? » Se moqua Mickey.

Ian le toisa, la colère qu'il avait ressenti plus tôt l'envahissant de nouveau. Il la sentait bouillonner en lui. Mickey pouvait le voir sur son visage et il observa attentivement pour voir si son plan fonctionnait mais rien. Ian tourna les talons furieux, prêt à quitter la pièce. Mickey fit alors la seule chose qu'il avait refusé de s'admettre. Il utilisa le plan C qui traînait dans le fond de sa tête mais qui lui semblait trop prétentieux pour réellement marche.

«- Ian, appela t il pour attirer son attention, tu vas vraiment te barrer comme ça ? Tu vas jouer les gonzesses ?»

Tout en parlant il bougea légèrement, pénétra dans le pentacle où était enfermé Azazel. Il savait qu'en bougeant encore un peu il serait assez proche du démon pour être en danger s'il ne faisait pas attention mais il savait aussi qu'Ian avait ses yeux posés sur lui. Il continua comme si de rien n'était jusqu'à ce qu'il soit à porter de main de Lip. Comme il s'y attendait il lui attrapa le bras comme il le pût, tirant sur ses liens pour tordre le bras de Mickey qui hurla plus fort que nécessaire. Les yeux d'Ian s'agrandirent quand il réalisa que Mickey avait pénétré le pentacle mais il n'avait pas eu le temps de l'arrêter avant qu'il ne soit trop proche du démon. Maintenant qu'il était en position de faiblesse, Ian sentit la colère contre lui se tourner vers le démon. Une sensation qui commençait à lui être familière commença à le gagner. Ses paumes le démangèrent, une chaleur gagna sa poitrine. Il fixait Lip comme il l'avait regardé il y a peu et lorsqu'il regarda Mickey, il souriait. Cet idiot avait un sourire au coin et lui ordonna de recommencer le sort, comme si tout allait bien. Il voulut riposter mais son instinct lui disait d'écouter Mickey. Il rapporta son attention sur le démon, répétant les paroles qu'il avait dites sans succès il y a quelques minutes.

Cette fois ci le démon réagit, il lâcha Mickey qui s'éloigna rapidement et hurla, le visage vers le plafond. De la fumée s'éleva de tout son corps, comme s'il allait s'enflammer d'une seconde à l'autre. La pièce se mit à trembler et à tourner légèrement sous les yeux d'Ian. Il continuait a marmonner les mêmes mots en boucle avec comme seul idée en tête de voir disparaître le monstre devant lui. Mickey dut ressentir sa haine car il vint se placer juste derrière lui et lui murmura de se calmer, que tout allait, qu'il pouvait réussir. Sentir Mickey à ses côtés l'apaisa et il répéta une dernière fois le sermon avant qu'une lumière éblouissante venant du corps de Lip ne les oblige à détourner le regard. Le tout fut accompagné d'un cri inhumain puis plus rien. Comme lors de son exorcisme, la pièce fut alors plongé dans le silence. Ian se sentait vide mais le fait de voir Lip inconscient surpassa la fatigue par de la panique. Il voulut accourir à ses côtés mais fut retenu d'un geste ferme par Mickey qui observait attentivement la scène.

« - Laisse lui une minute.

- Mais... » commença Ian

Il fut interrompue par Lip qui reprit connaissance, cherchant une bouffée d'air comme s'il échappait de justesse de la noyade. Il avait le souffle court et voulut porter sa main à sa gorge mais fut retenu par ses liens.

« - Ian ? Demanda t il visiblement surpris. Qu'est ce qu'il se passe ? »


Note : Ce fut un long chapitre. J'ai failli le couper mais en réalisant la date de ma dernière mise à jour, je me suis dit que je vous devais cette longueur. Je me suis tout de même arrêter de façon un peu cliché sinon le chapitre aurait été encore plus long !

Pour me faire pardonner de cette longue période sans update (et exorciser les effets du season final), je vous propose également d'aller jeter un coup d'œil au petit truc que j'ai gribouillé aujourd'hui (AKA. "Better than me") ;)