Chapitre 10 : Les autres

Pendant quelques jours, aucun des quatre jeunes ne quitta le loft. Si Iggy était contraint de partager son temps entre lit et canapé à cause de ses blessures, les autres se servirent de cela comme d'une parfaite excuse. La vérité était que Mandy n'osait pas laisser ses frères seuls à cause de leurs santés, Mickey ne voulait pas prendre le risque de tomber sur son père ou de laisser Mandy sortir seule alors qu'Ian se sentait encore coupable de sa disparition temporaire et s'était mentalement promis de ne plus infliger cela à Mickey. Tous ce petit monde vécut pendant quelques temps de plats à emporter, de conserves et de relations avec l'extérieur via ordinateurs et téléphones.

Mickey avait profité de ces jours reclus pour joindre ses contacts et se renseigner sur la localisation de son père, ainsi que de personne susceptibles de faire un job pour lui. Il avait besoin de faire passer un message aux Ramirez mais ceci devait se faire dans la plus grande discrétion. Il avait aussi demandé à Mandy et Ian de passer quelques coups de fils pour évaluer un peu la situation actuelle pour les préparatifs du rituel. Iggy regardait la télévision avec Ian sur le canapé tandis qu'il était installé sur la table avec son ordinateur quand Mandy sorti de sa chambre en soupirant, téléphone encore en main.

« - J'en ai marre de jouer ta secrétaire ! S'exclama-t-elle en se laissant tomber sur la chaise face à Mickey. J'étais d'accord pour t'aider mais pas pour prendre tes messages perso.

- De quoi tu parles ? Demanda-t-il en levant les yeux de son écran.

- Joe. Apparemment il essaie de t'appeler mais tu réponds pas, ni ne rappelles. Il m'a dit qu'il t'as laissé plusieurs messages.

- Il fait chier. Tu lui as dit quoi ?

- Que t'avais un boulot hors de la ville. Si tu réponds pas j'allais pas dire que tu glandais dans la pièce à côté.

- Il nous reste combien dans la réserve ? Questionna-t-il abruptement

- Pardon ? Pourquoi t'en a besoin ?

- J'ai besoin de fric, ça me parait évident. Étant donné que je suis celui qui rempli le plus cette fichue réserve je pense pas avoir à me justifier.

- OK. Je change ma question alors, pourquoi tu dois payer Joe cette fois ? Vous aviez pas un arrangement ?

- Divergence d'opinion, marmonna Mickey en jetant un coup d'œil furtif à Ian. J'ai dit que je le paierai, point. Alors ?

- On est presque à sec si tu t'en sers, marmonna Mandy. On a un peu abusé sur la bouffe.

- J'ai pas récupéré mon dernier chèque. Va voir Lana et sers toi en pour payer, proposa Iggy depuis le canapé sans décrocher les yeux de sa rediffusion de Walking Dead.

- C'est bon, de toute façon fallait que j'aille la voir. Ça fait un moment, y a moyen qu'elle est un boulot dans mes cordes. Histoire de renflouer les caisses, dit Mickey et ferma le clapet de l'ordinateur. Je prends la voiture.

- Je peux t'accompagner ? Demanda Ian depuis le canapé. J'aimerai parler avec Svetlana.

- Pourquoi pas, mec. Bouges, je voudrais y aller pendant que c'est calme là-bas.

- Minute, intervint Mandy en levant une main pour attirer l'attention, Tu comptes aller au club maintenant ?

- C'est ce que je viens de dire il me semble...

- Ok, on est dans un univers alternatif ? Une putain de sitcom ? Vous sortez comme ça, comme si tout allait bien ? Faut vraiment que je dise tout haut ce que tout le monde pense tout bas depuis ces derniers jours ? Faut vraiment que ça soit moi qui casse votre délire en vous rappelant que – même si personne ose l'avouer - on se cache comme des rats dans notre appart' principalement pour éviter de croiser notre père ? Tu crois franchement que c'est une bonne idée d'aller là où bosse Iggy ? Là où papa sait qu'il a une chance de te voir vu que c'est toi qui as trouvé le boulot à Iggy ? »

Mickey baissa les yeux, sachant pertinemment que sa sœur avait raison. Il fallait qu'il revienne à la réalité : ces derniers jours n'avaient pas été une parenthèse durant laquelle il profitait de ces journées à la maison pour mettre en place un plan pour se venger du vieux Ramirez et de ses soirées seul avec Ian sur le canapé. Il ne pouvait plus sortir comme bon lui semblait, mettre les pieds n'importe où dans la ville sans craindre de croiser une connaissance qui le balancerait à son père. Il fallait qu'il reprenne ses habitudes, son armure. Il fallait qu'il réapprenne à être méfiant car sans s'en rendre compte il s'était peu à peu adoucit.

