Poisson.

Je suis assis sur l'une des nombreuses berges de la rivière qui se trouvent dans le village et dans mes mains, une canne à pêche. Alors que la ligne semble disparaître au loin, je veille attentivement à ce que la partie colorée flottant à la surface, ne disparaisse pas sous l'onde, afin de m'annoncer qu'un poisson a mordu à l'hameçon. Pour l'heure, il ne s'est toujours rien passé et je suis bien content que les nuages sont venus se placer devant le soleil. Au moins, je ne grille pas pour rien. Soudain, quelqu'un vient se placer à mes côtés et j'évite de regarder qui c'est, en cas si un poisson devait se manifester.

- Joli temps pour pêcher, n'est-ce pas ?

Celui qui vient de me poser la question n'est autre que Curt, l'ours grincheux du village.

- Exactement mais même s'il fait bon, ce n'est pas pour autant que les poissons mordent. J'en n'ai attrapé aucun depuis que j'ai commencé.

- Et cela fait longtemps que tu as débuté ?

- Je suis là depuis huit heures du matin.

- Et il est …

- Onze heures.

- Quoi ? Tu as attendu tout ce temps ?

L'ours est choqué par ce qu'il vient d'entendre alors que moi, je reste très concentré sur ce que je fais. Quelques secondes plus tard, l'ours prend place à mes côtés en posant son postérieur sur la berge et regarde les nombreuses formes noires se promener sous la surface de l'eau.

- Pourtant, ils ont l'air nombreux ce matin.

- C'est ce que je me dis aussi Curt et pourtant, aucun d'entre eux n'a le courage de mordre. Pourtant, ce n'est pas faute de changer l'asticot lorsque le précédent ne bouge plus. Cela m'énerve.

Je m'écouterais, je poserais ma canne à pêche sur la berge et je rangerais mes affaires afin de rentrer chez moi. Toutefois, je suis tellement motivé à attraper l'un de ces poissons que je me sens comme maintenu ici par une force invisible. Je ceux partir mais j'ai peur de faire le moindre mouvement et de louper celui qui pourrait finir dans ma poêle ce soir. J'ignore ce que je dois faire.

- Tu veux que j'aille t'en chercher un ? Me propose l'ours.

- Parce que tu ferais ça ?

- Ben oui. Tu oublies que nous sommes d'excellents pêcheurs, nous, les ours.

Imaginer un ours pécher dans la rivière, avec un pansement sur le front me fait doucement rire. D'ailleurs, la scène est tellement cocasse que j'ai du mal à étouffer cette expression de joie qui habite mon cœur. Bien sûr, Curt s'en rend compte et cherche à savoir ce qui se passe.

- Pourquoi rigoles-tu ?

- A cause de la scène que je suis en train de me faire dans la tête. T'imaginer en train de pécher avec ton pansement sur la tête, ça me fait trop rire.

Et voilà que je rigole sans veiller à me montrer le plus discret possible. Vexé, Curt me pose l'une de ses pattes sur le dos et me pousse dans l'eau. Une fois que je me retrouve avec les poissons, je fais surface et recrache l'eau que j'ai pu avaler. De son côté, l'ours s'est relevé et me dit une dernière phrase avant d'y aller.

- Cela t'apprendra à te moquer de moi.