« - C'est bon, relaxes. Je vais lui passer un coup de fils et lui demander de nous retrouver quelque part. Ça te va mieux comme ça ?

- Elle pourrait aussi venir ici, proposa Mandy.

- Ça pourrait être une bonne idée en théorie mais elle mettra pas les pieds ici. Je te rappelle qu'il y a certaines règles.

- Vraiment ? Je les croyais obsolètes, dit elle en jetant innocemment un œil en direction d'Ian.

- Ta gueule. Elles sont toujours valables, point. Maintenant si tu veux bien m'excuser, j'ai des coups de fils à passer. » Prenant la direction de sa chambre il attrapa le téléphone de Mandy sur la table : « Et j'ai plus de crédits. Ce qui est à toi, est à moi non ?. » Ajouta-t-il avant de filer.

« - On est pas mariés, connard !

- C'est quoi cette histoire de règles ? Quand on mets les pieds ici on a plus le droit de partir ? » Plaisanta Ian en quittant le canapé pour venir la rejoindre à table. « Parce que je crois que c'est la seule condition sous entendue que j'ai compris quand vous m'avez ramené.

- Oui, non. Toi on t'a ramené pour protéger ta vie. C'est une exception que Mickey a fait parce qu'habituellement il accepte de ramener que les personnes à qui il confierait sa propre vie. Même si j'ai l'étrange sensation que ça devient plus ou moins le cas avec toi aussi. » murmura-t-elle plus pour elle même qu'à l'attention particulière d'Ian.

§

Le brouhaha de la foule, le passage incessant autour de lui, tout cela le mettait étrangement mal à l'aise. Il avait pensé pouvoir se cacher dans la foule mais il se sentait encore plus exposé. Finalement Mandy avait peut être raison : il aurait dû céder sur ses principes et dire à Svetlana de venir au loft. Pour la troisième fois en moins de cinq minutes il jeta un œil sur l'heure de son téléphone avant de scruter de nouveau les alentours au peigne fin. Il n'avait pas décroché un mot depuis qu'ils s'étaient installés à la terrasse de ce bar et Ian n'avait pas émis la moindre tentative pour entamer la conversation, se contentant d'attendre patiemment. Il enviait ce calme apparent, cette capacité qu'avait Ian à paraître détendu malgré les circonstances alors que la nervosité dévorait chaque fibre de son corps. Le seul moment où il se sentait serein était quand il se battait, du moins jusqu'à récemment. Il avait découvert depuis peu que, souvent, se retrouver seul avec Ian parvenait également à l'apaiser mais pour le moment les risques de croiser d'anciennes connaissances – ou pire son père – étaient trop importants pour que cela fonctionne.

Son attention fut attirée par une élégante et familière silhouette s'approchant. Une énorme paire de lunettes de soleil et un chapeau aux bords longs cachaient une grande partie du visage de la jeune femme mais sa robe noire toute simple rendait justice aux courbes de son corps. D'un pas léger mais assuré, elle s'approcha de la table où étaient installés les deux jeunes hommes et se glissa sur la chaise libre qu'il restait. Elle retira ses lunettes qu'elle rangea dans son sac et dont elle sorti en échange une enveloppe blanche qu'elle déposa face à Mickey. Il fixa Svetlana avant de jeter de nouveau un coup d'œil aux alentours :

« - Je te demande d'être discrète et toi, tu viens en te prenant pour une putain d'Audrey Hepburn ?

- Le chèque de ton frère. Nie za chta. Dans ces conditions, j'ai été ravie de vous revoir les garçons. Do svidaniya, dit elle en commençant à se lever.

- Attends, intervint Ian en posant une main sur son bras, fais pas attention à lui. Il est un peu à cran. Merci d'être venu.

- Il est toujours à cran, ce n'est pas à moi de supporter ses réflexions. Si tu veux que je reste, tu es responsable de lui, moï kotik.

- Parlez comme si j'étais pas là, maugréa Mickey, ou comme si c'était pas moi qui vous avez présenté.

- Mickey tu nous aide pas, marmonna Ian. Tu voulais pas lui parler ? Avant que je lui parle de ce qui me concerne ? »

La nervosité lui faisait perdre le contrôle. Perdre le contrôle l'agaçait et la colère prenait alors le pas sur son tempérament mais Ian avait raison : il avait voulu voir Svetlana pour une raison bien précise. Même si cela était plus pénible que de se faire recoudre sans anesthésiant, il fallait qu'il lèche les bottes de Lana. Ou du moins qu'il arrête de jouer les crétins.

« - 'Scuse Lana. Je voulais savoir – vu qu'Iggy est pas en état en ce moment – si t'avais pas besoin d'une paire de bras en plus ?

- Non.

- Non ? Direct, sans prendre le temps de réfléchir ? Tu dois bien avoir un petit boulot, n'importe quoi. Je suis même prêt à récurer tes chiottes si tu veux...

- Non, répéta Svetlana. Rappelles toi la dernière fois que je t'ai donné un boulot !

- La dernière fois ? Putain, soupira Mickey, je te le redis : je te jure que je savais pas que l'urne était fausse ! J'avais tout vérifié et c'était bon !

- Au final, elle était tout de même fausse et mon sort n'a pas fonctionné. J'avais payé, Mickey et je pense avoir été sympa avec toi pour ne pas me sentir coupable de ne pas t'aider.

- Et moi ? Je peux peut être faire quelque chose ? On a vraiment besoin de ce fric. S'il te plaît ? Demanda Ian avec ses yeux de labrador triste. Je tire sur leur réserve, je voudrais aider.

- Ian...

- Non Mickey, je suis sérieux. »

Svetlana croisa les bras sur sa poitrine, observant attentivement Ian et Mickey alternativement. Elle sembla réfléchir, pesant le pour et le contre de la proposition du jeune homme. Ses yeux s'attardèrent sur le regard implorant d'Ian avant de décroiser les bras et de capituler :

« - Kharacho. C'est la dernière fois : tu merdes, tu demandes plus de job. Compris ? Et c'est valable pour tous les deux. »

Parfaitement synchronisé, les deux garçons hochèrent la tête en signe d'acceptation. Elle vit parfaitement les deux jeunes luttaient pour retenir un sourire, ce qui la fit soupirer d'agacement. Encore une fois elle se prenait à materner ces deux idiots mais c'était plus fort qu'elle. Elle croisa les mains sur la table dans une tentative de se donner une certaine posture autoritaire.

« - J'ai potentiel nouveau client.

- Un nouveau client potentiel, tu veux dire ? La corrigea Mickey.

- Quand tu apprendras le russe, tu pourras corriger, s'offusqua Svetlana. Je parlais donc de nouveau client : cela fait des jours qu'il insiste pour me vendre un objet. Une statuette Maya d'après lui. Tu y vas, tu vérifies la marchandise pour moi.

- C'est tout ? Demanda Mickey.

- Et tu merdes pas mais j'ai pas à le préciser...

- Évidemment que non. Et où... »

Mais Mickey fut interrompu au milieu de sa question par la sonnerie du téléphone d'Ian. Celui-ci se pressa de l'attraper dans sa poche :

« - Merde. Désolé, je croyais l'avoir coupé, puis réalisant le nom qui s'affichait à l'écran, c'est Kev, je ferai mieux de répondre.

- Kev comme ton voisin Kevin ?

- Ouai, répondit-il en hochant la tête avant de s'adresser à son interlocuteur, ouai Kev, qu'est ce qu'il se passe ?

- Pas bon, commenta Svetlana à Mickey, mauvaises ondes.

- Toi et ton charabia...

- Quoi ?! S'exclama Ian en coupant Mickey. Quand ?... Où est Fi ?... Ok, ok. Je... je préviens Mickey et j'arrive. Ouai, non je viens au plus vite !

- Je t'enverrai les détails du boulot par téléphone, informa Lana.

- Hein ? Que... C'est quoi ce bordel ? Il se passe quoi là ? Demanda Mickey totalement confus tandis qu'Ian raccrochait son téléphone.

- On doit aller chez moi, maintenant.

- Que... pourquoi ?

- Debbie a disparu. » répondit simplement Ian en se levant.

§

Ian l'avait fait marcher au pas de course depuis le café où ils étaient jusqu'à la maison des Gallagher. Malgré l'imbécillité évidente de courir vers ce qui semblait être un piège, Mickey le laissa faire. Incapable de lutter contre l'inquiétude qui marquait le visage d'Ian, sachant pertinemment qu'il ferait de même s'il s'agissait de Mandy, il se contenta d'élaborer mentalement un plan afin de limiter les dégâts.

Arrivés dans la rue d'Ian, ils passèrent devant la maison pour filer rejoindre Fiona qui les attendait sur le perron de Kevin et Veronica. Elle se leva des marches en les voyant arriver et se jeta dans les bras d'Ian, soulagée de le voir. Elle le sera étroitement contre son corps, lui coupant presque le souffle mais son jeune frère la laissa faire, sachant pertinemment qu'elle avait besoin de cela pour se rassurer. Lorsqu'elle estima leur étreinte suffisante, elle le relâcha enfin mais garda ses mains sur ses bras. Plongeant son regard dans celui de son frère, elle soupira :

« - Tu peux pas savoir comme ça fait du bien de te voir...

- Tu m'as manqué aussi, répondit Ian en prenant les mains de sa sœur dans les siennes.

- Qu'est ce qu'il s'est passé ? » Demanda Mickey intervenant dans leur échange : « Elle était à l'intérieur quand ça s'est produit ?

- Oui, répondit Fiona en tournant la tête vers lui, on était à court de nourriture. Alors j'ai pris Liam avec moi mais j'ai laissé Deb' et Carl à la maison. Avec tout ce que t'as fait j'ai pensé qu'ils seraient en sécurité. En revenant, Carl était affolé et Deb' avait disparu. Je me suis même pas absentée une heure ! S'exclama la jeune femme les yeux brillants.

- C'est pas ta faute Fi', la rassura Ian.

- Je vais aller faire le tour de la maison histoire de voir ce qui a pu se passer. Vous, allez à l'intérieur. » Ordonna Mickey calmement avant de rebrousser chemin vers la maison des Gallagher.

Les deux Gallagher l'écoutèrent et montèrent les marches pour pénétrer dans la maison de leurs amis. Ian aperçut ses petits frères sur le canapé, à regarder la télévision avec Kevin. Plus précisément, Liam dormait sur l'un des coussins tandis que Carl était collé à Kev et fixait intensément l'écran, ne détournant même pas les yeux lorsque la porte claqua derrière eux. Ils rejoignirent Veronica dans la cuisine tandis qu'elle préparait du café. Ils s'installèrent tous en silence autour de la table pendant un moment, des tasses fumantes apparaissant devant eux grâce à Vee. Fiona tenait fébrilement son mug, le regard plongé dans le vide et légèrement humide. Ian déposa une main rassurante sur son bras, le serrant affectueusement, et attira son attention :

« - Ne te sens pas fautive, dit-il finalement, c'est moi qui vous ai mis dans cette situation.

- Non Ian, je suis responsable de vous. Vous êtes des gosses, je devrai pas vous quitter des yeux. C'est à moi de prendre soin de vous.

- Arrêtez tous les deux, intervint Veronica, vous êtes tous des gosses. Une bande de gosses laissée par ses irresponsables de parents et qui a su se débrouiller toute seule comme elle l'a pu jusque là. C'est normal qu'un jour quelque chose vous échappe. On peut pas tout contrôler.

- Elle a raison. » résonna la voix de Mickey derrière eux, les prenant tous par surprise. Il s'approcha de la table et continua : « Surtout que, de ce que j'ai vu, tous les pièges sont niquels. Si elle n'a pas mis un pied dehors, un démon n'a pas pu faire ça.

- Carl m'a juré qu'elle était à l'intérieur, répondit immédiatement Fiona. Il était au salon, elle dans sa chambre et il n'a vu personne au rez-de-chaussée. Il m'a dit avoir entendu un bruit strident et comme une explosion de verre à l'étage. Il était mort de peur, il monté chercher Debbie mais une fois en haut il ne l'a pas trouvé. Il n'a vu que le miroir de sa chambre explosé et sa...

- Fenêtre, la coupa Mickey. J'ai vu ça de dehors mais le piège n'a pas bougé à ce niveau là.

- Alors si c'est pas un démon, qu'est ce qui s'en est pris à elle ? S'inquiéta Ian.

- Il y a une autre possibilité même si j'ai jamais eu une grande conviction à ce sujet. Il est possible que si ce ne soit pas des démons, ce soit... les autres. Je veux dire qu'il y a d'autres êtres surnaturels qui ont pu passer mes pièges. Après c'est peut être stupide...

- Mickey, si tu a une idée de qui a pu s'en prendre à ma petite sœur, l'implora Fiona sans comprendre où il voulait en venir.

- Si on croit au diable et à son armée de démons, il faut peut être être d'accord pour imaginer qu'il y a aussi un Dieu et ses... ses anges, soupira Mickey.

- Des anges, vraiment ? Pourquoi ? Je veux dire : pourquoi s'en prendre à Debbie ? C'est qu'une enfant et les anges... c'est censé être des gentils, non ? S'interrogea Ian.

- Il faut plus les voir comme des petits soldats que des chérubins d'après les histoires que j'ai entendu. J'ai jamais eu de contacts avec eux, je... je sais même pas comment vérifier cette théorie, avoua Mickey en se tordant les mains.

- Vraiment ? Avec... tout ce que tu fais ?

- Je pars du principe qu'ils existent parce que les démons existent mais j'ai aucune preuve sinon. On est pas trop potes ou du moins je suppose qu'ils en ont pas grand chose à foutre de ma gueule.

- Mickey, murmura Fiona avant de se lever et de le prendre dans ses bras, le mettant horriblement mal à l'aise mais il ne la repoussa pas.

- Il faudrait trouver un moyen pour leur parler, quelqu'un qui..., commença Ian en se stoppant en plein réflexion.

- "Quelqu'un qui" ? répétèrent à l'unisson Fiona et Mickey en se tournant vers lui.

- Je connais peut être quelqu'un qui pourrait nous aider !

- Tu connais quelqu'un ? S'étonna Mickey.

- Oui. Enfin, je suis pas sûr. C'est tiré par les cheveux mais c'est par rapport à ce qu'il m'a dit... je pense que ça vaut le coup.

- Et on le trouve où ce "quelqu'un" ?

- Ça fait combien de temps que t'es pas allé dans une église Mick? »

§

La chaleur extérieure n'était pas si étouffante que la première fois qu'il était venu, néanmoins la fraîcheur de l'église les frappa dès l'instant où ils mirent un pied à l'intérieur. Tout comme la dernière fois, l'endroit était silencieux même si cette fois deux, trois personnes était présentes : priant et allumant des cierges.

Les deux jeunes hommes avancèrent le long de l'allée centrale. Ian chercha du regard le prêtre auquel il s'était confessé la dernière fois sans parvenir à le trouver. D'un signe de tête, ils se mirent d'accord et s'installèrent sur un banc, attendant d'apercevoir l'aumônier. Il ne fallut pas longtemps avant qu'un claquement de pas derrière eux n'attire leur attention et qu'Ian se retrouve face à l'homme qui l'avait conseillé d'aller voir sa mère. Il se leva d'un bond de sa place, tendant solennellement sa main :

« - Bonjour mon père, s'exclama t il à voix basse.

- Bonjour mes fils, répondit il en lui serrant la main, bienvenue à Sainte Hedwige. Que puis je faire pour vous messieurs ?

- Vous ne vous souvenez peut être pas de moi mon père, je suis venu pour la première fois il y a quelques semaines...

- Oh bien sûr, la confession digne d'un film. » plaisanta l'homme et Ian imaginait déjà un sourire moqueur sur les lèvres de Mickey. « Es tu allé voir ta mère finalement ?

- Euh oui mais... Euh, elle...

- Elle est décédée, intervint Mickey en s'approchant à son tour. Serait-il possible de vous parler dans un endroit un peu plus privé mon père ? »

Le regard grave qu'il lui adressa surpris légèrement le prêtre mais finit par les conduire à l'arrière de l'église, dans une petite salle qui devait servir au catéchisme ou à d'autres réunions. Les trois hommes s'installèrent sur des chaises qui étaient disposées en cercle. L'homme d'église croisa les mains sur ses cuisses, dans une posture droite, attendant que l'un des jeune homme prenne la parole. Ce fut Ian qui, après avoir pris une profonde inspiration, se lança.

« - Voilà, c'est un peu... Bizarre. Peut être tiré par les cheveux et j'ai peut être mal interprété...

- Va droit au but, l'interrompit Mickey

- Oui. Désolé, se reprit Ian, la dernière fois que je suis venu vous m'avez dit que si on avait l'esprit assez ouvert on pouvait se rendre compte que certaines choses de la bible sont vraies. Il y a des genres de contes mais que des parties existent. Vous... Vous parliez d'expérience ? Vous en êtes toujours convaincu ?

- Alors vous l'avez expérimenté ?

- Vous saviez ?! S'étonna Ian. Pourquoi n'avoir rien dit ?

- Je suis un homme d'église, je vous ai dit ce que j'ai pu sans passer pour un fanatique.

- Mon père recentrons nous un peu, déclara Mickey. Si vous croyez aux anges et aux démons, réellement et pas que dans le terme de votre travail, ça va nous faciliter les choses car nous avons un service assez particulier à vous demander.

- Comment ça ? S'étonna le prêtre. Je ne suis qu'un homme de foi vous savez...

- On a compris, le coupa Mickey sèchement, mais vous êtes un peu lié à tout ce qui est ''Bon Dieu et anges'' et justement on voudrait se brancher sur la ligne angélique.

- Je... je... » balbutia l'homme avant de fermer la bouche sans répondre.

Les deux garçons le fixèrent, attendant impatiemment de savoir ce qu'il allait dire mais la suite ne vint pas. Malgré leurs regards insistant l'homme garda le silence, semblant presque honteux. Finalement Mickey craqua : il n'était, certes, généralement pas d'une grande patience mais il n'avait également pas le temps et l'envie de traîner d'avantage dans les parages. Il pressa alors son interlocuteur :

« - "Vous" quoi ? On va pas coucher là : vous avez un moyen de communiquer avec des anges oui ou non ?

- Oui et non, répondit l'autre timidement, je ne peux pas vous dire que je sais comment faire mais je sais qu'à l'occasion un envoyé de notre Seigneur s'est adressé à moi.

- Et qu'est ce qu'il a dit ? Demanda Ian.

- Il... il m'a demandé d'être aux aguets contre les malicieux, enfin les démons, et de leur jeune élu... comme quoi un grand plan serait en marche.

- Et vous n'avez aucun moyen de les joindre ?

- Prier, offrit le prêtre ce qui lui valut des regards sceptiques d'Ian et Mickey, l'ange m'a certifié être à l'écoute de chaque prière qui lui ai adressé. Je pense que cela serait un moyen de l'appeler. Vous joindriez vous à moi pour rendre l'appel plus fort ?

- Pour... pourquoi pas, bredouilla Ian.

- Vous vous foutez de moi ? Faîtes vos machins sans moi, je reste là pour quand le petit soldat de Dieu se ramène. » maugréa Mickey en croisant les bras sur son torse dans un geste résolu.

Ian leva les yeux au ciel face à l'air obstiné de Mickey, son attitude paraissant infantile, et rapprocha sa chaise de celle du prêtre.

« - Comment on procède ? On ferme les yeux et on dit un ''Notre Père'' ?

- Donnez moi votre main et concentrez vous sur le nom de Gabriel. Votre énergie amplifiera ma prière.

- Gabriel comme l'ange Gabriel ? » s'étonna Ian tout en tendant sa main à l'homme.

Celui-ci hocha la tête tout en prenant sa main. Il ferma les yeux, visiblement concentré dans sa prière. Ian prit sur lui pour se concentrer sur sa tâche. Il ferma les yeux à son tour et visualisa le nom de l'ange pour mieux se focaliser. Il s'entêta à répéter le nom encore et encore, espérant être d'une quelconque utilité dans la tâche. Au bout de quelques minutes silencieuses, il ouvrit un œil pour voir le prêtre toujours en train de prier et Mickey, les bras croisés, les fixant. Il referma l'œil rapidement avant que Mickey ne fasse le moindre commentaire et se concentra plus intensément.

Il sentait la main moite du prêtre et la sensation devenait désagréable. Il entendait au loin quelques voix résonner et attirer son attention. Sa position devenait inconfortable et le besoin de bouger plus pesant. La chaleur devenait pesante, serrant sa tête comme un étau. Ses oreilles commencèrent à siffler, un son suraigue commença à lui percer les tympans. Il crispa la mâchoire pour tenter de se contenir mais finit par porter sa main libre à son oreille pour se soulager.

Soudain la douleur fut fulgurante et la main du prêtre se crispa sur la sienne, le prenant par surprise. Il ouvrit les yeux sous la douleur et vit que Mickey avait également porté les mains à ses oreilles. Le son fut insupportable, lui provoquant presque un vertige et scindant toutes les fenêtres de la pièce puis plus rien. Le son disparu, le prêtre lâcha sa main et Ian se rattrapa de justesse à sa chaise pour ne pas en tomber. Il regarda Mickey qui lui rendit son regard, chacun s'assurant de l'état de l'autre.

« - Messieurs, s'éleva alors la voix du prêtre dont la différence d'intonation attira leur attention, vous cherchiez à nous parler ?

- Mon père ? S'étonna Ian.

- Essaye encore, marmonna Mickey, Gabriel je suppose ?

- Et vous êtes Mickey, répondit l'ange puis tournant la tête vers Ian, et Ian. Nous savons qui vous êtes et ce que vous faîtes contre la prophétie.

- Sérieusement, s'offusqua Mickey, parce que perso j'étais même pas sûr que vous existiez jusqu'à maintenant. Vous vous êtes jamais trop manifestés...

- Ce n'est pas notre mission. »

Mickey étouffa un rire nerveux : « - Et quelle est votre mission ? Pas aider les humains...

- Nous sommes des soldats, notre rôle est de lutter contre l'ennemi.

- En occupant les corps comme lui ?

- Nous ne sommes pas comme eux, tonna Gabriel, nous ne soumettons pas les innocents, ce sont des fidèles qui nous autorise à partager leur enveloppe charnelle.

- Quelle jolie façon de dire les choses, maugréa le jeune Milkovich sceptique.

- C'est vous qui avez pris Debbie ? Vous avez pris ma sœur ? Demanda abruptement Ian.

- Oui, répondit simplement l'ange.

- Ça vous dérangerez de développer ? Avec un ''pourquoi'' par exemple ?

- Elle représente une proie potentielle pour les démons.

- Vous êtes pas du genre à élaborer, constata Ian. Vous savez que c'est pas ma seule sœur, tout ça n'a aucun sens !

- C'est la seule qui pourrait prendre ta place s'ils n'arrivent pas à mettre la main sur toi. Elle partage ton sang. »

Ian s'immobilisa sous l'implication de cette phrase et Mickey tilta à son tour. Ian n'était alors pas le seul enfant issu d'une union illégitime mais il était le premier. Le plus apte à remplir la tâche qu'attendaient les démons mais apparemment Debbie pourrait aussi être utile. Elle était plus vulnérable. Elle n'était qu'une gamine d'une dizaine d'années.

« - Et les autres Gallagher ? Intervint Mickey, vous en avez rien à foutre ? Ils sont aussi des cibles.

- Leur sang ne permet pas la prophétie.

- Mais il permet de faire du chantage à ceux qui le peuvent. Les démons jouent pas fair-play. On le sait vous et moi.

- Nous gardons un œil sur eux mais nous avons estimé la protection que tu leur as accordé suffisante.

- Trop aimable, marmonna Mickey.

- Où est elle ? » Intervint Ian, revenant dans la conversation. « Qu'est ce que vous avez fait de Debbie ?

- Dans un lieu sûr.

- Où ? Insista Ian

- Dans un lieu sûr, répéta calmement Gabriel, une cachette céleste qu'aucun démon ne peut prendre. Un endroit protégé où elle sera en sécurité et où tu devrais la rejoindre.

- Quoi ?! S'exclamèrent les deux garçons simultanément.

- Mickey, tu es doué pour lutter contre les démons mais tu n'es pas de taille pour le protéger, ce n'est pas ta tâche.

- Je vous emmerde, répliqua ce dernier, vous faites quoi vous hein ?

- Nous sommes les soldats du Seigneur...

- Vous l'avez déjà dit, rétorqua Mickey.

- Et notre mission est de lutter contre la prophétie. Notre camp repousse les attaques démoniaques mais le véhicule de Satan est notre point faible. Il faut l'empêcher de mettre la main dessus. Il faut lui cacher Ian.

- Je suis là, rappela Ian mécontent que l'on parle de lui comme d'un objet.

- Et il va y rester, poursuivit Mickey.

- Ce n'était pas vraiment une proposition, même si le ton employé pouvait le faire croire. Tu dois être caché. Il est hors de question de laisser les démons libérer Lucifer à cause d'un facteur humain.

- Rien à foutre, interjecta Mickey en se levant de sa chaise et en se plaçant entre Ian et l'ange, jusque là les humains se sont bien démerdés sans vous. J'ai fait sans vous toutes ces années, pendant que vous planquiez votre cul je sais pas où. Vous croyiez que parce que vous avez décidé d'intervenir maintenant, on va tout vous laisser faire ? Allez chier.

- Mickey. » le calma Ian en se levant à son tour et en mettant sa main sur l'épaule de ce dernier. Il s'adressa alors à Gabriel : « Si vous estimez que ma famille est en sécurité avec Mickey, j'estime être en sécurité avec lui. Ma mère m'a envoyé vers lui, c'est pour une raison. Après si vous avez des projets pour lutter contre la prophétie, on devrait pouvoir donner un coup de main.

- Tu te fous de moi ? Se sidéra Mickey en se tournant vers lui, tu penses vraiment...

- Mickey, l'interrompis Ian, il y a des chances qu'ils en sachent plus que nous pour lutter contre la prophétie. Ils protègent Debbie et – plus ou moins – les autres mais je refuse de me cacher avec eux. S'ils sont si puissant qu'ils le disent...

- Ils devraient se démerder tout seul.

- C'est le seul compromis que je suis prêt à faire. » poursuivit Ian comme si de rien n'était : « Alors ? A part éviter d'être possédé, qu'est ce que je peux faire ? »

Gabriel se leva de sa chaise à son tour. Il étudia les deux jeunes hommes l'un après l'autre, scrutant chacun de leurs traits. Il passa ses mains dans son dos et commença à faire quelques pas en aller-retour. Il se stoppa net et fixa ensuite Ian, le visage impassible.

« - La lance du destin, lâcha soudainement l'ange sans autres explications.

- C'est quoi cette lance ? Questionna Ian.

- La lance qui a tué le Christ, enfin selon la légende, expliqua Mickey.

- Exactement, confirma Gabriel, c'est cette lance dont a besoin Lucifer pour prendre la vie qui lui ouvrira le passage. Il faut récupérer cette relique.

- Et où est elle ?

- Aux mains des démons. Elle était dans un coffre cosmique mais Balthazar l'a dérobé et vendu. » avoua l'ange d'une voix neutre.

Les deux garçons le fixèrent, assimilant l'information. Ce fut Mickey qui céda le premier et se mit nerveusement à rire. Il se passa une main sur le visage pour tenter de reprendre ses esprits. Entre deux rires nerveux, il entreprit de mettre les choses au clair :

« - Donc si j'ai bien compris, vous vouliez forcer Ian à vous suivre pour empêcher le rituel alors que vous n'avez pas été capable de garder une putain de lance ? Le seul putain d'objet du rituel qui était en votre possession ? Vous avez été trahi par l'un des votre et vous vouliez qu'on vous laisse le prendre alors que la lance qui peut le tuer vous a échappé ? Vous êtes comique dis donc !

- Balthazar est un opportuniste. Il n'est pas des nôtres.

- Ça reste un ange, objecta Mickey, donc ça reste votre putain de faute !

- Du calme, tenta de l'apaiser Ian de nouveau, c'est fait. La seule chose à faire est de réparer ça et de récupérer la lance.

- Ils n'ont qu'à le faire !

- Nous ne pouvons pas, elle est dans un endroit protéger contre les anges.

- Comme c'est pratique, protesta Mickey, et vous comptiez nous en parler ?

- Non, confessa l'ange, nous ne vous devons rien mais si vous refusez notre solution il faut passer à cette alternative.

- C'est toujours comme ça avec vous ? Vous vous croyiez si supérieur que ça ? » Vociféra Mickey furieux et en commençant à s'agiter : « Putain de merde, vous... allez vous faire foutre. Viens on se barre. » conclut-il en quittant la pièce comme une furie, sans attendre de réponse et sans un regard en arrière.

Dans la pièce silencieuse laissée derrière Mickey, les eux hommes se fixèrent en évaluant l'autre. Ian se demandait ce qu'il lui manquait comme information pour comprendre le comportement de Mickey. De ce qu'il savait, Mickey avait connu les démons depuis son enfance mais les anges n'avait jamais fait le moindre geste. Du peu de chose qu'il savait de la vie des Milkovich et de l'attitude de l'ange face à eux, Ian avait une petite idée de l'origine de l'aversion – ou plutôt la colère – de Mickey envers les anges. Néanmoins la situation était sérieuse : ils avaient pris Debbie de force pour lutter contre le rituel et il était à peine sûr d'avoir vraiment son mot à dire sur sa propre situation. Il estima que négocier pour la lance était sa seule vraie option. Malgré la sensation de trahir Mickey, il prit sur lui :

« - Je le ferais changer d'avis. Où est ce qu'on trouve cette lance ?

- On ne le sais pas précisément. On a perdu sa trace en ville. On a réussi à suivre son transfert jusqu'à maintenant mais une fois dans l'ouest de la ville, elle a disparue.

- L'ouest ? Vous avez pas plus précis ?

- Vers... » commença Gabriel en fouillant les poches du prêtre dont il sortit un papier froissé. Il attrapa ensuite un stylo qui traînait sur une table à côté d'eux et nota en continuant : « cette adresse. Partez de là et lorsque vous aurez la lance, tracez ce symbole pour m'invoquer. C'est de l'énochien. C'est d'ailleurs ce qu'ont dû utiliser les démons pour nous cacher la lance.

- Ok, dit Ian en prenant le papier et en jetant un œil à l'adresse, je vais voir ce que je peux faire avec Mickey.

- C'est soit la sainte lance, soit toi Ian. C'est ton seul choix. Nous sommes en guerre et si tu ne fais pas ce choix, nous ferons le nécessaire. Nous sommes prêt à tout pour empêcher Lucifer d'ouvrir les portes de l'Enfer.

- Je me doute, concéda Ian en fourrant le papier dans sa poche, je me doute bien. » conclut-il avant de prendre la direction qu'avait emprunté Mickey quelques minutes plus tôt.

D'une certaine façon, la menace ne venait plus seulement des démons et il fallait que Mickey le réalise. Il fallait le convaincre de jouer le jeu pour éviter de se faire un autre ennemi. Bizarrement quelque chose lui disait que convaincre Mickey n'allait pas être une mince affaire.


Glossaire :

Nie za chta : De rien

Do svidaniya : Au revoir

Moï kotik : Mon chaton

Kharacho : Bien

Note : Le voici, le voilà : le nouveau chapitre ! Et en moins de deux mois ! (hum...) Bref comme d'habitude j'espère que cela vous aura plu et que je ne serai pas parti dans tous les sens avec cette histoire. Même si les connaisseurs auront remarqué que j'ai tendance à frôler l'AU avec Supernatural, promis j'essaye de me remettre sur les rails de Constantine ! ^^ A très vite du côté des reviews et au prochain chapitre ;)